‹ Organisation du travail (volume 2)Chapitre 21 sur 29 · CRÉDIT · texte numérisé non relu

CRÉDIT

La Révolution arrive à grands pas; elle arrive par le suffrage universel, par le droit chemin : Soyons prêts.

Que la réaction redouble d'emportement, que les listes de proscription se complètent, qu'on ne juge pas et qu'on fructidorise, que les arbres de liberté soient tous abattus, et que de cette liberté maudite il ne reste plus même un symbole; qu'à côté de l'Italie opprimée on opprime la Suisse, que les chancelleries conviennent de leur mot d'ordre, que tout l'or des dominateurs du jour leur serve à acheter du fer, que les prêtres conspirent , mie les rois se lèvent, que leurs armées s'ébranlent... Folies que tout cela, folies d'enfant furieux ! La Révolution arrive.

Donc, plus.de réticences. Voici le moment pour chacun de dire ce qu'il a dans le cerveau et dans le cœur. Je sais bien o qu'il peut y avoir de profit à ne pas s'user d'avance dans les luttes de la pensée; à attendre, caché dans le demi-jour, l'heure décisive ; à s'envelopper de cette réserve mystérieuse qui parle si efficacement aux esprits faibles ; à laisser supposer enfin qu'on tient en réserve, pour le salut du Peuple, des secrets merveilleux dont on ajourne la révélation au lendemain de la victoire. Mais le succès a cessé d'être promis à cette habileté vulgaire, à ces calculs sans grandeur. Le prestige est désormais une puissance morte.

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Le Peuple ne s'en remettra plus à l'imprévu du soin de son avenir ; il ne s'abandonnera plus, les yeux fermés, à d'hypocrites sauveurs. Allons! quittez vos piédestaux, statues voilées ! Le monde est las d'adorer des dieux incertains et muets. Descendez de vos trépieds, sibylles de Cumes! Trop d'oracles ont menti, pour que le Peuple ait encore foi aux oracles. Il veut voir clair dans sa destinée. Que chacun se révèle : le Peuple choisira, et la Révolution reconnaîtra les siens.

Mais cette Révolution qui vient à nous d'une marche invincible et déjà nous interroge, que veut-elle? En pouvez-vous douter? Elle veut que l'œuvre commencée en 89 s'accomplisse. La féodalité territoriale et militaire a disparu, il faut que la féodalité financière disparaisse. Plus de privilèges! l'égalité. Plus de privilèges! la justice.

De là tous ces brûlants débats sur la souveraineté du capital, sur le despotisme de l'usure, sur le prêt à intérêt, sur le crédit.

La royauté de l'argent, l'aristocratie de l'argent, voilà bien effectivement ce qui est en question. Dernièrement encore, deux écrivains en renom ont engagé, sur ce terrain, une polémique qui a fait du bruit Mais la bonne cause a-t-elle été convenablement plaidée? Non, selon moi. Or, en un point de cette importance, laisser la victoire à l'erreur serait crime de contre-révolution.

C'est pourquoi je me propose d'établir ici :

10 Que l'intérêt des capitaux, en principe, n'est pas légitime;

2» Que, dans le régime d'individualisme et de concurrence, supprimer l'intérêt des capitaux est impossible ; qu'en dehors du régime d'association, la gratuité du crédit pour tous ou organisation démocratique du crédit est prechimère, et que la gratuité du crédit pour tous est réalisable par l'association seulement ;

Mais que, pour arriver là, en partant du point où nous sommes, il faut traverser une période transitoire, qui est celle du crédit donné par l'État.

11 va sans dire que, dans l'examen de ces propositions successives, je n'entends en aucune façon attaquer les hommes; j'entends discuter les institutions. Que, sous l'empire des principes qui régissent aujourd'hui la société, un capitaliste ne veuille céder son capital qu'à la condition

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d'en retirer un intérêt, qui donc serait assez insensé pour y trouver à redire? C'est une conséquence forcée des rapports que le régime actuel a noués entre les hommes. Mais ce régime lui-même repose-t-il sur les bases de la justice? Est-il institué conformément aux lois de l'intérêt général et de la raison? Doit-il et peut-il être transformé, pour le plus grand bien de tous? Voilà ce qui est à examiner.

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