‹ Organisation physiologique du travailChapitre 4 sur 42 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

à résoudre est en effet très complexe. Il ne suffit pas de constater le degré de fatigue occasionné par un travail donné pour décider si le travail en question excède ou non les capacités de Touvrier soumis à Texpérimentation. Tout travail musculaire sérieux entraîne nécessairement une certaine fatigue, mais elle n'aura aucun inconvénient si les temps de repos intercalés dans le travail permettent à la machine humaine de se reconstituer sans altération permanente. Une machine à vapeur ne peut fonctionner sans consommer du charbon; point d'inconvénient, si on l'alimente suffisamment pour ne pas la laisser s'arrêter. De même pour l'homme, la consommation d'énergie n'a pas de conséquences, pourvu que l'alimentation et le sommeil suffisent à réparer les pertes. Celte fatigue, bien loin d'être nuisible, est très favorable à la santé. Un paysan, qui fait souvent des journées de seize heures, atteint facilement quatrevingts ans, tandis qu'un petit boutiquier des grandes villes, qui ne fournit pas toujours une heure de travail par jour, atteint difficilement la soixantaine. C'est là ce qui rend si difficile l'étude du surmenage. L'homme qui ne se fatigue jamais ne vit pas longtemps. Celui qui se fatigue jouit au contraire souvent d'une verte vieillesse. Le grand industriel Solvay en donne un exemple remarquable. Sur les soixante ans, il a commencé à faire de l'alpinisme, réglant sa vitesse d'ascension de façon à maintenir son pouls au rythme de 120 pulsations à la minute. C'est certainement là une grande fatigue, et Solvay porte allègrement aujourd'hui ses soixante-seize ans, se surmenant encore par un travail intellectuel tellement intensif qu'il en perd souvent le sommeil. Tous les hommes, il est vrai, ne résisteraient pas à un semblable régime; il n'en résulte pas moins

y III PRÉFACE

que la question du surmenage nuisible est un problème extrêmement complexe, qui demandera encore de nombreuses études avant d'être complètement résolu.

L'emploi des méthodes de mesure recommandées par M. J. Amar aura un effet certainement immédiat dans les études relatives à la rééducation des blessés et mutilés. Les nombreux exemples qu'il en donne montrent comment on arrive, par un apprentissage méthodique, à diminuer rapidement les efforts nécessaires au début pour exécuter un travail auquel on n'est pas entraîné.

L'évaluation systématique de ces efforts permettra d'abréger beaucoup le temps de rééducation, et contribuera, dans une large mesure, à atténuer les maux causés par la guerre.

Cette application particulière du système Taylor aura donc un autre effet très heureux, celui de fournir du travail aux estropiés de la guerre. Un des points les plus essentiels de ce système est de remplacer dans les usines un grand nombre d'ouvriers manuels par des employés chargés d'étudier les meilleures méthodes de travail, puis de les enseigner aux ouvriers, et enfin d'établir les tâches journalières. Ces fonctions peuvent, pour la plupart, être très utilement confiées à des blessés. L'expérience personnelle du travail est indispensable pour bien remplir ces fonctions, mais elles ne nécessitent pas l'exécution personnelle des mômes travaux. D'anciens ouvriers pourront ainsi utiliser l'expérience qu'ils ont acquise, quand ils jouissaient encore du libre usage de tous leurs membres. Cette utilisation des ouvriers mutilés a été essayée, avec beaucoup de succès, par M. de Fréminville, aux chantiers dePenhoete à Saint-Nazaire. C'est là une tentative qui mérite d'être développée. Il faut certainement, pour ces fonctions de

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