‹ Organisation unitaire et nationale de l'assuranceChapitre 12 sur 18 · ÉVALUATION DES VALEURS ASSURABLES DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

ÉVALUATION DES VALEURS ASSURABLES DE LA FRANCE

Comment on peut évaluer les valeurs assurables.— Les produits minéralogiques ne figurent pas dans le revenu brut de la France. —Importance de ces produits. — La valeur des produits bruts est décuplée par la transformation que leur fail subir l’industrie. — Chaque transformation donne lieu à une assurance. — L’industrie des laines prise pour exemple. — Résumé des valeurs assurables. — Elles s’élèvent à plus de 200 milliards. — Moins de trois centimes par mille francs de va-

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leur assurer couvriraient les fi9 millions «le sinistres qui frappent annuellement la France. — - Les compagnies perçoivent Cr» centimes pour n’assurer que contre l’incendie.

C’est après avoir fait de longues et minutieuses recherches dans les statistiques publiées par le ministère du commerce et dans les ouvrages des économistes les plus en réputation que j’ai posé le chiffre des valeurs assurables en France. Si cependant on trouvait le moyen d’approcher davantage de la réalité, je suis tout prêt à me rendre aux résultats que d’autres pourraient obtenir en procédant mieux. Comme j’ai indiqué la marche que j’ai suivie dans le travail que j’expose, il sera très facile aux hommes spéciaux de l’apprécier à sa juste valeur, et je serai le premier à reconnaître les erreurs que je puis avoir commises dans mes évaluations, si l’on m’en donne la preuve. J’ai voulu faire avant tout un travail utile et consciencieux, et j’ai apporté tous les soins possibles à son exécution ; mais je n’ai nullement la prétention de croire que personne ne puisse faire mieux.

La statistique du ministère du commerce m’a fourni la quantité de produits bruts récoltés et consommés annuellement en France; j’ai relevé les prix moyens par chaque nature de produits, et je suis arrivé, à «500 millions près, aux chiffres posés parM. le baron Charles Dupin pour le revenu annuel de la France.

On n’a jamais compté dans les revenus de la France les produits minéralogiques et métallurgiques, tels que la houille, la marne, la chaux, les marbres, les pierres calcaires, l’ardoise, la porcelaine et la poterie, la tuilerie, l’argent, le fer, le cuivre, le zinc, le plomb,

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l’étain, l'antimoine, Le sel, le salpêtre, etc., etc., et tant d’autres produits qui sont enfouis sous le sol et qu’il serait trop long d’énumérer* ici. Cependant il sort chaque année de tous les hauts fourneaux du pays 200 millions de kilogrammes de fonte de fer, dont la valeur est plus que décuplée par la manutention ; si l’on ajoute à cette valeur tous les autres produits en minéraux et en métaux, le revenu sera considérablement augmenté. L’agglomération des matières métallurgiques s’accroît d’autant plus chaque année qu’elles ne peuvent se détériorer qu’à de très longs intervalles; elles doivent représenter, par conséquent, un capital énorme qu’il serait important de pouvoir signaler dans la statistique.

J’ai fait aussi le relevé des importations et exportations par chaque nature de produits. Le montant des exportations excède de 70 millions le total des produits importés. J’aurais pu retrancher cette somme de la valeur assurable, mais elle est si peu importante, comparativement aux valeurs métalliques non comprises dans mes évaluations, que je ne l’ai point comptée.

D’après M. Charles Dupin, les revenus bruts de la France étaient, en 1826, de 5 milliards 500 millions; depuis cette époque, le revenu a éprouvé un accroissement de plus de 500 millions; mais je conserverai les chiffres établis par l’honorable M. Dupin.

En supposant que la valeur de ce revenu soit quintuplée par le commerce et la fabrication avant d’arriver au consommateur, on aurait un total de 27 milliards 500 millions représentant la valeur des produits

manufacturés de la France. Je démontrerai plus tard que le commerce et l’industrie décuplent la valeur des produits bruts et que je n’ai jamais pris, en établissant mes calculs, que la moitié des évaluations, pour ne pas donner prise aux attaques qui ne manqueront pas d’accueillir cet écrit.

Si l’on diminue du total des produits ainsi posés la moitié comme étant le fruit du travail, il restera 1 3 milliards 750 millions qui représenteront le produit ou l'intérêt des capitaux commerciaux et industriels.

Je supposerai que ces capitaux produisent, intérêt du travail déduit, 10 pour 100 net, moyenne évidemment trop élevée, et je trouverai pour capital produisant 137 milliards 500 millions. De ce nouveau total, il faudra retrancher 37 milliards 500 millions qui représentent à peu près la valeur des immeubles, et il restera 100 milliards pour les capitaux commerciaux et industriels de la France.

Il y a de plus les produits disponibles, que M. Dupin évalue à 3 milliards 700 millions pour la valeur brute, ce qui donnerait encore une valeur manufacturée de 18 milliards 500 millions; il reste enfin les maisons d habitation, les capitaux mobiliers non produisants, tels que meubles, objets d’arts et de luxe, métaux et pierres précieuses, que j’évaluerai de la manière suivante :

On compte en France 7 millions de maisons, dont 3 millions appartiennent aux campagnes et 1 millions aux villes. Je laisserai de côté les habitations rurales, et je donnerai aux habitations des villes une valeur

moyenne de 5,000 fr. par maison, et de 5,000 fr. aux valeurs mobilières qu’elles contiennent, ce qui produirait encore un chiffre de 40 milliards. J’ai négligé les valeurs mobilières et immobilières des églises, des monuments publics, hospices, hôpitaux, mairies, casernes, maisons d’enseignement, collèges, théâtres, pour lesquels je n’avais aucun moyen d’évaluation; ces valeurs ont certainement une grande importance, mais je les mentionne seulement ici pour montrer que je ne les ai point oubliées. En résumé, les valeurs foncières, mobilières et industrielles de la France s’élèvent à près de 200 milliards. Je vais démontrer que les produits peuvent donner lieu à une assurance par chaque transformation qu’ils subissent.

M. Charles Dupin évalue la valeur brute de la laine annuellement fabriquée en France à 100 millions. D’apres lui, les seules manufactures de draps portent cette valeur à 250 millions. Il y a, en outre, les étoffes légères, les étoffes de tentures et de tricots , couvertures, tissus de châles, tapis, etc., qui doublent certainement cette valeur et produisent un total de 500,000 millions d’étoffes de laine. Mais il reste encore les vêtements à fabriquer, les tentures à poser, les meubles à faire; et quand ces produits arrivent au consommateuraprèsavoir passé parle labyrinthe commercial, ils ont acquis une valeur double de la fabrication. On aurait donc 1 milliard d’étoffes de laine, c’est-à-dire dix fois la valeur primitive. Je vais faire voir maintenantcomment chaque transformation peut donner lieu à une assurance. En effet, si l’on prend encore la laine pour exemple, on trouve qu’elle est

assurée sur l’anima! par le fermier; elle l est ensuite par ie commerçant, le laveur, le teinturier, le filateur, le drapier, le marchand en gros, le détaillant, le tailleur et le tapissier, et enfin par le consommateur, ce qui fait dix changements de main, et certes elle en subit bien davantage. La laine donnerait donc lieu à dix assurances différentes1; mais je n’ai adopté que cinq fois la valeur brute pour les produits manufacturés; je suppose aussi qu’ils ne subissent quecinq transformations et ne produisent que cinq assurances. Voici le résultat qu’on obtiendrait, pour le revenu annuel, dans cette hypothèse :

réassurance . 5,500,000,000

2e assurance . 1 1,000,000,000

3e assurance . 16,500,000,000

ie assurance . 22,000,000,000

5e assurance . 27,500,000,000

Total. . 82,500,000,000

(1) Les commerçants vendent et achètent leurs marchandises successivement, et n’assurent jamais que la somme de marchandises contenue dans leur magasin. S’ils renouvellent trois ou quatre fois leurs ventes et leurs achats pendant l’année, ils auront multiplié le nombre de leurs affaires, en n’ayant assuré cependant que le tiers ou le quart des marchandises qui auront passé entre leurs mains. Mais il n’en est généralement pas de même pour les produits bruts avant qu’ils soient livrés au commerce et lorsqu’ils sont arrivés chez le consommateur; ils sont, dans ces deux cas, assurés en totalité.

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