‹ Organisation et développement de l'Oncidie, Oncidium celticum cuvChapitre 19 sur 45 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Il nous reste, après avoir examiné en détail l’organisation et le développement de l’Oncidium celticum, à montrer quels sont les rapports de cet animal avec les autres Mollusques du groupe des Gastéropodes, à indiquer en un mot sa place dans une classification naturelle.

L’Oncidie est un Mollusque Gastéropode, cela est évident et ne saurait être mis en doute par aucun zoologiste.

Il est naturel de voir cet animal placé dans les Gastéropodes pulmonés par les auteurs qui ont prisle rein pour un véritable poumon, qui ne se sont pas rendu un compte exact de la respiration et de la circulation et qui, enfin, ignoraient complètement le développement ; mais, avec ceque nous connaissons maintenant sur l’Oncidie, cette position zoologique devient discutable. Cependant, malgré tout, par l’ensemble de ses caractères, comme nous allons le voir, on doil laisser l'Oncidie, et en général le groupe des Oncidiadæ, dans les Pulmonés.

Les Vaginules sont les Gastéropodes pulmonés avec lesquels l’Oncidie présente le plus de caractères communs ; malheureusement l’anatomie de ces animaux, malgré les recherches de de Blainville, J. Leydig et Keferstein, laisse encore beaucoup à désirer, etilsuffit d'ajouter que le développement est entièrement inconnu, pour montrer la valeur des rapprochements que l’on peut établir entre ces animaux.

On ne saurait tirer des caractères d’une grande importance de l’appareil digestif, qui, comme chacun le sait, est, chez les Gastéropodes,

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en rapport avec le régime de l'animal. Par sa disposition générale, il offre beaucoup de ressemblance avec celui des Vaginules ; comme chez ces animaux, l'anus est situé sur la ligne médiane, derrière l'extrémité inférieure du pied, sur le bord du manteau. Mais cette position de l’anus sur la ligne médiane n'existe pas seulement chez les Oncidies et les Vaginules ; on la trouve encore chez les Doris, les Phyllidies, etc. Enfin, la radula et la mâchoire offrent des points communs avec celles des Vaginules. |

Les caractères tirés de l’appareil circulatoire éloignent l'Oncidie des Gastéropodes pulmonés et rapprochent cet animal des Gastéropodes nudibranches. Le cœur est situé dans une position inverse de celle qu’il occupe chez les Pulmonés, c’est un véritable cœur de Gastéropode opisthobranche : le sang qui a respiré arrive à l'oreillette, placée inférieurement par rapport au ventricule, par deux vaisseaux branchio-cardiaques, exactement comme chez les Tritonies et les Phyllidies, ces derniers animaux ont, du reste, beaucoup d’autres points communs avec les Oncidies. La présence de sinus latéraux, desquels partent des vaisseaux qui vont se ramifier à la surface du manteau et dans les papilles branchiales, est encore une particularité qui éloigne l’Oncidie des Pulmonés pour la rapprocher d'un grand nombre d'Opisthobranches.

La disposition de l'appareil respiratoire diffère complètement de ce que l’on observe chez les Gastéropodes pulmonés. Il y a deux sortes de respiration : une respiration aquatique, qui est la plus importante, -et une respiration aérienne, qui, au lieu de se faire par un organe spécial, par un poumon, comme chez les Gastéropodes pulmonés, s'effectue par le rein. Ces différents caractères de l’appareil respiratoire, joints à un grand nombre d’autres, tels que la présence de papilles branchiales à la surface du manteau, font de l’Oncidium celticum, des Oncidies en général, et à fortiori des Péronies, des animaux bien différents des vrais Gastéropodes pulmonés, de ceux qui, en un mot, comme les Hélix, les Limaces, etc., ne peuvent respirer que dans l'air.

La présence de glandes spéciales dans l’épaisseur du manteau est un Caractère particulier au groupe des Oncidiadæ ; il en est de même des yeux dorsaux que Semper a décrits chez plusieurs espèces de l'océan Indo-Pacifique,

Le système nerveux de l’Oncidium celticum, par sa disposition générale, par le nombre des ganglions qui le constituent, par la concentration des différents centres et par les nerfs qui en partent, se rapproche incontestablement du système nerveux des Gastéropodes pulmonés et en particulier des pulmonés aquatiques. Le centre inférieur ou asymétrique diffère bien, il est vrai, par le nombre de ses ganglions, qui est de trois seulement, les deux ganglions qui ne fournissent pas de nerfs faisant ici défaut; mais il ne saurait y avoir là une différence d’une bien grande importance.

La situation des yeux à l’extrémité des tentacules est un caractère spécial aux Gastéropodes pulmonés stylommatophores.

Par son appareil reproducteur, l’Oncidie se rapproche des Gastéropodes pulmonés. La disjonction des orifices sexuels est un caractère commun avec certains Pulmonés aquatiques ou terrestres, tels que les Planorbes, les Limnées, les Auricules, les Vaginules, etc. Dans les Vaginules le canal déférent chemine dans l'épaisseur de la moitié supérieure du pied pour aller se terminer à la verge, quis'ouvre comme chez l’Oncidie à côté du tentacule droit. Cette disposition est chez Oncidium celticum portée pour ainsi dire à son summum, le canal déférent est intra-pédieux dans toute la longueur du pied. La distance entre l’orifice mâle et l’orifice femelle est aussi beaucoup plus grande que chez les Vaginules, le vagin débouchant à l’intérieur près de l’anus, par conséquent en arrière de l'extrémité inférieure du pied.

La présence de deux glandes de l’albumine est une particularité spéciale à l’Oncidie et qui, je crois, n’a été signalée chez aucun Gastéropode. Le mode d’accouplement, la forme de la ponte, le petit nombre d’œufs et leur réunion en chapelet sont autant de caractères qui rapprochent l’'Oncidie des Gastéropodes pulmonés.

Le développement, complètement différent de celui des Gastéropodes pulmonés, est identique à celui des Gastéropodes à branchies. La forme du voile et ses grandes dimensions, la forme du pied, la chute de la coquille et l'apparition ultérieure de branchies à la surface du manteau, etc., sont autant de caractères quifont du développement de l’Oncidie un développement en tous points comparable à celui des Gastéropodes nudibranches. |

Enfin les mœurs, qui ne sauraient fournir que des caractères secon-

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daires, sont les unes celles des Gastéropodes à respiration branchiale, les autres celles des Gastéropodes pulmonés.

En résumé, nous voyons que par ses appareils digestif, nerveux, et en partie par son mode de respiration et ses mœurs, l’'Oncidie est un Gastéropode pulmoné; tandis que par son appareil de la circulation, par les principaux caractères de son appareil de la respiration, par son développement tout entier et quelques-unes de ses mœurs, cet animal offre beaucoup de points communs avec certains Gastéropodes opisthobranches, tels que les Phyllidies, les Doris, les Tritonies, etc.

On peut, je crois, considérer l’Oncidie comme un Mollusque marin à respiration branchiale qui tend à devenir terrestre et à acquérir une respiration pulmonaire. C’est, si l’on veut, le premier pas, Te les Mollusques Gastéropodes, vers la respiration aérienne.

Si par la dénomination de Gastéropodes pulmonés on désigne les Gastéropodes qui possédent un vrai poumon, c’est-à-dire un organe tout particulier spécialement affecté à la respiration aérienne, l’Oncidie doit être justement retirée de cet ordre de Mollusques; mais si l’on comprend dans ce groupe tous les Gastéropodes susceptibles de respirer l’air en nature, il est naturel d’y placer l’Oncidie et le groupe des Oncidiadæ en général, vu que ces animaux offrent de nombreux caractères communs avec plusieurs types de Pulmonés C'est du reste de cette dernière manière que le groupe doit être envisagé ; nous savons en effet que plusieurs Pulmonés peuvent vivre pendant un certain temps dans l’eau sans venir respirer à la surface, nous savons aussi que dans le groupe des Limnæidæ il y a des espèces à respiration aérienne que chacun connaît et d’autres, comme l’a montré M. Forel * qui habitent les eaux profondes et respirent simplement l’air dissous dans l’eau.

Préciser la position que doivent occuper les Oncidiadæ dans le groupe des Gastéropodes pulmonés est chose impossible pour le moment; il est indispensable pour cela de connaître, d’une facon beaucoup plus complète, d'abord les animaux que l’on place actuellement dans les Oncidiadæ, puis certains Pulmonés tels que les Vaginules et plusieurs genres exotiques de Limacidæ.

1 M. Forez, bien connu par ses belles recherches sur les glaciers, a retiré des grandes profondeurs du lac de Genève une espèce de Limnée (Limnæa abyssico!a), qui y vit habituellement, ayant sa poche pulmonaire complètement remplie d’eau ef s’en servant comme d’une branchie,

Avec les classifications actuelles, on peut, comme le fait Woodword dans son manuel de conchyliologie, placer les Oncidiadæ dans les Pulmonés entre les terrestres et les aquatiques, à la condition d’en retirer les Vaginules, que cet auteur range dans les Oncidiadæ, et qui, par leur système nerveux et beaucoup d’autres caractères, doivent prendre place dans les Limacidæ.

Ihering à tenté une classification basée sur la conformation du système nerveux. C'est, je crois, le meilleur criterium à employer pour arriver à grouper les Gastéropodes d'une façon naturelle ; malheureusement, malgré les nombreux travaux publiés sur ce groupe, nous connaissons encore trop insuffisamment le système nerveux pour pouvoir le prendre comme base de classification.

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