DES FO^JCTIONS DE RELATIONS
Deux ordres d'appareils servent, chez les animaux, à l'exercice des fonctions de relalions :
Les appareils des mouvements;
Les appareils des sensations.
A l'aide des premiers, l'animal peut se transporter d'une place à une autre, rechercher ce cpii peut le servir, et éviter ce qui peut lui nuire. 11 doit cette faculté de translation à des organes charnus que l'on nomme muscles. Par leurs attaches sur la charpente solide du corps, les nuiscles en font mouvoir les diirérenles parties les unes sur les autres, et opèi'cnt ainsi des mouvements de totalité.
Les appareils des sen.sations servent à la perception des objets extérieurs. A cet effet certains organes, dépendant du système nerveux, sont disposés pour recevoir des sensations, et c'est par leur entremise que les qualités des corps se révèlent à l'esprit.
Or, pour (ju'un animal reçoive une sensation quelconque d'un objet extérieur, il faut que rinq)ression soit transmise par les nerfs jusqu'au cerveau. Cet organe est, à la fois, l'instrument de la volonté et le siège principal de la fticulté de sentir; cela est si vrai que, lorsque, par suite d'une blessure ou d'une forte conqjression , le cerveau ne peut plus remplir ses fonctions,
l'animal devient insensible, cesse d'exécuter les mouvcnienls volontaires cl londje dans un état qui ressemble à un sommeil profond.
Ainsi , c'est aux sensations que l'homme doit ses rapports Nolonlaires avec le reste de la nature, c'est par leur intermédiaire qu'il a la conscience des changements ([ui s'opèrent en lui.
;t B»Py%KEIL,f«» »E§» MO U V EUE iVT S.
Les mouvements résultent du concours de deux natures d'organes distincts : les os et les muscles. Pour que les mouvements puissent s'exécuter avec précision , il faut que les muscles soient attachés à des parties dures, soit intérieures, soit extérieures, lesquelles servent de leviers, et prennent des points d'apjiui les unes sur les autres. De là celte division très-naturelle de l'appareil de la locomotion en deux genres : l'un composé des instruments passifs de cette fonction, et l'autre de ses organes actifs. Les os et leurs dépendances sont les premiers ; les muscles et leurs annexes constituent les seconds.
Inslrumenls passifs du mouvement.
L'homme et tous les autres mammifères, ainsi que les oiseaux, les reptiles et les poissons, ont dans leur structure des parties solides et résistantes (pie l'on nomme des os. La réunion des os entre eux constitue le squelette, espèce de charpente (pii donne au corps sa force, détermine en grande partie ses dimensions et ses formes, et seit à proléger les organes les plus importants à la vie. Le squelette est le fondement sur lequel s'ap-
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puio l'édilicc eulior du corps de l'iioinmc, et ses nombreuses pièces arlicnlées les unes avec les autres forment tantôt des soutiens aux membres pour la locomotion , tantôt des cavilés protectrices pour les appareils de la sensibilité ou pour les organes des fonctions nutritives (Pi, 7).
On trouve un squelette chez presque tous les animaux; mais il n'est point, dans tous, conformé de la même manière: chez les uns, comme chez les crustacés et les testacés, dans quelques poissons et reptiles, etc., il est, en tout ou en partie, à l'extérieur; chez les autres, comme dans les oiseaux , les mammifères, il est à l'intérieur. Quelquefois il est cartilagineux : les raies et les squales nous en offrent un exemple; quelquefois il est fibreux : c'est ce (jue nous voyons dans la plupart des insectes coléoptères; le plus souvent il est osseux.
Lorsque, dans le cabinet de l'anatomiste, les os sont encore réunis par leurs ligaments véritables, le squelette s'appelle naturel^ et on le distingue en frais et en sec ; lorsqu'au contraire ils sont joints entre eux par des liens étrangers à l'organisation , comme par des fils d'argent , de laiton , de chanvre , par des cordes de boyau, etc., on le nomme artificiel.
Les os sont les parties les plus dures, les plus solides, les plus compactes et les plus résistantes du corps; peu flexibles, non extensibles, ils peuvent se briser avec facilité. Ils sont formés d'une espèce de cartilage composé de gélatine (substance qui constitue la colle-forte), et dont toutes les lamelles et toutes les fibres sont encroûtées d'une matière pierreuse composée de chaux unie à des acides particuliers (acide phospliorique, etc.). Lorsqu'on brûle des os, cette matière pierreuse reste seule et se réduit en poudre au moindre frottement;
lorsqu'on les fait licmper dans de l'acide hydiochlorique, liqueur qui a la propriété de dissoudre cette luatiùre pierreuse, on les réduit à l'état de carlilage.
Les os qui consîitucnt le S(|ue!eltc sont unis entre eux par des articulations assujeilies à l'aide de liens flexibles : ces articulations changent de nom suivant leurs formes et leurs usages. Si l'articulation qui unit deux os leur permet d'exécuter des mouvements les uns sur les autres, elle est appelée mobile; si l'articulation n'est au contraire qu'un moyen d'assurer l'union d'un ou de plusieurs os, elle est appelée immobile. Plus une articulation est mobile, moins elle est solide j et plus elle est solide, moins elle a de mobilité.
Les os qui constituent les membres forment des colonnes brisées dont le nombre des pièces augmente à mesure qu'on s'éloigne du tronc (PI. 7, lig. 1 et 2) : la partie moyenne des os, ordinairement cylindrique, ollVe toujours moins de volume que leurs extrémités, (jui sont en général renllées, //, / (Pi. ", iig. id.). Une cavité intérieure occupe leur longueur, et, tout en diminuant leur pesanteur, n'ôle rien à leur solidité. La substance des os longs n'est pas arrangée de la même manière dans toute leur étendue. A l'extérieur elle est trèsdense, et, à cet état, elle porte le nom de substance compacte; elle occupe toujours le milieu dans les os longs, leur partie moyenne, étant la plus exposée, de- \ait avoir le plus de solidité. L'épaisseur de cette substance compacte diminue beaucoup vers les extrémités des os, qui, pour offrir une solidité égale, devaient aussi être plus volumineuses que le corps. A l'aide de ces dispositions, les surfilées articulaires par lesquelles les os sont unis se trouvent, à ces mêmes extrémités, d'une étendue convenable à leurs usages, o (Pi. 8, lig. 15), b
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(Pi. 9, fig. 7), On conçoit, en effet, que si les os s'étaient touchés par de petites superficies, leur mode d'union eût été extrêmement faible, ils n'auraient pu se prêter à des mouvements que d'une manière incertaine et mal assurée, et leur dérangement serait devena aussi commun qu'il est rare. D'un autre côté, le volume des extrémités articulaires sert à écarter les muscles du centre des mouvements; cette disposition, qui empêche qu'ils n'aient une direction trop oblique, leur fournit le moyen de produire un plus grand efïet, 6, c, rf,e,/',(Pl.8, fig.l3).
Les os courts sont formés presque entièrement de substance spongieuse, ce (pii diminue leur pesanteur en augmentant leur surface. Les os plats forment les parois des cavités protectrices des organes intérieurs; ils fournissent aussi aux muscles des points nombreux d'insertion (Pi. 9, fig. 3).
La surface articulaire des os mobiles est recouverte d'une substance élasli(jue qui peut supporter les plus fortes pressions et amortir les chocs les plus rudes. Celte substance , appelée cartilage, est enduite d'une humeur visqueuse, destinée à favoriser le glissement des extrémités articulaires, c'est la synovie.
Toutes les articulations mobiles ne se ressemblent pas. Les extrémités des os qui concourent à les former se correspondent par des surfaces dont la configuration est réciproque. Elles sont, en général, les unes convexes, les autres concaves; les degrés différents de concavité et de convexité leur ont valu des dénominations spéciales.
Les os sont unis entre eux par des parties fibreuses nommées ligaments. Ce sont des gahies très-résistantes et très-fortes qui entourent l'articulation, tenant par
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leurs deux bouts aux deux os dont elles assiireiU la réunion.
Les articulations présenlcnl une foule de difFérences dans leurs mouvements. La rotation est propre à quelques-unes : tantôt elle s'exerce sur un seul pivot, comme on le voit dans l'articulation de la tète sur le cou (Pi. 7, lig. 1); tantôt il y a deux pivots, comme dans la double articulation des os de l'avant-bras entre eux o (PI. 8, lig. 10). Il y a des mouveu)enls d'opposition ou angulaires, ce sont ceux où les os forment, l'un avec l'autre, des angles plus ou moins ouverts. L'opposition est quelquefois bornée aux mouvements de llexion et d'extension, comme au coude, au genou, etc. ; d'autres fois elle est vague et peut avoir lieu dans quatre sens principaux et dans tous les sens intermédiaires, comme ou le voit au bras, à la cuisse, etc. h f{V\. 7, lig. i).
Tronc.
Le squelette se divise en tronc et en membres. Le tronc est composé de la tète, de la colonne vertébrale, de la poitrine et des hanches.
La colonne verlêbrale, ou épine du dos, a, «, a, co, (Pi. 10, lig. 'i) et V. V (Pi. 7, lig. 1), occupe la ligne médiane du tronc. C'est une tige osseuse, symétrique, creuse, llexible en tous sens. Etendue entre la tète et le bassin, elle forme un long levier, mobile sur lui-même, point d'appui commun et centre de mouvement de tout le squelette; elle se compose de petits os courts, ou rcrlèbres f superposés longiludinalement les uns sur les autres. Elle présente, dans toute sa longueur, un canal formé par un trou dont chaque vertèbre est percée b (PI. 9, lig. 8, et Pi. 10, lig. 2. Soulevez le lambeau). La
colonne vertébrale présente quatre courbures en sens opposé (id. i\ V, v", s,) (jui corresponileiit au cou, au dos, aux lombes et au bassin ; l'utilité de ces incurvations est démontrée en physique d'après ce fait que, de deux colonnes élastiques, semblables pour la matière, le volume et l'étendue, mais dont l'une est droite et dont l'autre présente des inllexions en sens inverse , la seconde résiste plus que la première à une pression verticale, parce que le mouvement se trouve concentré dans chaque courbure. Ainsi dans la fig. 6 de la PJ. 9, où j'ai mis en regard la portion inférieure de la colonne vertébrale et un fragment de colonne droite : si un choc se faisait sentir au point a, son action serait décomposée et par conséquent affaiblie dans les divers os 1, 2, 3, 4, 5 de la colonne courbe a fe; mais elle resterait pleine et entière sur les pièces de la colonne droite Cf/. Il est facile de voir, en effet, (jue les parties de la colonne v (Pi. 40, fig. 2) sont obliques les unes aux autres, tandis que celles de la colonne v se louchent par des plans horizontaux.
La colonne vertébrale a la forme d'un os long; mais il s'en faut bien qu'elle en présente les caractères. Destiné à recevoir et à transnietlre aux extrémités inférieures le poids de tout le tronc, le long levier vertébral devait être exlrêmement résistant, et d'une résistance progressivement croissante de haut en bas. Destiné à servir d'arc flexible, d'organe centiale de locomotion , il devait être doué d'une grande mobilité. Enfin, organe protecteur de la moelle épinière, il devait présenter une grande solidité. Or toutes ces conditions se trouvent remplies par un mécanisme fort ingénieux , par la division de ce levier en une multitude de petites colonnes dont chacune jouit d'un mouvement peu élen-
du ; en sorte que de la réunion de ces petits mouvements résulte un mouvement de totalité considérable. Ces petites colonnes osseuses sont séparées par de petites colonnes plus petites ou rondelles, ou disques; disques intervertébraux, flexibles, élastiques, moyen d'union des vertèbres en même temps que moyen de locomotion: car les mouvements sont mesurés par la mollesse et la flexibilité de ces corps intermédiaires. Chose remarquable, cette division de la colonne vertébrale qui semble au premier abord n'avoir hait qu'à la locomotion, et en raison inverse de la solidité, cette division même concourt puissamment à la solidité. Supposez en eflet que ce long levier de deux pieds et demi ne forme qu'un seul et môme levier, qu'un seul cylindre, de même que le crâne ne forme qu'une boite osseuse; alors la moelle épinière devra remplir le canal vertébral , de même que le cerveau remplit le crano : et alors que de fractures par les chocs les plus légers, et surtout que de compressions de la moelle !
On a dit, peut-être avec un peu d'exagération, que la colonne vertébrale avec ses courbures était seize fois plus résistante qu'elle ne le serait si elle était droite. Si l'on détermine exactement le rayon de chaque courbure, en comparant le sinus de l'arc avec la longueur de l'arc ou de la corde, on arrive à ce résultat que les courbures sont toujours en raison directe les unes avec les autres, et qu'elles varient chez les divers individus beaucoup plus qu'on ne le croit communément. Quoi qu'il en soit, indépendamment du plus de solidité, on ne peut s'empêcher de reconnaître, dans ces inflexions alternatives, un autre but auquel concourt la division des vertèbres; c'est de s'opposer avec eflîcacité, par cette môme décomposition dos mouvements, aux coni-
motions du cerveau qui auraient eu lieu par le moindre choc, si la colonne vertébrale eut élé droite.
On a divisé les os de la colonne vertébrale en cinq régions dont ils prennent les noms : 1" la région cervicale v (Pi. 10, tig. 2), qui constitue la charpente du cou; elle est composée de sept vertèbres; 2" la région dorsale ou thoracique v' (id.), elle donne aitache aux côtes qui constituent la poitrine; les vertèbres de cette région sont au nombre de 1*2 ; 3" la région lombaire v" (id.), qui termine inférieurement la colonne vertébrale; elle est composée de cinq vertèbres; 4" la région sacrées (id.), qui s'articule avec les os des hanches et se compose de cinq vertèbres soudées de façon à ne plus former qu'un seul os appelé sacrum; 5" eniin la région caudale ou coccfj g ie une co (id.), (jui chez l'homme ne se compose que de quatre vertèbres extrêmement petites, cachées sous la peau, mais qui chez beaucoup d'animaux prend un grand accroissement.
La télé repose sur l'extrémité supérieure de la colonne vertébrale et se divise en deux parties : la face et le crânez, m, m' (Pi. 40, hg. 2). La face, située en avant et au-dessous du crâne, forme la moitié inférieure de l'ovale antérieur de la tète. Sa forme est celle d'un triangle irrégulier composé de deux moitiés symélrir ques. Sa structure est lrès-compli(juée : destinée à loger les organes des sens, elle constitue une aggloméralion de loges osseuses juxta-posées; en sorie (|ue sa niasse, quoique d'un volume considérable, est cependant assez légère. Ces loges communiquent ensemble par un nombre considérable de trous, de fentes, de scissures et de canaux osseux, par lesquels passent des vaisseaux et des nerfs. On divise la face en deux parties : la mâchoire supérieure et la mâchoire inférieure.
La mâchoire supérieure est composée de plusieurs os dont les plus importants sont : l'os maxillaire supérieur m (id.) , l'os de la pommette z (id.) , les os du nez , etc. La mâchoire inférieure est composée d'un seul os?;z'(id.); cet os, ainsi que le maxillaire supéiieur, présente un bord creusé de petits trous, que l'on nomme alvéoles, dans lesquels les dents se développent et sont maintenues (Pi. 15, fig. 1).
Les os de la face ne sont liés avec ceux du crâne que par des apophyses très-peu étendues mais qui jouissent d'une grande solidité. Pour bien comprendre le mécanisme de cette charpente osseuse il convient de l'examiner de bas en haut en faisant abstraction de la mâchoire inférieure, qui en est isolée.
La mâchoire supérieure (Pi. 7, fig. 2) ne se compose inférieurement que de l'arcade dentaire qui en constitue la base : les deux os sus-maxillaires forment une voûte transversale et se servent réciproquement d'appui sur le plan médian. De la voûte palatine et du bord alvéolaire partent cinq colonnes osseuses : au milieu la cloison nasale; et de chaque côté , l'apophyse montante et la crête malaire. La première rejoint immédiatement le frontal , et la deuxième l'os jugal. Ce dernier os forme latéralement la clef de la voûte de la face, et transmet les poids par quatre colonnes osseuses : en bas la crête malaire, en avant le bord inférieur de l'orbite, en arrière l'arcade zygomalique du temporal, en haut l'angle supérieur frontal, ifnfin de chaque côté il existe, en arrière des tubérosités maxillaires, une colonne verticale, l'apophyse plérygoïde, qui lie le sphénoïde à la mâchoire supérieure. Ainsi les os du crâne et de la face ont en commun neuf points d'appui.
Le crâne est une vaste boîte osseuse, ovoïde, plus
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lai'j^c el plus c'lc3vée en arrière (ju'cn avant, enveloppe proleeliicc du eciveau el du cervelet. Il se compose d'une l)ase que surmonte une voùle. Dans sa structure générale, il offre un os central, le sphénoïde, sur le- (juel viennent s'appuyer, en arc-boutanls, une série d'os larges, aplatis et incurvés, (pii se rejoignent supérieurement en inscrivant la voùle, et sont maintenus réunis par la pénétration récipro(iue de leurs sutures : ce sont, sur le plan médian, deux os impairs, \e frontal c (PI. iO, lig. 2) et ïoccipUal 0 (Pi. 7, lig. 1); latéralement, les temporaux l (PL 10, lig. 1) et \q^ pariétaux p (Pi. 10, iig. 2). Enlre le sphénoïde et le frontal se trouve, comme encliàssé, Yelhmoide.
Le crâne n'est autre chose qu'une enveloppe osseuse du cerveau super-ajoutée à l'enveloppe fibreuse, et représentant, à sa surface interne , les dépressions et éminences delà surface correspondante du cerveau. Avant son ossification complèle, le crâne éprouve un retrait ou un développement proportionnel au retrait ou au développement du cerveau-, jusqu'à cette époque cette cavité est, en quelque sorte, le moule ou le re|>rcsentant lidéle du cerveau. Si le cerveau s'atrophie, le vide est renq)li par de la sérosité; s'il s'hypertiophie, cet organe éprouve une compression funeste.
Lorsque le crâne reçoit un choc ou subit une pression prolongée sur un point quelcon(jue de sa voûte, au sommet, en avant, en arrière ou latéralement, le mouvement se propage dans tous les sens , se décompose dans les diverses articulations, et se transmet à la base de cette cavité. Dans les ligures 2 et 3 de la Pi. 9 , j'ai essayé de comparer la jonction des os du crâne avec la disposition des diverses pièces d'une voûte. On sait que tout le secret de ces voûtes qui étonnent par leur peu
jr
d'épaisseur, est, (l'iinc pari, dans la diNisioii de la poussée que produit le croisement dos arcs 5 d'autre part, dans les arcs-boulanls c, c\ c" (id.), qui, en empêchant l'écartemenl des parties les plus élevées de la construction, opposent une résistance ellicace à leur pression et à leur pesanteur.
En examinant les sutures des os du crâne, on y retrouve les arêtes h (id., lig. 8) dont l'arcliiteclure lire un si grand parti dans l'établissement des voûtes à de très-grandes hauteurs. Dans nos églises, ces nervures en saillie s'appuient sur des retombées qui portent ellesmêmes sur les points les plus résistants de la bâtisse ; c'est aussi dans les os les plus solides et les mieux articulés que se terminent les sutures crâniennes : telle ]a suture coronale qui s'arrête à l'os sphénoïde e (id., fig. i) ; telle encore la suture occipitale / (id.) , que bornent, de chaque cùté du crâne, les deux apophyses niastoïdes du temporal.
L'arche formée par les deux pariétaux rt, rt(lM. î) , fig. 3) ne représenle [>as un demi-cercle parlait; il y a au centre de chacun de ces os une projection, une i)Oussée a (id., lig. 1) qui rappelle exactement les cuiihfrojls que l'architecte laisse saillir sur les piliers d'un pont et qui doivent assurer sa résistance. Ces deux saillies des pariétaux sont le point de départ de l'ossilication de ces os, ce sont aussi les places les plus dures de la voùle du crâne. La différence d'étendue entre leurs surfaces convexes et concaves nécessitait la coupe oblique des pièces dont le crâne est formé; l'articulation des temporaux avec les pariélaux empêche ces derniers de s'enfoncer en dedans ou de s'écarter en dehors : celte disposition a fait comparer les temporaux aux arcs-boutants volants qui, dans l'architecture gothique, s'élèvent du sol jus-
qu'aux parties élevées de la nef ou du cliœur, et garantissent à la fois le maintien de l'une et de l'autre c, c', c" (id., «g. 2).
A la partie supérieure de l'assise de ces arcs-boutants s'élève un pinacle qui ne paraît d'abord qu'un ornement, mais dont la pesanteur perpendiculaire était nécessaire pour prévenir le déjettement transversal des arcs.
Les (igures 4 et 5 de la même planche sont destinées à démontrer comment, dans la construction des toits ou des arches de pont, on a reproduit los moyens de résistance et de solidité que présente la structure du crâne. Ainsi, la traverse a, c, b, est une poutre unissant la charpente oblique d'un toit, pour en faire porter le poids presque perpendiculairement sur le mur; elle représente l'effet produit par le sphénoïde placé comme un coin à la base du crâne, et par les temporaux situés sur les côtés.
De même, dans la conslruclion d'un pont, on fait usage de poutres de traverse e, e, fig. 5, pour prévenir l'écarlenient des côtés; c'est là le but que remplissent les articulai ions des temporaux c (fig. 1) avec les pariélaux a et la projection des apophyses zygomatiques z (PI. iO, lambeau).
En examinant les dépendances du crâne on est d'abord porté à penser que la résistance aurait dû être appliquée à la voùle sur la(|uelle agissent incessamment les corps extérieurs, tandis que la base est abritée par sa situation môme. Mais tel est le mécanisme de cette structure, (jue c'est h la base précisément que sont transmis en délinilivc tous l(\s chocs venus du dehors; aussi est-C(; 1» que se trouvent réunies toutes les conditions de résistance et de solidité, ainsi {{u'il est trèsfacile de l(^ prouver.
lie PHYSIOLOGIE
[.c crano est à l'abri des cofjis (^xh'ricnrs pnr ?a hnso : la face, la colonne veiléhrale (!l les nm.selcs noiii])ren\ delà région cervicale posléi'ieurc-, ;ui milieu, des parties molles très - imporlanles le protègent elFicacemcnt : aussi est-ce à la base du crànc que répondent les parties les plus importantes du cerveau, celles dont la lésion serait imniédintcment mortelle ; et c'est également par celte base que sortent tous les nerfs crâniens, les \eines cérébrales , et que pénètrent les artères du même nom. Pour former cette base, les os se rétrécissent et augmentent d'épaisseiH". La moindre clioc éprouvé par Jes divers os de la voûte se communi([ue à tous les os de la base; et tel est l'engrènement réciproque de ces derniers, qu'ils tendent à se rapprocher encore plus par l'effet de ces chocs. La nature a fait servir à ce résultat les propriétés du coin : ainsi le sphénoïde étroit à sa partie moyenne, s'élargissanl dans ses masses latérales, est placé comme un coin entre l'occipital et le temporal qui sont en arrière, le frontal et l'os malaire (jui sont en avant; l'apophyse basilaire de l'occipital forme un coin entre les apophyses pélrées des temporaux , les apophyses j)étrées forment elles-mêmes un coin entre l'occipital et le sphénoïde,
L'àpoiirine est une cavité osseuse et cartilagineuse, élastique et mobile, qui occupe la moitié supérieure du tronc, cl renferme les poumons, le cœur et les gros vaisseaux (Pi. 3); cette cavité est formée par vingt-cpsa- Ire os longs déliés et courbés (|ui, au nombre de douze de chaque côté, sont unis postérieurement aux douze vertèbres delà région dorsale co, co, co (Pi. 7, lig. 1 et Pi. 1 ) , et s'élèvent transversalement en voûte pour s'articuler avec une pièce osseuse longue et plate appelée slernum s (id,, fig. 'l). Cas vingl-(jualre os ainsi ar-
qiK's ol con(l(''S on cerceaux se noiiimenl les coins fo, co (i(l., i\<^. 'i ) ; ils fornienl une grande tavilé conoïdc dont le sommet se continue avec le cou et dont la I)ase est formée par le diaphragme cl, d', d" (Pi. '2), muscle large, susceptible d'une grande résistance, (jui forme, du coté du l)as-venlre, une voûte elliptique dont la convexité regarde l'intéiieur de la poitrine. Nous avons déjà dit que reflet de la contraction de ce muscle élait d'agrandir le thorax et de permettre ainsi aux poumons un plus grand développement.
Toutes les cotes ne s'unissent pas direclement avec le sternum, les sept premières seules sont liées à cet os par une substance élastique qui doit se prêter aux mouvements nombreux de ces os les uns sur les autres (Pi. 7, lig. 2); les trois qui suivent sont unies non pas au slernum, mais à ces cartilages élastiques dont je viens de parler : quant aux deux dernières, elles sont libres dans l'épaisseur des parois du venlre, on les nomme flottantes.
Les os des hanches i i{]?\. 7, lig. 1 et 2), appelés aussi os iliaques, sont deux os larges qui, en avant, se réunissent enire eux et, en arrière, s'articulent avec l'os sacrum 5, de façon à former à la partie inférieure du ventre une espèce de ceinture osseuse appelée bassin, et qui comprend rinlcrvalle que laissent enlre eux ces deux grands os inégalement concaves en dedans et convexes en dehors. Dans l'homme, le bassin transmet aux mend)res inférieurs le poids du tronc et des extrémités supérieures.
Membres,
Les membres supérieurs sont conslilués j,ar l'épaule, • le bras, l'avant-bras et la main.
]j épaule est Ibimée chez l'Iiomine et la plupart des autres uiammifères, par deux os qui sont l'omoplate om (PI. 7, iig. i) et la clavicule c, c' (id., fig. 2). Ce dernier os s'articule ave le sternum. C'est à l'aide de cette union que le membre supérieur tient au tronc. La clavicule est destinée à renforcer le membre dont elle l'ait partie; elle ne se trouve pas chez tous les mammifères, et n'existe que chez ceux où le membre ihoracique sert d'organe de préhension. Chez ceux qui en sont dépourvus les omoplates tombent en plans inclinés , et la poitrine est conique et non carrée comme la nôtre. Des masses charnues, épaisses et membraneuses sont étendues des côtes et des vertèbres à l'omoplate, et assurent ainsi les rapports de l'épaule avec la colonne vertébrale.
Le bras est formé d'un seul os que l'on appelle humérus. Cet os s'articule avec l'omoplate par une tête arrondie qui surmonte son extrémité supérieure h (id.) et a a' (Pi. 8, lig. 16, iO'). Celte tète est reçue dans une cavité sphérique de l'omoplate.
L'avant-bras est formé par la réunion de deux os , qui sont : en dedans le cubitus c" (id.)^ ^n dehors le radius r (id.). Ces os s'unissent à T humérus par leurs extrémités supérieures, et par les inférieures avec les os de la main.
La main i organe de préhension, destinée à se mouler sur les objets, ligure un levier brisé en vingt-sept os qui s'aggloinèrcnt en trois groupes. Le premier, qui se joint à l'avant'bras, est \q carpe c" (\à.) , vulgairement le poignel; le suisanl est le métacarpe mo (id.), ou ce qui forme en dedans la paume et au dehors le dos de U\ main; le iroisiè ne constitue les doigts ph (id.).
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Le carpe est rasseiiiblngc tic liuit pelils os ti'èsirréguliers, qui font une espèce de voûte, tnillés de manière à pouvoir glisser les uns sur les auties; ils sont disposés sur deux l'angées, et unis entre eux par des liens fibreux.
Le métacarpe est composé de cin([ os longs et inégaux, et plus épais à leurs extrémités qu'à leur milieu.
Les doigts au nombre de cinq, nommés le pouce, l'index, le médius, l'annulaire et l'auiiculaire , sont formés chacun de trois os (le pouce n'en a (jue deux) 5 on donne à ces trois os des noms différens. Celui qui est le plus près du métacarpe et le plus grand est appelé phalange 1 (id.); celui (jui vient après, phalangine 2 (id.); et le troisième qui supporte l'ongle, phalangelteS
(id.).
Les membres inférieurs sont conformés à peu près de la même manièie (jue les membres supérieurs; la hanche représcnle l'épaule, la cuisse le bras, la jambe l'avant bras , et le |)ietl la main.
La cuisse est Inrmée d'un seul os (pie l'on appelle fémur f(\^\.). Cet os s'ailitule par son cxliémilé bU|iérieure avec l'os des hanches, par son extrémiléinlcrieure avec les os de la jambe.
La jambe csl formée de deux os. L'os placé en dedans est appelé tibia l (id.); l'os placéen dehors, péroné p (id.): au-devant de l'articulation des os de la jambe avec l'os de la cuisse est })lacé un petit os que l'on nomme rotule r (PI. 7, fig. 2), et b (Pi. 0, (ig. 7); cet os est destiné à consolider le genou.
Le p/er/, organe de sustentation , forme une base à double voCite (Pi. 8, lig. 8'), allongée en avant, et se compose de vingt-six os qui se partagent en trois grou-
joo . IMIVSIOI.OCilE
pos : le larsc, \c iiuMalarso cl les orteils. Il dilféro de la main [)iincip:ileiiieiil j)ar la brièveté des doigts , ieiir peu de mubiliié, el j ai' la disposition du tarse. Le (arse l" est conslilLié par la réunion de sept os, le métatarse m est (Oinposé de cinq os (|ui s'unissent et aux os du taise et aux os des orteils; les or/ezY.sp//' sont composés chacun des pliaianges (pie l'on nomme, <omme à la main et pour les mèiries os : phalanges, phalangines etphahingelles. Le pouce n'a rpie d(îux phalanges. Tous ces petits os sont unis entre eux par des surfaces articulaires dont le contact est assuré et mainlenu par des ligaments (ibreux.
Outre les os que nous venons d'énumérer il y en a d'autres (pi'on pourrait nommer accessoires, surnuméraires; ce sont les os sésamoïdes et les os wormiens.
On désigne sous le nom de sésamoides de petits os dont le nombre est sujet à varier; placés dans certaines articulations des doigts et des orteils , ils se développent dans les tendons des muscles el en augmentent la force.
On appelle os wormiens di^ pelits os surnuméraires qu'on renconlie (luehjuei'ois dans les sutures principales des os du crâne.
H existe encore unos nommé hyoïde au(|uel sont fixées, en partie, les libres charnues qui constituent la langue h y (Pi. G, hg. 7); cet os est situé à la partie antérieure et moyenne du cou, entre la base de la langue el le larynx : sa forme est celle d'un demi-cercle.
L'assemblage des os que nous venons d'énumérer constitue le squelette. jNous avons vu, qu'en général, ils étaient mobiles les uns sur les autres, à l'aide d'un contact que l'on nomme articulation. Mais tous les os du squelette ne jouissent pas à un degré pareil de la
DE L'HOMME. l2l
niol)ilit(3 dont nous parlons ici; il en est môme dont les articulations sont tellement solides, qu'elles ne se prêtent à aucun déplacement : telles sont les articulations qui unissent entre eux les os du crâne et de la mâchoire supérieure. Il est des os qui n'ont que des déplacements obscurs ou incomplets, cela se voit dans les articulations des vertèbres entre elles. Les membres sont les parties dont les os jouissent des mouvements les plus étendus.
Organes actifs du mouvement.
Les organes qui prennent une part active aux divers mouvements du corps sont les muscles, masses charnues, composées de libres multipliées, groupées en faisceaux les unes avec les autres, et affectant des formes et des directions très- variables. Revêtus de téguments communs et maintenus par des étuis membraneux, les muscles constituent ces appendices prolongés ou membres, sorte de rayons qui ont pour usage d'agrandir la portée des actes de la volonté et des reclierclies de la sensibilité, et dont la structure est tout entière subordonnée à la fonction de souleuii- des eoi-dons nerveux, et d'obéii' aux excitations qu'ils transmettent. Les membres inférieurs exécutent la station et la progression ; les supérieurs servent à des mouvements divers qui doivent, surtout, rendre les intentions que rintelligence forme pour l'accomplissement de ses besoins physiques et moraux. Les muscles, en se contractant, agissent sur les os pour les mouvoir; leur action est d'autant plus énergique et ses effets sont d'autant plus prononcés, que les libres qui les constituent sont plus ou moins nombreuses, et sont disposées dans telle ou telle direction. La lig. 14 de la PI. 8 montre des libres charnues
122 PHYSIOI.OGIK
e, c, livcos à l'os/'/", (jiii vont s'insérer ol)lif|ijomoiu sur le leîjcion c, d, lixc, en a, à l'os a. En se raccourcisstinl, elles agissent sur ee tendon pour faire mouvoir l'os a comme des mains e\ e\ f\ f agiraient sur. une corde pour entraîner un corps «. Dans l'état de repos, les libres musculaires sont rectiiigncs; au moment de la contraction elles se fléchissent en zigzags, et présentent alors des ondulations très-régulières.
La couleur des muscles est ordinairement rouge; leur volume et leur figure présentent de nombreuses diiïérences, et pourtant on peut rapporter à (p.ielques formes générales les dispositions variées que présente la direction de leurs libres : tantôt elles sont rayonnées c, df, e (Pi. 8, lig. 3), tantôt elles s'insèrent obliquement sur les tendons, espèces de cordes souples et résistantes, destinés à transmettre aux os les mouvements qui leur sont communiqués par la libre musculaire. La lig. 5 (id.) et la lig. 10 et 14 (id.) représentent un muscle penniforme dont les fibres sont disposées comme les barbes d'une plume; la lig. 4, un muscle semi-penniforme : la fig. 1 représente le môme niuscle dans les deux états de repos et de contraction 5 le muscle biceps a, b, c est allongé et ses extrémités éloignées l'une de l'autre-, le muscle biceps a, b\ c' est raccourci, ses extrémités rapprochées, et il a acquis en largeiu' et en épaisseur ce qu'il a perdu en longueur. C'est ce double effet que les fig. 10 et 10 bis sont destinées à faire comprendre. La fig. 10 donne les rapports du muscle biceps avec les os dans l'état de demi-flexion : lors(|ue ce muscle m, fixé d'une part à l'épaule a, de l'autre à l'avant bras b, sera diminué d'étendue, par la contraction de ses fibres, il entraînera les os bj, articulés au point 0, par une charnière mobile, avec l'os a; l'avant-
l)rns prendra alors la situation 6' de la figure 16' et de la lig. 18 (Pi. id.). On voit ici le muscle biceps brachial, représenté, sous la peau, par la ligne b, c, devenir plus dur et plus saillant dans la tlexion du muscle, et former le soulèvement du contour c, b\
Les muscles agissent sur les os comme sur des leviers. En mécani(|ue, on entend par levier une tige solide dont la longueur est considérable relativement à ses autres dimensions et qui peut, d'ailleurs , présenter toutes sortes de variétés de forme. Une des conditions essentielles du levier comme machine, c'est l'existence d' un point fixe ou point d'appui autour duquel agissent deux forces dont l'une porto le nom de résistance et l'autre le nom de puissance.
Le point fixe, en d'autres termes le point d'appui, peut avoir, relativement à la puissance et à la résistance, trois situations différentes (jui ont donné lieu à trois sortes de leviers.
Si le point d'appui se trouve entre la puissance et la résistance, le levier est (\u premier genre, lig. 7 et 7' (Pi. S).
Si le point d'appui est à une extrémité, et la puissance à l'autre, le levier est du deuxième genre, lig. 8 et 8' (id.).
Lnfin le levier est du troisième genre, lorsque la puissance seti'ouve au milieu, lig. 0 et G' (id,).
La distance du point d'appui à celui où s'applique une force a reçu le nom de bras de levier.
L'effet de la puissance est en raison directe de la longueur des bras du levier, Arciiimède n'ignorait pas cette propriété lorsqu'il ne demandait (ju'un levier et un point d'appui pour remuer la terre.
Les forces sont d'autant moindres qu'elles sont plus obli(iues à la direction du levier. Par conséquent, le
maximum de leur énergie aura lieu quand elles seront perpendiculaires au levier.
Le levier du premier genre est le plus favorable à l'équilibre. Le levier du troisième genre sert mieux l'étendue et la rapidité des mouvemenls.
On trouve une grande variélé d'applications de ces différents genres de leviers dans les organes du uiouvement de l'homme. Ainsi, lorsque la tête est portée soit dans l'extension, soit dans la flexion, par les muscles qui s'attachent à sa partie postérieure ou à sa partie antérieure, elle représente un levier du premier genre, iig. 7 et 7' (PI. 8). Le point d'appui se trouve *à l'arliculation de la tête avec le cou d' (id.) 5 la puissance et la résistance se trouvent l'une en avant, l'autre eu arrière, ou réciproquement, suivant que la tète est entraînée dans la flexion ou dans l'extension. La corde 6 perpendiculaire au levier e f représeute la disposition la plus favorable pour que la force ait toute sou énergie; cette même figure donne une idée de la manière dont la longueur du bras de levier indue sur le mouvement produit. La quantité de mouvement étant la même pour les deux bras, on voit d'un coup d'œil (jue le bras e' f aura quatre fois plus de force, puisque l'espace e', d\ est quatre fois moindre à parcourir, tandis que le bras d' 0 aura quatre fois plus de vitesse et d'étendue dans le mouvement : car l'élendue, la vitesse ou la force se compensent. On trouve un levier du deuxième genre dans le pied, lorsqu'on s'élève sur sa pointe, Iig. 8 e( 8' (PI. 8) : le point d'appui se trouve à la partie aulérieure de cet organe au niveau des phalanges g' qui picssent sur le S0I5 la puissance se rencontre à l'autre extréndlé qu'entraîne en haut le tendon /<' d'Âcliille qui lui transmet la contraction des muscles du mollet, la résis-
tance est à l'articulation i du pied avec la jambe qui supporte tout le poids du corps. Les exemples du levier du troisième genre sont très-communs dans l'organisation animale; on le trouve dans l'arliculalion de la mâchoire inférieure, fig. 0' (Pi. 8), et nous le décrivions, il y a quelques instants, dans les lig. 16, i(>' et d8 (Pi. id.) : en eflèt, lorsque l'avant-bras est demi-tléchi et que nous voulons le fléchir complètement en soulevant ({uelque corps pesant o (fig. 18) saisi par la main, le point d'appui se trouve dans l'arliculalion du coude f; la puissance, représentée par le muscle biceps ft, b\ est au-devant de celte articulation, la résistance est dans le poids de l'avant-bras a b augmenté par la présence du corps pesant o.
Les divers mouvements du corps n'ont pas toujours été assurés par des moyens aussi simples que ceux que nous venons de ciier. Pour faire mouvoir les unes sur les autres les diverses parties du squelette, il existe autour d'elles plusieurs masses de muscles isolées les unes des autres qui, par leur allongement ou leur conlraction partiels, concourent aux mouvemenls variés que nécessite la vie de relation.
Le nombre des muscles du corps humain est trèsconsidérable el varie plus ou moins dans chaque individu. Cependant, à la dillerence près de sept à huil, il est communément le même; on peul en l'aire l'énumération dans l'ordre suivant :
A la tête 51
Au cou 62
Au tronc 90
Aux membres supérieurs. ... 92 Aux mcudjrcs inférieurs .... iU2 Muscles de l'ouïe 8
Tolal. . . . 4U8
En grnôral ils forment aulour du S(|UoIctle dcuv couches, et se distinguent en superficiels et en profonds. Ceux qui sont destinés à mouvoir un os quelconque sont pres(|ue toujours placés autour de la portion du squelette située entre cet os et le centre du corps : ainsi les muscles qui meuvent la tête sont situés au cou, ceux qui meuvent le bras occupent ré[)aule, ceux qui ploient ou qui redressent l'avant-bras sur le bras entourent l'humérus, fig. i(3 et 40' (Pi. 8), et ceux qui fléchissent ou étendent les doigts sont placés dans l'avant-bras; il en est de même pour les muscles des membres inférieurs.
On distingue les muscles en fléchisseurs, extenseurs, rotateurs, élévateurs, abducteurs, adducteurs, etc., suivant les usages qu'ils sont appelés à remplir.
La fig. Î5(P1. 8) peut donner une idée de la disposition des muscles, ou plutôt du résultat de leur action sur le squelette. A la jambe gauche on a remplacé par des cordes les masses nmsculaires de la jambe droite qui meuvent la cuisse sur le tronc et la jambe sur la cuisse, de manière qu'on puisse suivre l'action isolée des muscles extenseurs c, /", b, des abducteurs et tléchisseurs e, et de l'extenseur du pied d.
La puissance d'un muscle dépend en partie de son volume, et en partie de la uianière dont il se (ixe à l'os qu'il doit mouvoir. Toutes choses égales d'ailleurs, les muscles les plus forts sont les plus gros.
Dans le coi'[)s humain les muscles et les os sont en général disposés d'une manière peu favorahie à la puissance des mouvements, mais très-favorable à leur rapidité.
Les muscles ne servent pas seulement à nous faire exécuter des mouvcnrients, ils sont également nécessaires
pour mainlenir les os mobiles dans les positions (pi'ils doivent conserver. Ainsi l;i tète, par son propre poids, tend à retomber en avant, et c'est la contraction des muscles de la partie postérieure du cou (jui la lient relevée. H en est de môme pour la station : la position verticale est la plus naturelle à rijomme, mais elle nécessite une action très-énergique de la part d'un grand nombre de muscles; sans lesquels le tronc se ploierait en avant, et les membres abdominaux fléchiraient sous le poids du reste du corps. Lorsque l'homme est dans cette position, les muscles qui servent à redresser sa colonne vertébrale et à étendre sa cuisse, sa jambe et son pied , sont mis en jeu avec une grande énergie.
Les muscles fléchisseurs ne sont pas appelés à exercer des elîorts aussi considérables ni aussi fréquents, aussi sont-ils en général bien moins volumineux et moins puissants que les extenseurs.
La contraction des muscles est déterminée par l'action du système nerveux et a lieu tantôt d'une manière indépendante de la volonté, tantôt sous l'empire do cette puissance.
La direction des mouvements est décidée par l'espèce d'articulation (jue présente l'os, par la situation des muscles moteurs relativement à cet os, et parla disposition de leurs tendons : selon qu'ils sont libres, ou lixés dans une gouttière p, p, p, (lig. 17 Pi. 8), ou réfléchis par une poulie (Pi. 12, flg. 3).
L'étendue des mouvements tient : 1" au mode de l'articulation et à la longueur des libres des muscles; car plus les fibres sont longues, plus le raccourcissement qu'elles éprouvent est considérable, et par conséquent plus le mouvement qu'elles produisent est étendu : 2*» au genre de levier que forme l'os mis en mouvement :
i%& PHYSIOLOGIE
nous avons vu que le levier du troisième genre est avantageux sous ce rapport : 3° enfin, à la distance du point d'appui à laquelle s'insèrent les muscles inoleurs-, plus celle insertion est près de l'articulation , plus les mouvements sont étendus. La iig. H et la lig. 13 (Pi. 8) montrent les côtes avec les muscles intercostaux ; si les libres des muscles étaient dans la direction a, perpendiculaires aux côtes, et qu'ils dussent se contracter dans un tiers de leur longueur, ils produiraient moins d'effet que les rd)res b et d, qui, par la même étendue de contraction, rapprocheraient les deux côtes l'une de l'autre. En (in la force dépend du nonibre des muscles, de la quantilé des fibres qui les composent, du degré d'irritabilité intrinsèque des muscles , de la direction des libres, l'intensité étant moindre quand ces libres sont obliques. La lig. 9 de la Pi. 8 montre dans (juel but ont été disposées les libres obli(jues dos muscles; il est évidçuit que la main l, (|ui devra rapprocher l'une de l'autre les deux barresj A: et w, aura bien plus de force et de facilité si l'on dispose des cordes o o' et m in, que si la traction ne s'exerçait qu'à l'aide de la corde / n. l^a lig. 12 (Pi. id.) répond à la même démonstration: si a b est un tendon et f d un muscle; p;u' la contraction de la libre musculaire c d, les extrémités « b du tendon doivent être rapprochées l'une de l'autre d'une dislance double de celle de la contraction du muscle. C'est en vertu de cette disposition que la flèche d'un arc est lancée avec force.
De^ mouvements en particulier.
Nous avons vu que l'action des muscles sur les pièces du squelette amenait entre ces pièces des déplaceme«tsj
m: L'HOMMli. 129
il nous resto à examiner comment ces changements détenninent les nllitudes et les moiivcmenls du corps tels que la marche, le saut , la course, la nage, la sustentalion, la traction, etc.
Les attitudes sont de trois sort(\s : le couciier, la station assise et la station sur les deux pieds. Dans ces Irois attitudes l'homme est immobile mais non inactif. Le coucher réunit au plus haut degré les deux conditions de l'équilibre, qui sont : la plus grande étendue possible de la base de sustentation , et la proximité du centre de gravité. On appelle centre de gravité le point d'un corps par où passe la résultante de toutes les forces partielles que la pesanleurexercesur lui o (Pi. 0, hg. 9). Le coucher est l'attitude du repos, celle des personnes faibles, des malades, et n'exige aucun effort musculaire. Dans le coucher le corps peut effectuer quatre postures différentes, selon qu'il pose sur le dos, sur le ventre ou sur l'un des côtés 5 chacune d'elles est principalement relative à la plus ou moins grande facilité de la respiration.
Dans la station assise, le corps repose sur les tubérosités de l'os des hanches-, la base de sustentation est encore assez large, puis([u'elle est représentée par le bassin /"(PL 8, lig. 15) ([ui peut avoir plus ou mOins d'étendue selon le plus ou moins de volume des parties molles qui le recouvrent : aussi il est impossible de se relever en conservant la rectitude du tronc; et il devient indispensable de porter le haut du corps en avant jusqu'à ce que le poids de la partie inférieure du tronc se trouve compensé , et que la verticale passe par la plante des pieds.
Après le coucher, l'attitude assise est celle qui offre le plus de solidité. Elle nécessite néanmoins, pour le
maintien de l'équilibre, des contractions niusculaircs qui difrèrent d'après la manière dont on est assis. Lorsque le dos est appuyé, les muscles du cou sont les seuls qui fassent elfort pour soutenir la lète dans sa rectitude. Si le dos n'est pas soutenu, la plupart des muscles postérieurs du tronc se contractent pour prévenir la ciiute en avant; et une fatigue réelle est relfet de celle action énergique et continue.
La station debout est l'altitude la plus naturelle à l'homme. Dans cette position, le cenlre de gra\ilé de tout le corps répond dans la cavité du bassin ; et la base de sustentation est circonscrite par le parallélogramme qui renferme les deux pieds, lig. 9 (PI. 9). Ici, le moindre effort peut délruire l'étjuilibrc; et ce n'est qu'en agrandissant la base de susteiiialion dans un sens plutôt que dans l'autre, selon la iliieetion des forces, que l'on peut prévenir une cliule : du reste les mouvements par lesquels nous ramenons la verticale dans la base de sustentation, sont en quebpie sorte automatiques. C'est ainsi que pour résister à une force qui tendrait à produire la cliuk' en avant, nous avançous rapidement un pied; si notre corps penche vers la gauche, nous étendons subilenienl le bras tiroit ; si une force tend à nous renverser en arrière , nous reculons un pied et nous portons le corps en avant.
L'homme qui a un gros ventre, l'homme portant lin lourd fardeau sur ses épaules sont obligés l'un et l'autre de prendre des attitudes qui changent la position du centre de gravité. Le premier rejette son corps en arrière, afin que la verticale passe entre ses deux pieds; et c'est pour la même raison que le second penche son corps en avant. Une femme qui porle un petit enCant sur le bras dioit, rejette son corps sur le côté gauche.
DE L'HOMME. îâl
Ainsi, nous faisons conlinucllement do la mécanique sans nous douter de ses notions les plus élémentaires; et les meilleures garanties de notre conservation tiennent à une application involontaire de lois ph}si(iues (jue notre raison ne dirige pas.
La station debout appartient exclusivement à l'homme. C'est l'attitude à laquelle l'a préparé sa structure anatomique. Ses membres se lléchissent dans un sens tout à fait opposé à la ilexion des membres des quadriqièdes. Dans une station quadriqjède, ses épaules et ses bras seraient trop faibles pour soutenir le poids de sa poitrine large et de sa tète volumineuse-, ses jambes donneraient à la partie inférieure du corps une position plus élevée que cellede la tête : ce qui mettrait de grands obstacles à l'exercice des fonctions , et occasionnerait fréquemment des congestions cérébrales ; la face aplatie et les yeux dirigés en avant seraient forcément tournés vers la terre. Toutes ces considérations démontrent le ridicule des prétentions de (pielques sophistes qui ont regardé la marche sur quatre pieds comme inhérente à l'organisation humaine.
Nous devons dire quelques mois d'une disposition particulière qui assure la station des oiseaux pendant leur somir.eil. La plupart, comme on sait, dorment perchés sur une l)ranclie qu'ils serrent fortement avec les doigts de leurs pattes : or cette constriction, qui les retient invariablement sur leur support, est un résultat de la manière dont les tendons des fléchisseurs des doigts descendent le long des pattes. Ces tendons b c (IM. 9, fig. 41) passent derrière l'articulation du talon c; un muscle «, qui vient du j)ubis, se joint à eux en passant au-devant di-, genou b: en , sorte qu'il sulfit que, pendant son sommeil , l'oiseau soit abandonné à son
poids, pour que les arliculalions devenant saillantes du côté vers lequel les tendons sont placés écartent ceuxci de la direction verticale, les tirent , les allongent et leur fassent iléchir les doigts des pattes qui embrassent alors étroitement la brandie sur laquelle l'oiseau est perché.
La marche est l'acte par lequel l'homme et les animaux se transportent d'un lieu dans un autre par une suite de mouvements qu'exécutent U^urs jambes sans se détacher entièrement à la fois du sol, comme ils le font dans la course et dans le saut. Si l'homme est debout et que les deux pieds soient posés parallèlement sur le sol, tout le corps se porte sur l'une des jandjes qui reste inunobile pour lui fournir un point d'appui, fig. 7 (Pi. îj ) ; le fil à plomb indique la direction de la pesanteur du corps qui passe derrière la tète du fémur, fait basculer les os des hanches et, par la tension des muscles de la partie antérieure de la cuisse a b (id.), étend la jambe sur la cuisse. La llexion des jambes a lieu de la manière suivante. La cuisse se plie sur le bassin, la jambe sur la cuisse, et le pied sur la jandjc; mais la llexion de la cuisse sur le bassin ne peut avoir lieu sans porter en avant le genou ainsi que tout le membre : alors tous les muscles qui avaient concouru à cette élévation totale du membre se relâchent, la tète et le corps entier s'inclinent en avant; la verticale abandonne le membre lixé, pour se porter sur celui (jui vient d'agir, et qui va servir maintenant de point d'appui à tout le corps, pendant que l'autre membre exécutera un mécanisme semblable. Les deux fémurs a b eta' 6' de la fig. 12 (Pi. 9) montrent la direction variée que prennent ces os dans la marche : le fémur a b est appuyé sur le sol , sa direction est perpendiculaire ; le fé-
DK L'HOMME. 133
mur d y a mie direction obli(|Uc (|ui tient à ce (ju'il est élevé au-dessus du sol pour porter le pied en avant.
Dans la marche sur un sol ascendant, il y a plus de diiïicultés à faire passer sans cesse le poids du tronc du membre qui est resté en arrière, sur celui qui est porté en avant, parce qu'il faut le mouvoir contre l'ordre de la gravitation qui tend toujours à le ramener vers le premier; aussi penche-t-on le corps en avant. C'est surtout au genou de la jambe qui est portée en avant que se fait sentir la douleur, comme si les muscles extenseurs de la jambe, prenant cette fois-ci leur point d'appui fixe sur cette partie^ cherchaient à tirer à elle avec effort la cuisse et tout le tronc. Il y a aussi fatigue du mollet du membre qui est resté en arriére, parce que ces muscles étendent le plus possible le pied sur les orteils.
Dans la descente, les phénomènes sont inverses et la fatigue résulte des efforts que l'on fait pour condjaltre la tendance qu'a le corps à tomber en avant ; c'est aux muscles vertébraux qu'est surtout rapportée la fatigue. Dans ces différents cas un escalier est plus commode , parce qu'on peut placer le pied à plat. La sûreté de la marche est toujours en raison directe du degré d'écartement des pieds, et en raison inverse de la mobilité du sol qui nous supporte. Ce n'est qu'après un certain temps que les m.atelots marclient avec assuiance sur le pont des vaisseaux. Aussi, wnn ibis qu'ils ont contracté le inecl marin, est-il très-aisé de les reconnaître sur terre, à l'habitude (ju'ils ont prise d'écarter considérablement les pieds.
Le saut est un mouvement par lequel l'homme se projette en l'air, et retombe sur le sol aussitôt (jue l'impulsion est détruite. Le mécanisme du saut repose en-
tièrement sur la flexion préalable de toutes les articulations et sur leur extension subite. Lorsqu'un sauteur veut s'élancer, il s'abaisse en se pliant sur lui-même ; le pied se fléchit sur le dos des orteils, la jambe se fléchit en avant sur le pied déraché du sol par le talon ; la cuisse se tlécliit aussi, mais en arrière, sur la jambe; le tronc avec le bassin se fléchissent, en avant, sur la cuisse; et môuie, lorsqu'il veut sauter de toutes ses forces, le tronc se fléchit sur lui-même comme le ferait un ressort. Dans ces préliminaires du saut, les membres inférieurs et le corps figurent une suite de zigzags ou de leviers infléchis dans leurs arliculalions. Au moment de la projection du saut, toutes ces articulations s'étendent et s'ouvrent à la Ibis; le pied comprimant alors brus(|uement le sol qui résiste, Tiuipulsion semble se réfléchir sur le corps et le piojeteren l'air : comme le fait une verge élastique (pie l'on plie contre le sol et qu'on abondonne tout à coup à son ressort.
Il est aisé de voir que les parties (jui agissent le plus dans le saut, sont les jambes : c'est l<à, en effet, que le poids à soulever est plus considérable; aussi la facilité et la rapidité du saut sont-elles toujours en raison directe de l'énergie des muscles qui déterminent l'extension des jambes. On a remarqué que les danseurs les plus habiles, de même que les grands marcheurs, ont le mollet fortement dessiné, celte partie étant formée par la réunion des muscles qui opèrent l'extension de la jambe sur le pied. Une course préparatoire augmente beaucoup l'étendue du saut en avant ; lorsqu'on prend son élan, le corps aecpiiert une force d'impulsion bien supérieure à celle qu'il aurait eue s'il s'était élancé du sol en parlant d'une situation lixe.
Les bras influent aussi sur la production du saut et
sur son étendue; soit qu'ils fassent l'oliice d'ailes, soit que les muscles qui servent à les élever exercent en même temps sur le tronc une traction en haut.
La course tient à la fois de la marche et du saut. Il y a toujours dans la course un moment où le corps est suspendu en l'air; circonstance (jiii la dislingue de la marche rapide, dans laquelle le pied (jui resle en arrière n'abandonne le sol que quand le pied qui est en avant l'a touché.
Il est très-peu d'animaux plus favorablement construits que l'homme pour la course. Quelle vitesse est égale à celle du sauvage exercé qui poursuit et alleint le gibier dont il veut se nourrir? Ne voit on pas en Europe des coureurs dont l'agililé est supérieure à celle du meilleur cheval ? Ces hounnes respirent avec une grande célérité, jellenten arrière la tète el les épaules, n'appuient sur le sol que l'extrémité des pieds, et balancent leurs bras de manière à les tenir dans une opposition constante avec leurs jambes.
La nage de l'homme n'est qu'un saut horizonlal sur l'eau; telle est aussi celle de la grenouille. Les membres supérieurs étant allongés eu pointe au-devant de la tête, les inférieurs se raccourcissent d'abord, puis s'étendent brusquement, comme dans le saut sur la terre; ils frappent ainsi l'eau fortement en arrière : celle eau cède sans doute beaucoup à celte impulsion, cependant elle ne cède ni assez vite ni assez pleinement, et une partie du mouvement est répercutée sur le corps; les pieds sont tournés en dehors, pour que lu surface par laquelle ils frappent l'eau soit plus grande. Les membres inférieurs, que le mouvement prc'cédent avait écartés, se ra[)prochent pour ne pas contrarier l'impulsion en avant qu'ils ont donnée; ils s'accolent l'un à
l'autre en simulant l'arrière d'un bateau : alors les membres supérieurs s'écartent à leur tour et sont ramenés avec force sur les cotés du corps, en décrivant un rond et en lVap{)ant sur l'eau (jui leur sert encore de point d'appui. Enliu la poitrine est dilatée pour augmenter le volume du corps et le rendre spécifiquement plus léger, la tôle est tenue élevée hors de l'eau.
La nage n'est pas naturelle à l'homme, elle exige de sa part une élude ; son corps, en elfot, n'a aucune des conditions d'hydrostalicpie que présente celui des animaux qui vivent dans l'eau, et, ainsi que nous venons de le décrire, il ne parvient à se maintenir sur ce liquide qu'a l'aide de mouvements qui ont le double objet de donner à son corps le plus de surface possible, et de lui faire irouver un point d'appui sur l'eau.
La sustentation dépend du même mécanisme que la station ordinaire; plus d'efforts sont exigés à cause du fardeau, qui, placé sur la tête, le cou ou les épaules, tend à affaisser les différentes biisures les unes sur les autres. Les grands chapeaux dont se couvrent les portefaix ont l'avantage de fixer mécaniquement, et par le poids même du fardeau , la tête au dos; car ils constituent un arc boutant courbe, depuis le front jusqu'aux épaules.
La traction s'effectue par le mécanisme suivant : le corps est dans l'extension, les pieds sont appuyés et solidement fixés au sol, les mains saisissent la masse à mouvoir; tout à coup les diverses brisures du corps se fléchissent avec force, les deux extrémités tendent à se rapprocher, et celle qui n'est pas fixée au sol et qui lient le corps l'entraîne avec; elle.
Pour compléter l'histoire de tous les mouvements progressifs des animaux, il nous resterait à étudier le
DE l.'IIOMMK. 137
mécanisme du vol et de la reptation; nv\h h physiologie de l'homme est notre seul objet d'étude, et nous devons négliger tout ce qui lui est é( ranger.
Depuis l'état d'embryon jusqu'à di\-liuit ou vingt ans les os changent continuellement de forme, de grandeur, de volume, etc. 5 par conséquent, pendant tout le temps que dure l'ossilication, les attitudes et les mouvements doivent suivre les changements qu'éprouve le squelette. Ordinairement, à vingt ou vingt-deux ans l'accroissement des os eu longueur est terminé ; mais ils continuent de croître en épaisseur jusqu'après l'âge adulte. A cette époque tout accroissement cesse, et les os continuent à recevoir des éléments réparateurs; jusqu'à ce que les progrès de l'âge viennent apporter dans leur texture des altérations maladives et des décompositions chimiques.
Les muscles offrent aussi de grandes modifications suivant les âges : chez l'embryon ce sont des masses gélatiniformes, grêles et peu prononcées, qui se développent avec les progrès de la grossesse, mais d'une manière peu marquée. Pendant l'enfance et la jeunesse, la nutrition des muscles s'accélère; mais ils croissent parliculièrement en longueur, et c'est à cela que sont dues les formes arrondies, sveltes, agréables, des jeunes lilles et du jeune homme. A l'âge adulte, les muscles croissent en épaisseur; ils augmentent de volume et se prononcent fortement sous la peau, leur tissu prend plus de consistance et leur nature chimique elle-même se modifie. C'est à ces changements que se rapportent les propriétés différentes du bouillon qui est fait avec la chair d'animaux jeunes , ou bien avec la chair d'animaux vieux.
Dans la vieillesse, la nutrition des muscles décroît
138 PHYSIOLOGIl-:
sensiblement; ces organes diminucnl en volume, ils sont flasques, \acillanls, et leur fibre devenue coriace est à peine capable d'ébranler les os que, naguère, elle faisait mouvoir avec tant d'énergie.
La contraction musculaire subit à peu près les uiôuies variations que la nutrition des muscles : faible el peu marquée chez le fœtus, elle augmente d'acLivité à la naissance, s'accroît rapidement dans l'enfance et la jeunesse, acquiert son plus haut degré de perfection dans l'âge adulte, et finit par se perdre presque entièrement chez le vieillard décrépit..
Je ne terminerai pas l'histoire des mouvements sans dire quelques mots d'une des anomalies les plus fréquentes que présente l'organisation humaine, à savoir : la prédominance native d'accroissement et d'habileté du bras droit sur le bras gauche. Les physiologistes et les philosophes qui ont abordé cette question intéressante ont rapporté aux inlluences de l'éducation l'augmentation de force et d'activité que l'un des deux bras présente dès le moment de la naissance et pendant toute la vie. Les uns et les autres se sont laissé séduire par l'analogie que présentent entre elles les lois <|ui régissent l'instinct de l'imitation, et celh^s (jui gouvernent les habitudes. Cette comparaison n'est [)as possible 5 il est démontré par le raisonnement et par l'expérience que, si nos facultés peuvent recevoir, en se développant, l'influence des agents extérieurs, du moins les premiers actes de notre vie sont le jeu nécessaire de nos organes. On ne peut pas considérer ces actes comme des habitudes devenues involontaires; car nous conservons toujours le pouvoir de maîtriser ces impressions, et de prévenir ou de repousser celles qui nous seraient nuisibles.
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PériclrL' de la puissance des cliangements que les habitudes amènent dans nos fonelions, Pascal se demandait « si la nature n'étoit pas une première habitude plutôt que celle-ci n'est une seconde nature » {Pensées de Pascal). Et il dit ailleurs : « Les êtres animés n'étoient- » ils, dans leur principe, que des individus informes et » ambigus, dont les circonstances permanentes au mi- » lieu desquelles ils vivoient ont décidé originairement » la constitution ? »
Cabanis est allé plus loin : « L'homme, dit-il, envi- » ronné d'objets qui font sans cesse sur lui de nouvelles » impressions, ne discontinue pas un moment de s'é- » lever. » {Rapporls du physique et du moral.)
M. Degérando rend celte pensée plus concise : il y a, selon lui, une éducation tant qu'il y a un avenir.
Vicq-d'Azyr a écrit que toutes nos actions pouvaient être influencées par l'habitude; Galliani, dans une lettre qui fait partie de la Correspondance iUléraire de Grimm,
s'exprime ainsi sur le pouvoir de l'habitude : « Que
» Linguet ne sienne pas me dire que l'éducation ne dé- » truit pas à fond la nature, qu'elle ne peut la changer » que du plus au moins; il se trompe : j'écris par habi- » tude, j'écris de ma main droite, qui, par nature, ne » diffère point de ma gauche. H n'est point vrai quej'é- » crive mieux de ma main droite que de ma gauche: » c'est qu'avec ma gauche je n'écris point du tout; mais » point, vous dis-je. Ces deux mains diffèrent doncspé- » ciliquement du tout au rien.»
Lnfin Francklin a écrit quelques lignes charmantes sur ce sujet, sous le litre de Pétition de la main gauche à ceux qui sont chargés d'élever des enfants. On me pardonnera, je l'espère, la cilalion (pie j'ai cru devoir en
faire ici^ pour donner un intérêt particulier à la digression plîvsiologique qui m'occupe en ce moment.
« Je m'adresse, dit la main gauche, je m'adresse à tous les amis de la jeunesse, et je les conjure de jeter un regard de compassion sur nia malheureuse destinée, afin qu'ils daignent écarter les préjugés dont je suis victime.
» Nous sommes deux sœurs jumelles, et les deux veux d'un homme ne se ressemblent pas plus, ni ne sont pas [)lus faits pour s'accorder Tun avec l'autre, que ma sœur et moi; cependaul, la pr.rlialité de nos parents met entre nous la distinction la plus injurieuse. Dès mon enfance, on m'a appi'is à considérer ma sœur comme un être d'un rang au-dessus du mien; on m'a laissée grandir sans me donner la moindre instruction, tandis que rien n'a été épargné pour la bien élever. VA\e avait des maîtres (jui lui apprenaient à écriie, à dessiner, à jouer des instruments; mais si, pai' hasard, je touchais un crayon, une plume, une aiguille , j'étais aussitôt cruellement grondée : j'ai même été battue plus d'une lois parce que je manquais d'adresse et de grâce.
» Il est vrai (|ue, (luelquefois, ma sœur m'associe à ses entreprises; mais elle a toujours grand soin de prendre le devant et de ne se servir de moi (|ue par nécessité, ou pour (igurer auprès d'elle.
» INe croyez pas, Messieurs, que mes plaintes soient excilécs par la vanité; non, mon chagrin a un motif bien plus sérieux. D'après un usage établi dans ma famille, nous sommes obligées, ma sœur et moi, de pourvoir à la subsistance de nos parents. Je vous dirai, en confidence, que ma sœur est sujette à la goutte, aux rhumatismes, à la crauq^e, sans compter beaucoup d'autres accidents. Oi-, si elle é[)rouve (pielque indisposition.
quel sera le sort de noire pauvre famille!... Nos parents ne se repentiront-ils pas alors amèrement d'avoir mis une si grande difTérence entre deux sœurs si parf\utenient égales?... Hélas! nous périrons de misère, il me sera impossible de grilVonner une pétition pour demander des secours; car j'ai élé obligée d'emprutiler une main étrangère pour transcrire la requête que j'ai Tlionneur de vous présenter.
» Daignez, Messieurs, faire sentir à nos parents l'injustice d'une tendresse exclusive, et la nécessité de partager également leurs soins et leur alfection entre tous leurs cnftinls.
» Je suis avec un [profond respect, Messieurs, votre obéissante servante,
» L.v Main gauc!Ik. »
Ici se présciite inic remarque importante : celle activité plus grande des membres droils, ce pcuichant qui nous porte à leur donner la préférence dans les mouvements, ne sont pas seulement communs à tous les hommes civilisés, mais ils semblent précéder la civilisation même; car cette disposition a élé observée chez des peuples sauvages plongés dans la |)îus barbare ignorance. Loisqu'(jn trouve autant de coutumes variées que de peuples divers-, lorsijue, par un travers aussi inexplicable que singulier, certains peuples ont contracté l'habitude de se défigurer en cent manières bizarres : les uns en s'aplalissanl le front, d'autres en s'allongeant la tête ; ici en s'écrasant le nez, là en se perçant les oreilles : comment se fait-il (pic l'on ne trouve pas un peuple qui ait contracté l'habitude de se servir de ses deux mains avec une Ibi'ce ou une adresse égales, ou pas une nation cliez (pii le bras gauche ait pi-étsenté
142 PIlYSIOI.OGIli
coiisliiiiiiiifiil plus d'ngiîitô cl plus de force que le bras
droit? Si la prélcrencc accordée au bras droit doit
cire regaidée comme un efiet de l'éducation et des besoins de la société, une régie dictée dans l'intérêt de tous ne devait souiïïir aucune exception : il n'est pas rare, cependant, de rencontrer des sujets qui apportent en naissant une tendance à exercei- préférablement leur bras gauche , et qui conservent toute leur vie plus de (ermelé et de précision dans les mouvements de ce membre (]ue dans ceux du bras droit.
Je sais (|ue c'est principalement par les exemples dont on entoure l'enfance que s'opère l'éducation physique; que la plupart de nos actions ne sont que des imitations plus ou moins (idéles de ce que nous avons vu faire ou de ce que l'on nous a enseigné, et que, si celte faculté d'imitation est graduée dans les diverses espèces d'animaux, elle obtient dans l'homme tout son développement, j)arce qu'il y a en lui un esprit d'observation plus cui'ieux, plus invesligateur, et un principe d'activité plus infatigable. La Pélilion de la main gauche vient de nous rappeler qu'on apprend aux enfants, dés le plus bas âge, à se servir exclusivement de la main droite, qui bientôt prend un développement plus considérable que la gauche, et devient plus apte qu'elle à exéculer les mouvements les plus importants. Mais, tout en reconnaissant rinlluence de l'habitude et l'importance des modilications infiniment variées (ju'elle imprime à l'exercice des fonctions, je crois qu'elle n'est elle-même qu'un résultat dont il faut découvrir la cause. En effet, chaque animal, en vertu des lois priuiitives de son oi'ganisation, est assujelli à des déterminations particulières : lorsque ces détei-minalions s'accomplissent, elles introduisent dans renscnd)le des fondions dos nio-
D\: L'HOMMK. 143
(lilications qui, à la longue, se changeiiL en liabilude. Les phénomènes secondaires de la vie peuvent bien éprouver des cliangenienls par la répélilion ou la eonlinuilé des mêmes actes ou des mêmes im[)ressions; mais nous devons apporter en naissant des disposilions organiques à contracter telle ou telle habitude. Gellcidéo fut celle de Bichat, qui dit dans ses Recherches phfjsiologiquesi sur la vie et la mort: « Je crois bien que » quelques circonstances naturelles ont indue sur le » choix de la direction des inouvemenls généraux qu'exi-
» gent les habitudes sociales. » Et plus loin : « Les
» membres droits et gauclies ne sont jamais semblables; » et, sans qu'on en ait trouvé une bonne raison, l'or- » gane du côté droit est un peu plus développé, plus » fort, et même assez souvent un peu plus antérieur » que celui du côté gauche, en sorte qu'il'est toujours » le premier en action. L'habitude que l'homme a de » se servir de préférence de ses membres droits nous /> semble plutôt le résultat d'une disposition organicjue, » dont loulefois la nature première nous est inconnue , » que de l'éducation et des conditions sociales dans les- » quelles il vit.»
Dans un mémoire lu en 1827 à l'Acadé-mic des Sciences, et imprimé en 1828 daus \q Journal de Physiologie de M. Magendie, j'ai examiné et discuté, les unes après les autres, les hypothèses diverses qui ont été mises en avant pour rendre raison de la prédominance native du bras droit sur le bras gauche. J'ai fait voir que, dans celle question, on avait toujours voulu expliquer u*e chose par une autre que l'on croyait avoir expliquée elle-même; et que c'était dans un cercle vicieux, où l'on cherchait en vain une explication réelle ^ qu'avait roulé jusqu'à présent la solution de ce problème. Je ne
iU l'HYSIOLOGIE
puis pas reproduire ici mon mémoire tout entier, mais je vais rn|>pelcr ce qu'il ollVait de nouveau sur celte (jucslion ; j'y suis peut-être autorisé par les suifragcs élevés qui accueillirent, à l'Âcadéniie des Sciences, mes Recherches analomico-physiologùjues rclalives à la prédominance du bras droit sur le bras gauche y par l'honorable pu!)Iicilé que M. le professeur Magendie voulut bien leur donner alors, et par la conlirmation qu'elles ont reçue, depuis, en Angleterre et en Allemagne.
Placé on d826, en qualité de chirurgien interne , à la Malernilé de Paris, je tàcliai de tirer parti des circonstances favorables qui me permellaient d'observer l'accroissement progressif du fœtus hunjain^ d'examiner fréquemment, non pas seulement l'embryon, mais les enveloppes qui le contiennent, et de constalerainsi ses rapports analomiques dans les entrailles maternelles, dans ce berceau que la nature lui a préparé pour l'essai de sa vie encore incertaine. Cet ordre de recherches nie mit sur la voie de phénomènes physiologiques entièrement nouveaux, dontla connaissance serait, jecrois, depuis long-temps classique si l'on avait pu soupçonner tout l'intérêt que présente leur étude.
Mon travail a établi , sur près de vingt et un mille faits observés, (jue l'activité moindre de l'épaule, du bras et du côté gauches, au moment de la naissance, est l'ed'et de la compression (jue ces parties du fœtus éprouvent s?</' tes points résistants de la moitié postérieure de la circonférence interne du bassin , el sur la région lombaire de la colonne vertébrale , pendant les cinq derniers mois de la grossesse. Cette idée m'est venue de l'observation attentive de la grossesse; et je me demande encore connnent il se fait qu'avec une connaissance exacte des phénomènes de la gestation, et une théorie
I)i: (>'IIOMMlî. 145
piescjne ntîilliéniiilicjne du travail tie I accouchement , iiiKî explication aussi siin|)lc ait pu si long-tenip^s rester ignorée. Il est vrai que les explications naturelles sont toujours les dernières auxquelles on songe-, mais, uno fois découvertes, elles durent toujours.
Voici, d'une manière générale, l'exposé des faits observés et des conséquences physiologiques qui en ont été déduites :
Pendant les premiers mois de la grossesse, le fœtus n'a pas de situation fixe dans le sein maternel ; la quantité d'eau qui l'entoure est assez considérable, comparativement à son volume, pour qu'il puisse affecter plusieurs positions. Ce n'est que du (luatrième au cinquième mois, que ses dimensions sui'passent en éîendue les diamètres antéro-poslérieurs et transversaux de la poche qui le contient; et à cette é})oque il est obligé de conserver la position dans la(|uelle il se trouve. Sans exaujiner ici les situations variées (juc peut affecter le lœtus et les points du corps qu'il présente au moment de la naissance, je me suis arrêté aux deux positions les plus fré(pienles du sommet de la tète, en démontrant la Iréquence relative de cette présentation du fœtus sur toutes les autres.
Dans la [)ren)ière [)Osition, la lèle et le corpb de l'enfant sont dans les rapports suivants :
L'occiput est dirigé vers la cavité colyloïde gauche;
La face est tournée vers la symphyse sacro-iliaque droite;
L'épaule, le bras et toute la région latérale droite sont en rapport avec la paroi antérieure et latérale droite de l'abdomen;
L'épaule, le bras et toute la région latérale gauches
répondent à la paroi posi.érieuie et latérale gauche de la même cavité;
Le dos est dirigé vers le flanc gauche, les régions antérieures de 1 abdomen et de la |)oilrine regardent le liane droit.
Ainsi celle première position de la lète doit entraîner inévitablement, pour le corps du fœtus, une situation telle (]ue l'épaule, le bras et toute la région latérale gauches de l'enfant, appliqués sur les points résislanls de la moilié poslérieure de la circonférence interne du bassin et sur la colonne lombaire, éprouvent une compression lente et continuelle qui doit retarder l'afflux du sang artériel, entraver le retour du sang veineux, ralentir t influence nerveuse , et diminuer ainsi l'énergie vitale de ces parties.
Si l'on tient compte de la durée de cette compression, on ne se refusera pas à admettre cette première conséquence, qu'au moment de la naissance, dans le plus grand nombre des cas, l'activité vitale du bras gauche est moindre que celle du bras droit, ce qui rend le premier comparativement plus faible que le second.
Il m'a semblé curieux de constater si, lorsque les fœtus présentent une position de la tèle opposée à la première, on rencontre des résultats opposés à ceux que je viens de signaler; car, si l'idée que je me fais de ce phénomène est exacte, la différence dans les causes doit se reproduire dans les elfets.
Or, dans la série des positions du sommet, l'ordre de fréquence fait succéder la position occipito-cotyloïdienne droite à la position occipito-cotyloïdienne gauche, et cette présentation de la tète entraine pour le corps du fœtus les rapports suivants.
L'épaule, le bras et toute la région latérale gauches
du corps sont tournés vers la paroi antérieure et latérale gauche de l'abdomen.
L'épaule, le bras et tout le côté droits répondent à la paroi postérieure et latérale droite de la même cavité , et sont appliqués sur les points résislanls de la moitié postérieure de la circonférence interne du bassin et sur la colonne lombaire.
Il est facile de pressentir les consé(|uences nécessaires de ces rapports nouveaux. La compression déjà signalée doit ici s'exercer encore, mais ce ne sera plus sur le même côté; car la différence des positions doit se représenter dans les résultats qu'elles amènent : ce sera donc dans l'épaule et le bras droits qu'on devra trouver cette infériorité, celle faiblesse comparatives dans l'énergie vitale et dans les mouvements.
C'est dans ce fait seul qu'on doit chercher l'explication de la ])répondérance du bras droit sur le bras gauche, dans le plus grand nombre des cas, et l'activité plus grande du bras gauche en quelques cas particuliers.
Je viens d'indiquer la liaison qui existe entre les divers rapports anatomiques du fœtus et les résultats (pi'ils entraînent : il lîiut maintenant prouver que le nombre des gauchers est à celui des droitiers dans la même proportion que la deuxième position du sommet est à la première; et pour cela je vais tracer le tableau de la fréquence relative de la présentation de la tète sur la présentation des autres points du corps du fœtus , et je décrirai la fréquence comparative des positions de la tête entre elles.
La marche suivie par les expérimentateurs modernes, et qui a tant contribué aux progrès de la physiologie , consiste à faire des observations, des expériences mul-
148 PliYStOLOCxIE
tipliées, et à ramener tous les faits observés nu plus petit nombre possible de faits généraux. Je Nais donner ici le résumé de l'histoire de 18,000 accouchements observés et décrits avec soin à la Maison royale d'Accouchement, dans l'espace de plusieurs années , et j'y joindrai les 20,539 qui ont eu lieu pendant mon séjour dans cet établissemenl.
Sur 20,539 naissances on a observé 49,810 présentations de la têle, et 729 présentations des autres extrémités ; cette fréquence si remarquable des présentations de la tète a fixé de tout temps l'attention des accoucheurs, qui en trouvèrent la cause : P dans la position oblique du bassin; 2° dans la pesanteur relative de la tête, qui, étant toujours la partie la plus volumineuse, devait nécessairement occuper le point le plus déclive. Si l'on réfléchit, en outre, à la structure anatomique de cette extrémité du fœtus , on se convaincra (jue cette présentation est la plus naturelle et la plus favorable pour l'heureuse issue de l'accoucliement.
Les extrémités des grands diamètres de la tète (le front et l'occiput) peuvent correspondre aux différents points de la circonférence interne du détroit du bassin; mais la forme de ce détroit fait que certaines positions sont plus fré(juenles et presque obligées : aussi le raisonneinent, d'accord avec l'expérience, prouve que l'occiput est la région qui s'adapte le mieux à la forme du détroit abdominal, puiscpie, dans les 19,810 présentations de la tète, l'occiput s'est présenté 19,727 fois. Les mêmes relevés prouvent que sur ces 19,727, la première et la deuxième position du sommet ont élé observées 19,379 fois.
Si l'occiput a une si grande tendance à se placer derrière l'une ou l'autre paroi antéro-latérale du bassin ,
c'est que les rapports de cts deux premières positions sont les plus favorables pour la sortie de la lèle au détroit supérieur.
(ju'il me soit permis de faire remarquer (ju'en siinplitiant progressivement les termes de ma proposition je suis déjà arrivé à établir que sur 20,539 accouciiemenls 19,379 enfants présentent, dans le sein de leur mère, des rapports analomiqucs qui entraînent la compression de l'épaule, du bras et de toute la région latérale d'un côté quelconque du corps parlespom/5 résistanls de la moitié 'postérieure de la circonférence interne du bassin et par la colonne lombaire pendant les cinq derniers mois de la gestation.
Maintenant il me reste à déterminer de combien la première position est plus fréquente que la deuxième.
Les mêmes rcclierclies m'ont prouvé que, sur 19,379 présentations de l'occiput, la première position (occipilo-cotvloïdienne gauciie) avait été observée 17,220 fois; la deuxième (occipito-cot}loïdienne droite), 2,153 fois. Ainsi, dans 20,539 accouchements, 17,220 enfants sont dans des conditions telles, qu'ils présentent en naissant une circonstance naturelle qui doit influer sur le choix des mouveiuents qu'exigent les habitudes sociales, circonstance naturelle dont Bichat ignorait la nature et qu'il avait cependant pressentie. En d'autres termes, 17,220 enfants, au moment de la naissance, présentent dans l'épaule, le bras et toute la région latérale gauches une infériorité et une faiblesse comparatives dans l'énergie vitale et dans les mouvements.
Ce n'est pas tout : j'ai fait voir que, sur 20,539 accouchemenls, 2,153 enfants ont présenté la deuxième position du sommet. Si je me suis sulfisamment expli(iué, lorsque j'ai décrit les rapports analomiques et les ré-
sultals qu'entraîne cette position, on sentira que ces 2,453 enfants apportent en naissant une disposition organique qui , par son influence sur le choix des mouvements^ rend ces enfants plus aptes à se servir de la inain gauche que de la droite, puisque l'épaule, le bras et toute la région latérale droite, comprimés pendant les cinq derniers mois de la grossesse , présentent à la naissance une infériorité et une faiblesse comparatives dans l'énergie vitale et dans les mouvements.
On s'est demandé pourquoi la tète affectait si souvent la première position du sommet, et la réponse à cette question a été fournie par l'examen des dispositions mécaniques du bassin , et par l'étude des rapports anatomiques qui existent entre le fœtus, l'utérus et cette cavité osseuse.
1° Des deux dépressions latérales (faces antérieures des symphyses sacro- iliaques) que présente le bassin dans la moitié postérieure de sa circonférence interne, celle du côté gauche est occupée par la partie supérieure de l'intestin rectum; comme cet intestin est souvent rempli de matières fécales endurcies, l'extrémité correspondante de la tète au fœtus peut diiïicilement s'arrêter de ce colé, et glisser dans la dépression latérale droite : or cette extrémité est le front, et, quand le front est sur la symphyse sacro-iliaque droite, l'occiput est derrière la cavité cotyloïde gauche; ce qui constitue la première position.
2" Des trois obli(|uités que peut affecter le fœtus, l'obliquité latérale droite est la plus fréquente; et la première position du sommet de la tête est la conséquence nécessaire de celte obliquité , la fréi|uence de l'une décide la fréquence de l'autre. On a cxpli(|ué cette obliquité par la difTérence de longueur des ligaments
ronds, par la saillie que forme l'inlcslin rectum audevant du sacrum, et, coiumc le prouvent les planches de Ilunter, par la disposition des organes abdominaux.
Je crois que si l'on examine attentivement ce (|ui se passe pendant les eUbrts t[uc l'ont, avec les membres supérieurs, les femmes grosses qui ont une obliquité latérale droite, on trouvera la vraie cause de celle inclinaison du fœtus dans la forme que prend alors l'abdomen, et dans la direction suivant la(|uelle les muscles abdominaux se conlractent. Les anatomislesout remarqué la courbure latérale de la région dorsale du rachis ; déjà Bicliat l'avait attribuée aux eilbrts dont les plus nombreux se font avec le bras droit , et pendant lesquels nous sommes obligés de nous pencher un peu en sens opposé pour offrir à ce membre un point d'appui solide; et si je cite cette opinion c'est moins pour rappeler une chose que tout le monde sait que pour expliquer par elle un fait jusqu'alors inexplicable : je veux dire l'hérédité de l'aptitude à être gaucher. En effet , si l'usage plus fréquent du bras droit décide l'obliquité latérale droite, et par elle entraîne la première position du sommet de la têle, position qui offre pour résultat l'aptitude à être droitier; ne suis-je pas autorisé à dire que l'usage plus fréquent du bras gauche, décidant l'ob- Jiquité latérale gauche, entraînera la deuxième position du sommet de la tête , position dont la conséquence est l'aptitude à être gaucher?
Je pourrais m'arrêter ici , et penser que j'aurais résolu le problème que je m'étais proposé, en prouvant que les premiers actes de notre vie sout le jeu nécessaire de nos organes, et que nous apportons en naissant une disposition organique à contracter telle ou telle ha-
!52 IMIVSIOLOGIK
bitude; innis, cotuinc on se fortilie dans un sentiment en repassant en son esprit toutes les raisons qui l'appuient, je crois devoir ajouter qnelcpies réllexions, pour ne laisser aucun doute sur l'exactitude de cette explication.
lin chercliant les rapports numériques de la deuxième position du sommet avec les autres positions que le corps du fœlus peut aiïecter dans le sein de sa mère, j'oljtiens la proportion suivante :
c'est-à-dire 2, 163 enfants aptes à être gauchers sont , à 20,539 enfants qui ont plus de tendance à être droitiers, comme i est à 9 /„ ; or dans le monde on renconire la même proportion (à jjeu de chose près) entre les gauchers et les droitiers , et l'on peut s'en convaincre par l'examen d'un grand nombre d'individus jeunes encore, et chez lesquels les habitudes, l'éducation et quehjues exercices particuliers n'ont pas encore fait disparaître les dispositions congéniales de tel ou tel bras à l'excès relatif de vie et d'action que j'ai signalé.
Lorsque, pour la première fois, l'observation attentive des rappoits du fœtus dans le sein maternel vint révéler à mon esprit celte explication toute physiologique d'un aussi curieux phénomène, j'en lis part au chirurgien en chef de la Maison d'Accouchement, M. Dubois, dont l'expérience était si vaste et l'opinion si imposante. Frappé comme moi de la liaison qui paraissait exister entre les rapports anatomiques du fœtus avec sa mère et ses aptitudes natives, il m'engagea à vérifier par un grand nombre d'observations l'exactitude de ma théorie. Je consacrai plusieurs années à recueillir tous
les faits qui servirent de base à ce travail , que je n'eus pas besoin d'accompagner de longues et nombreuses remarques; car les laits n'ont besoin d'autre appui que la vérité dont ils sont l'expression.
Je dois ajouter (pie j'ai pu suivre quelques enfants dont j'avais observé la naissance, et que constamment l'activité plus grande des mouvements de leurs bras m'a paru coïncider avec les rapports qu'ils avaient eus dans le sein de leur mère, rapports que le mécanisme de l'accouchement permet de calculer avec une rigoureuse précision.
Il me semble que les observations précédentes prouvent que l'activité plus grande des membres droits, que le penchant qui nous porte à leur donner la préférence dans les mouvements, sont le résultat d'une prédisposition congéniale, et non pas de l'habitude. J'ai prouvé (jue cette prédisposition congéniale existait 17,220 fois sur 20, o;J9 cas, et cette proportion nuuiérique rappelle celle des droitiers sur les gauchers et les ambidextres. Quant à ces derniers , leur nombre est si petit dans le premier âge, que je n'en aurais pas fait mention si les mêmes lecherches ne m'avaient prouvé (}ue le fait de l'ambiilexlrie, loin d'être extraordinaire, peut s'expliquer, ce me semble, par une aptitude congéniale à faire usage des deux membres; mais cette aptitude ne peut exister qu'autant que le fœtus qui doit en jouir aura été soustrait, dans le sein de sa mère, à \ii compression faible mais permanente qui, chez les autres fœtus, affaiblit l'activité vitale de l'épaule, du bras et de toute la région latérale d'un côlé quelconque du corps. Or, deux positions seulement sont affranchies de cette compression, ce sont les positions directes; on les a observées dO fois sur i9,727 présentations de l'occiput, ou, ce
(jiii est la mcinc chose, sur '20,530 accoiiclioments : i\ là le peu d'aiulj-dcxlies que présente la société.
Qu'il me soit jiermis, en terminant ce sujet, de signaler un abus déplorable (jui Irompe l'enfance sur l'usage de ses sens et l'emploi de ses forces. L'avantage particulier que l'homme avait reçu de la Providence par la perfection de ses membres supérieurs, lui est ravi, comme l'a si ingénieusement dit Francklin , dans l'éducation lie sa première enfance. A cette épef^ue on devrait s'attacher à enlever au bras droit une prééminence de force et d'activité que ce membre ne doit ([u'à l'infériorité relative du bras gauche : loin delà, on l'exerce généralement dans la pioportion môme de son aptitude spéciale ; plus le cercle de ses mouvements viendra à s'étendre, plus aussi grandira la désharmonie entre deux membres qui, au lieu d'être étrangers l'un à l'autre, devraient constamment se prêter un mutuel secours. J'ai dit que l'éducation première tend à maintenir ce défaut d'équilibre et celte disproportion native des deux bras; on sera, comme moi, frappé delà vérité de cette remarque, si l'on examine comment les nourrices pointent leurs enfants : on voit alors que l'enfant, assis sur l'avant-bras droit de sa nourrice, jouit librement de son bras droit, tandis (|ue son bras gauche, fixé le long de son côté, est maintenu dans une immobilité presque absolue par la poitrine de la nourrice. Cette habitude des nourrices est générale, elles la doivent à la nécessité de supporter l'enfant avec leur bras le plus fort; et d'accomplir un grand nombre d'actions avec leur bras gauche, (jui pour cela doit être libre.
Look conseille , pour régulariser les évacuations alvines des enfants, de les présenter à la garde-robe tous les jours et à la môme heure, jusqu'à ce que l'habitude
DE T/IIOMME. 155
s'en soil (Hablic; mais il s'(';lcv(3 avec force coiUrc le danger (jiic peuvent entraîner les prenuèies influences de l'exemple , les plus importantes peut-être. Continuons son ouvrage sur le même plan, veillons à l'origine de nos habitudes, pour n'en laisser contracter que de salutaires, et pour ne les favoriser (j-je d'une manière réfléchie. Ce principe, toujours bien compris et jamais oublié, finirait nécessairement, j'en suis sûr, par faire disparaître dans l'homme la déshar.uonie constante de deux organes si importants. En condamnant à une inaction temporaire le bras cpii , à la naissance, paraît être le plus aclif, on rendrait à l'autre ce qui lui manque d'énergie vitale et de force, et l'on rétablirait ainsi l'équilibre.
J'ai pensé que cette indication, qui ressort d'un travail expérimental dont la nature toute seule a Oiit les frais, pouvait avoir de bons résultats; je l'ai suivie avec succès un grand nombre de fois; et je m'estimerais fort heureux si ceux qui songeront à m'imitcr dotaient d'un membre de plus les enfants objets de leurs soins, et arrivaient ainsi à prouver (|u'en cherchant simplement à éclairer un point encore douteux de physiologie j'ai découvert un principe nouveau d'hygiène publique et d'éducation privée.
Ji»E\!S>ATIOI\Si.
Les sensations font connaître à l'homme tout ce qui l'environne, et la faculté de les percevoir réside dans un appareil particulier appelé système nerveux. La sensation comprend en même temps l'impression faite sur nos organes par les corps extérieurs, la
transmission de celte impression au cerveau par le ministère des nerfs, et enfin l'excitation particulière (|ue le cerveau en reçoit lorsqu'elle y est arrivée.
Il existe dans toutes les parties du corps des espèces de cordons blancs et minces qui se ramilient dans les divers organes, et vont se terminer par leur extrémité opposée pu cerveau ou à la moelle épinière. Ces cordons sont appelés nerfs; ils servent à transmettre les sensalioiîs de l'organe qui les reçoit au cerveau, qui est le siège de leur perception : c'est également pai' rinlcriuédiaire des nerfs que l'induence de la volonté se communique du cerveau aux muscles des différentes parties du corps. Aussi, lorsqu'un ou plusieurs de ces nerfs se trouvent coupés, liés ou atrophiés, les organes auxquels ils se distribuent perdent la faculté de sentir et d'exécuter des mouvements volontaires, ou, en d'autres mots, sont paralysés. Il est également reconnu que les lésions du cerveau nous privent de la faculté de percevoir, quoique l'organe ou les différents nerfs des sens soient dans un état d'intégrité parfaite.
Les nerfs sont d'une sensibilité extrême, et la moindre blessure de l'un d'eux occasionne une douleur vive ; il en est de même de la moelle épinière. Ces cordons blanciiâlres se divisent et se subdivisent dans leur irajet; ils sont composés de liianients, ou petits filets trèslins, dont l'une des extrémités tient à la moelle épinière ou à la moelle allongée, et qui, par leur autre extrémité, se ramilient et se distribuent dans la texlure des divers organes.
Les anciens nommaient nerfs toutes les parties blanches du corps d'un animal, telles que les nerfs, les tendons et les ligamenls. Mais, depuis Galien , le nom de nerfs a été uniquement réservé aux parties qui sont
dans une dépendance soit directe soit indirecte du centre nerveux cérébro-spinal.
Les nerfs communiquent entre eux de mille manières dans leur trajet. Quelquefois un simple filet s'unit à un autre : c'est ce qu'on appelle une anastomose, 10 et 20 (Pi. d4, fig. 5): tFautres fois une inlinité de filets se réunissent et s'enlacent en forme de réseau, 2, 3, 13 (id., id.): c'est ce qu'on nomme un plexus; et quand ce plexus, plus dense et plus serré, au lieu d'un réseau n'olfre plus qu'une seule masse, on le nomme ganglion, h{9\. 14, fig. 4).
Centres nerveux.
Ces appareils de sensibilité offrent deux grandes dispositions générales. Par la première, les organes de la nutrition sont animés sourdement, et sans le secours de la volonté, do la sensibilité particulière qui leur est indispensable pour remplir leurs fonctions : c'est ainsi que les organes de la digestion, ceux de la circulation, ceux de la respiration, etc., sont excités constamment et maintenus dans l'état d'excitation qui est la condition de la vie. C'est à l'aide de celte iniluence nerveuse que l'estomac digère, que le cbyle est porté dans le torrent de la circulalion, que le cœur se contracte , que lair entre dans les poumons, qu'il se mêle au sang veineux , le xivilie, et qu'enfin le sang vivifié revient au cœur, dont les contractions le distribuent dans la structure des organes les plus déliés en lui faisant parcourir des milliers de canaux presque imperceptibles.
Le système nerveux qui anime les organes de la vie de nutrition est nommé système nerveux delà vie organique, ou grand sympal bique; il est composé d'un nom-
bre infini de polils filels nerveux qui se réunissent lous ensemble dans de pclils rennenienls nerveux que l'on nomme ganglions , //, h (Pi. 45, (ig. 1). Ces ganglions et ces nerfs sont disposés et distribués le long de la partie antérieure de la colonne vertébrale, depuis la tête jusqu'au sacrum.
Les muscles qui reçoivent des filets du nerf grand sympathique se contractent d'une manière régulière et périodique, et ne sont pas soumis à l'innucnce de la volonté : tels sont le cœur et la tunique musculaire des intestins.
La seconde disposition générale du système nerveux consiste dans l'existence d'une masse nerveuse (|ue l'on nomme encéphale, qui se partage d'elle-même en cerveau et en moelle épinière. De ce cerveau et de celte moelle épinière parlent des troncs nerveux qui donnent naissance à des branches, lesquelles se divisent en rameaux qui, subdivisés en ramuscules, vont, sous les formes les plus déliées, se ramilier sur les organes et pénétrer dans leur tissu.
L'encéphale est logé dans la cavité du crâne et dans le canal qui règne dans toute la longueur de la colonne vertébrale, c, c\ m (Pi. 10, iig. t2).
La partie supérieure de l'encéphale est formée par le cerveau, viscère très-volumineux et de forme ovalaire qui remplit la moyenne parliez de rintérieur du crâne, et qui est divisé sur la ligne médiane, par un sillon Irèsprofontl, en deux moitiés appelées licniisphères du cerveau, fig. '2 (PI. 10, soulevez le lambeau) et 1 (PI. li, fig. 2). Chacun de ces hémisphères, divisé à son tour en trois lobes, 4, 2, S ( Pi. 10, fig. 2, lambeau), présente à sa surface un grand nombre de sillons et de saillies contournées sur elles-mêmes, comme les intes-
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lins, el appelées circonvoluliuiis ;lii cerveau , c , c (PI. io, lig. 7). Iinlin, on iroiive dans leur iulérieur des ca viles nommées venir icides, 5 (PI. 10, lig. 2, soulevez le lambeau), et on dislingue dans la substance dont ils sont composés deux matières : l'une blanche, (jiii en occupe l'intérieur, 1, 1 (id. id.); et l'autre de couleur grise, qui en forme la superilcie.
En arrière et au-dessous dti cerveau se trouve une autre masse nerveuse bien moins grosse, mais de structure analogue, qu'on appelle cervelet, c' (PI. 10, lig. 2) et 13 (Pi. 14, lig. 2). C'est de ces deux organes que naît la tnoelle épinière, m (Pi. 10, lig. 2), îu , e (id., lig. 1) et 8 (Pi. 14, lig. 2), qui a la forme d'une grosse corde blanchâtre étendue de l'intérieur du crâne jusque vers la partie inférieure du canal dont la colonne vertébrale est creusée.
Chaque lambeau de la ligure 2 de la planche 10 représente un hémisphère dans ses rapports avec le crâne. Le lambeau le moins profondéiiient placé représente une coupe du cerveau 1, l,(lans l'épaisseur de ses circonvolutions; une coupe du cervelet 2 , la glande pinéalej», et l'origine de la moelle «'pinière 3, i. Le lambeau extérieur représente l'ensemble du système cérébro spinal vu de profil (côté gauche), et dans ses rapports naturels avec les parois du ciane et du canal vertébral : 1, circonvolutions cérébrales du lobe antérieur du cerveau ; 3, lobe mo}en; 7, lobe gauche du cervelet; G, protubérance annulaire; G, m, m\ partie latérale gauche de la moelle épinière ; ni\ extrémité inférieure de la moelle épinière vulgairement nommée queue de cheval; 8, nerfs sacrés renfermés dans le canal de l'os sacrum. Ce même lambeau, vu en dedans, représente une coupe du cerveau, du cervelet et de la protubérance faite sur
la ligne médiane : 5, 8, commissure cérébrale ou corps calleux , large bande de substance médullaire qui réunit les deux hémisphères 5 7, milieu de la masse nerveuse du cervelet; 6, protubérance annulaire; p, glande pinéale , presque entièrement isolée du cerveau, auquel elle ne tient que par deux petils cordons de substance nerveuse. C'est dans ce corps que Descartes plaçait le siège de l'àme.
La figure 1 de la planche iO représente la Aice antérieure du système cérébro-spinal et l'origine de tous les nerfs qui naissent soit du cerveau , soit de la moelle épinière. Ici, comme dans la lig. t> de la planche 14, la masse du cerveau est renversée en arrière, afin de laisser voir l'origine des nerfs qui naissent de sa base. Les nerfs de la moelle épinière sont coupés au delà de l'endroit où leurs racines antérieures et postérieures se réunissent. Les parties indi(|uées dans cette ligure sont : c, c, c, c, le cerveau; c, c, c\ le cervelet; m, e, la moelle épinière; p, la protubérance annulaire; r, r, r, les nerfs rachidiens ; ;;, 6 , le [ilexus brachial «jui fournit les troncs nerveux (\m se distribuent dans l'épaule et le bras ;/>, 5, le plexus sciatique dont les divisions se rendent dans la cuisse et la jaudje (lig. ti et 3, PI. 15).
Ainsi que j'ai l'ai déjà indicpié plus haut, une multitude de nerfs sortent de la base du cerveau et des côtés de la moelle épinière et vont se ramilier dans les dernières parties du corps. On en compte quarante-trois paires , dont les douze premières naissent dans l'intérieur du crâne, et trente et une soi lent de chaque côté de la colonne vertébrale. Ces derniers naissent tous sur les côtés de la moelle par deux racines^ Quant aux
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douze premières paires, elles sont désignées par les noms suivants :
Première : Nerf olfaciif, o/(Pl. 10, fig. l)etd'(Pl. Li, fig. 2).
Deuxième : Nerfs optiques, op(id., id.)et A (id., id.).
Troisième : Nerfs moteurs oculaires communs, o, c (id., id.) ety(id., id.).
Quatrième : Nerfs pathétiques, pet (id., id. ) et k (id., id.).
Cinquième : Nerfs trijumeaux, (r ( id. , id.) et l (id.,id.).
Sixième : Nerfs moteurs oculaires externes, o, e (id., id.) et m (id., id.).
Septième : Nerfs faciaux, f (id., id.) n (id., id.) et 1 (PI. 14, fig. 5).
Huitième : Nerfs auditifs, a (id., id.) et o (PI. 14 ^ fig. 2).
Neuvième : Nerfs glosso-pharyngiens , p (Pi. 1431 fig. 2).
Dixième :. Nerfs pneumo-gastriques, r (Pi. 10, fig. 1), q (PI. 14, fig. 2) et V. V. (PI. 11).
Onzième : Nerfs hypoglosses, r (PI. 14, fig. 2) et «(Pi. id., fig. 4).
Douzième : Nerfs spinaux, ^(Pl. 14, fig. 2).
Parmi les nerfs qui naissent de la moelle épinière, il en est un certain nond)re qui ne servent qu'à la transmission des impressions, d'autres qui sont destinés uniquement à déterminer, sous l'intluence de la volonté, des contractions musculaires; mais la plupart remplissent en même temps ces deux fonctions, et résultent de la réunion d'un certain nombre de fibres nerveuses
dont les unes sont sentantes , et les autres locomotrices.
Dans le [loint où ces nerfs sortent de la moelle épinière, ces deux espèces de libres sont encore séparées et constituent deux racines distinctes , l'une située audevant de l'autre; la racine antérieuie sert aux mouvements, et la racine postérieure à la sensibilité. Aussi, lorsqu'on coupe, sur un animal vivant, les racines antérieures de tous ces nerfs, il ne peut plus se mouvoir, mais conserve la sensibilité ; tandis que c'est le contraire (|ui a lieu si l'on coupe les racines postérieures, sans blesser les racines antérieures.
La planche dl est disposée pour faire comprendre les rapports de(|ue!(jues nerfs avec le système cérébrospinal c, c, m, et leurs nombreuses ramilications dans divers organes. C'est ainsi qu'on voit : 1° le nerf vague ou pneumo-gaslrique v, v. v, naître, par plusieurs racines, des parties supérieures et latérales de la moelle pépinière m, et envoyer ses branches au larynx /, aux poumons p, au cœur c, et à l'estomac e ; 'l" le nerf facial /", dont l'origine est au bord postérieur du pont de Yarole cy 3" le nerf glosso-pharyngien p. / y qui nait entre le nerf facial f et le nerf vague i") ; 4" le nerf spinale, qui naît, dans l'intérieur du rachis, des parties latérales de la moelle, à la hauteur de la quatrième vertèbre cervicale , et dont une branche se distribue dans les muscles de l'épaule ; 5** le nerf respiratoire inférieur extrême r, se rendant aux muscles de la partie externe de la poitrine; G'' le nerf phrénique ou respiratoire interne c?, qui se partage en filets nombreux et déliés dans le muscle diaphragme d'.
Le cerveau est alimenté par des vaisseaux sanguins qui s'y dislribuent en canaux aussi déliés que nom-
hreiix. Ces vaisseaux ne pénètrent point immédiatement dans sa subslance. Les artères qui y entrent, et les veines (jui en sortent, présentent à sa surface un lacis de vaisseaux capillaires exlrcmement ténus qui forme au cerveau une première enveloppe nommée pie-mère, 18 (l>!. 14, fig. 1, et PI. 15, fig. 4).
L'encéphale, ainsi recouvert, est lubrifié par la sérosité que sécrète l'arachnoïde, véritable membrane séreuse qui enveloppe la totalité des organes nerveux contenus dans le crâne. Comme toutes les membranes séreuses, l'araclinoïde se rélléchit sur elle-même, et enveloppe le cerveau sans le contenir.
La consistance du cerveau est si délicate, que le moindre choc, en ébranlant ses parties, eut pu déranger leur action : aussi la nature a-t-elle pris le soin de le proléger par une troisième membrane, appelée (/«réméré, qui se moule exactement sur ses parties, les force, par sa résistance, à conserver leur forme propre, et empêche leur contact immédiat et leur affaissement.
Mais rien n'était plus propre à protéger l'encéphale que la boîte osseuse dans laquelle il est contenu (Pi. 10, 11g. 2) et a à" (Pi, 13, fig. 7). Le crâne, en effet, par son épaisseur, sa forme arrondie et ses nombreuses articulations, est capable de résister à de très-grands efforts. Un choc reçu par une partie quelconque de celle voiite vient se briser, en rayonnant, dans lessuluresqui unissent les os nombreux concourant à sa formation. Ces os sont encore recouverts par la peau, (jui, à la lête, a reçu le nom de cuir chevelu, non-seulement parce qu'elle est garnie de cheveux , nouveaux moyens prolecteurs, mais encore parce qu'elle est plus dense et plus résistante (pjc dans le reste du corps. Les cheveux, élant mauvais conducteurs du fluide éleclriquc, mettent
iU PHYSIOLOGIE
la tête dans une espèce d'isolement; d'où il résulte que le cerveau reçoit une influence moins marquée de la part de ce fluide.
Nous avons vu, en traitant la mécanique animale, de quelles merveilleuses précautions avait été entourée la structure du crâne et de la colonne vertébrale ; ces notions trouvent ici une application directe. Il est trèsrare de voir une lésion d(3 la moelle épinière; ce qui prouve que la nature a mis pour la protéger au moins autant de sollicitude que pour défendre le cerveau. Cette prévoyance était, en effet, d'autant plus nécessaire, que la texture délicate de la moelle épinière ne pourrait recevoir ni le plus petit ébranlement, ni la moindre compression, sans que ses fonctions en fussent tout à coup troublées. Outre les os nombreux dont se compose la colonne vertébrale, a, a, a {P\. dO, (ig. 2), plusieurs couches musculaires la recouvrent encore; leur épaisseur prévient l'eflet des violences extérieures qui est presque toujours funeste.
Organes des sens.
Les impressions arrivent au cerveau par l'intermédiaire des nerfs des organes des sens; nous ne percevons les objets extérieurs qu'au moyen de ces organes: ainsi nous ne pouvons voir sans yeux, ni entendre sans oreilles. Non-seulement ces organes nous sont nécessaires, mais il ftiut encore qu'ils soient sains et dans leur état naturel. En effet, plusieurs maladies des yeux produisent une cécité absolue; d'autres afl'aiblissent la "vision sans la détruire tout à fait, et l'on peut en dire autant des organes des autres sens.
Les anciens supposaient que les fibres nerveuses sont
(le pclils tubes remplis d'une vapeur très-subtile à laquelle ils donnaient le nom d'esprits animaux; que le cerveau est une glande qui sécrète ces esprits de la partie la plus déliée du sang, et répare continuellement l'énorme consommation qui s'en fait; qu'enfin c'est par le moyen de ces esprits animaux que les nerfs remplissent leurs fonctions.
Descartes nous les montre parcourant sans cesse les canaux qu'ils se sont assignés, et produisant non-seulement les mouvements musculaires, mais la perception, la mémoire el l'imaginalion. Il a décrit leurs voyages et leurs opérations, avec la même précision et le même détail que s'il en avait été le témoin oculaire.
Malheureusement, jamais œil humain n'a aperçu la structure tubulaire des nerfs, jamais les injections les plus subtiles n'ont pu la rendre sensible, et il se trouve que toutes les merveilles qu'on a racontées des esprits animaux, pendant plus de quinze siècles, n'étaient que de pures conjectures.
De toutes les opérations de l'esprit, a dit un philosophe, la perception des objets extérieurs est celle qui se répète le plus souvent.
Les sens atteignent toute leur perfection, même dans l'enfance, quand nos autres fiicultés ne sont pas encore éveillées. Ils nous sont communs avec les animaux, et nous présentent les objets sur lesquels s'exercent le plus fréquemment nos autres facultés.
Nous trouvons qu'il est fiicile d'étudier leurs opéralions; et parce (jue ces opérations nous sont familières, nous app!i(pjons les noms qui leur appartiennent aux facultés qui nous semblent avoir quelque rapport avec elles.
Dans la perception, les objets extérieurs font sur les
organes des sons, sur les nerfs et sur le cerveau des impressions qui, en vertu des lois de notre nature, sont suivies de certaines opérations de l'esprit. On est sujet à confondre ces deux choses 5 mais elles doivent être soigneusement distinguées. Quelques philosophes ont supposé, sans fondement, que les impressions faites sur les organes sont la cause elficiente de la perception; d'autres, avec aussi peu de raison, ont admis que l'esprit reçoit des impressions semblables à celles qui sont faites sur les organes , de sorte que ce qui se passe dans les sens devait être considéré comme le t}pe et le modèle de ce qui se passe ensuite dans le cerveau.
Nous ne percevons les objets extérieurs qu'au moyen de certains organes corporels que la Divinité nous a donnés pour celte lin. L'être suprême, de qui nous tenons l'existence, et (jul nous a placés au milieu de ce monde, nous a pourvus de facultés convenables à la situation et au rang qu'il nous assignait dans la créalion.
Nous avons cinq sens, et les sensations que nous devons à chacun d'eux n'ont rien de commun entre elles. De plus, à l'exception peut-être du sens de l'ouïe, il n'y en a aucun qui ne nous en procure un très-grand nombre qui (linerenl noii-sculemenl en degrés, mais encore en nature. Combien d'espèces de saveurs et d'odeurs, toutes susceptibles de tous les degrés, depuis le plus fort jus(iu'au plus faible! H en est de mêuKi du cliaiul et du froid, de la rudesse et du [)oli, de la dureté et de la mollesse, caractères saisis et perçus par le toucher, (|ui dinèrent les uns et les autres en nature, et qui sont susceptibles chacun d'une variété inlinie de degrés : les sons sont graves et aigus, sourds et éclalanls, avec les mêmes dillérenccs de degrés. Enlin, il y
a bien plus de coulcuis que nous n'axons de lernies pour les nonimei".
On a cherclié à expliquer toutes nos sensations par des vibrations dans !a substance médullaire des nerfs et du cerveau. Cette explication méritorail de lenir une place dans la saine philosophie, si l'on avait jamais pu établir par des expériences que cette snlislance éprouve, en effet, des vibrations, ou qu'elle est susceptible d'en éprouver. On s'est servi de ces vibrations iuiaginaires pour expliquer toutes nos sensations , quoiqu'on n'ait jamais pu établir une relation entre la diversilé des unes et celle des autres.
Les rayons lumineux produisent une impression sur le nerf optique, mais ils n'en produisent aucune sur les nerfs acoustique ou olfactifs; les émanations des corps font une impression sur les nerfs olfactifs , mais elles n'en font aucune sur les nerfs optique ou acoustique. Les vibrations de l'air agissent sur le neif acoustique, mais elles laissent insensibles les nei'fs optique et olfactifs.
Le galvanisme est l'un des plus puissants excitants du système nerveux. La manière dont se conduit cet agent offre môme des traits d'analogie si frap[»ants avec la manière dont se conduit l'agent nerveux, (jue quehjues physiologistes ont cru pouvoir en conclure l'identité de ces deux agents. Cette identité est pourtant bien loin d'être prouvée. Nous allons énumérer les principales conditions de l'action nerveuse, mais nous devons dire qu'on ne sait rien du mode et du mécanisme de cette action. Les esprits animaux ont depuis long-temps perdu leur vogue. Le fluide nerveux n'est qu'une conjecture qui s'accommode plus ou moins aux faits : et l'analogie avec le fluide galvanique, quelque frappante qu'elle soif, n'est pourtant encore qu'une analogie.
Pour percevoir un objel, il faut qu'une impression ait été faile sur un organe, ou par l'application immédiate de l'objet, ou par quelque milieu placé entre l'organe et lui.
Dans deux de nos sens, le toucher et le goût, l'application immédiate de l'objet à l'organe est nécessaire; dans les trois autres l'objet est perçu à distance, mais au moyen d'un milieu qui fait impression sur l'organe.
Les émanations des corps odorants, aspirées par nos narines , sont le milieu de l'odorat ; les vibrations de l'air sont le milieu de l'ouïe, et les rayons lumineux renvoyés des objets à l'œil sont le milieu de la vue. Tout objet qui ne dirige ou ne rétlécliit point vers l'œil quelque rayon lumineux est invisible pour nous. Nous n'entendons aucun son , à moins que les vibrations de quelque milieu élastique, excitées par celles des corps sonores, ne viennent frapper notre oreille. Nous ne sentons aucune odeur, à moins que les émanations des corps odorants ne s'introduisent dans nos narines. Nous ne percevons aucune saveur que par l'application du corps savoureux à la langue ou à quelque partie de l'organe du goût ; et enfin nous ne percevons les qualités tangibles de la matière qu'en la touchant avec la main ou par quelque autre partie de notre corps.
Les organes des sens sont au nombre de cin([ : le toucher, le goût, l'odorat, la vue et l'ouïe. Leurs caractères communs sont d'être tous placés à la périphérie du corps, d'être symétriques, d'êlre formés de deux parties principales : l'une nerveuse, qui développe l'impression; l'autre placée au-devant de la première, et destinée à recevoir l'impression du corps extérieur. Les sens sont dépendants de la volonté, qui peut les dérober à l'action des corps extérieurs. Ils peuvent s'exercer de deux ma-
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iiières : o\\ passivement, quiind i'org;ine, parle fait seul de sa silualion à la péi'i|)lii'riedii corps, et inclépcudainnienl de la volonté, est iinpiessionné par les corps extérieurs; ou activement j quand cet organe, mu par la volonté et excité par elle, va cotnnic au-devant du corps pour en recevoir l'impression. Les sens sont perlectibles par r éducation.
Toucher.
Le toucher et le tact sont une fonction de la peau; ce sens a lieu sur toute sa surface, mais plus ou ujoins parfaitement dans chacune de ses parties selon la coniiguration [)lus ou moins favorable qu'elles présenlent. C'est ainsi que le tact, obscur a la plante des pieds et au talon, est parfait à la main, où il s'exerce le j)lus ordinairement.
Les nerfs (jui partent du cerveau fournissent, après des subdivisions nombreuses, des lilels déliés (jui viennent rauqier sous le tissu de la peau a (IM. 13, lig. 8). Cette membrane, qui i-evét toute la surlace du corps, est assez mince pour que ces filets nerveux la traversent et se ramifient à sa surface.
La peau est la membrane (|ui revêt tout le corps. Elle se compose principalement de deux parties : l'une appelée chorion ou derme, l'autre nommée épiderme.
V épidémie e (PL 13, lig. 8) est la couche la plus superficielle de la peau; c'est une espèce de vernis épais qui recouvre le derme df (id., id.), et sert à le protéger contre le contact des corps durs, et à empêcher qu'il ne se dessèche par l'action de l'air. Le derme est composé d'un nombre variable de couches superposées c (PI. 13, fig. 9); sa couche la plus intérieure renferme
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la matière colorante de la peau, qui y est répandue par des canaux qui viennent de petites ampoules logées dans le derme e(id. , id. ) et e (Pi. 43, fig. 10).
Le derme ah (Pi. 13, lig. 12) est la partie la plus épaisse et la plus iniporlante de la peau; il est situé sous l'épiderme et adhère par sa face interne aux parties sous-jacenles. Un nombre considérable de nerfs le pénètrent et forment à sa surface de petites élévations TvommQ,c?> papilles a (PI. 43, (ig. 9) dans lesquelles ils se distribuent sous la forme de houppes. C'est à ces nerfs que le derme doit sa sensibilité, qui est plus grande dans les parties où il y a le plus de papilles : comme au bout des doigts, [)ar exemple.
L'épiderme est appliqué sur ces papilles nerveuses CfZ (Pi. 43, lig. 42), il n'est pas doué lui-môme de sensibilité et rend le loucher d'autant moins délicat qu'il est plus épais; le contact souvent répété d'objets rudes et durs, tend à en déterminer l'épaississement: aussi les mains des personnes (jui exécutent des travaux pénibles, ont-elles l'épiderme plus épais et sont-elles moins sensibles que celles des personnes dont les occupations ne sont pas aussi laborieuses.
La peau présente, en outre, un grand nombre de /(^^ licules sébacés fd (Pi. 43, fig. 0) et des canaux obliques qui excrètent le liquide de la transpiration.
Le sens du toucher est le plus essentiel de tous , aucun animal n'en est entièrement privé, et il paraît même acquérir d'autant plus d'activité, que les autres sens sont moins développés : c'est ainsi qu'on a pu dire que les polypes paraissent palper la lumière.
La peau est douée d'une sensibilité particulière qui lui permet d'apprécier le contact des corps qui nous environnent, leur température basse ou élevée, leur ré-
sistance ou icur mollesse. Quand celte aclion est presque passive, elle prend le nom de tact; mais quelques organes ont pour la sensibilité tactile une condition particulière plus exquise et plus spéciale, c'est ce qu'on nomme le toucher. La main de l'homme est un admirable instrument do toucher ; la finesse de la peau , l'excessive mobilité des doigts , la possibilité d'opposer le pouce à tous les autres doigts, permettent à l'homme d'étudier les ibrmes les plus minutieuses des corps, et de redresser ainsi les illusions des autres sens. « Qu'on suppute, dit Buffon, la superficie de la main et des cinq doigts, on la trouvera plus grande à proportion que celle de toute autre partie du corps, parce qu'il n'y en a aucune qui soit autant divisée; ainsi, elle a d'abord l'avantage de pouvoir présenter au\ corps étrangers plus de superficie, ensuite les doigts peuvent s'étendre, se raccourcir, se plier, se séparer, se joindre et s'ajuster à toutes sortes de surfaces, autre avantage qui suffirait pour rendre cette partie Torgane de ce sentiment exact et précis qui est nécessaire pour nous donner l'idée de la forme des corps. » L'hompie est, de tous les animaux, celui dont la peau est le plus favorablement disposée pour l'exercice du toucher. En elFet, la surface de son corps s'offre à toutes les impressions qui peuvent s'exercer sur elle; et rien ne vient diminuer l'action des divers excitants sur ces organes do la sensibilité. Tous les autres animaux , tels que les mammifères , les oiseaux, les poissons, les reptiles, les mollusques , etc. , etc. , ont la peau recouverte par des poils, des plumes, des écailles, des coquilles; ce qui diminue beaucoup et quelquefois fait disparaître lesefiets du tact. Les cheveux, les poils, les ongles, les cornes sont des produclions formées par de petits organes sécréteurs
logés dans la substance de la peau ; ils se développonl , comme les dents, par l'addilion de nouvelles portions de leur substance au-dessous de celles déjà formées c , fc, d(V\. 13, fig. il), et ne sont pas îe siège d'un mouvemenl nutritif comme les organes qui vivent. On donne le nom de bulbe aux organes sécréteurs des clievenx et des poils.
Comme toutes les fonctions de la vie, le loucher et le tact sont assujettis aux modifications de l'âge. Chez le vieillard, ce sens est considérableiuent détérioré; la graisse ayant disparu , le derme n'est plus soutenu par elle, il se plisse, devient flasque et inaccessible aux impressions tactiles, tandis que, d'un autre côté, la sensibilité générale s'est bien allaiblie. Le toucher peut, par l'exercice, acquérir une grande puissance. Ainsi, des aveugles discernent les couleurs; le sculpteur Ganivasiiis , devenu aveugle, continua de praticjuer son art avec succès, en se guidant par le toucher; l'antiquaire 5aî//i(/(?r50«j aveugle, discernait, dans une suite de médailles, celle qui était contrefaite, etc.
GcûL
Ce sens donne la notion de la sapidité des corps. C'est la langue (jui est l'organe principal de la gustation. Les lèvres, le palais^ les joues, le voile du palais, contribuent bien aussi à efTecluer l'impression des corps sapides; mais il est vrai de dire ([ue la langue est essentielle dans la production de cette sensation. On a vu cependant des exemples de mutilation de la langue et même d'absence congcniale de celte partie avec persistance du goût; mais aussi, dans ces cas, la sensation des corps sapides n'était point aussi parfaite (pTclle l'est
dans les circonstances les plus ordinaires. I.e goût parait avoir pour nerf spécial la branche linguale du nerf de la cinquième paire e (PI. i3, (ig. 7); d'autres nerfs se rendent aux parties que nous venons de présenter conune le siège de ce sens, ces nerfs sont : le glossopharyngien u (PI. 13, iig. 7), le grand li\poglosse a (PI. U, fig. 4).
Le mécanisme de la guslation est loin d elrc compliqué , raj)plication plus ou moins immédiate des particules sapides à la langue suffît pour l'elïectuer ; plus le corps est divisé, plus l'impression est complèle : paice qu'alors il correspond d'une manière plus exacte et plus intime aux divers points de l'organe. ï-,a dissolution des corps est une condition nécessaire pour qu'ils agissent sur l'organe du goût. Celte sensation devient plus intense par l'elfel de l'attention, et l'on sait combien il est difficile de distraire un gourmet lorsqu'il goùlc quelque substance et qu'il raisonne ses morceaux.
Ce sens peut acquérir une délicatesse extrême par Texcrcice, comme le prouvent les dégustateurs : il n'est pas rare, dit-on, delrouver, dans la Bourgogne méridionale, des personnes (jui non-seulement reconnaissent, lorsqu'ils sont mélangés, les vins de chacun des terroiis qui entrent dans une composition, mais encore désignent le vignoble particulier qui les a fournis cl l'année où ils ont été récollés.
Odorat.
L'odorat est le sens à l'aide duquel nous jugeons les qualités tjdorank'S des corps. Ce sens s'exerce et réside dans un a|)pareil disposé à cet efiel, que l'on nomme les fosses nasales b (PI. 13, (ig. 7), d (Pi. 10, fig. 2). Ce
sont deux grandes cavités carrées, creusées dans l'épaisseur des os de la face, et qui coninuiniquent au dehors par les ouvertures du nez, au dedans par celles qui s'ouvrent dans le pharynx. L'amplitude des fosses nasales est augmentée en haut par les sinus sf{P\. 43, fig. 7), en avant par le nez dans l'homme, le museau danscpielques animaux. L'air traverse les fosses nasales, enlraînant avec lui toutes les parties odorantes des corps. La disposition des fosses nasales est telle, que l'air est porlé vers leur partie supérieure. C'est là que \iennent s'épanouir les filets déliés du nerf de l'odorat; ce nerf perçoit les odeurs que l'air lui apporte , et c'est par lui que les impressions sont transmises au cerveau.
Les lames osseuses contournées qui sont iixées aux parois des fosses nasales augmentent l'étendue de l'organe de l'odorat, et présentent aux molécules odorantes des points de contact plus nombreux. Ces lames sont appelées cornets des fosses nasales ; il y en a deux de chaque cùié 6, ^(Pl. 13, fig. 7, soulevez le lambeau).
La membrane i|ui tapisse les fosses nasales porte le nom de membrane pituilaire; elle s'appliciue sur tous les feuillets osseux, dont elle augmente l'épaisseur. La pituitaire est molle et douce au toucher ; elle sécrète le mucus nasal, humeur très-utile dans les fonctions de l'odorat. L'anatomie comparée démontre que la perfection de l'odorat résulte toujours du plus grand développement des cavités nasales et des sinus (jui en dépendent. Dans le chien, les sinus frontaux ont une ampleur considérable. La longueur du groin du cochon explique la finesse de l'odorat dont est doué cet animal utile. C'est le mouvement d'inspiration qui fait pénétrer dans l'intérieur des fosses nasales les molécules odorantes. On a conslalé qu'en pratiquant sur des animaux une
ouverture à la Irachée-arlére, et en empêchant ainsi Tair de la respiration de passer par les fosses nasales, ces animaux n'avaient plus d'odorat; chacun sait, d'ailleurs, que pour échapper à une odeur l'on suspend momentanément sa respiration. L'on conçoit, dés lors, pourquoi l'organe de l'odorat est toujours placé sur les voies de la respiration. Ce sens acquiert par la culture un assez haut degré de perfection , comme le prouvent les parfumeurs et les chimistes. Les nègres ont, dit-on, l'odorat si subtil, qu'ils distinguent de loin si l'homme qui les approche est un nègre ou un blanc. Il en est du sens de l'odorat comme de celui du goût; en général il se perfectionne avec l'âge, à moins que des habitudes destructives ne l'aient émoussé : comme cela n'a lieu que trop souvent par l'usage qu'on a contracté d'introduire à chaque instant diins le nez des substances irritantes.
Vue.
La vue est un sens à l'aide duquel nous pouvons juger la couleur, la distance et le volume des corps de la nature, par le moyen de la luujière. Ce sens, que Buftbn appelait un loucher lointain, a pour effet de peindre au fond de ïœW les images des corps qui lious environnent, et de transmettre au cerveau les impressions de ces images.
Nous partagerons l'étude de ce sens en trois parties : l" la lumière; 2*' les organes de la vision; 3" la marche de la lumière dans l'œil.
De la lumière.
La lumière est un fluide qui remplit l'étendue, et qui éclaire les corps de la nalurc. Autrefois on croyait que
]a lumiùre c'iail siispondiie dans l'esj>ace ; Dcscarles est l'aiiietir (lo celle opinion, qui a été partagée par beaucoup (le pljysicicns. Depuis >i(nvlon on admet que la JuinièiH! cinaue des corj)s lumineux, et (pic ces corps SOUL le soleil ou les c'toiles Ihes.
I.a lumi(3re peul cire : ou naturelle, c'est celle du soleil ; ou arti(iciel!e, c'est la lumière dégagée par les corps en combustion.
La lumière est directe ou réfléchie : elle est directe, quand elle vient en droilc ligne du corps lumineux à notre œil; elle est réfléchie, lorsqu'il existe entre nous et la lumière un corps qui nous renvoie l'éclat «pii l'a frappé.
L'intensité de la lumière se mesure par l'éloignement ou le rajjprocliement des corps. Ainsi, dans la lig. Jl de la planche i2, les corps o, o', o'\ qui sont tous trois de môme volume, seront frappés par des rayons lumineux d'aulant plus nombreux (jue ces corps seront plus voisins de la flamme. En eflet, il est facile de voir, par celte ligure, que si le corps o, le plus près de la flamme, reçoit seize rayons lumineux, le corps o', [)lacé à une distance double , est frappé par huit rayons lumineux ; le corps o", placé à une distance quadruple, n'en reçoit que (juatrc : en un mot, l'intensité de la lumière est en raison inverse du carré de la distance.
Les corps sont transparents ou opaques. On nomme transparents les milieux à travers lesquels les rayons lumineux se meuvent; les corps opaques sont ceux que la lumière ne traverse pas, et par la surface desquels elle est réfléchie.
La surface des corps opaques ne renvoie pas toujours la lumière telle qu'ils la reçoivent. Il en est qui en absorbent tous les rayons , ou (pii du moins n'en réflé-
DE L'HOMMIi. 177
chissent qua fort peu : ces corps sont appelés noirs. Los corps qui rénécliisscnt tous les rayons, ou à peu près tous, sont blancs; ceux qui n'en rétlcchissent que quelques-uns (et leur variété est innombrable) sont appelés corps colorés.
Ainsi, la couleur n'est pas inhérente aux corps, elle dépend de l'espèce de rayons lumineux que le corps coloré peut réfléchir. En eflot, si l'on reçoit sur une feuille de papier un faisceau de rayons lumineux qui aura traversé un prisme de verre; au lieu de produire une image blanche, il formera une image oblongue dans la(juelle on distinguera les sept couleurs suivantes : rouge, orange, jaune, vert, bleu, indigo, violet. Telles sont les se|)t couleurs primitives dont cliaque rayon lumineux est composé.
La lumière peut êlre réiléehie ou réfractée. On l'appelle réfléchie, (juand elle est renvoyée dans l'espace par le corps sur lequel elle a été dirigée. Il est important de rcujarcjuer <|ue les rayons lumineux abandonnent le corps <|ui les réfléchit, dans une direction pareille à celle qu'ils avaient en arrivant sur lui; et (pie l'angle formé par le rayon de réflexion sur le corps îéfiingent , est égala l'angle formé par le rayon d'iLicidence c, «et a, e (IM. 12, lig. 12).
La lumière réfractée est celle qui, en traversant un corps transparent, a subi une déviation. La réfraction de la lumière nous donne l'explication de (juelques phénomènes qu'on observe journellement. Ainsi, quand on place une pièce de monnaie a (PL 12, fig. 12) au fond d'un vase dont les parois sont opaques, l'œil ne peut voir la pièce qu'en se plaçant dans le cône d des rayons qui passent par l'ouverture du vase ; mais si l'on verse une certaine quantité d'eau dans le vase, la pièce devient
178 THYSIOLOOIE
visible pour l'œil placé au-dessous du niveau d'une ligne droite 6, a, passant de la pièce au-dessus des bords du vase, et cette pièce parait beaucoup plus élevée qu'elle ne l'est en réalité. C'est qu'alors les rayons sont réfractés en s'éloignant de la perpendiculaire; puisqu'ils passent d'un milieu plus dense dans un moins dense, qui est l'air. On explique de la même manière pourquoi un Lâton, en partie plongé dans l'eau, semble brisé 1i la surface de ce liquide.
La lutnière marche ordinairement en suivant une ligne droite, et les différents rayons qui partent d'un point quelconque s'écartent entre eux, de plus en plus, à mesure qu'ils avancent dans l'espace. Lorsque ces rayons tombent perpendiculairement sur la surface d'un corps transparent, ils le traversent sans changer de direction; mais lorsqu'ils le frappent obliquement, ils sont toujours plus ou moins déviés de leur direction primitive.
La déviation que subissent les rayons lumineux en traversant des corps transparents, varie suivant la forme des corps. Des rayons lumineux qui traversent un corps transparent peuvent affecter trois directions différentes : ils sont parallèles, divergents ou convergents. Les corps transparents, que l'on appelle des milieux, peuvent être planes o, o\ o" (Pi. 12, lig. Il), convexes b, 6' (id., îig. 4o), concaves b, ft' (id. lig. 44).
Nous allons examiner les diverses déviations que subissentles rayons lumineux, parallèles, convergents oudivergents, suivantqu'ils traversentdes corps transparents, planes, convexes ou concaves. Les corps transparents planes ne font subir que de faibles déviations aux rayons lumineux : ainsi, en les traversant, les rayons parallèles restent parallèles; les rayons convergents conservent
DK L'HOMME. 179
leur degré de convergence, et les rayons divergents ,; conservent leur degré de divergence.
En traversant les milieux convexes, les rayons lumineux tendent à se rapprocher du foyer de la réfraction : ainsi, supposons que trois rayons divergents partis du point a (PI 12, lig. 15) traversent l'air et viennent tomber sur une lentille convexe b, b\ le rayon a, c frappera perpendiculairement celte surface et traversera la lentille sans éprouver de déviation 5 mais le rayon a, d, tombant obliquement sur cette surface, sera réfracté et rapproché de la perpendiculaire tirée au point d'immersion. Cette perpendiculaire a la direction de la ligne ponctuée c; car elle est la ligne qui part du centre de la circonférence dont la surface réfringente b, 6' forme l'arc, pour pénétrer au point de cette circonférence où tombent les rayons lumineux. Or, en se rapprochant de cette perpendiculaire, le rayon lumineux, aulieu de poursuivre sa route vers le point f/ , suivra la ligne f. Il en sera de même pour la lignes, g, qui, en continuant sa marche, se rapprochera de la perpendiculaire h, et se dirigera vers le point i, au lieu de continuer à se porter en ligne droite vers le point g. Les autres rayons qui viendraient frapper la lentille seraient réfractés d'une manière analogue, et, au lieu de continuer à s'écarter entre eux, ils se rapprocheront et pourront même se réunir tous dans un môme point qu'on appelle le foyer de la lentille.
Si la surface du milieu réfringent est concave (id., fig. 14), les rayons lumineux ne se rapprocheront pas de l'axe du faisceau, comme dans le cas précédent, mais au contraire ils divergeront davantage. Le rayon a, d, par exemple, devra se rapprocher de la perpendiculaire . au point de contact, laquelle a la direction de la ligne e,
180 PFlYSTOI.OGIIi
f't, en se déviant ninsi, en rayon prendra la direelion/". Il en sera de même du rayon a, gf qui divergera suivant la ligne a, i.
D'après la différence de leurs effets, les verres con- \exes ont été nommés verres convergents et les verres concaves verres divergents.
Les verres convexes ont la propriété de réunir les rayons lumineux en un point ((u'on a nommé foyer. Ils rendent convergents les rayons parallèles, ils augmentent la convergence des rayons déjà convergents, et ils diminuent la divergence des rayons divergents, au point de les rendre parallèles et même convergents. Ils grandissent les objets, parce cpi'ils nous les font voir sous un angle plus ouvert et parce <jue, en même temps, ils font converger vers notre pupille un bien plus grand nombre de rayons lumineux des corps fjue nous examinons avec une lentille. Ces corps, plus éclairés et grandis, nous paraissent rapprochés.
Plus les verres convergents sont convexes, plus l'effet qu'ils produisent est énergi(|ue, et plus aussi la distance du foyer principal est courte.
En un mot les lentilles bi convexes et les analogues concentrent toute la lumière, tandis que les bi-concaves la dispersent.
Les corps transparents réfractent la lumière avec d'autant plus d'énergie qu'ils sont plus denses et qu'ils sont foruiés de matières plus combustibles.
Dans l'étude de la vision , nous verrons raj)plication des lois que suit la lumière rélléchie ou réfractée.
Organes de la vision.
Les organes de la vision se divisent en deux espèces : Torgane de la vision proprement dit, c'est le globe de
l'œil; puis les organes acccssoiros , ou protecteurs de l'œil. Quelques mots sur ces organes.
Sourcils. — Au-dessus de la paupière supérieure fl, 6, c (Pi. i'i, fig. 2) on remarque deux arcades (ju'on nomme sourcilières , a (id., lig. 1), et qui sont formées par la réunion de petits poils dont le nondjre et le volume varient suivant les races et les tempéraments. Ils sont beaucoup plus fournis et plus bruns chez les peuples du TVlidi que chez ceux du Nord. Ils ont pour usage de protéger, par la saillie qu'ils font, la partie inférieure des paupières; ils ont aussi pour effet de détourner, vers le côlé de la face, les gouttelettes de sueur qui quelquefois inondent le front. Enfin on croit que leur teinte plus ou moins foncée diminue l'action d'une vive lumière, en absorbant les rayons les plus énergiques.
Paupièî^es. — On donne ce nom à deux voiles mobiles tendus au-devant du globe de l'œil. Les paupières sont formées à l'exlérieur aux dépens de la peau, a, b, c (PI. d2, fig. 2); à l'intérieur elles sont tapissées par une membrane lisse qu'on nomme la membrane conjonctive (m, p, fig. 10, soulevez le lambeau) : entre ces deux membranes est placée, pour chaque paupière, une petite lame de substance fibreuse et résistante (pi'on nomme cartilage. La paupière supérieure est plus étendue (jue la paupière inférieure; les paupières |)résenlent chacune deux bords : l'un se continue avec la peau, l'autre est libre. Cha(|ue bord libre des paupières est hérissé de petits poils longs et déliés qu'on nomme cils. L'usage de ces cils est de former au-devant de Tœil une petite grille <)ui arrête les corps étrangers dont la présence troublerait l'exercice de la vision. Les bords libres des paupières sont taillés obliquement, de manière
à constituer, par leur rapprochement, un canal étroit et triangulaire. Les paupières ont le double usage de protéger le globe de l'œil, en s'abaissant au-devant de lui, et de le rendre inabordable aux rayons lumineux dont l'éclat pourrait troubler le sommeil. Les paupières doivent à deux muscles, l'élévateur 6 (PI. 12, lig. 3) et le palpébral m, o ( id., fig. 10, soulevez le lambeau) ^ les mouvements allernalifs d'abaissement ou d'élévation par lesquels elles étendent au-devant du ^lobe de l'œil le liquide aqueux dont nous allons parler, et qui est fourni par une glande qui fait partie de l'appareil lacrymal.
Appareil lacrymal. — Gel appareil est composé de plusieurs organes dont les uns sont destinés à former et à verser au-devant de l'œil le fluide lacrymal , les autres ont pour usage de le charrier au deiiors de l'œil. Premièrement, la glande lacrymale a (PL 12, fig. 10) et a' (id., id., soulevez le lambeau). C'est un petit corps, d'un volume d'une amande, placé à la partie extérieure et supérieure du globe de l'œil, entre cet organe et la cavité orbilairej celle glande fournit un lluide particulier qui est versé au-devant du globe (le l'œil par de petits canaux (jui viennent s'ouvrir à la face intérieure du bord adhérent de la paupière supérieure. Ces pelils canaux sont très déliés et très-nombreux ; ils versent constamment le lluide lacrymal, et, comme nous l'avons déjà vu, ce tluide est répandu au-devant du globe de l'œil par les paupières supérieure et inférieure. On nomme caroncule lacrymale un petit corps rougeàtrc situé au grand jmgle de l'œil 6 (id., id.) : c'est près de ce cor|)s quQ^s^uvrent les organes destinés à enlever les larmes; ce sont deux pelils canaux lerminés par deux orilices que l'on nomme
points lacrymaux d {\d., k\.). Ces canaux sont courbés : l'un (le supérieur) b remonte un peu pour se courber bientôt en bas; l'autre (l'inlérieur) c se dirige directement en bas, et va, comme le premier, s'ouvrir dans un canal plus large que l'on nomme le canal nasal Bj f. Les fonctions de ces points lacrymaux sont de pomper les larmes au fur et à mesure qu'elles sont versées au-devant de l'œil : de cette manière, le fluide est excrété dans la proportion qu'il est formé. Dans quelques circonstances particulières, l'équilibre de ces deux phénomènes est rompu ; et soit que les larmes soient sécrétées en plus grande quantité, soit que les points lacrymaux ne les pompent pas aussi activement, ou qu'elles soient arrêtées dans leur cours à travers les canaux lacrymaux et le canal nasal, ce fluide déborde les paupières et tombe en grande quantité le long des joues.
Ccwilé orbilaire; muscles. — Parmi les organes protecteurs de l'œil, la cavité orbitaire joue un rôle inqjorlant. En eflet, les parois osseuses de celte cavité emboîtent le globe oculaire de telle sorte qu'il ne donne de prise au contact des cor[)s étrangers que par sa face antérieure. La cavité orbitaire a une forme conique c, /", h (id., lig. 8) : la base de ce cône est furmée par les os de la pommette et par los du front ; le sommet s'ouvre dans la cavité du crâne j)ar un trou irrégulier que traverse le nerf optique /"(id., id.) pour connnuniquer avec le cerveau. On doit encore regarder comme parties accessoires de l'œil les muscles à l'aide desquels nous pouvons le mouvoir et le diriger à notre gré, Ces niuscïe^ sont au nombre de six : quatre droits dont deux latéraux, l'un interne, l'autre externe a, /"(id., id.), 3 (id., fig. 7) et e (f«g. 5, le droit interne est caché par
le nerf optique el n'a |)U être indi(jué) , et les deux autres (]ui sont le droit inférieur h , f cl le droit supérieur e, d (iig. 3 et 5). Les (\cu\ autres muscles sont appelés obliques, et sont distingués en grand c et petit 5 ( id., lig. 7) ol)ii(|ues. L'action des muscles droits a pour effet de diriger le globe de l'œil en haut, en bas, en dedans ou en dehors. Le muscle grand oblique c se prolonge, en avant, par un tendon (|ui se réiléchit sur une poulie fixée prés de l'apophyse orbilaire interne, et se termine à la partie externe et postérieure du globe de l'œil, auquel il imprime un mouvement de rotation de dedans en dehors. Le petit obli(jue 5 imprime à l'œil un mouvement de rotation de di-liors en dedans et le porte un peu en avant.
Globe oculaire. — L'organe de la vision proprement dit a reçu le nom de globe oculaire; ce globe est formé par des enveloppes membraneuses et par des humeurs transparenles renfermées dans ces enveloppes, qui concourent à en faire un instrument d'opti(|ue' des plus parfaits.
L'enveloppe la plus extérieure et la plus résistante de l'œil se nomme sclérolit|ue d, e, / (PI. 12, lig. 5) s, (lig. 0), 1 (lig. 7), c (lig. 1); c'est sur elle (jue s'attachent les muscles qui meuvent le globe de l'œil : la partie antérieure est transparente , la partie postérieure est opaque. La partie transparente de l'enveloppe sclérotique est nommée cornée transparente a, ft (lig. 5), î (fig. 3), c, f (lig. 6), d (fig. 9, lambeau) : on pense que c'est une petite membrane emboîtée dans la sclérotique ; peut-être n'est-ce qu'une modification de cette membrane. La seconde njembrane de l'œil porte le nom de choroïde ch ( fig. 6 ) , e ( fig. 8 ) , a ( lig. 7 ) , 5 ( fig. 9 , lambeau), f'{ûg. 13) ; elle est placée à la partie interne
de la sclérotique et la tapisse en noir : la partie antérieure de cette membrane se prolonge sous la forme d'un voile mobile i (lig. 6), i, 5 (iig. 9, lambeau) placé derrière la cornée transparente, et percé par une ouverture;) (fig. G), 3 (fig. 9) qui est susceptible d'agrandissement ou de diminution ; ce voile est appelé iris, cette ouverture est appelée pupille, La troisième membrane est la rétine r (fig. 6), d (lig. 9) ; on pense que c'est une expansion du nerf optique n (fig. 6) : cette membrane est demi-transparente, molle et blanchâtre; elle est étendue dans la partie postérieure du globe oculaire, à la face interne de la choroïde.
Les différentes humeurs qui sont contenues dans l'intérieur des membranes que nous venons d'énumérer sont : l'humeur \ilrée, le cristallin et l'humeur aqueuse.
L'humeur vitrée a (fig. 7 et fig. 9) est une masse transparente, mollp comme de la gelée, et (jui occupe toute la partie interne du globe de l'œil , dont elle donne la forme principale.
Le cristallin c (lig. 6), h (fig. 7) (5 (fig. 9) est une petite lentille de forme circulaire placée en avant du corps vitré.
L'humeur acjueuse est un liquide limpide placé entre le cristallin et l'iris, puis entre l'iris et la cornée transparente d (fig. 7).
Le nerf optique n (fig. (5), c (lig. 7) a son origine dans le cerveau ; il pénètre dans l'oibite par le trou optique , perce la sclérotique et la choroïde , et se termine au milieu de la rétine, qui n'est, en quelque sorte, que son épanouissement.
Marche de la lumière dans l'œil,
Lorsqu'après avoir étudié les parties constituantes
186 PHYSIOLOGJE
de l'œil on cliorclio à comprendre les fondions (|uo remplit cliacuiie de ses parties on \oil (|(ie la théorie de la vision repose presque entièrement sur celle de la lumière, et (juVIle s'expli(}ue par les lois de la réfraction.
Chacun des points de l'étendue d'un corps éclairé envoie à l'œil un cône de rayons lumineux o (lig. 13), cluKfue cône présente un axe et des rayons obliques à cet axe. Supposons que nous choisissions le cône dont l'axe se confond avec l'axe anléro-postérieur du globe oculaire, c'est-à-dire avec cette ligne qui est perpendiculaire à toutes les surfaces convexes et concaves (|uc l'on rencontre, en procédant de la cornée à la rétine, et examinons ce qui se passe à chacun de ces milieux. Les rayons obliques de ce cône sont réfractés en traversant les différents milieux de l'œil, de manière cependant (|u'ils sont reunis autour de leur axe à l'instant où celui-ci parvient à la rétine. En effet, 1" en tiaversant la cornée qui est convexe et [)lus dense (jue l'air extérieur, les rayons se rapprochent de la perpendiculaire élevée au point de contact, et deviennent plus conveigents {a d, lig. 15, dont la direction serait a cl , se brise en /") 5 d'autres rayons sont rétléchis en e, et forment le brillant de l'œil et les images que l'on aperçoit derrière la cornée. 2" En tiaversant l'humeur aqueuse, qui est moins dense que la cornée, ils sont réfractés de nouveau et écartés de la perpendiculaire , mais moins cependant que s'ils repassaient dans l'air; de sorte qu'ils conservent toujours un peu de la convergence que leur avait imprimée la cornée. Les rayons qui tombent dans le trou pupillaire sont les seuls qui servent à la vision, tous les autres sont absorbés par l'iris ou rétléchis par lui; ces derniers nous font apcr-
DR I.'flOMîSIR. 187
covoir les couloiirs divorsos t\o cclto mombrano. î.cs rayons qui Iraversent \e cristallin, qui joue le rôle d'une lentille bi-convexe à courbures inégales , convergent fortement et se rapprochent de l'axe oculaire. Le cristallin est organisé de manière à corriger l'aberration de sphéricité qui dépend de ce cjue les bords des lentilles ne concentrent pas les rayons au mènje point que le centre. Ouciques layons sont encore réiléchis : les uns sortent de l'œil et concourent à lui donner de l'éclat, d'autres tombent sur la rac(î postéi'ieure et interne de l'iris, espèce de diaphragme coloré en noir, (pii absorbe les rayons qui pourraient être réfraclés et altérer alors l'obscurité de l'appareil. A. l'aide de ce diaphragme, l'œil peut admettre une plus grande quantité de lumière avec une moindre aberration de sphéricité, 3" l^nlin , en traversant \ humeur inlrée, qui a une densité moindre (pie le cristallin, mais dont la face antérieure est concave, les rayons sont encore rélVactés, écartés de la perpendiculaire élevée au point d incidence, et par consé(juent rapprochés de l'axe oculaire. 11 semble donc que, pour arriver plus simplement au même but, il sudirait de rendre le cristallin plus réfringent. Mais . l'humeur vitrée sert à rendre le champ de la vision plus étendu , en permettant à la i'(''tine de se développer sur sa surface postérieure. Les trois natures de milieux, riuimeur aqueuse, le ciislallin et le corps vitré, sont combinées de manière à se compenser cl à prévenir l'aberration de réfrangibililé qui tient à ce que la même lentille concentre plus ou n)oins loin de son nxe les rayons de réfrangibilité diverse.
En dernière analyse, il se forme donc sur la rétine une image très-petite, très- éclairée et |)ar conséquent très- nette. La concavité (jue forme celte mend)ranc
lêê PHYSIOLOGIE
nerveuse la rend apte à se présenter au foyer propre de cliaque pinceau lumineux.
La rétine est la partie de l'œil qui reçoit l'impression; elle la transmet au cerveau par le moyen du nerf optique, dont elle n'est qu'un épanouissement : la paralysie de cette membrane entraîne toujours la perte totale de la vue. Ce n'est point par un simple contact que la lumière agit sur la rétine 5 elle pénètre son tissu demitransparent et arrive sur la choroïde, qui, par son enduit noirâtre, en absorbe les rayons.
Les cônes lumineux envoyés par tous les points d'un objet, se croisent dans l'intérieur de l'œil de manière à former sur la rétine une image renversée de l'objet opposé à l'œil {/lèches de la iig. 13, pi. 42). On a cherché à expliquer de bien des manières pourquoi, les images se peignant renversées sur notre rétine, nous voyons les objets droits et dans la position qu'ils afièclent réellement au dehors de nous. Voici comment Berkley , évêque de Cloyne, a rendu compte de ce phénoînène;
« Quoique l'image de l'objet soit eifectivement tracée au fond de l'œil dans une situation renversée, cependant l'àme doit naturellement, et sans le secours d'aucune expérience, les redresser, c'est-à-dire voir en haut l'extrémité supérieure, et voir en bas l'extrémité inférieure; et, en effet, ces termes de haut et de bas sont des termes relatifs et qui n'ont de valeur que par le terme auquel nous les comparons : c'est-à-dire (|ue nous jugeons en haut tout ce qui correspond à la voùle céleste, et en bas tout ce qui répond à la terre. Or, il est bien évident que le ciel se peint dans la partie inférieure du fond de l'œil, et que la terre se peint dans la partie supérieure : dès-lors, nous rapportons à la voûte céleste l'extrémité de l'objet qui se peint dans la partie
la plus supérieure; c'esl-à diio que nous ('lablissons naturellement, entre ces deux extrémités, la relation qu'elles ont, et que nous situons l'objet tel qu'il est réellement. »
L'image est double, et cependant nous voyons simple. Quelques physiologistes expliquent ce phénomène par une disposition anatomique, l'entre-croisement des nerfs optiques c (pi. 12, fig. 3). D'autres recourent à des explications physiologiques. Ainsi Buffon admet que l'on voit double dans l'origine, mais que le toucher rectifie l'erreur. Gall prétend que l'on ne voit ordinairement qu'avec un seul œil, et presque jamais avec les deux à la fois. D'autres, enlîn, ont invoqué une loi par laquelle la sensation est toujours reportée à l'extrémité du corps lumineux qui cause l'impression, et par conséquent à l'objet unique qui est éclairé. Une autre loi, admise par quelques savants, c'est (jue toutes les fois que les points lumineux frappent des poinls correspondants de la rétine, il n'y a qu'une seule image : des observations multipliées ont prouvé, dans ces derniers temps, que si, dans le strabisme, il y a souvent duplicité des images, c'est que les poinls correspondants de la rétine ne sont pas aifeetés.
Les dilférences innombrables que présentent les hommes, sous le rapport de l'aptitude qu'ils ont à distinguer un objet de près ou de loin , constituent la myopie elia presbylie. La myopie tient à ce qu'une cornée trop saillante, ou un cristallin trop dense et trop convexe, rapprochent trop brusquement les rayons lumineux. Ainsi, chez les myopes les humeurs sont trop réfringentes, ou l'œil a une moindre profondeur; les rayons des cônes se réunissent et se cioisent avant de tomber sur la rétine. On remédie à ce vice, qui est très-fréquent
dans la jounesso, par l'omploi dos vorros concaves ou de divergence. Beaucoup de myopes (inissenl par ne plus avoir besoin de verres : le dessèchement des membranes el la diminution des humeurs, par les progrès de l'âge, amoindrissent laconvcxilé de l'a^il, et font sur eux un elFet contraire à celui qui a lieu cjjez les personnes dont le globe de l'œil était d'abord bien conformé.
Les 'presbytes ont une organisation inverse, ils voient fort loin ; attendu que les rayons sont alors divergents, et que l'œil n'a pas besoin d'une grande énergie pour les réfracter el les l'aire converger sur la rétine. Chez eux, la cornée plus aplatie, le cristallin moins dense ou moins convexe, la rétine trop voisine du cristallin , etc. , ne rapprochent pas assez vile les rayons lumineux. On remédie à ce vice, qui est fréquent dans la vieillesse, par l'emploi des verres convexes qui rapprochent les rayons. Ainsi ces deux étals de la vision sont, en quehpic sorte, inverses l'un de l'autre : dans le premier cas, les rayons, envoyés par des objets trop éloignés , se réunissent trop tôt avant d'arriver à la létine; dans le second , les rayons, envoyés par des objets trop proches, arrivent à la rétine avant d'avoir eu le temps de se réunir : dans la myopie l'injage est confuse, parce ([u'elle vient de loin ; elle est confuse dans la [)rcsbytie, parce (|u'elle vient de près.
Ouie.
T.a foiu'.iion de ce sens est de nous donnei' l'impression des sons, et de nous faire apprécier la nature des corps, leur distance, leur direction, etc.
L'oreille est l'organe de l'ouïe; c'est à l'aide de cet
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appareil que l'animal perçoit les sons <|iie produisent les mouvemenls vibratoires imprimés aux molécules des corps par la percussion ou par une autre cause : ce mouvement vibratile se couimunique à l'air ou à tout autre corps aboutissant à l'oreille. L'effet de ces vibrations sur l'oreille se nomme son , ou bruit.
Son.
L'air est le véhicule du son. Si on suspend une sonnette dans le vide, on n'entend plus de son quoiqu'on agite la sonnette: on le perçoit, au contraire, si on laisse pénétrer un peu d'air, et alors l'intensité du son est toujours en raison directe de la quantité d'air qui enloure le corps en vibration. Le son devient faible à mesure qu'il s'éloigne du corps (jui le produit, à cause de l'augmentation non interrompue de la surface d'ébranlement; mais si la masse d'air dans laquelle le son se propage est contenue dans un cylindre creux, le son conserve à peu piès toute sa force : ce fait curieux a été mis hors de doute [>ar les belles ex[>éi'i('nces de M. Biot. Ce savant physicien eut à sa dis[)usition , dans un a([ueduc de Paris, plusieurs tuyaux de fonte (]ui représentaient, bout à bout, un cylindre creux de Jieuf cent cinquante et un mètres de long. A cette dislance la voi.v la plus basse était entendue, et l'on distinguait parfaitement les paroles prononcées aussi bas que lorsqu'on parle à l'oreille. Un coup de pistolet, tiré à l'ouverture de cette suite de tuyaux , lit entendre à l'autre extrémité une explosion considérable , et l'air fut chassé avec assez de force pour éteindre une bougie allumée.
Tous les corps élastiques peuvent produire le son. Les molécules d'air qui sont en contact avec les diffé-
renls points de ces corps reçoivent des mouvements semblables à ceux de ces points : elles vont et reviennent avec eux. Chaquemoléculecomiuunifjue le inouvenienl à celle qui est derrière, celle-ci h une Iroisiùuie, et ainsi de suite.
Il est facile de prévoir (jue le son ne doit pas se faire entendre au mèrne instant, pour des observateurs placés à des distances différentes. Cela s'observe, en effet, dans l'explosion d'une arme à feu ou de la foudre. La lumière devance le coup d'un laps de temps d'autant plus grand, que l'observateur est plus éloigné du corps qui a produit le choc.
Le son est divisé en deux espèces : le bruit ou le choc instantané des molécules de l'air, puis le son musical ou la série de vibrations isochrones de cet air. « Ne pourrait-on pas conjecturer, dit Rousseau dans son Dictionnaire de musique , que le bruit n'est point d'une autre nature que le son ; qu'il n'est lui-même que la somme d'une multitude confuse de sons divers, qui se font enlendre à la fois et contrarient, en quelque sorte, mutuellement leurs ondulations? »
Le son se réfléchit à la manière de la chaleur et de la lumière, en faisant un angle d'incidence égal à celui de réflexion. Dans le cas de réflexion confuse, le son n'est qu'une résonnance; c'est, au contraire, un écho, lorsqu'il est reproduit distinctement : enlin ces échos sont monosyllabiques ou pol^syllabicjues, selon qu'ils rendent nettement une ou plusieurs syllabes.
On cite en Angleterre l'écho du parc de Woodstock qui répète vingt syllabes pendant la nuit et dix-sept pendant le jour. On cite aussi le château de Simonelle en Italie qui répète quarante fois un son.
Oreille.
Le siège de l'aiidilioii réside dans une pulpe molle formée par les filels nerveux du nerf acoustique ?«, a (PI. 13, lig.d).
Celte pulpe tremblante reçoit les vibrations des corps sonores, et les communique au\ lilamenls nerveux.
On distingue, dans ra[)pareil de l'ouïe, une partie essentielle (]ui existe constamment dans tous les animaux qui sont pourvus du sens de l'audition : c'est le vestibule c, a, i (id., id.), et diverses jiarlies accessoires propres à modifier ou à lenforcer la sensation 5 [)arties (|ui ne se trouvent point dans toutes les oreilles, mais qui s'ajoutent successivement à mesure <{ue l'organe se perfectionne. Ces parties accessoires sont : 1" le limaçon /(id., id., et 4, [)1. 13, lig. i) et les canaux semicirculaires c, s, c (PI. 13, lig. 1, et (/, e, f, lig. 3) qui composent, avec le limaçon, un tout (|ue l'on nomme le labyrinthe ou l'oriMlle interne; 2" la caisse du tytnpan, ou l'oreille moyenne (c, d , i, lig. 1, n lig. 2, l lig. 5), cavité située entre l'oreille interne et l'air extérieur, et qui contient une cliaîne de p(îtits osselets 5 3° l'oreille externe/? (lig. 1; 1, 2, 3, 4, 5, b, lig. '2; a, ^, lig. 3), composée du pavillon, espèce de conque destinée à recueillir les vibrations de l'air-, A^Xq canal auditif interne (c, rt, /lig. 1, c lig. 3) qui porte ces vibialions jusque sur le tjmpan. Chez l'homyie, le pavillon de l'oreille présente plusieurs saillies et plusieurs enfoncements dus au plissement de la lame cartilagineuse qui entre dans sa constitution.
Les saillies ou éminenccs sont : l'hélix, l'anibélix, le Iragus, l'antilragus. L'oreille se termine inférieure-
ment par le lobule. Lelragus, l'antitragus et l'anthélix circonscrivent un enlbncement nomme conque, au-devant duquel est percé le canal auditif externe. Ce canal a 6 ou 8 lignes d'étendue c(lig. 3); il est béant du côlé du pavillon, et se termine à la mendjrane du tympan. Le tympan est une mend)i'ane mince, tendue, comme la peau d'un tambour, sur une cavité irrégulière que l'on nomme la caisse du tympan : celte membrane t (fig. 1), / (lig. 5) est plus ou moins tendue, suivant que les sons qui arrivent à elle sont graves ou aigus ; elle se relâche pour les sons graves, elle est tendue pour les sons aigus : cette tension ou ce relâchement s'opèrent à la laveur de deux petits muscles m, n (fig. 2, soulevez le lambeau) qui s'étendent des portions osseuses de l'oreille à la membrane du tympan. Il existe dans la cavité du tympan plusieurs ouvertures qui communiquent avec les canaux semi-circulaires et la trompe gutturale de l'oreille l, e (lig. 1), / (fig. 2) : ce dernier canal vient s'ouvrir dans le i)harynx (/ lig. 1 , face postérieure du lambeau)^ et c'est par lui que se maintient le renouvellement continuel de l'air dans la cavité i!u tympan. Enfin les vibrations sonores sont perçues par la pulpe nerveuse des nerfs acoustiques, et c'est par ces nerfs que les sensations auditives sont transmises au cerveau. Quant à la chaîne d'osselets, elle a pour but de se prêter à la tension de la membrane du tympan : les petits os qui la constituent ont été appelés, d'après leur forme, marteau wa, enclume e/t, lenticulaire et élrier et (fig. 5).
Les divers plans de la figure 2 ont été arrangés de manière à faire comprendre la position relative du pavillon de l'oreille et du canal auditif externe avec l'os temporal : à cet effet, le pavillon se détache et laisse à
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dôcouvcrt in porlioii osseuse tic l'appareil audilif. Celte portion a élé divisée en deux pour montrer la cavité du tympan /i, le muscle interne du marteau, le muscle de l'étrieretla trompegutturale de l'oreille^. La figure 3 représente les rapports dans lesquels se trouvent entre elles les trois parties principales de l'organe de l'ouïe : a, b, oreille externe; c, conduit auditif ex terne ;(?,e,/', les trois canaux demi-circulaires; ^, le limaçon. La ligure à représente l'oreille interne vue en dehors, dans un grossissement de 45 fois son volume naturel ; le lambeau est appliqué sur une figure représentant les dispositions intérieures des mômes parties , qui sont : le limaçon n^ la fenêtre ronde f; la première spirale du limaçon «, la seconde spirale b, la troisième spirale c ; le vestibule d, la fenêtre ovale ^^,• le canal demi-circulaire vertical inférieur /, le canal vertical supérieur J, le canal demi-circulaire horizontal o. Les parties contenues dans ces canaux sont des tubes membraneux sur lesquels se portent les branches du nerf acoustique qui se distribuent dans ces cavités.
Quant aux usages de chacune do ces parties, on pense que le pavillon remplit l'oflicc d'un coi'uet acoustique recueillant les sons et les réfléchissant sur la membrane du tympan; Boerhaave a avancé que les courbures en étaient géométriquement disposées de manière à réfléchir toutes les ondes sonores dans le conduit audilif. Le conduit auditif externe seit à garantir la membrane du tympan de l'action trop directe de l'air et des agents extérieurs; les poils et le cérumen remplissent le môme but. Lorsque le son est parvenu à la membrane du tympan, celle-ci, à raison de sa nature sèche et vibratilo, partage promptement les oscillations sonores.
La caisse du tympan sert à propager les ondes sono-
res, soit par la chaîne des osselets, soit par ses pnrois, soit surtout par l'air qu'elle contient.
La trompe gutturale de l'oreille (jui s'ouvre dans le pharynx [t , (ig. 7, lambeau), introduit et renouvelle sans cesse l'air dans la cavité du tympan; elle est l'analogue du trou percé sur la caisse d'un tanihour,et sans lequel l'air n'éprouverait aucun mouvement vibralile.
Les diverses cavités du labyrinthe sont remplies jiar un liquide aqueux dans lequel plongent les lilels les plus déliés du nerf acoustique; les vibrations de la membrane du tympan se transmettent aux membranes des fenêtres rondes et ovales qui communiquent dans les canaux demi-circulaires et le limaçon, et les vibrations que ces membranes exécutent, à leur tour, arrivent au nerf sur lequel leur action produit la sensation du son.
Voix.
Pour compléter l'étude des fonctions de relation, il est indispensable de parler de la voix , et de celte faculté précieuse qui a été donnée à l'homuur dans son ]»lus grand degré de perleclionnement , la |>arole, qui est le produit des modifications (|ue reçoit la colonne d'air dans l'intérieur de la bouche, par les actions combinées du voile du palais, des joues, de la langue et des lèvres.
La voix consiste dans la production d'un son par le larynx : un grand nombre d'organes prennent part à l'exercice de celte fonction ; mais C(.'lui qui en est spécialement le siège, c'est le larynx (lig. 7 et 8 , pi. ()), espèce de boite carlilagineuse (jui , par son extrémité supérieure, s'ouvre dans le phaiynx p h (IM. d3, ilg. 7)
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par une ouverture sur îaquelle s'applique un petit cartilage nommé épiglotte e p (itl.)» 'eque! joue un rù!e important clans la déglulitiou ; et par son ouverture inférieure coniniuuiquc avec la liachée artère (|ui n'est, en quel(jue sorte, que son prolongement. Le larynx est l'organe essentiellement producteur de la voix , il est situé à la partie antérieureet inférieure du pharynx; il présente , sous la peau , chez les sujets maigres , une saillie très apparente à laquelle le vulgaire donne le nom de pomme d'Adam, et qui est formée par le cartilage thyroïde. La grandeur de cet organe varie selon les âges , mais, toutes proportions gardées, elle est plus considérable dans riiomme que dans la femme. La ligure 7 de la planche G représente le larynx, la trachée artère et la glande thyroïde fendus d'avant en arrière : v coupe du cartilage cricoïde; e, grande corne du cartilage thyroïde; / y, cartilage aryténoïde.
Le larynx est indispensable à la production de la voi.x. Un animal peut être privé de cette faculté, si on lui ouvre la trachée-artère; car alors l'air pouvant sortir à travers cette issue accidentelle, ne reçoit plus les \ibrations qui lui auraient été iiuprimées par le larynx. Cet organe a été regardé par les physiologistes comme ngissant , dans la production de la voix , de la même manière (ju'un instrument à anche, dont les tons sont d'autant plus aigus que les lames sont plus raccourcies, et d'autant plus graves qu'elles sont plus longues. Si l'on prend le larynx d'un animal quelconque, et qu'on y pousse de Tair au moyen d'un soufïlet, par la trachéeartère, eu a\ant soin de comprimer cet organe, de manière que les lèvres de la glotte se touchent, à l'instant il se produira un son parfaitement analogue à la voix de l'animal. Celte expérience, faite sur des larynx
198 riiYsioLonir:
Innnnitis, n tlonnô lioii ji I;i prodiK lion ai lificiellc de la
VOIX humaine.
Sommeil.
Les actions de la vie de relation que nous venons d'étudier.ne peuvent pas se reproduire d'une manière continue : après quelque lem[)s d'e\ercice, les organes sentants réclament un repos ou une inteirnplion momentanée de leur communication avec les objets extérieurs ; c'est ce repos que l'on nomme sommeil.
C'est sans aucun fondement que l'on a assimilé le sommeil à la mort, en disant qu'il en était l'image-, dans cet état, en eHet, il n'y a cessation d'action que de la part des organes de la vie de relation, tandis que les fondions nutritives s'exercent alors avec plus de liberté et d'énergie. Il semble que le sommeil soit un état d'effoit des organes nutritifs; car les hommes (jui, après leurs repas, se livrent à des exercices violents, sont généralement affectés d'une faiblesse qui les rend trèssujets aux maladies, et qui leur permet rarement d'atteindre le terme ordinaire de la vie. A raison de celte faiblesse, le sommeil clic/ eux est beaucoup plus profond, il est aussi d'une nécessité plus pressante, et ces hommes ne peuvent pas veiller plusieurs jours de suite sans s'exposer à des maladies graves. Deux traits caractérisent le sommeil : la perte de toute inlluence de la volonté sur les actes de la vie de relation qui peuvent encore se produire, et la réparation du système nerveux qui recouvre ainsi son aptitude à agir. Des bâillements fré(juents annoncent le sommeil; les idées deviennent confuses, la vue se trouble, les paupières se ferment; les sons, les odeurs et le goùl ne produisent
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plus d'impression; !c (ouclicr est obtus. La fatigue, la débilité, un murmure monotone, le silence, l'obscurité et l'inaction provoquent le sommeil. Limité par l'habitude, il est prolongé ciiez l'enfant; court, léger et interrompu chez le vieillard; l'adulte le goûte pendant si\ à huit heures d'une manière profonde, à moins que l'imagination, la mémoire et quelquefois des jugements imparfaitements assoupis ne viennent l'agiter par des rêves. Les rêves, qui tiennent à un état intermédiaire entre la veille et le repos, peuvent se compliquer de somnambulisme. Il y a somnambulisme, lorsqu'à l'action conservée du cerveau se joint celle de la locomotion et de la voix : on a rassemblé une foule de Aiits curieux relatifs aux somnambules, mais je ne crois pas convenable de les rapporter ici. Il y a rêve seulement, lorsque l'imagination, la mémoire et quelquefois le jugement sont dans un état de veille pendant que les autres facultés sont engourdies. On ignore la cause prochaine du sommeil; on a voulu rexpli([uer soit par l'affaissement des lames du cervelet, redressées, dit on, pendant la veille; soit par l'accumulation du sang qui comprime la masse du cerveau, soit par l'épuisement du iluide sensitif et moteur que la nature nous accorde pour un temps précis, après lequel une nouvelle sécrétion devient indispensable. Mais aucune de ces explications n'est absolument vraie, et long-temps encore la même obscurité doit envelopper l'histoire entière des phénomènes des sensations soit qu'ils s'accomplissent, soit qu'ils s'interrompent, ou qu'ils soient troublés parles maladies.
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