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CHAPITRE V

Des Écailles.

On désigne en général, sous le nom îS! écailles (squamæ), de petits corps planes et pointus , qui occupent diverses places à la surface des végétaux; mais il est peu de termes sous lesquels on confonde plus d’objets hétérogènes ; leur simple indication suffira pour faire comprendre leurs différences, et pour montrer combien il faut se défier, en histoire naturelle, de ces dénominations vagues, qui ne sont pas fondées sur Tanatomie.

Les organes confondus sous le nom d’écailles, peuvent se rapporter à trois classes principales : ou bien ce sont des appendices analogues aux poils, ou des excroissances de certains organes , ou des organes foliacés , plus ou moins r avortés et réduits à un rudiment.

Les écailles analogues aux poils sont : ou des sortes de î disques rayonnans et peltés, comme ceux de i'elœagnus I angustifolia y qui semblent formés par la soudure babi- 1 j luelle de plusieurs poils rayonnans sur un seul plan; ou i des poils élargis , scarieux et dilatés au-moins à leur base, ï comme ceux du pétiole des fougères (i). Ceux-ci paraissent, au premier coup-d’œil, différer beaucoup des poils;

, mais , si on les étudie dans la famille entière, on y trouve tous les degrés divers de largeur, depuis ceux qui ont

(i) Engl, bot., pl. 797.

ORGAIVES accessoires.

tout-à-fait la forme de poils, jusqu a ceux qui sont larges et dilatés en forme d’écailles. Les expansions membraneuses qui couronnent les fruits de plusieurs composées et de quelques dipsacées, peuvent être considérées, ou comme des* poils d’aigrettes soudés ensemble, ou comme des membranes formées par un avortement du limbe du calice moins intense qu’à l’ordinaire.

La seconde classe des écailles sontles expansions propres à certains organes; ainsi le calice des salsola porte sur son dos des appendices membraneux qui font partie de cet organe; la gorge du nerium , des silènes (2), etc., se prolonge en écailles pétaloïdes, dont l’ensemble forme une sorte de couronne; ces divers corps, quelle que soit leur apparence, ne sont point des organes spéciaux , mais sont de simples formes propres à telle ou telle partie; et, en leur donnant le nom d’écaille, on n’a pas voulu sans doute exprimer formellement l’existence d’un nouvel organe.

Enfin le sens le plus fréquent du mot d’écaille est de désigner de petits corps planes, qui sont des rudimens de feuilles avortées ou d’organes analogues, tels que des stipules, des bractées ou des sépales,. ou même d’autres organes floraux, réduits à de très-petites dimensions. C’est une dégénération qui change leurs formes et leurs dimensions, et les rendrait méconnaissables pour ceux qui ne seraient pas prévenus de ce genre de changement. Des exemples pris dans ces divers organes suffiront, je pense, pour me faire comprendre.

On a coutume de dire que le calice des œillets est muni de quatre écailles à sa base; mais quiconque les examinera

(2) V'^oy. pl. 34, f. 2. Saponaria cœspitosa.

avec quelqn'babitude des couiparaisor-is oj f^aiiiques, leconnaîtra de suite que ces écailles ne sont que des feuilles supérieures ou des bractées qui, par suite du voisinage des fleurs, sont restées très-petites, et ont pris l’apparence désignée en d’autres cas par le terme d’écailles. Dans une monstruosité très-singulière (3) d’œillet , que j’ai déjà mentionnée , le nombre de ces paires d’écailles est extraordinairement accru, et il arrive souvent alors que les fleurs avortent.

Les rameaux de la plupart des érythroxyîées (4), du pictetia squamata\S')^ et de plusieurs autres plantes, sont souvent revêtus par de petites écailles embriquées et scarieuses : ce sont des stipules persistantes et très rapprochées dont les feuilles ont manqué , et qui, pour ce motif même, sont plus serrées et plus nombreuses qu’à l’ordinaire.

Les bractées qui forment les involucres des fleurs composées ou des dipsacées, sont des feuilles réduites, faute de développement, à de petites dimensions, et ont, par ce motif, reçu le nom d’écailles. On a aussi donné ce nom, dans ces mêmes plantes, soit aux bractées avortées situées entre les fleurs, et plus ordinairement appelées/7^z///e//e5(paleæ), soit aux pièces du calice, réduites à l’état d’aigrette, lorsque leur forme s’éloignait de celle des poils, et que leur consistance leur donnait quelque ressemblance grossière avec des écailles-, c’est encore dans ce sens qu’on a donné

(3) Bot. mag. , pl. 1622.

(4) Cav, diss. 8 , pl. 22$ à u33.

(5) Vahl. symb. 3, pl. 6g.

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