I ET RS
provinces avait été d'en chasser les protestants, Je veux parler du “ Gleaner”, de Huntingdon. Et l'honorable député de Greyest (M. Sproule) s'est fait l’echo de cette
affirmation. J'ai passé ja plus grande par- | Fran
tie de ma vie,—et ja partie la plus heureuse, car c'était avant que je fusse engagé dans la politique, —dans un petit village situé sur
“les bords de l'Ottawa et contenant une po-
lation d'environ huit cents Ames, Ce vil-
ge était séparé, pour les fins. municipales et scolaires, de la paroisse dans laquelle ii se trouvait enclavé et qui renfermait également quelque huit cents Ames. Dans ces deux municipalités, 1] Y avait trois familles protestantes de langue anglaise, Le chef d’une de ces familles était le gérant d'une grande scierie et les chefs des deux autres familles étalent ses commis. Ces trois protestants demeuraient dans le village, Ils établirent, aux termes de la loi une école séparée. Puis leur maison acheta d'immenses propriétés dans la paroisse, Sous l'empire de notre loi ‘ ciericale ”, ces trois contribuables Protestants,—comme la loi les y autorisait—annexèrent ces propriétés au village pour les fins scolaires, privant ainsi les contribuables catholiques de la paroisse de toutes les cotisations qui, jusqu'à ce moment, étaient tombées dans la caisse de leur municipalité scolaire. Personne ne protesta, C'était la loi. I] arriva un temps où l'école séparée ne répondit plus aux exigences de la loi; car, dans notre province, comme ail.
leurs, {1 faut un certain nombre de présences pour légitimer le maintien d’une éco le. 11 vint donc un temps où toutes les cotisations payées par les protestants étaient appliquées au maintien d'une école fréquentée par cinq enfants, ce qui n’est que la moitié, au le tiers, de nombre requis par la loi, Un contribuable catholique suggéra: ‘ Pourquoi n’abolirions-nous pas l’école séparée et ne retirerions-nous pas tout cet argent ?” Je rejetai sur-le-champ cette proposition, Je lui dis: ” Mon ami, si vous pensez comme moi et comme aussi, je crois, pensent les habitants de cette Paroisse et de ce village, vous ne demanderez jamais à un homme, riche ou pauvre de Pa,'er un sou d'impôt pour le maintien d’un système d'écoles auquel il ne croit pas.” Et tout le monde fut de mon avis. Ainsi, cette population “ asservie par le clergé ”,—et composée en majorité de pauvres Cultivateurs,—préféra Payer deux fois plus qu'elle n'aurait payé autrement, plutôt que de demander à ces contribuables protestants de contribuer, comme la loi les y obligeait, au maintien des écoles catholiques. Qu'on me cite un pareil exemple dans une province protestante et auglaise du Doaninion, et je reconnaîtrai qu'un système d'écoles séparées est impuissant à développer un esprit national,
Je me permets de référer mes honorables collègues à l'exemple d’un pays qui a fait plus peut-être qu'aucune autre nation au monde pour le développement des idées de liberté et de tolérance.
La population de la Suisse se tompose de trois nationalités de croyances religieuses très divergentes, D'autre part, |l y a les Alle- Mmands qui sont Protestants ; de l’autre, les Cals et les Italiens, qui sont catholiques.
Après avolr combattu côte à côte pour asaurer leur liberté commune, ils luttèrent les uas contre les autres pendant des années, durant des siècles même, les Allemands cherchant à imposer aux autres la langue allemande et la religion protestante, tandis que les Français cherchaient à faire triompher la langue française et la religion catholique. Mais le jour vint où ils reconnurent que le seul moyen de mainténir leur UL on, c'était de permettre à chacun d'eux d'adorer Dieu dans son église et d'instruire ses enfants dans l'école de son choix. C'est d'après ce principe de tolérance qu'ils ont organisé leur régime scolaire ; et, à mon avis, l'esprit national est beaucoup plus développé chez eux qu’il ne l’est malheureusement chez nous au- Jourd'hui. *
li est une dernière considération que je désire présenter. Si nous envisageons cette question au point de vue d'une large conception nationale, non seulement, à mon avis, devons-nots accorder la plus grande mesure Possible de liberté À la minorité du Nord- Ouest, mais même si personne ne réclamait cette liberté, et si la constitution ne nous im- Posait pas le devoir de l'accorder, nous devrions, pour le plus grand bien du Canada |et en vue d'assurer l'intégrité de l'empire, établir dans le Nord-Ouest des écoles sépa-
- | rées dans le sens Je plus large du mot.
J'ai déclaré, en commençant, que personne ne sait ce que sera, dans cinquante où cent ans d’ici, la population de ce pays de l'ouest, Voulez-vous être assurés qu'elle sera canadienne ? Désirez-vous qu’il y ait là un noyau de population dont le seul amour, dont la seule préoccupation solent pour le sol de ka patrie, qui n'ait en vue que l'avenir et In prospérité du Canada ? Ouvrez le Nord- Ouest aux Canadiens-français, implantez-les dans ce pays et donnez-lenr toute lu liberté possible, Faites-leur sentir qu’ils sont chez eux dans l'Ouest aussi bien que dans l'Est ; faites-leur comprendre qu'ils peuvent y jouir de la même liberté religieuse que dans leur province, de la même liberté religieuse qu’ils accordent eux-mêmes à la minorité protestante ; et vous verrez grandir un arbre qui résistera à la tempête, qui résistera à l'influence absorbante des Etats-Unis et à l’envahissement des idées étrangères. Car le Canadien-francais est le plus ancien des Canadiens, car le Canadien-français a fondé sur le sol de son pays toutes ses espérances. Il a renoncé au passé ; il a renoncé à chercher en pays étranger les moyens de développement de ses ressources morales et matérielles. Rapprochez le passé du présent, songez que ces 3,000,000 de Canadiens-fran- Çais établis dans notre pays, sous l'égide du drapeau britannique, ou aux Etats-Unis, sous la protection du drapeau étoilé, sont
les’ descendunts de 60,000 paysans aban-
RE Es PEUT ANR ,