CONCLUSION
Me voilà an-ivé au terme de l'élude f|i!c je me suis proposée dans cet ouvrage : V l lis loir e des fonctions du corps humain. iMon travail a dû se borner à uuetlescriplion rapide des organes et des divers phénomènes dont ils sont les inslrunienls. Devrais-je, maintenant, chereher à deviner les conditions au\(juelles est subordonnée l'union de l'être moral avec l'elre organique? devrais-jc, en partant de l'élude de la matière, essayer de remonter jus([u'au\ sources de rinlelligence , alin de saisir, s'il est possible, l'alliance de l'ànie et du corps? beaucoup l'ont malheureusement tenté, et ont cru pouvoir attribuer aux organes une puissance (pie la raison ne pouvait comprendre et (pie rexpérience elle-même ne devait pas découvrir.
Hàtons-nous de le dire, toutefois; gri'iee au progrès des esprits et à la marche des éludes philosophiques, on n'a plus à s'inquiéter des systèmes psycliologi(jues qui s'appuyaient sur ces sortes d'expériences. Le temps est loin de nous où Cabanis et ses téméraires sectateurs pouvaient proclamer, sans contradiction , (pie le cerveau fait des idées avec les sensations, comme l'estomac fait du chyle avec les aliments ; et la philosophie aujourd'hui se borne à mépriser, sans les combattre, les systèmes dans lesquels le matérialisme s'est épuisé en vains efforts pour montrer comment l'homme éprouve la sensation, comment la sensation devient le sentiment du moi, et comment enlin elle se modifie par la réflexion et se transforme en idée. La raison humaine n'a plus à subir le triomphe humiliant de pareilles doctrines, et on en a fini pour toujours de celle phvsiologie brutale
voulant expliquer, par le mécanisme grossier des sensations, la mystérieuse action de la conscience qui, en se repliant sur elle-même, sent (fu'elle sent, compare ses sensations, rend présentes des sensations anciennes, comprend môme les sensations d'autrui et se les approprie par la méditation.
« La doctrine grossière de Cabanis , dit le savant » physiologiste Bérard dans sa Doctrine des rapports » du physique et du moral, suppose une ignorance ab- » solue de la métaphysique et de l'observation de l'es- » prit; elle déshonore la raison humaine dans l'état » actuel de son perlectionnement... »
« Le mécanisme des sensations ne peut expliquer les » actions de l'intelligence, disait Euler: la liaison que » le Créateur a établie entre notre àme et notre cerveau » est un si grand mystère , que nous n'en connaissons » autre chose sinon que certaines impressions laites » dans le cerveau, où est le siège de l'ànje, excitent en » elle certaines idées ou sensations; mais le comment » de cette influence nous est absolument inconnu. »
Nous sommes heureux de le reconnaître, de nos jours les sciences, en changeant de face, n'ont rien perdu de ce (qu'elles ont de propre à nous élever à Dieu. iJne fois appuyées sur cette base solide, elles marchent avec hardiesse dans l'étude des phénomènes de l'univers; et leurs progrés même sont d'autant plus sûrs, qu'elles n'ont point à craindre de tomber dans des erreurs matérielles, et d'aller se perdre dans des profondeurs sans fin.
Aussi, nous n'hésitons pas à le dire, la physiologie est une science vaine, dès qu'elle ne commence pas par admettre un Dieu et une Ame. Elle peut, à force de travaux, parvenir à connaître la structure physique de
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l'hommo, inniscllc ne peut, d'elle-même et par la simple étutlc de la malière, s'élever jusqu'à sou esprit; elle roule éternellement dans le cercle des causes secondes, la cause réelle lui échappe.
Il faut donc en venir à Dieu, (pii est la raison primitive de tout ce qui est et de tout ce (|ui se comprend dans l'univers. C'est de ce point (|u'il faut partir, c'est à ce point (pi'on est ramené-, et toute physiologie ((ui croirait se sulfire à elle-même, bâtirait des théories et creuserait des abîmes, sans pouvoir jamais loucher le terme des difficultés qui déconcerteraient ses recherches.
C'est en sounieltant la physiologie à un tel ordre d'idées, que Bossuet lui donna le caractère de grandeur que son génie imjtrimait à tous ses travaux. Dans le livre admirable dont nous avons cité (juelques passages, au commencement de cet ouvrage, et qui semble inconnu à la plupart des savants de notre époque, ce grand évoque a contemplé avec émotion les rapports de l'âme et du corps, et étudié avec sécurité les merveilleux secrets de l'organisation humaine, parce qu'il n'avait pas la témérité dangereuse de vouloir e\|)liquer les mystères de rinlelligeuce. C'est le sentiment profond de tout ce qu'il y a d'élevé dans de paicilles recherches, fjui inspirait à saint Bernard celte [)ensée philosophique : .S7 le nescieris, eris similis œdificanli sine fundanienlo, riiinam non slrucluram faciens.