‹ Organisation du travail (volume 3)Chapitre 19 sur 19 · LA PROPRIETE LITTERAIRE · texte numérisé non relu

LA PROPRIETE LITTERAIRE

W littérateurs afllueat; quelques-uns s'enribesucoup meurent de faim ; la librairie est l'imprimerie est perdue; le goût public se jamais , au sein d'une plus fastueuse mce de livres, le domaine intellectuel ne fut stérile — Voilà le mal ; il est immense. Quel [le a-t-on proposé? Une loi qui étendrait le de propriété de l'auteur, après sa mort, dé i trente ans ! Ob ! que lord Chestcrfeeld avait 1 de dire à son tils eu l'envoyant visiter les [paies c-ours de l'Europe :.<( Allcx , mon fils, (oir avecquelle petite dose de sagesse le monde auverné! »

décréler la propriété littéraire, et combien est fatal à la société l'exercice prolongé de ce préleoiJo droit qu'on voudrait consacrer ; mais avant d'entrer dans l'examen des dlfScultés sans nombre que fil question soulève, je me demande quel est ici leh du législateur?

Son but, c'est évidemment de consacrer la pr^ fession de l'homme de lettres, considérée connu métier, comme moyen de gagner de l'argoi Mais est-il dans la nature des choses , est-il ia l'intérêt public que la littérature devienne un cédé industriel? Est-il bon qu'il j ait dans la beaucoup d'hommes faisant des livres pour chir, ou mâme pour vivre? J'affirme que n(

Et la raisou en est simple. Pour qu'un é( remplisse dignement sa mission, il faut qu'il

■dessus des préjugés des hommes , qu'il )uroge de leur déplaire pour leur être Taut, en un mot , qui! les gouverne moralt Cette mission est du chansonnier comme da liste, du poète comme du philosophe, de nous fait rire comme de celui qui nous arrv pleurs. Peu importe la forme que revêt ceti veraineté morale de l'écrivain. Elle < réelle dans Beaumarchais que dans Nicole,

dièrc que dans Pascal.

B©ui , la littérature a sur la société droit

bandemcnt. Or, que devient ce droit de common.-.

Lement ai l'homme de lettres descend à l'exercice

l'ttn métier, s'il ne fait plus des livres que pour

isser des capitaux? S'asservir aux goAts du

hlic, flatter ses préjugés, alimenter son igno-

transigcr avec ses erreurs, entretenir ses

S passions , écrire enfm tout ce qui lui est

le, mais agréable... telle est la condition né-

wire de quiconque a du génie pour de Targent.

ri! en échange de l'or que je tous offre, vous

e faites honte de ma stupidité, vous gourmandez

bn égoïsme , vous me troublez dans la jouissance

\ fruit de mes rapines ; vous me faites peur de

(venir ? Votre sagesse coûte trop cher, monsieur :

fetl'en veuï pas. La pensée perd de la sorte sott^

llTûCtôre d'enseignement et son autorité morale,

p^crivain, s'il dépend de la faveur du public , perd

Lfoculté de le guider; il en perd jusqu'au désir

f un roi qui abdique.

î tous les travaux de l'esprit n'aient pas une ilê importance ; sans doute. Cependant, tous léme les plus frivoles en apparence, ont sur la so- ■étê une action bonne ou mauvaise. 11 n'est pas au jouvoir d'un homme de lettres de n'6tre qu'un lttu«eiirdela foule. Car, pour amuser les hommes, B faut toucher des cordes qui répondent à leur 'm~., Wligcnceon à leur rceur. Ce qui prouve, soit dit.

I ORGàNISATION 10

passant , que la théorîi: de l'art pour 1 une niaiserie.

La littéreturc , quelque forme qa'elle , :erce donc une influence qu'il importe i haut point de régler, et c'e^t la rendre i ment dangereuse que de la laiBser aux d'hommes qui ne s'en servent qu'en VU^ néfice d'argent, Je concevrais qu'on fil une , abolir, comme métier, la condition d'boB lettres; mais en faire une pour rendre c^ plus fructueux et encourager les fabricants ^ rature , cela me parait insenst^.

Non seulement il est absurde de déclare!

vnin propriétaire de son œuvre , mais il eet 4 de lui proposer comme récompense uae i lion matérielle. Rousseau copiait de la 1 pour vivre et faisait des livres pour iustrn honimes. Telle doit Ctre l'existence de tout ! de lellres digne de ce nom. S'il est rîcb^ n'adonne tout euticr au culte de la pensât peut. S'il estpanvre, qu'il sache combiner j travaux littéraires l'exercice dune prei subvienne à ses besoins.

Parmi les auteurs contemporains, il C qui, à force de recherches patientes et de est parvenu à renouer, pour le peuple, I*.

b mille endroits brisée, des traditions. 1^

knirëment n'a travaillé h une œuvre historique

fcc plus d'amour, avec plus de persévérance que

L Monteil; personne n'a mis dans l'accomplisse-

ent d'une résolution littéraire nue plus grande

irl de sa vie. Que serait-il advenu si, pendant

trerile ou quarante années qu'il a consacrées

son ouvrage, M. Monteil n'avait attendu ses

byens d'existence que de ses livres ? Ce qui serait

1/ ic n'ose le dire, et vous le devinez.

Dieu merci ! M. Monteil avait une âme in-

pide et liante. Pour se défendre contre l'eitrËme

!, il a eu recours à une industrie honorable ;

les matériaui mêmes de seâ Études; il a

les manuscrits précieux qu'il avait recueilUq

et I^ dans son voyage de découvertes. C'était'

lUSseau copiant de la musique. Grâce à cette cou*

conduite , M. Monteil a vécu, non pas k

privations, mais k l'abri des caprices du

> Il est resté maître de lui , maître de soa

ivre.

Supposez qu'au lieu d'écrire l'histoire pour faire ompher la vérité, il ne l'eût écrite que pour er de l argent; supposez qu'au Heu de cherses moyens d'eiistence dans lu vente de ma- ^tts ignorés, il eiït spéculé «ur ses livres; l'im- ÎODce du succès l'aurait g^gné, il aurait écri( mcoap plus, beaucoup plfts v^^J^fgHt^up

il. A l'histoire utile et féconde de l'agril da coinmerce, des métiers..., il aurait prâ( aussi, l'histoiro divertissante des bataille) intrigues de cour. La société y aurait p) grand historien et un bel ouvrage.

Parmi les plus illustres poètes de nôtres joombien en esl-il qu'on osûl jilacer au-d

Tanger? Déranger a fait comme M. 1 ttnnie Rousseau. Pendant qu'il travailll immortelles chansons , il demandait à ni modeste le moyen de lutter contre les néce la vie.

Avant la révolution de 1789, la profa téraire, dans larigueurdu mot, n'existait p voyons bien dans l'histoire des hommes il que, sous Louis XJII , La Serre tirait t facile débit de ses livres , et que La Càlfl tout noble qu'il était, s'achetait des manta) les pistoles du libraire Courbé. Toutefoi», pour vivre, comptaient sur le revenu de lea faisaient exception à la règle. Parmi les

UD3, comme Brantôme et BusgyRabutiti^

fiers gentilsliommes, qui ne prenaient ui

'à défaut d'une épée ; les autres,

occupaient uo emploi public; ({nel^

trouvaient places sous le patronage dlï .me Molière et Racine; lu plupart.

pt, étaient aux gages d'un grand seigneur, ix Quand

Jje n'aurais pas l'honneur d'être à voua comme je

ItJ'ai, écrivait Mairet ou duc de Montmorency, et

jquo le don que je vous ai fait de moi ne m'eût

pas Mé la liberté de disposer de mes actions , je

De sais personne en France à qui plus justement

qu'à vous je puisse présenter, comme je le fais ,

les premiers fruits de mon estude, » On voit, tout

qa'iine semblable condition avait d'humiliant.

devait cesser néanmoins qu'avec le régime

consacrait. Jean-Jacques Rousseau, pour ne

iîr pas voulu subir, fut impitoyablement calom-

S dans son indépendance par ses jaloux con-

!W3 : moins heureux que Diderot , ce favori de

Itherine II; moins heureux que Voltaire, cet amî

grand FrcdL'ric ; moins heureux que Grimm, c

irtier de tous les souverains philosophes du dix-^'

itièmc siècle. Pour changer cet état de choses, il

fallait pas moins qu'une révolution , et la velllS

le de cette révolution ne trouve-t-on pas l'au-'

du Voyage du jeune Anacharsts vivant à^

de la faveur du duc de Choiseul, dans le

il de Chantcloup'^

89, date à jamais célèbre! Les écrivainflf

cessèrent d'appartenir à quelqu'un; maisi

,de spéculer sur leurs œuvres, ils apptirtinrcnf

londe. S'ils y ont gagné, je l'ignore; maW

certainement la snciété y n pfritu. A quoi M réduisaient en effet les obligations de cette vi« ààftif dante que l'homme de lettres menait onlrerois auprès de rtiomme piiissnntV A je ne sais quel Viii tribut de flatterie levé sur l'intelligence pat la ru* nité d'un sot. C'était un mal; mais ladrgnitâjl l'autear en sonfFroit boouctmp plus que l'intéfôti* la loctélé. Les icrviles (fférsces où Coriicillfl c^ brait les vertus de Mazariii n'cmpëctiarent pai l'atf* tenr sublime de Cinna de s'écrier par la boadtt I d' Emilie i

ir tira plui qu'un roi, lu te crois quulqns choMl

Aujourd'hui l'écrivain a pour maître, lorsqn'it ploilo lui-rtième io pensée, non ptui celui tjui Thé* n berge, mais celui qui le lit, Au lieu de qui oliène sa dignité > c'est l'auteur qui tend i 1^ dlqner la fonction.

Tel est souvent le caractère des révolalioMT qu'elles emportent avec l'ivraie le bon grain (jrf i* a plu à Dieu d'y môlcr. Celle de 89 ne lit jiW trement. De môme qu'en abolissant (es juraodsîl les maîtrises elle frappait d'un seul coup le pôle et l'oBsociation; do mûtne, en reiivenatt' ka vieux pouvoirs, elle détruisit sans d ii l'ils ovaient de tyrannique,ct ce l'ifei

e protecteur. La théorie de l'individualisme pr&- Blut dans les lettres comme dans l'industrie. La riocipe périt dans le violent eiTortque firent contre is reprûsentantâ de ce principe les intérêts en ré- Dite. Pour mieus briser le moule, on portait In uin sur l'idée. Dans ce profond ébranlement d» Hit ce qui était régime d'association et de protec- ÛD, les gens de lettres n'ayant plus rien à attendra ne d'eux-mêmes, prirent uatureliement le parti p trafiquer de leur pensée , et le mercantilisme fit ivasion dans la littérature. Autre malheur : la litnature ne fut pas plus tôt devenue une profession Icrative, que ceus-là coururent en foule s'y prépiter qui trouvaient les autres carrières cncom- Ijées. Et comment n'y aurait-il pas eu encombre-^< lent dans toutes les spliùres de l'activité humaine, p-gque l'iodividiialigme, proclamé sous le nom de l^rté, venait pousser iï tous les excès d'une com-r Itition universelle ï D'un autre côté, des mota ■giques avaient retenti; on avftit écrit le mol )alilé dans nos codes ; mais on ji'en couvrait pas Ipins d'un mépris injuste les laboureurs, les arti- 1^, les ouvriers; on n'en élevait pas moins le^ jlfaots dans cette idée qu'il y a des métiers et de» H», des professions qui sont libérales et d'autrea ^i ne le sont pas. Ainsi on allumait dans les cœurg ||ke Boif ardente de distinctions frivoles ; ainsi od •

184 ORGANISATIOI

allait semant dans tous les jeunes esprits le gern» des ambitions artistiques ou littéraires ; et l'instmction plus répandue, sans Être mieux dirigée, préparait l'envahissement de la société par ce flot Je jeunes hommes tous également avides de renommée, tous également prompts à s'engager dans Ici routes battues , sur la foi de leurs désirs ou de leuH rêves.

Qu*est-il résulté de là? que le phénomène qui M manifestait dans l'industrie s'est manifesté dan les lettres. Il y a eu partout cohue, et parlontV y a eu tiraillements, luttes sans fin, désordres df tout genre, désastres, La concurrence dans le* lettres a produit des résultats analogues à ceor qu'elle produisait dans l'industrie, A cAlé de l'iadustriel falsifiant ses produits pour l'emporter sor ses rivaux par le bon marché, on a eu l'écrivain ^ térant sa pensée , tourmentant son style , pour fofr qaérir le public par i'attrait funeste des situatioW forcées, des sentiments exagérés, des locutionaUftrres, et, le dirai-je, hélas! des enseîgnemedb pervers. A côté de l'industriel écrasant à forcefc capitaux ses compétiteurs, on a eu l'écrivain riA* gagnant de vitesse l'écrivain pauvre dans liî Akmaine de la renommée, et se servant ensuite^ I l'éc lat du nom acquis pour enchaîner dai ^^^ftérite ignoré. Au sein d'une proft

DU TRAVAIL; toujours croissanle, le public est resté sans diree*' tion ; et n'ayant plus ni la possibilité ni le temps de loisir, il a fermé sa bourse aux écrivaiDS sérieux, son âme en pâture aux charlatans. De là irautable abus des annonces, le traQc des élola prostitution de la critique, les ruses de I4 camaraderie, toutes les hontes, tous les mensoni tous les scandales.

Encore, si au prix de la dignité des lettres comiliromise, de la morale publique ébranlée, des (Sources de l'intelligence empestées, le gros des ;ens de lettres avait fait fortune! Mais non: l'exploiation a été aussi ruineuse que hideuse ; on a comaencé par le déshonneur et fini par la misère. Puis , du milieu de ces ruines se sont levés «péculateurs , et ils ont olTert aux gens de lettn Jeur assistance. Ce qu'ils apportaient comme mise àe fonds dans ces tripotages de l'esprit, ce n'était «pas mfime de l'argent; c'était quelque artifice nouffieaa d'exploitation , un procédé. 11 a fallu accepter jleur concours. Le concours s'est bien vite transijoriné en domination; l'homme d'affaires n'a eu qu'à s'approcher de l'homme de talent pour l'ab- Mwber; on a vu des écrivains, et des meilleurs, rtt vendre à des courtiers de phrases, non pas même en détail, mais en bloc, comme Mairet au duc M Montmorency, lorsqu'il lui écrivait : « le don ^M

r^l lise I

SîlGANISATIONDTI TRAVAIL:

je mus ai fait de moi. » QQ'ajoater k ce tablera malhoDrcusement trop fidèle? Est-il vrai, oui on DOD y que ce sont des mains à peine capables à» tenir une plume qui agitent aujourd'hui le sceptn de la littérature? est-il vrai que chaque jour, 1 (■ porte de tel spéculateur tout-puissant, se morfondeot de pautres littérateure demandant la publicité comme une aumône? Et si cela est vrai, i qtiel dogré d'abaissement sommes-nous donc descendus 1 M. Henri de Latouche a décrit énergiqnement celte déchéance de la littérature lorsqu'il a dit: « Les mœurs littéraires sont tournées à l'argentt c'est ridée lixe de notre époque , c'est le chien contagieux dont est mordu ce siècle épicier. Croi' riez-vous qu'il s'est formé une congrégation d'aun* reurs contre la propagation des idées ? Nos bomiM de style, comme le» principicules d'ontre-RbiOi se confédérent , non au profit des idées i répaiidi>< mais des bénéfices à concentrer. Ils se sont garanti l'intégralité de leur territoire et l'inTiolabiliti de Iflurs frontières , qui sont très-prochaines. On t proclame ruiné si on vous emprunte un dcnû* article. C'est la sainte-alliance des paragraphes.- On se demande comment ces messieurs se résigiuwt à promenor leurs personnes gratis sur nos boolc' *Ards sans tatifer les regards du passant' n

ISSANCE ET A1ISCIIDIT& DU PEUËI« QI> UN A ■UOPOSIi.

laintcaant quel rnjiport y o-'t-il . jo vous prie e la nalure du mal que jo view de décrire et > du remède qu'on a proposé'î a mal est dans une afllueuce trop grandi) doi rpteurii inutiles, mauvais ou dangereui ; et smède proposé consititait â saucliuflU£r léf^islancDt ce ûéau 1

e mal est daos l'exploitalioD des livres par leurs urs ; et le remède proposa conÛRlait à pruer cette ciploitatioDr à en faire un droit, tiume 1

e mal e)t dans ce fait que la littéruture m'»# qu'ua métier ; qu'os tjeat boutiqiu d« éç»; que les lecteurs MQU^yeum des t^r

188 ORGANTSÎTftW

lands' dont il Taut, pour conserver leur pral tenter les goûls, servir les caprices, ilatter meot les préjugés , entretenir les erreurs; e mède proposé consistait à convertir en tin prii sacré ce fait déplorable, à lui donner la coDf tion de la loi !

Tant d'oveiiglement se conflit à peine.

Au reste, puisqu'on a parlé de propriété littéi voyons un peu ce que de tels mots signiGent,

La propriété de la pensée ! Autant vaudrai!

la propriété de l'air renfermé dans le ballon

tiens dans ma main. L'ouverture faite, l'air

chappe; il se répand parlout , il se môle à tout»

choses : chacun le respire librement. Si voustoa-

lez m'en assurer la propriété, il faut que voiisiw

donniez celle de l'atmosplière : le pouvez-vousî

k Aux partisans du droit de propriété Ullérairt,

I Dons demanderons d'abord, avec M. Purtalis'

' Qu'entendez-vous par une pensée qui appartient!

quelqu'un? Cette pensée vous appartient, dit*

vous? Mais avec diï livres, peut-ôtre, on o fil

toutes les bibliotlièques qui existent; et ces dr

livres, tout le monde les a composés.

Les grands hommes ne gouvernent la sod^t qu'au moyen d'une force qu'ils lui emprunteot

K-"" même. Ils ne l'éclaircnt que par la concentri lans OD ardent foyer de tous les raj'ons épa

l^^ttAncnt d'elle. Ils lui déiobent le ponvoir ià-

h conduire.

\- Cela est si vrai qne, lorsque le Christ parut, ;

Itaondc romaio (^tait dans l'attente et avait le presJ lentîment de l'Ëvangile. Quant à Luther, fît-i( mtre chose que traduire ce désir de résistance' ja'avait éveillé dans tous les cœurs la tyrannie de \i ^pauté , et qui éclatait déjà partout en maniresta-^ lions diverses, mais caractéristiques et puissantes? ■ Ce raisonnement nous conduirait, on le voit, abandonner la propriété du fond pour ne reconnaître jiie celle de la forme. Et M, de Balzac, h en croin une pétition qu'il vient d'adresser aux chambrerf lerait fort de cet avis. Or, voici quel serait le i fenltat de cette belle théorie. Charles Fourier a c devoir formuler en termes bizarres et peu intelli» gibles les idées qui composent le fond de son syS* Ifcùie. Vient Qn badigeonneur littéraire qui s'enJ paiï du systèino do Fourier, l'eipose dans un styH clair, élégant si on veut, et met le tout en vente! ?ou9 voyez bien que, à côté de Fourier qui va Mourir de faim , le badigeonneur s'enrichira. Fnlendue de la sorte, qu'est-ce que la propriété ? C'esl te Yoî.

D'ailleurs, quelle que soît la part de tons dans 11 pensée de chacun, on ne niera pas du moins que I n^psÉQ ne tiic de la publicité tonte sa râleur, Qi^

lel

taire. L^^

oigAnisation

vaut U pensée dans la solitude ? La cobi des objets matériels se peut concevoir^ tout ^at de socit^l^ : de tntme que cette coo: tioo est indiriduelle, elle peut Hre solitaire, de Eociôlé n'ajoute rien fi la valeor des fruits fmk ' sauvage caeilledaDs les bois, des aiumaux qu'ÏJ loi â la chasse. S'agit-il de la pensée? c'est tout difr rent. Son importance croît en proportioo des Uttl* ligences <jui lui reudcDt homuiage. La coofioœmilioD détruit, fitît disparaître les objets n)stérieli> La publicité, cette couM>tnmatioa iatellecluelle, Isin de détj-uire les objets immatériels , les mail les rend plus précieux , ajoute à leur augiDeote leur chance de tîg. il n'est àoacfi soin de savoir d'où vieot ïorigine des pTodut àe l'eE^rit, il suffit de savoir d'où vient leur pour comppeodre qu'elles ne sauraient et»patrimoine de personne. Si c'est ht godélj fi leur coufôre uiie valeur, c'est à la société sei le droit d£ preprJété appartient. Reconni au profit de l'individii, un droit de propriété raire , ce n'est pas seulement nuire à la c'est la foler.

«Prenez garde! s'ècrieM. de Balzac dans sa tJiure, si vous souffrejt qu'on nie la propriété Wl^ iWire , h propri<5té foncière est en péril ; la lof

Lattage l'une, aura bientôt rearereé l'ai

IDU TSAVAIL.

Comme tactique, rieo de plits iogénieiis que f rapprochement; comme argumentation, ^lus pauvre. Si la propriété, après dvoir été rficoa pue en fait, a été défendue en principe, ce n'a é que sous le rapport du profit que la société pouvaj lirer d'uae semblable conveotiou et de soD invioji ùgiliilité. On a supposé que la société avait (Ut a ptroiiriétaire : « Tu seras maître 4e ee domaine a tu pourras le laisser à tes enfajits, parce que i travaux de l'agricullnre, pour devenir aussi féconj qu'ils peuvent l'être , demandent de h sécurité, \i patience et du temps. Tu pourras t' écrier, sai jue personne ait la faculté de te contredire imp^b Dément : Ceci est à moi , parce i{ue nous voulom |ue tu aies intérêt à planter des arbres pour d'à ^es que pour toi, à creuser des canaux que t^ * fUifants achèveront , à ouvrir des mines 51 profondes que la vie d'un homme ne suffirait pas à les explo- ^ et à en épuiser les trésors. C'est pour cela j|ue nous te déclarons propriétaire, p On est donc parti, [tour détendre la propriété, de l'intérfit sociaj, biep ÇHi mal entendu , sans parler de l'apparente néfes-- BÏté de respecter un fait aussi anciea, aussi génénUement accepté , aussi difGcileà ébranler et uifinaJ i modiËer. Ici, rien de semblable. L'intérêt d'uH auteur est mis dans l'un des plateaux de la balaucffiH J'iotérët social dans l'autrç. Et ce qu'op nous d^^

mande, c'est tout simplement de recônnallre homme pèse plus que l'humanité.

La propriété littéraire est donc condamné appel par son principe mfime ; mais elle l'est plus rigoureusement encore par ses conséqu<

Si le droit de propriété littéraire est recoid faut d'abord le rendre héréditaire et perpétuel de doux choses l'une : ou il est contraire térét social, et alors pourquoi en consacrer lé^ cipe? ou il est conforme à l'intérêt social, el pourquoi en limiter l'usage? Dans le premiei l'atteutut est sans excuse; dans le second!

conséquence est monstrueuse. '

Rien de plus pitoyable, en vérité, ( cussion qui roule sur le point de savoir si lé lége des auteurs leur survivra pendant diï,' ou cinquante ans. Ce n'est pas là évidei question.

Or, à quel danger la société ne s'exposepas en consacrant la perpétuité du droit dj leurs? Dans un article plein de sens et do, h National disait : « Si vous consacrez le d propriété de l'auteur, que devient Vintérftt rai? Est-ce l'outeur lui-mi^me qui te garanti savez-vous par quelles phases mobiles cet loi-mème pourra passer? Ignorcz-vous la t des écrivains les plus illustres? RacÎDé

DU travail:

dans sa vieillesse à la traduction des psaumes , ne

voulait-il pas détrniro PMilre et Anâromaque ?

La Fontaine , assailli par son confesseur, n'avnit-il

pas ordonné de brûler ses contes?... Je suppose

'en 1814 le droit des collatéraux eût existé pour

ivres de Voltaire et de Rousseau ; le pouvoir

lit leshéritiers . Les héritiers, osant de leur droit,

ment pour une somme considérable la propriété

ces œuvres, et les voilà qui disparaissent, n

raisons sont excellentes, et combien d'autres

inent à l'appui ! Mais, en général, il me semble

dans toute cette discussion les adversaires du

Iroît de propriété littéraire se sont trop exclusivo-

mt attachés à signaler les inconvénients de la

ismisstbilitê , de h perpétuité du droit. C'était

l'exercice du droit par l'auteur lui-mftme qu'il

lait s'attaquer. Au lieu de dire : » Substituez le

Biot rétribution au mot propriété, et bornant à dit

ns la jouissance des héritiers, maintenez les choses

BU point oti elles en sont; » il fallait dire hardiment,

courageusement, et comme îl convient à ceux qui

Croient combattre pour la vérité : « Faites une loi,

non pour consacrer la propriété littéraire , mij^

pour la déclarer anti-sociale et impie. Faites une 1^9

pour abolir le métier d'homme de lettres, pour S1IJ|H

rtituer au système de la propriété littéraire , b4^|

4{U OB&A^IfiATIOfi

celai de U rémanération sociale. » La fait est ijOrt

ni les partUaiis de la propriélé littéraire, ni tet

adversaires, n'ont osé se nwatrer tout-à-liait liv

piques.

Pour moi, je u'h&ite pas k nipéter iei que ce n'est paâ seulement l'eiploitatioQ d'un livre ptf les héritiers de l'auteur qui est funeste, luait Uêu l'ezploitatiou du livre par l'auteur lai-môme.

En effet, on arrive jior là Si établir que dus II société une idée doit élre matière ù échange, (oot comme une balle de coton ou un poia de sucre , il que Iëi tiéuéticefi du peugeur sa doivent colculer *ar le sombre de ceux qui proCtent de a pcn&ée.

D'uoe part, cela est abiurde; de l'autre, «1* est inique.

Car qui pout aavoir de queUe manière la femét «rive jusqu'à l'intelli^^ce de cliacua! Beciiailil dans un livre, une idée pa»«e eur Ir f^eUe ii fteifitre; le crayon du deesinateur «'ea etnpaM; Il ciseau du statuaire U taille dans le marbre; ellti vole sur l'aile du discours : la pour«uiwreï-Tousl traTersde8UâniX<iSlaUo»6<fuisoHtinËkoles.« UaMO des espaces qui sont iiHxunnaeneurables'î Le peut devenir son dosiaine : le monde devifloi votre tributaire î là, vous touchei ii l' fljwore un pas , vous touchez * ViufaiUoa, ^^Wçw<dei'4cluiDee 9aff>fà4té pwv tw»( t'

BU TRAVAll,; ittS

ne sera prélwé que sur qucJques-uns. Je vods doif le prix de votre pensée pour l'avoir recueillie da^fl oji livre : je ne vous dois rien, si je l'ai saisie ujf " les lèvres d'uD orateur, si je l'ai vue sculptée sur la façade d'unnioaunient? Puisqu'on parle d'impôLs, ■il un dont la répartition aoit plus folle? ., l ,nd il s'agit d'objets matériels, qu'on mesufjtffl ) de la production à l'étendue d« li , lommation, cela se peut concevoir : les limites la consommation sont assignables, puisque, eu de compte, c'est à une destructiou que la coution vient aboutir. Mais tracera-t-on des lea à cette consommatioa intellectuelle, qiù se me la publicité ? Une idée qui est consommée disparaît pas, encore un coup ; elle grandit, au lire , elle se Tortitie , elle s'étend à la fois . et le temps, et dans l'espace. Donnez-lui le monde consommateur , elle deviendra inépuîiabte comme la nature, et immorteUe comme Dieul

Par conséquent, soumettre la pensée à h liséom de rechange, c'est donner aae quantité Soie pour mesure à une quantité iulinie. L'extravagance de ce système est ilagrante.

Pour ce qui est de ses résultats, ils sont o partisans delà propriété littéraire, c'est-à-dî ploitation de la littérature par les liUél ee nQoi tièremeut posés comme les prat

in

ïi« ÔRëïSRAtïiïif

teurs du giînie, comme les patrong de nîllclligeiicej et ils n'ont pas vu que, si lenr syst&me était rig( reasement appliqué, que si les vices n'en dfaieon quelquefois atténués par des emprunts faits au'l tème contraire , celui de la rémunération sodT il conduirait fout droit le génie à l'hôpital , et n guerait dans la nuit les plus précieuses producfl de l'intelligence. La démonstration est facile. T ditpropriété littéraire, dit réiribution par l'échal qui dit rétribution par l'échange, dit comma qui dit commerce, dit concurrence. Voilà donf mauvais livres en concurrence avec les bons ; certains romans qui gâtent le cœur et salissent! prit en concurrence avec des livres utiles, màisl tères ; voilà le séduisant apostolat du vice ért f currence avec les plus hautes et les plus mon conceptions. Soyez-en sàrs : Justine trourbràf d'acheteurs que les Pensées de Pascal;' m\ encore, le! qui aurait volontiers payé tribut 4 nie de Pascal, ne le pourra plus h cause de F levé sur lui par M. de Sade. Ainsi, grAce 4'cèl système de récompense, imaginé pour le génîn puissance du mal sera centuplée ; le goût du pal irrémédiablement corrompn, rejettera toute nffl riture substantielle ; et nous aurons tons les lléant h la fois : pervertîssement des esprits et des cCBi par l'inondation des livres dangereux ; ap^tm

nent des grawls écrivains ; succès scandaleux de pielques hommes de talent sans scrupule , ou de |uelques auteurs frivoles.

Je ne veux pas faire descendre celte grave dis-

nssion à une misérable guerre de noms propres ;

bais si des exemples étaient nécessaires, combien

l'en pourrais-je pas citer? Que de platitudes cou-

bnnées par la vogue ! que de beaux livres enfouis I

gi n'écrirai pas ici la somme d'argent qu'a rappor-

^■fewn auteur une brochure sur J'arl de mettre

^K/tttoate, parce qu'il m'est impossible de ne pas

figer à la pauvreté de certains grands hommes ,

que le rouge me monte au front.

Un livre réussit aujourd'hui ; pourquoi? à cause

fl son mérite? Pas le moins du monde ; à cause d<

SD éditeur. Le génie reçoit de la spéculation

Useports.

Mais il est des éditeurs honnêtes, et qui rendent

slettres des services réels. — Oui , grflce au ciel!

j'en connais, pour mon compte, en qui des écri-

îns du premier mérite ont trouvé une véritabli

Irovidence. Mais le nombre de ces hommes recoi

Undables est petit ; et, parmi ceux qui voudraient^

Bivre leur exemple , beaucoup sont entraînés par

ïflot de la concurrence, et forcés, pour échapper

désastres de l'industrie , d'éditer la corruption

a le scandale.

;S6 I ell J

Jifia

El ] ses cou

por

Jd& ORGANISATION ^^

Ajoutez à cela que lo veriUblc baipmei est CD général fort étranger à la ficieocâ i II n'en est pas de même du fabricant de lit Ji fiait à merveille, celui-là, battre rooni livres : c'est sou métier. Le eyiitàme i jbution par l'échange n'est eo récité

ime oiTerte 4 l'esprit de spéculation.

, BoQCi soit qu'on examine le droit de iraire dans soo prijicipe, soit qu'oo l'él sm nécessaires conséquences, on e»t i conduit ii le condamner.

Tel était pourtant lo point de départ df port de M. de Lamartine, dont on o fai(| i)ruit.

M. de Lamwtine commençait son rapptf

'mes :

« La société, en constituant toute prtM » trois objets eu vue : rémunérer le travJ » pétuer la famille, accroître la richegge a >} La justice, ]a prévoyance et l'intérêt ai » pensiies qui se retrouvent au foml de toq

Pour que le travail fût rémunéré par ]

U coQstituliou de la propriété, il faudrail

ceux qui travaillent fussent propriétaires

tous les propriétaires eussent travaiUé.

mtraire qui arrive. La consUtutioa

propriété, par sa nature mûiue, permet à ceux quf pa jouissent toutes les douceurs du repos, et rejette wr ceux qui sont privés de ses béné6ces tout le fapr leau du travail. Ou a, d'un côté, un petit nombne l'hommes vivant grassement de leurs rentes; et de 'autre, un grand nombre d'bommes vivant à peioq lu fruit de leurs sueurs. Que M. de Lamartine y. lécbisse un peu.

ce qui est de perpétuer la famille, lî c'est i<^opriété qu'elle se perpétue, la famille dea propriétaires ne saurait donc se perpétuer phrase de M- de Lnmartine doit être modifiée la sorte : u La société , en constituant la pro». a eu en vue de perpétuer la famille des ua»,ipéchcr que celle des autres nette perpétue.

i^D ce qui concerne l'accroissement de la riclieestk ique, il faudrait s'entendre. Si la richeBso e'ai :t , mais en se concentrant aux mains de que] ce n'est pas une richesse prtbIiqiH l'empire de la propriété telle qu'elle est oon* les riches sont-ils plus nombreui que li luvres, ou les pauvres plu« nombreux que l

Que M. de Lamartine efit dit : « 1^ propri 4U constituée parce que la société o'a pas Usqu'ici et ne sait pas encore de quelle 1

cela elle t'airaugerait pwir vivrai » àU boojM

«5 ÔMi

heure ! la thèse se pouvait soutenir. Mais CD p^

ici de jnstice, de prévoyance, d'intérêt, M. i^

martine a confondu Tintcrôt de la sociétii avec celui j

des heureux du monde , il a fait do la prévojauc* 1

une vertu de monopole , et il a pris h rebours II J

justice.

Continuons :

« Il y a des hommes qui travaillent de la » il y a des hommes qui traviiilleni de l'esprit.' >\ résultats de ce travail sont différents : letïl M travailleur est le même; les ans luttent ai » terre et les saisons, ils récoltent les Traits ' » et échangeables de leurs sueurs ; les » luttent avec les idées , les préjugés, l'ignorMii M ils arrosent aussi leurs pages des sueurs de l'in- » telligence, souvent de leurs larmes, quelquefoîsJt » leur sang, et recueillent au gré du temps la misên » on la faveur publique, le martyre ou la gloïrfc'

Cette exposition est évidemment incoi S'il y a des écrivains qui luttent contre les gés, il y en a qui les ilérendent. Les Hvres battent quelquefois l'ignorance , mais qneli aussi ils l'entretiennent. Rousseau glorîBo mais d'Holbach le nie. Fénelou moralise la mais le marquis de Sade la corrompt. La scii fcGalilée, mais elle a ses Cagliostro, et peiil

i-t-elle fait moins de martyrs qu'elle n'a coarona^-

e charlatans.

J'insiste sur cette distinction que M. de Lamai->

ige a oubliée, parce que, lorsqu'il s'agira de rémii«

les travaux de l'intelligence , la première

D à riîsoudre sera celle-ci ; Trouver le moyeqi

muncrer le travail intellectuel, sans conrondr^

ma la môme incompensé les écrivains qui enchan-

^t et éclairent la société avec ceux qui la tromr^

^t et la dépravent; car cela n'est conforme ni 4

L justice, ni à la prévoyance, ni à l'intérêt.

« Est-il juste, est-il utile, est-il possible de coiv*

sacrer entre tes mains des écrivains et de leuff

familles la propriété de leurs oeuvres? Voilà 1^

t trois questions que nous avions à nous poser sus

t le principe même de la loi, formulé dans ses pr©-

t miers articles. Ces questions n'élaient-elies pa^

t répondues d'avance? Qu'est-ce que la justic^

i ce n'est la proportion entre la cause et l'effet,

e le travail et la rétribution ? »

optons cette déûnition de la justice- Si

t est exacte, il est clair que rien n'est plo^

neraincment injuste que de placer dans le droite

jiropriété littéraire la rémunération des tr&vai

|tj'esprit.

e Laplace n'ait d'autre récompense matérit Scicits que le droit d'en disposer et de les vei

JM ORGANISATION j

àte : Comme trn ouvrage sur la méeaniqm

«'adresse naturel li;nicnt à un fort petit iml

ileurs, quelle proportion y aura-t-il enWI

'Ttiil et la rétribution de Laplace? Mais rmO

mancier qui noircit k la hâte quelques pi(

seulement mauvaises, mais corruptrices, k

ie tous les lecteurs dt^sœuvrés. L'homme i

[«otirt grand risque de mourir pnuvre, et Û

Œflncier, sans même «voir eu besoin de bi

huile, aura voiture et laquais. Quelle manîl

tendre la justice diatributive! Mais, direz-ili

tat prendra l'homme de génie sous son patiQ

lui conférera des dignités, l'élèvera aux |)k

emplois. Preneî garde! vous sortez de vj

tme ; et cette nécessité où vous êtes d'd

luve mieux que tout ce que je pourrai» tf

liicn il renrcrme d'inégahtés choquantes tÊ

cre d'injustices. 1

t( Cela est-il utile? Il suffirait de répod

cela est juste; car la première utilité' p

société, c'est la justice. Mais ceux qui ddj

s'il est utile de rémunérer dans l'avenir I

I) de TinteUigence ne sont donc jamais ij

)i par la pensée jusqu'à la nature et jusql

» sultals de ce travail. Ils auraient vu cnU

>i travail qui agit sans capitaux , qui en fl

H en dépenser , qui produit sans autre É

(pio celle dn génie Gt de la volonté. Jnsqu'à set j » résultats? Ils miraienl m que c'est l'espèce dei I troTail qui influe te plus sur les destinées du genrff > humniti; car c'est lui qui agit sur la pensée, qui la gouverne. Que l'on parcoure en idées le monde temps, Bible, Védai, Confutzée, Ëvangile, ■trouve partout un livre saint dans la main J ;islateur, h la naissance d'un peuple. Toutfl J 'îlisation est aile d'un livre. L'œuvre qui crée/ i détruit, qui iransforme le monde, serait-ellfl*! ifcie oeuvre indifTéreuto au monde? »

Où en sommes-nous f II s'Agit do prouver qu'U ] batile de congacrer entre les Tnaini des écrivain^i iit leur (atnille la propriillé de leurs œuvre». Ë^J Uieadacela, M.deLamnrtiuenoua prouve, cequftil ïrsdnne de nous n'a jamais mis en doute, que la penit utile! VoilàuD étonnant poralogisme.Oui, cer- :, la penséeest utile ;otI)icnloiD de nier cette ité, c'est au contraire sur elle que nouii nous ap-m fonspour demander qu'on n'en géno pas lecourS)! 'on n'en puisse jamais arrêter la propagation. C'est irceque toute civilisation est fille d'un livre que nous ItOlilons pas qu'il soit permis, mémo ft l'auteur , 'on do CCS livres, nptès qu'on l'en aurait déclaril Kipriétaire , de le déchirer et d'en jeter les feuiU au vent. Et ce que nous refusons à l'auteurt 1 respect pour Dieu , premier auteur des livresl

IS

ariJ

iriB rosi

ordez, T<]|^^| ïtre lin scoRH

que vous appelez saints , vous l'accordez un hérilier qui sera un idiot, peut-être ou un fou I Et c'est au nom des services inunemei qu'un livre peut rendre à rLumauîté que vous reconnaissez îi un Individu , qui ue l'aura pas lait « livre, qui souvent sera hors d'état de le comprendre) l'inconcevable droit de le détruire! Car si vous admettez ce fait comme peu probable, il faut du que vous le teniez pour légitime , sous peine à renverser d'une moin l'édiflce que vous élevez Je ,j l'autre, sous peine de décréter la propriété eu iipouillant le propriétaire des prérogatives qui b constituent. Se figure-t-on l'Évangile apparleniul. Je, par droit de succession, à monsieur un tel ? Sa fr j gure-t-on un spéculateur achetant le droit exclusif de mettre en vente le salut du genre humsio!

, a, Enûn, cela est-il possible ? celle richesse éw » luelle et fugitive qui résulte de la propagali» m, » matériahsée de l'idée par l'impression et parli » livre est-elle de nature à &tre saisie, fiiie* » réglementée sous forme de propriété? A » question, le fait avait répondu pour nous.

» propriété existe , se vend , s'achète » comme toutes les autres. Nous n'avions qn'i' » dier ses procédés, et è régulariser ses coiiJitioBiT *, » pour la faire entrer complètement dans l« ^Huine des choses possédées et garanties i

SSeiirs. C'est ce que nous avons fait. « M, Berville a si victorieusement répondu à ce sage du rapport de M. de Lamartine, que nous saurions mieux faire que de reproduire textaelïent ici les paroles de M. Berville :

tt En proclamant la propriété , soit perpétuelle , t cinquantenaire, ce qui, dons la pratique, aboupresque au même résultat , vous sortez des mains (' auteur, vous rencontrez les héritiers . Eh bien ! héritiers , passe encore pour la première généion, en supposant toutefois que ce ne soient pas 1 collatéraux; mais une fois que ces héritiers nnent à se disséminer, où les prendrez vonsî udra-t-il que la propriété littéraire soit formulée une sorte d'aristocratie, qu'elle ait ses Chévrin ses d'Hozier? ou faudra-t-il avoir un livre d'or nme â Venise ? Ce n'est pas tout : ce droit que is accordez, ce n'est pas seulement aux héritier* 'il est donné ; la propriété n'est pas transmissit seulement par héritage ; elle l'est encore par île, par donation ; vous l'accordez donc aui cesnnaires; et comme ces contrats ne sont pas clio- {publiques, il faudra les deviner, il faudra savoir &' i vous adresser. Où s'arrêteront vos recherches ? » M. Berville a raison. On ne saurait étendre l'eser- ;e de la propriété littéraire sans s'approcher de M en plus du chaos. En concluant de cq qui eaU

possible avec le délai de vingt ans, à ce qui serait possible avec le délai de cinquante. M- de Lamartine n'a pas vaincu la difficulté : il l'a éludée. 11 n'a pas pria garde qu'à mesure que les années se sudcèdent, la propriété littéraire change do maiu et n divise do telle 5orte qu'il devient enfin impossiblt d'en suivre la trace.

Le rapport de M. de Lamartine ne prouve doDC rien de ce qu'il voulait prouver.

Mais que dire de la discussion à laquello il * donné lieu?

M.G.Cavaignacaécritdanslo/uMrnalduPmfjf an article où se trouve traitée d'une manière trètélevée la question qui nous occupe : t L'homme ii talent ne doit pas plus qu'un autre âtre esclave de la misère; mais s'il ne s'adonne point volontaiToment à cette indépendante pauvreté qui sied oui Âmes Tories, aux existences simples, du moins il oe doit pas nourrir les idées de luxe , ni les goùts^ les inspirent. Lorsqu'un écrivain aime l'argml peut toujours douter qu'il ait du talent ou qu'i conserve. S'il en a, l'avarice le dégrade, le l'énervé. S'il en avait, l'écrivain ne chercborail. ee me semble, son plaisir que dans son esprit même et dans sa renommée ; que dans sa conccptiou, d<M 80a inDucnce : il n'aurait pas besoin , sans douli^ lissanccs d'Uarpagon ou de Tun^ifi^.

lÙtSJIU^

lu'iH le m%

société n'a plus rien de ces conditions cénobitiquefi tien de ces existences graves qui conservaient dd tnoins la tradition des mœurs austères et désinté-^ ^ssées, des règles d'isolement et d'abstinence, de! USévouements modestes et fidèles. Plus de Bénédié* <ins labourant à l'écart quelque coin du monde sauvant ; filus de missionnaires portant au (oîn leur* Idoctrines , jusqu'au fond de contrées sans échoi pour leur nom ; plus de corporations enseignantes ke cloîtrant dans la sobriété et l'obscure utilité de*, iotléges. Tout cela certes se mMalt à trop d'aboA ït de vices ponr que nous en regrettions le temps; nais nous regrettons l'eiemple de ces nobles et graves habitudes de désintéressement, de retraitai ie dévotion au bien et à l'étude. C'est un rôle vacant aujourd'hui, et que nous voudrions voir rem* pli par des hommes de lettres dignes de ce nom. » ' Voilà de nobles pensées , noblement esprimé*^! Bt la chambre aurait dû se placer A cette hauteù ^nr discuter la question. Mais Taire de la pensée tee chose, et chercher péniblement combien durent ^r une Tamille la possession de cette chose ; mais Spnber toutes les arguties que peut fournir l'esprit le chicane pour arriver 6 savoir si les créancîen l'un éditeur, par exemple , pourront, oui onnon>

Kre ses mains le génie d'un grand hommflj Bige d« leurs créances ; et si le mari, dans

le régime de la communauté, aura lo droit, comnc chef de l'administraliou , de publier, sans l'aveu de la femme, les ouvrages de son conjoint; et si c'est à la femme qu'appartiendra, sans restriction , le droit de pubjier les œuvres posthumes de ton mari, etc., etc. ; tout cela est puéril, tout celaest misérable. De ces querelles de procureur, cjue de* vail-il éclore? Qu'on eo juge :

1° Le droit exclusif de publier un ouvragées! occordé à l'auteur et à ses représentants pendant toute la vie de l'écrivain et trente ans après sa mort;

2" Ce droit est déclaré insaisissable dans la pei* EoDoede l'auteur, etsoisissable seulement dans celte du cessionnaire, et par les créanciers de cclui'ô;

3° A défaut de convention espresse, l'niilcui n'wt censé céder qu'une première édition.

Telles étaient les principales dispositions de la in proposée d'après les principes émis dans le rap|ion de M. de Lamartine. La conclusion était di^iic ii l'eiorde. O Descartes ! ô Montaigne ! 6 Pascal I i Jean-Jacques I ô vous tous dont les écrits ont livre à la nation française la royauté intellectuelle du ntoude, que diriez-vous si vous pouviez voir qud triste usage on fait de votre renommée, et le triomphe de quelle cause ou invoque vos immortels?

Du moins, si ce qu'on enlève à la majesté

quel ^

iction, on l'ajoutait au bien-être de ceux qui xercent dignement I Mais , parce qu'on aura indu de vingt à trente ans la jouissance de Théier, s'imagine-t-on que le sort des liommes de très sera bien réellement amélioré? L'écrivain urageax qui consacre les trois quarts de sa vie à

ouvrage destiné à peu de lecteurs en sera-t-il eux rétribué? Le jeune homme qui n'a ni relans, ni fortune, ni renommée , en trouvera-t-il is aisément un éditeur? La vogue en sera-t-ello tins acquise à tout auteur qui (latte les travers

les vices de son époque , au détriment de ï les redresse, les combat et les flétrit? Voilà

plaies qui appellent un prompt remède. Et ou u de songer h les guérir, nos législateurs se préïnpent... de quoi? J'ai honte, en vérité, de le ■e: — Le petit-fils d'un homme de génie, mou-, it de faim, quel spectacle ! — Ce spectacle sen it douloureux, en effet. Mais comment le petit* 1 d'un homme de génie peut-il être exposé à mou-' ' de faim? Si c'est parce qu'il ne veut rendre à^ société aucun service, je ne saurais le plaindre.

c'est parce que ses services ne sont pas récomaisés comme il convient par la société, la faute

Ë votre organisation sociale : changez-la.

*■«""'!""!; .«moi. ■'«'*•

ORGAHISATION DU TRAVAIL.

4° Fsire en sorte que les livres ics meilleurs soient ceux qui coûtent le moins c^er ;

5° Créer une institution qui, par 5a nature, limite les bénéfices des contrebandiers littéraires, et ibatte celte honteuse tendance des écrivains k se itpéculatenisou ponnroyoïrs de la spéculation, ir atteindre, an moins en partie, les diverB Itais qui viennent d'être énomérés, nous proïrions ce qui suit :

'(^librairie sociale serait fondée par les moyens nr les bases indiqués dans ce lirre au chapitre mùnlion du travaiL «MGetta tibrairie sociale relèverait de l'État, sns n être asservie. Elle se gouvernerait elle-même, ferait dlc-inèrae. entre ses membres, U ri^prtitktndes bénéliceg obtenus par Icnr travail oommun, ajasi qu'il a été dit ^bb Tartifie f^récité. Seule> uent, sa coostitutiM serait in^ginairenieiit réglée par des statuts que l'Élat aurait rédigés ee farm© 4e loi, et dont il aurait à surreiller la stricte exé^ «■tioB (1). irtn

- fl) Je tead ranar^tmr à ce nijel tpt'k Veteeftian de H. Lmtt Bajbaii^- tous lt$ critiques qui oui liirii voulu i'ac(?upcr du ^etlt (wit Tnlilulé OrganisaHon du iravatl nous ont reprodié •4ltthargar VÈut d'une toogneinnMMa. parlant iinpo ""^ S'ils avakol luituirv livrr-i>lus uLteniivvmiml, ils aurai ^noija fUîsçns ije l'Élat, non pas le éireneurdes h

tel^fl

^ 0RGA3

Conformément à ces statuts, la librairie sociale n'aurait à payer aucun droit d'autear. Le pris its livres qu'elle jetterait diins la circulation serait diiterrainé d'avance par l'État, et calculé envnedi meilleur marché possible.

Tons les frais d'impression seraient k la chl de la librairie sociale. Un comité d'hommes i tés, choisi et rétribué par elle, recevrait les"^ vrages.

Les écrivains dont la librairie sociale édita les œuvres acquerraient, en échange de leurs d d'auteurs , dont ils feraient l'abandon , le i exclusif de concourir pour les récompenses nil nales.

Il y aurait au budget un fonds spéciale) destiné à rétribuer, sous forme de récompciM tionale, ceus des auteurs susdits qui, dans loi les sphères de la pensée, auraient le mieux t de la patrie.

Toutes les fois que le premier ouvrage auteur aurait été jugé digne d'une récompf tionale, il y aurait lieu à accorder une prime! librairie sociale. Cette prime aurait pour but i courager la librairie à prêter sou appui aux je4 talcns, et de l'indemniser des pertes anxqi protection pourrait quelquefois l'exposer. ^ représentants du peuple nommeraient,

^aftepi

DU TRAVAIL; 2IÏ;

aDoéc, et pour chaque genre de travail intellectuel, un citoyen qui serait rétribué par la librai- Bociale, et aurait mission d'esaminer, dans sa ouvrages sortis des presses sociales. Il une année entière pour approfondir les criqui seraient faites de ces ouvrages, étudier nnpression que la société en aurait reçue, interroff enOn l'opinion publique, représentée par ses lianes les plus intelligents, et non par la multitude ■engle des acheteurs. Au bout de l'année, il soulettrait auï représentants du peuple les résultats de m examen, dans un rapport motivé ot soigneuselent détaillé. Un mois après la publication de ce ipport , qui serait faite avec toute la solennil tDvenable, les représentants du peuple feraient^ ttre les auteurs jugés dignes de la reconnaissance :e la patrie, la répartition du fonds des réconipennationales. Il va sans dire que, dans cette t6~ 'srtition, on aurait égard h la nature des travaux t au temps employé pour les accomplir.

Ce système paraîtra naïf aux uns, bizarre aux itres, je le sais ; et déjà les objections s'élèvent en inle. Voyons un peu cependant.

Personne n'ignore de combieu d'obstacles est rnjourd'hui hérissée l'entrée de la carrière littéraire, ïtes-vous jeune, Ctes-vous pauvre, ètes-vous sL leufavorisé du destin qa'ilnevous ait xlonné qu'une

ce

Âl ORGANISATION

haute intelligence et un noblo cœnr îi heur à tous! Malheur à vous, surtont, yotre vocation a» s^iieiiit, vous n'aves iravailler pour l'avenir, avec l'amour d( «l sous l'œil de Dieu 1 Los difficulté»

Sur vos pas» et l'air manquera long-tel 4tre k votre intelligence. Les dispensât* de la gloire vous ri^pondront, si vous A supposer qu'ils soient en état devons ci que votre nom est trop obscur et votre «trieuse, que le liuccès n'appartient qal tations acquises et aux écrits décevants, de désordre s'est introduit dans les al siècle, pour qu'un éditeur prudent se bl blier à ses risques et périls un livre sons ou bien, ils vous épargneront l'humilil refus, mais en vous imposant les conditii dures, et en vous faisant de ta publicité spoliatrice.

Le système que nous proposons remède à co mal immense. En substiti Bociation qui traite an grand jour k de^\ isolés qui traitent dans l'ombre, il cou| fraudes el aui violences que provoque l'obscurit*; des relations privés. Il fai la publication des bons livres, noa bteurs, qui n'ont souvent d'aul

DU TAAVÂIL. lia

allé du commerce, mais d'Iiommos compéteatsj ju'il ÎDtéresse aa succès de loute œuvre utile 8|] 'ecommandable. En un mot, il tend à ouvrir uiM issue aux talents ignoriJs, ot à féconder tous les geM nés que la société cache dans son sein. J

Aujourd'hui, et sous l'empire, do jour eu jomti ^lus envahissant, des passions mercantiles, il est m^sj ufeste que la littérature se rapetisse, se corrompt, ' le dégrade, se prostitue. Les écrivains, n'ayant plus l'autre perspective que l'argent, et d'autre moyen l'en avoir que le commerce, la pensée n'est pli^ ;u'une affaire de courtage ; et comme la quaîit^i aaporte peu dans ce genre do tniGc, c'est sur fuintiic qu'eu spécule. On inonde le marché lauvais livres, et les perles restent à jamais enfj ^uies dans ce fumier. Adieu les travaux patients et ^ritoires! Est-ce que la cupidité peut attendre? ^eu le génie, qui est l'étude! Pour jouir de la îe, faut-il laisser venir la vieillesse? D'ailleurs, à l^oî bon? L'État n'existant que de nom, et lasoiété n'étant qu'un amalgame confus d'individus |;sta-posés, où serait l'acheteur des œuvres sur lespelles se consume toute une vie? La gloire ici Ifi viendrait pas même consoler le courage de la l^vreté. Car là où l'argent sert de récompense à 'écrivain, le jugement de la postérité, c'est l'af^ jience de ceuxquipaient ;el la gloire, c'est la vogUQH

en

Dana le système proposé, beaucoup de ces conTénients disparaîtraient. L'homme de lettres sfr rait élevé jusqu'à su mission, lorsqu'il aurait dorurt lui, comme encouragement à l'étude, la persp«ctm d'une récompense qui témoignerait de ses senice^ le dédommagerait de son désintéressement et le déclarerait solennellement créancier de son pays.

Mais, jusqu'à ce que cette récompense eût été obtenue, comment l'homme de lettres lutterait-îli s'il était pauvre, contre la nécessité de vivrctS imiterait Jean-Jacques : en dehors de son Irawil intellectuel, il se vouerait à l'esercice d'une prol» sion lucrative. La dignité de l'homme de letlTM, son indépendance, sa royauté, ne sont qu'à ce priL

lomme, grâce au ciel, a reçu de Dieu des apltis diverses. Pourquoi sa fonction serait-elle uiu, ^nand sa nature est multiple? Aussi bien, l'inleltigence ne saurait être continuellement en gestttien ; comme la terre, elle veut Être ménagée, d là variété des semences qu'on lui confie redouble n fécondité.

On demandera peut-Ètre ce que deviendraient dans notre système, les écrivains qui, prisant il gloire beaucoup moins que l'argent , u'accepleat pour juges que leurs acheteurs. Ceux-là auraient la ressource d'éditer eux-mêmes

■le les faire éditer , tout comme

is leurs œnwifci ne cela se j^H

DU TltAVAlL. 317

li. Leur condition, il est vrai, devienjiail avorable, puisque la librairie sociale ferait ncurrence sérieuse aux éditeurs particuliers. 3 quels (5crivaing esl-il ici question ? De ceuï r l'attrait que leurs livres em()riiiitent soit à lilé, soit à la corruption, aoït au scandale, our ainsi dire violence à la bourse d'un

nombre de lecteurs, et courent après les ■néfices. Or, quand le bénéfice des livres fu- I dangereux serait diminué au profit des bons où serait le mal ? Est-ce que la sociétiî peut ■ qu'on devienne démesurément riche en lu int, alors qu'en la servant on est exposé à rer pauvre'? Cela est-il équitable? Et la na~

sein de laquelle se produit ce honteux phée , ne penche-t-elle pas du côté des abtmes'i' système proposé aurait pour résultat inévitable lire le nombre et les bénéfices de ceux qui font msée métier et marchandise. Mais ce résultat ;n faveur du système, loin de le combattre.

s prévoyons une autre objection. On va nous r le danger de rendre l'Etat arbitre souverain iduclions de l'esprit. Mais pour peu qu'on y sse, on sera tout -à-fait rassuré. L'État, je le

serait le législateur de la librairie sociale, il raitpas le directeur, Une fois les statuts rédim s^V£illeiaitrexécutioa,camme il surveille

m ORGAMSATION

l'exécution de la loi qui détend d'escalader ntu maison ou de tuer un passant. Le se borneraïtMS intervention. Qu'anrait-elle d'absorbant et de tjrnnnique? Quant aux récompenses nationales, (e 110 serait pas le pouvoir eiéculif qui les décernerait, mais la société elle-même, représentée |<ir i;eu\ qui en forment l'élite, et qu'elle choisit ellemême pour la personnifier et la résumer. Qui uons répond, direz-vous, des lumières et de lo probité de ceux qui seraient appelés à désigner les candi* dats? Ce qui ïous en répond, je vois vous le ilitî en deux motM : leur intérêt, (^ar j'admets pourm moment, et l'hypothèse est exorbitante, quW assemblée choisisse un ignorant pour la guider ilam l'appréciation des oeuvres scientifîqiies : est-c« qu" cet ignorant accepterait une mission tîemblablfîi' est-ce qu'il s'exposerait de gaieté de cœur ù la ri)éi' du monde? Et si à la |itace d'un ignoront vdu> mettez un homme corruptible, quel excès d'audats et d'impudence ne lui faudrait-il pas pour braw •> responsabilité morale la plus lourde qui ait jamti'' pesé sur un homme? Qu'on le remarque bîun: il ne s'agit pas ici d'une académie délibérant i huî* clos , et composée d'hommes entre lesquels la f^ ponsabilité s'égare et s'évanouit; la responsabiKlt ici serait personnelle, nominative: il faudi ^^wisser ou l'ocrcpler lout entière. Ht puis

^■^ DU TRAVAIL. âl9

ccomplirait au grand jour, tout se ferait avec icntissemeiit. On aurait à se prononcer sur le is élevé de Idui* les thi^àlres, devant son pays, vant le monde entier. Le juge aurait eu toute e année pour former son jugement. Quand il xprimerait, la critique aurait déjà parlé; l'opim de tous les hommes intelligents serait cone : que de garanties, sans parler de celle qui miterait du choix fait par l'assemblée! Car, elque défiance qu'on ait des assemblées déllbéites, on nous accordera du moins qu'il est des estions devant lesquelles l'esprit de parti est ppé d'impuissance. ■

Au reste , que des erreurs fussent possibles , une reille objection est absolument sans valeur. A elle institution ne s' adresse- t-elie pas? Une sole se passera-t-elle de lois parce que le législa— ir n'est pas infaillible? Renverserez- vous vos trinaus parce qu'une erreur de jugement peut y îider dn la fortune d'un citoyen , de sa liberté , sa vie? Aussi long-temps qu'il y aura des anmes soumis aux écarts de l'intelligence, et pes des passions du cœur , tous les systèmes seit imparfaits. Ceux qui donnent la réalisation de rs idées comme une panacée universelle, d'un >t immédiat, sont des charlatans dont il faut se ier ou des illuminés qu'il faut plaindre. Quand

un système esl produit avec bonne foi, il confienl donc de l'eiaminer avt^c bonne foi , c'est-à-dire de chercher, non pas s'il est tout-à-fait exempt d'im|)erfeclions, mais si la somme des avantages qu'il présente n'est pas supérieure à celle des inconvénient) qui en découlent.

Notre système ne comprend pas la liltéraloK dramatique , parce que le spectacle étant un moye» direct de gouvernement, il y a lieu d'établir pour In littérature dramatique des règles particuliÉrts Ce sera le sujet d'un travail ultérieur.

Nous n'avons rien caché de notre pensée. Tau! pis pour ceuï qu'aurait blessés notre franchise! Mais nous nous devions, comme citoyen, de protester contre des doctrines qui aboutissent à l'allOn* tion de la liltératnre et à la dégradation des homme! de lettres.

M. de Lamartine a dit dans son rapport :

i< Que ne devons-nous pas à ces hommes doni nous avons laissé si long-temps dilapider l'héritage" Cinq on six noms immortels sont toute une Mtionalité dans le passé. Poètes, philosophes, leurs , historiens , artistes , restent dans la m* l'éclatant abrégé de plusieurs siècles et de toal peuple.

» Montaigne joue en sceptique avec le»- ^■|èmet en circulation en les frap]

moderDC. Pascal creuse la pensée non plus seulement jusqu'au doute, mais jusqo'è Dieu. Bossuet # épanche la parole humaine d'une hauteur d'où ellâfl n'était pas encore descendue depuis le Sina'i. Ra«il rine, Molière, Corneille, Voltaire, trouvent en notent tous les cris du cœur de l'homme. Monteft>9 quieu scrute les institutions des empires, invente la critique des sociétés et formule la politique; Rousseau la passionne , Fénclon la sancli6e , Mirabeau l'incarne et la pose sur la tribune. De ce jour, les gouvernements rationnels sont découverts, la raison publique a son organe légal, et la liberté marche au pas des idées à la lumière de la discussion. Mœurs , civilisation , richesse , influence , gouvernement , la France doit tout à ces hommet|| nos enfants devront tout peut-être à ceux qui viei drout après eux. Le patrimoine éternel et inépuï sable de la France , c'est son intelligence; livrant la généreuse part à l'humanilé, en s'en B servant à elle-même cette part glorieuse, qui I son caractère entre tous les peuples, le n'était-il pas venu d'en constituer en propriété perTl sonnelle cette part utile qui fait la dignité des lettres, l'indépendance de l'écrivain, lé patrimoine ^ de la famille et la rétribution de l'Etat? »

Ah! monsieur, lorsque vous laissiez tom its de votre plume, est-ce qu'aucune '

n'a murmuré dans votre cœur, tous /avertissant que vous vous égariez? Quand il s'agit d'apprécier l'imporlance des hommes de génie, voiis en faites des demi-dieux; et quand il s'agit àt régler leur sort, vous en faites des brocantetirsl Votre admiration les élève jusqu'au ciel, et votre système les précipite dans i'abtme! Votre talent vous a trahi, monsieur, ne vous en défendez pas. Votre éloquence même condamne vos conclusions, et je ne veux d'autre preuve contre vous que l« magnificence de votre langage. Non, il n'est pas possible qu'un poète ait été tout-à-fait sincère aver lui-même, lorsqu'il a invoqué tant de gloire et de grandenrà l'appui d'aussi misérables intérêts! Non! cela n'est pas possible. Je crois vous deviner , monsieur : riche et sans enfants, vous avez été sédtiil par cette idée qu'en réclamant le droit de bottrf monnaie pour les gens de lettres et leurs hénticT!), vous plaidiez une cause qui n'était point la vMk Pauvre, vous n'auriez jamais demandé que i munération des gens de lettres se soldât enij Père de famille , vous auriez cru suffisant poi successeurs l'héritage de votre nom. Vous vomil trompé vous-même; vous avez été généreui dupe du rôle désintéressé que dans cette i VOUE avait ménagé le destin.

i n'est pas un des moins tristes sympl

lOiil qui ronge aujourd'hui la société que cett^

I religion de riodustrialisme hautement professée

par un aussi grand poète que M. de Lamartine ,

par UD homme d'une intelligence aussi élevéeJ

Ainsi , l'industrialisme va rapetissant les siluoj

tions et les cœurs; il envahit les choses; il ;

I servit les hommes; il ose dire au poète lui-même J

I comme le tenlatear à Jésus : Si cadens adoraverii

I me, et le [loète se prosterne! Eh bien! laut qu'î

I nous restera un souflle de vie, et dût notre vois s

perdre dans l'immense clameur de toutes les cih

pidilés en émoi, nous combattrons, nous,

tendances dégradantes; nous demanderons que I^

' désintéressement soit conservé au nombre des

grandes vertus ; nous demanderons que l'honneur,

I que ta gloire, que ta satisfaction du devoir rem-

I pti, ne cessent pas d'être proposés pour but et

ipour récompense à l'activité humaine; nous demanderons qu'on n'appauvrisse pas l'hoi^me à ce point, qu'il ne lui reste plus d'autre mobile que I t'amour de l'or. Et à ceux qui ne savent pa

ce qu'il doit j avoir de noblesse dans l'âme d'uj I écrivain, nous rappellerons ces sublimes paroles d j Jean-Jacques (1):

' « Non , non, je te dis avec autant de vérité qud [ de fierté; jamais, en aucun temps de ma > I (1) Confuii'ins. l. f", |i. 131-135.

n'appartint à l'intérêt ni à l'indîgçîicc de m'épanouir ou de me serrer le cœur. Dans le cours d'une vie inégale et mémorable par ses vicissitudes, souvent sans asile et sans pain, j'ai toujours vu du même œil l'opulence et la misère. Au besoin , j'aurais |)U mendier ou voler comme un autre, mai) non pas me troubler pour en èlre réduit là, Jamsîs la pauvreté ni la crainte d'v tomber ne m'onEfail pousser nn soupir ni répandre «ne larrrik" Mon âme; à l'épreuve de la rerlurie,.ii!a coivnu de vrai; biens ni de vrais mauï que ceux qui ne dépendent pas d'elle; et c'est quand rien ne m'a manqué pour le néces^ire que je me suis senti le plus malliciirciis des mortels. •!

haprioiecmlï H«yiD«>iDEvDuriit, nieSiiaM

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