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Organon de l'art de guérir

Si la reconnoissance est un des devoirs les plus sacrés dont l’individu ait à s’acquitter envers son bienfaiteur, il en est de même des nations à l’égard des grands hommes qui concourent à leur bien-être. Les Allemands, ainsi que toutes les nations civilisées, se trouvent dans cette position à l’égard de Votre Altesse.

Il étoit réservé à notre siècle, riche en grands évènemens de toute espèce, de voir aussi la réforme de cet art important, qui, sans contredit est le plus essentiel à la félicité des hommes, l’art de guérir. Cependant l’auteur de la nouvelle doctrine partagea le sort de tous les réformateurs, de trouver la plus vive résistance et de se voir en butte à la haine et h la persécution. Il

en eut été la victime, il eut été condamné à finir sa carrière dans une inactivité douloureuse, si Votre Altesse, suivant la noble impulsion d’une ame généreuse et d’un esprit élevé au dessus des préjugés de la multitude, ne lui eut accordé une retraite paisible et le droit du libre exercice de sa méthode curative. Une digue protectrice fut opposée par là aux aggressions des adversaires, et la cause de la réforme fut sauvée.

Convaincu de la vérité et de futilité infinie de la méthode homoeopathique, j’ai entrepris la traduction Françoise de l’ouvrage fondamental de la nouvelle doctrine, pour en faciliter la propagation dans les pays étrangers. C’est entre Vos augustes mains que je dépose le fruit de mes travaux, hom-

mage respectueux du dévouement le plus sincère; c’est sous Vos auspices que jose placer le succès de mes efforts. Que Votre nom soit connu de toutes les nations, et que toutes soient pénétrées de la reconnoissance qui Vous est due.

Vous avez usé de la plus belle prérogative des souverains, d’appuyer par leur autorité toute entreprise qui contribue au bonheur et à la perfection du genre humain, et de couvrir de leur Egide les courageux défenseurs de la vérité.

Quand les noms de ces princes ambitieux et soi- disans grands qui ont étonné l’univers par le bruit de leurs armes et la pompe de leurs triomphes, seront un jour effacés des fastes de l’histoire, une généra-

tion éclairée et heureuse nommera encore avec des transports de joie et d’amour les véritables pères des peuples qui n’ont eu pour but que la félicité publique. Ce seront eux dont les noms brilleront à jamais dans le temple de l’immortalité. — Le génie de l’humanité y a déjà gravé le Vôtre!

De Votre Altesse Sérénissime,

le très -humble et très - obéissant serviteur,

Erncste George de Brunnow .

Avant-Propos.

Le Traducteur à ses i Contemporains .

De tous les biens de cette vie la santé est le plus précieux, car elle forme la base de notre bien-être physique et moral. L’homme a été créé pour jouir de la plénitude de ses forces corporelles et spirituelles, afin qu’il contrib son activité et son énergie.

possible, à son propre bon-

autant

heur et à celui des autres; afin qu’il dirige toujours ses facultés vers un plus haut degré de perfection, et qu’il s’approche ainsi de plus en plus de l’être suprême, source éternelle du bien et de la félicité. Mais ce n’est que de l’heureuse harmonie de toutes les parties du corps, ce n’est que du jeu libre et facile de tous ses organes, que provient ce sentiment de* vigueur et de courage, nécessaire pour exciter l'homme à remplir sa haute destinée, et pour le rendre susceptible en même temps de tous les plaisirs et de tous les charmes de la vie.

C’est pourtant la santé, ce don inestimable du ciel, qui est exposée aux plus fré-

quentes et aux plus violentes attaques. L’influence des saisons, les épidémies contagieuses, les travaux immodérés du corps ou de l’esprit, les chagrins, les passions, enfin une foule d’accidens imprévus et inévitables sont autant d’ennemis qui sans cesse nous menacent de sa perte.

De tous temps les hommes ont donc cherché à inventer un art, qui les mît en état de détruire ces altérations pernicieuses de leur organisme, nommées maladies, et de rétablir la santé troublée. Voilà ce qui a donné origine à la médecine et ce qui en fit l’objet de la vénération de tous les peuples. Ce fut sur- tout dans les derniers siècles que les diverses parties de l’art médical, ainsi que ses sciences auxiliaires, furent cultivées avec beaucoup de zèle, et que nombre de beaux génies chez presque toutes les nations de l’Europe s’y distinguèrent. L’histoire naturelle, la physique, la chymie, la botanique, la physiologie et l’anatomie furent enrichies des découvertes les plus intéressantes et firent les progrès les plus étonnans.

Mais tandis que ces sciences auxiliaires ou secondaires de la médecine s’élançoient d’un degré de perfection à l’autre, les doctrines proprement médicales: la pathologie, ou la connoissance des maladies, la matière médicale, ou la connoissance des vertus des médicamens, et la thérapeutique, ou la connoissance des principes d’après lesquels il faut appliquer les médicamens aux malades, ces trois doctrines constitutives de l’art de guérir n’atteignirent pas la certitude et la précision nécessaire, pour devenir en effet ce quelles

promettaient d’être. Il est vrai qu’il n’a guère manqué d écrivains célèbres qui se sont distingués dans l’une ou l’autre de ces branches de la médecine. La littérature Françoise, Allemande, Angloise, Italienne etc., sont pleines d’ouvrages contenant des systèmes des maladies en général ou des observations précieuses sur telle ou telle espèce de maladie en particulier. Il est vrai de même, que l’on a recueilli en ordre systématique les expériences faites en divers temps sur les effets des médicamens, et que l’on est parvenu à trouver des remèdes spécifiques contre certaines maladies. Il est vrai enfin, que de tout temps les médecins ont guéri heureusement quantité de maux, qui, sans leurs secours, auroient entraîné la mort ou de bien plus longues et bien plus douloureuses souffrances. — Mais d’un autre côté on ne sauroit nier, que dans tous les siècles , à commencer du temps d’ Hippocraie jusqu’à nos jours, les dites sciences n’aient offert le champ le plus vaste aux hypothèses et aux conjectures. On n’a qu’a lire les ouvrages qui traitent de l’histoire de la médecine, pour se convaincre de la vérité de cette assertion. Les théories les plus variées et les plus hétérogènes sur l’essence des maladies et sur la manière de les guérir, se sont succédées tour à tour ou ont régné simultanément, et presque chacune d’elles a eu des partisans qui formoient une secte médicale particulière et lançoient l’anathème contre les écoles dissidentes. Mais où est donc la vérité dans cette multiplicité et cette contradiction des vues et des principes ? Il sera difficile de trouver quatre médecins qui soient d’accord sur le traitement d’une même

maladie grave ; chacun lui attribuera d’autres causes, chacun en tirera des prognostics différens, chacun choisira une méthode particulière, et la section du cadavre les désavouera peut-être tous à la fois! — Toutes ces théories se fondent sur l’opinion, qu’on peut pénétrer au moyen de la spéculation dans l’intérieur de l’organisme et y découvrir les causes et l’essence des différentes maladies. Mais où est donc l’oeil du mortel qui ait jamais percé le voile qui couvre l’attélier mystérieux de l’économie vitale? — Ajoutez enfin le mode compliqué dans l’emploi des remèdes, c. à d. la coutume de n’administrer jamais contre une maladie un seul remède à la fois, mais d’en ordonner toujours plusieurs ensemble sous des formules artificielles, nommées recettes, chose qui rend impossible toute expérience pure sur les effets des divers ingrédiens en particulier; et vous ne serez pas étonnés, que les hommes les plus sensés de tous les siècles et des médecins francs et loyaux euxmêmes, aient nommé la médecine un art conjectural. Mais hélas, quoi de plus triste que la conjecture établie en souveraine dans une science qui décide de la santé ou de la maladie, de la félicité ou de l’infortune, de la vie ou de la mort des hommes! — De là vient, que tout homme raisonnable, qui a été une fois convaincu de cette vérité affligeante, craint de se soumettre au traitement médical et ne s’y livre qu’à regret quand une dure nécessité l’y oblige. Il respecte les individus qui ont voué leurs travaux au soulagement de l’humanité souffrante, mais il ne sauroit se tromper sur la nature des choses. Il recon-

noît et il admire quantité de découvertes importantes et de connoissances médicales particulières; mais il ne sauroit s’imaginer qu’il existe déjà un art de guérir comme science, fondée sur des principes véritables, simples, stables et généraux. Il croit à la réalité de quantité de guérisons médicales, mais il n’ignore pas non plus que des milliers d’infortunés ont été les victimes des erreurs et des fausses hypothèses, et le sont encore. Il sait enfin, que la nature abandonnée à elle-même, est dans bien des cas trop foible pour vaincre la puissance morbifique ; mais il faut choisir entre les douleurs naturelles et la mort possible dont le menace la maladie, et les tourna ens artificiels et la mort méthodique également possible que l’école lui prépare peut-être. Trouvera-t-on étrange, si dans cette cruelle alternative, il se rappelle du conseil de Rousseau: „Homme sensé, ne mets point à cette „loterie, où toutes les chances sont contre „toi. Souffre, meurs ou guéris, mais surtout vis jusqu’à ta dernière heure *).“

Or un tel état des choses étant sans contredit un grand malheur, tout homme qui prend à coeur le salut de l’humanité, doit ardemment désirer la réforme de cet art important, dépositaire du plus précieux trésor des mortels ; réforme qui le ramène sur la voie de la nature et de l’expérience, seules et véritables sources de toute science empirique.

Contemporains ! Le jour de cette grande réforme est venu! C’est l’objet de l’ouvrage

) Emile, livre II.

immortel, dont je vous offre la traduction. Ce n’est pas un système parmi les systèmes qu’on vous présente; ce n’est pas un jeune Êsculape, récemment décoré du bonnet doctoral, qui s’élance hardiment vers le temple d’Hygiée, pour ajouter la millième théorie aux 999, déjà existantes. Non, c’est un vieillard vénérable qui a blanchi au service de l’humanité, c’est un écrivain d’un mérite reconnu dans la republique des lettres, c’est un profond connoisseur de la nature, dont le nom vivra à jamais dans les annales de la chymie, enrichies par ses précieuses découvertes, c’est un médecin qui dans quarante années de pratique, sauva la vie et rendit la santé à une quantité innombrable d’infortunés, dénués de tout autre secours; c’est lui qui vient déposer entre vos mains un code de la nature, résultat de son expérience et de ses longs travaux!

Cet homme distingué, après avoir exercé pendant une longue série d’années le procédé curatif ordinaire, reconnut Y insuffisance de toutes ces différentes méthodes, adoptées par l’école, et vit que les promesses de la théorie étoient désavouées par les succès de la pratique. Pénétré de cette conviction, il lui parut impossible d’exercer plus longtemps son état de médecin, avant d’avoir trouvé les véritables principes de l’art de guérir, et il résolut fermement de renoncer plutôt à jamais à sa vocation, que d’agir contre le décret de sa conscience. Armé d’un zèle infatigable, il parcourut le vaste labyrinthe de la littérature médicale, et en sortit sans avoir atteint son but, mais après s’être pourtant enrichi de quantité de connoissances et de remarques importantes.

Une idée lumineuse éclaire tout à coup son esprit, et une nouvelle carrière s’ouvre à ses recherches; la nature et l'expérience seront ses guides. Des obstacles et des difficultés innombrables lui disputent chaque pas, qu’il fait tout seul sur cette route solitaire ; mais son courage mâle ne recule jamais. Les phénomènes les plus étonnans se manifestent à ses yeux ; il s’élève d’un degré de certitude à l’autre, perce la nuit des brouillards, et voit enfin briller l’astre de la vérité qui doit répandre ses rayons bienfaisans sur l’humanité, souffrante. Cependant il se garda de publier sa découverte avant d’être suffisamment convaincu de sa réalité par de longs succès. Mais lorsque la nouvelle méthode curative, pratiquée par lui pendant plusieurs années, se montra toujours merveilleusement salutaire, et que tous ses essais et toutes ses cures lui offrirent toujours le même résultat, il n’hésita plus à publier sa doctrine dans la première édition de son Organon r)

1) Quant au mot Organon, que j’ai cru devoir conserver dans ma traduction, je ne me permettrai qu’une courte remarque. Quiconque aura lu avec attention cet ouvrage, conviendra qu’il étoit impossible à l’auteur de se servir du terme de système, qui auroit rangé son livre dans une même catnégorie avec ces théories subtiles et spéculatives dont la simplicité de ses principes et de sa méthode offre justement le contraire. Il aima donc mieux user du mot Grec Organon (egyccvav), qui désigne tout instrument propre à travailler ou à exercer quelque chose. L’Organon de l’art de guérir est donc pour l’artiste médical un instrument, à l’aide duquel il sera en état d’exercer son art d’une manière sûre et parfaite. Ce titre, tout simple qu’il est, indique beaucoup en peu de mots ; mais ce seroit mal présumer de mes lecteurs que d’entrer dans un plus long détail sur ce point; leur sagacité devinera bien ce que je pourrois en

de l’art de guérir, qui parut en 1810, à Dresde, chez Arnold, sous le titre de: Orgcmon der rationellen Heilkunde. La seconde édition revue, corrigée, augmentée et réduite en une forme nouvelle et plus parfaite, parut en 1819, sous le titre : Organon der Heil kamst, et c’est cette dernière que je viens de traduire. Dans l’intervalle de la première à la seconde édition de l’Organon, l’auteur publia les cinq premiers volumes d’un autre ouvrage essentiel à quiconque veut pratiquer la nouvelle méthode curative. Il a pour titre: Matière médicale pure *), et consiste en une collection de traités sur divers médicamens simples, contenant la manière de les préparer et les séries de leurs effets spécifiques, trouvés par des essais sur des hommes sains. Un tome 6ème a paru en 1821, et en 1822 une seconde édition revue et augmentée du premier volume.

„Mais, dira -t- on, comment est -il possible qu’une découverte aussi intéressante, „qui s’est déjà manifestée en Allemagne dès „l’année 1810, n’ait pu être connue dans „un espace de douze années à toute l’Europe „civilisée? Pourquoi, si la méthode dont „vous nous parlez, est si excellente et préférable à toutes les autres, pourquoi ne „l’exerce-t-on pas encore généralement dans

tous

dire. — Au reste j’ai cru, que le mot Organon étoit admissible en François, car les traducteurs des livres à? Aristote, connus sous le même nom, ainsi que ceux du nouvel Organon de Bacon de Vendant , n’ont pas hésité à s’en servir.

1) Reifte Arzneimittellehre , Dresden , bei Arnold , I. Theil 1811, II. Theil 1816, IIL Theil 1817, IV. Theil 1818, V. Theil 1819, VI. Theil 1821, 2 te Ausgabe des I. Theils 1822.

„tous les pays et sur-tout en Allemagne? La „vérité n’a -t- elle pas une force irrésistible „qui oblige tous les esprits à se soumettre „à son sceptre, et l’objet en question n’est - „il pas d’une si haute importance, que tout „homme raisonnable y doive prendre part?

„Une découverte réelle se prouve par des „faits; ce ne sont que les rêves fantastiques „qui s’évanouissent et tombent dans le néant.“

Voilà les objections auxquelles je m’attends, et il est de mon devoir d’y répondre avec justesse, franchise et équité. Mais avant d’entrer dans le détail des causes, qui arrêtèrent les progrès de la nouvelle doctrine, il est nécessaire de donner un apperçu de ses principes fondamentaux, car ce ne sera qu’ainsi que vous serez mis en état de porter un jugement exacte sur la valeur de mes argumens.

I. Guérir une maladie, c’est rétablir la santé de la manière la plus certaine, la plus douce, la plus rapide, la plus parfaite et la plus durable.

II. Le procédé curatif se réduit à trois fonctions essentielles :

a ) d’investiger l’objet de la guérison, c. à d. la maladie;

b ) de trouver les instrumens qui doivent opérer la guérison, c. à d. les médicamens convenables;

c) et d’employer ces instrumens de façon que la santé s’ensuive.

III. L’objet de la guérison que le médecin doit avoir devant les yeux et sur lequel il doit diriger son traitement médical, ne consiste pas dans les changemens imperceptibles, que la maladie a produits

dans l’intérieur occulte de l’organisme ; car

l’oeil du mortel ne sauroit jamais les reconnoître, et l’esprit spéculatif s’égare ici dans de vaines conjectures. Le véritable objet de guérison pour l’artiste médical ne se trouve que dans les changemens perceptibles opérés par la maladie, c. à d. dans les souffrances, accidens, signes, en un mot dans la totalité des symptômes de la maladie, soit visibles ou invisibles, soit qu’ils ne se manifestent qu’au malade seul ou au médecin et à d’autres personnes.

IV. Le changement occulte dans l’intérieur du corps et le changement perceptible qui se manifeste dans les symptômes, sont les deux parties constitutives et intimement liées de la même altération de l’organisme, que nous nommons maladie.

L’une ne sauroit exister sans l’autre, et l’une s’évanouit avec l’autre. Or, le traitement curatif ayant fait disparoître d’une manière durable la totalité des symptômes, le desordre imperceptible dans l’intérieur de l’organisme a été anéanti en même temps.

V. Il est impossible d’approfondir l’essence des médicamens par des spéculations métaphysiques, ou par la considération de leur extérieur, ou par le goût et l’odeur, ou par des analyses chymiques. Les relations qui ont lieu entre eux et les maladies, ne sauroient être reconnues que par les effets qu’ils manifestent en agissant sur le corps de l’homme.

VL En employant les médicamens contre les maladies, nous voyons résulter parfois le rétablissement de la santé d’une manière si évidente, que l’on ne peut s’empêcher d’en chercher la cause dans ces

remèdes mêmes. Il est donc d’abord naturel à l’homme, d’abstraire les vertus curatives des médicarnens d’après les effets salutaires qu’il en voit résulter dans les maladies, et de vouloir les employer suivant ces résultats. Mais cette source de la connoissance des vertus médicinales est très - incertaine ; car, excepté quelques maladies à miasmes stables, toute maladie est un cas individuel et particulier, qui doit être considéré comme nouveau et envisagé d’après la totalité de ses symptômes. Un remède, trouvé salutaire dans une certaine maladie, ne pourra donc être employé contre telle autre qui lui ressemble dans quelques symptômes.

VII. Or, une telle manière d’essayer les médicarnens ne nous offrant qu’une multitude de cas et de cures individuelles, qui, à quelques exceptions près, ne

Fermettent aucune application anaogique et ne nous présentent nul principe curatif général, il faut qu’il existe un autre moyen plus certain de parvenir à notre but. Mais il ne nous en reste qu’un seul, l’examen des médicarnens sur des hommes sains.

VIII. L’observation de ces essais nous présente le spectacle le plus surprenant. Toute substance médicinale produit des changem ens particuliers dans l’organisme de la personne essayante; elle modifie, elle altère sa santé, et excite des souffrances, accidens ou phénomènes extraordinaires ; en un mot, nous voyons des états de maladies artificielles variées à l’infini.

IX. Nous remarquons donc deux sortes d’effets différens de ces mêmes puissances que nous nommons remèdes :

Premièrement, les guérisons quelles opèrent parfois dans les maladies, et en second lieu, les altérations de la santé quelles excitent dans des corps sains. La même force médicinale qui rétablit la santé troublée de l’homme malade, dérange la santé régulière de l’homme sain. La droite raison se sent donc obligée de conclure, que les médicamens deviennent remèdes moyennant leur faculté de produire de leur chef des altérations sur des corps sains, ou en d’autres termes : que la même f o r c e qui appert comme puissance morbifique dans le corps sain, se manifeste comme vertu curative dans la maladie à laquelle elle convient.

X. Comme le créateur des maladies et des remèdes ne nous fait observer dans les premières que leurs symptômes, et dans les autres que leur puissance de modifier la santé des hommes, et que cette dernière ne se manifeste d’une manière claire que par les effets purs sur des hommes sains, il faut donc que ce soit dans le rapport entre les symptômes des maladies et les effets purs ou spécifiques des médicamens, que nous cherchions le principe général du traitement des maladies.

XI. Or il n’y a que trois rapports possibles entre les symptômes des maladies et les effets spécifiques des remèdes, savoir: L’opposition, la ressemblance et l’hétérogénéité. Il s’ensuit qu’il n’y a

que trois méthodes imaginables de traiter les maladies I):

1) La méthode antipathique, ou celle qui emploie des médicamens produisant des effets spécifiques opposés ( ivcivTiov 7rcL&oç ) aux symptômes de la maladie naturelle ;

2) La méthode homoeopa thi que, ou

11 se sert de remèdes excitant

sp écifiques semblables

( 6/uoiov '7ra3-oç) à ceux de la maladie en question ;

3) La méthode allopathique, ou celle qui use de médicamens produisant des effets spécifiques étrangers aux symptômes de la maladie naturelle, c. à d. ni semblables ni opposés (aAAov

TT CtrS"OÇ ).

L’expérience décidera de la valeur de chacune de ces trois méthodes. Voici les résultats quelle nous offre.

XII. Quant au procédé allopathique, il présente trois chances possibles:

a^) Si les maux artificiels, produits par le remède, sont moins forts que les souffrances naturelles, la maladie reste la même, b) Si les effets morbifiques du médicament sont également forts ou plus forts que ceux de la maladie, cette dernière est susp en due aussi longtemps que dure la cure allopathique, mais elle re-

1) Il s’entend qu’il n’est question ici que du traitement des maladies proprement ainsi nommées, qui sont d’une nature dynamique, et non des maux mécaniques, qui sont du ressort de la chirurgie. Mais ceci se verra mieux dans le cours de l’Organon même, §. llJ5.

vient aussitôt qu’on a cessé d’administrer les remèdes, à moins qu’en attendant elle liait achevé son cours naturel. Enfin cj si l’on continue longtemps d’employer des remèdes allopathiques viol en s contre une maladie chronique, il peut en résulter une complication de maladies, composée des symptômes spécifiques du médicament et des souffrances naturelles, de façon que chacune de ces deux maladies occupe des places différentes dans l’organisme. — La méthode allopathique n’opère donc en aucun cas une véritable guérison, La raison de ce malheureux succès se fonde sur ce que les effets purs d’un médicament allopathique, n’étant n i s e mblables ni opposés aux symptômes de la maladie, ne touchent pas les parties a ffectées des souffrances naturelles et ne sauroient donc réellement combattre et vaincre ces dernières. Un tel remède peut bien les faire taire pour quelque temps par les souffrances hétérogènes qu’il excite, mais non pas les anéantir.

XIII. Pour ce qui est du procédé antipathique, il semble que l’influence du remède opposé ait opéré au commencement une neutralisation des maux naturels et

3u’il les ait parfaitement guéris. Mais ès que ce médicament a cessé d’agir sur le corps, non -seulement le mal naturel r e p a r o î t , mais il s’ensuit encore un a ggravement évident, qui augmente en proportion de la grandeur des doses. La cause en est, que l’organisme de l’homme a la tendance de réagir contre toute influence étrangère et de lui opposer

un état justement contraire à celui quelle excitoit en lui. Or, quand le remède employé contre une maladie, produit des effets spécifiques opposés aux effets de celle-ci, il s’ensuit que l’effet réactif de l’organisme qui succède toujours à l’effet primitif du remède, ne sauroit être autre chose qu’un état semblable à la maladie naturelle qui aggrave cette dernière. Le traitement antipathique n’est donc qu’un procédé palliatif, qui ue sera jamais capable de guérir aucun mal de conséquence et sur- tout une maladie chronique I).

XIV. Ce n’est que la méthode homoeopathique, qui se montre toujours salutaire par l’expérience. En voici les raisons: Comme les effets spécifiques d’un remède homoeopathique sont tout - à - fait semblables aux souffrances naturelles en question, ils touchent justement les parties et les organes déjà affectés et luttent avec la maladie naturelle. Mais comme les maladies médicinales sont de leur nature plus énergiques que les souffrances naturelles, ces dernières cèdent, pourvu que les symptômes artificiels les surpassent un peu en force; car deux maladies semblables ne sauroient exister ensemble dans les mêmes parties. Cependant les maladies médicinales étant d’une certaine durée, les souffrances artificielles s’évanouissent alors

1 ) Ce ne sont que des petites souffrances récemment nées, qui cèdent à ce procédé. — Les seuls cas où la méthode antipathique soit applicable, se trouve dans l’Organon, §. 78.

d’elles-mêmes, et laissent le corps parfaitement sain. Quant à la réaction de l’organisme, si défavorable au procédé antipathique, elle devient salutaire dans la méthode homoeopathique; car l’influence du médicament homoeopathique étant semblable à celle de la maladie naturelle, la réaction de l’organisme produit un effet opposé au mal en question et contribue par conséquent au rétablissement de la santé.

XV. Or, comme l’expérience et la raison nous donnent la conviction, que la méthode homoeopathique est la seule préférable, nous avons trouvé en elle la loi fondamentale des procédés curatifs, savoir: Guérissez les maladies par des remèdes, capables de produire dans des hommes sains des affections aussi semblables que possible à la totalité des symptômes du mal en questi on,

XVI. Les remèdes h omoeopathiques doivent être administrés dans des doses bien plus petites que la pratique ordinaire n’a coutume de les donner, oui, dans des doses aussi petites que possible.

Gar, comme un tel médicament affecte justement les parties du corps qui sont déjà extrêmement affectées par la maladie naturelle, il n’a besoin que de peu de force pour surpasser la dernière, au lieu qu’une grande dose nuiroit au malade et pourroit le mettre en d a n g e r.

XVII. Il ne faut jamais employer qu’un seul remède simple à la fois; car ce n’est qu ainsi qu’on peut combiner le rapport des symptômes spécifiques du

médicament avec les symptômes de la maladie en question. Tout mélange de plusieurs médicamens est inadmissible; car on ne peut ici jamais définir, de quelle manière ces divers ingrédiens se modifient réciproquement.

XVIII. Les remèdes homoeopathiques doivent être tirés des substances médicinales les plus pures et douées de toutes leurs forces naturelles.

XIX. Comme c’est une affaire de conscience pour le médecin, que le malade reçoive le remède en juste qualité et quantité, il faut qu’il prépare et qu’il administre lui -même ses médicamens.

Après avoir présenté à mes lecteurs dans un cadre resserré les principes élémentaires de la doctrine homoeopathique, il est temps que je m’acquitte de ma promesse et que je parle des obstacles qui ont arrêté la propagation de la nouvelle méthode curative. Je les distinguerai en obstacles généraux quelle a de commun avec toute grande découverte, et en obstacles particuliers qui lui sont propres.

Quant aux obstacles de la première espèce, j’y comprendrai les préjugés contre tout ce qui est entièrement contraire aux opinions établies, l’indolence et le manque d’intérêt pour les nouvelles découvertes, la malice et la jalousie envers le mérite, enfin le penchant de tourner tout en ridicule.

Pour ce qui est du premier point, je soutiens que les hommes en général ne sont pas aussi grands amateurs de la nouveauté, qu’on a coutume de les en accuser. Au contraire ils ont une profonde estime

pour tout ce qui est couvert de la rouille des siècles, et il faut des secousses violentes, une nécessité extrême, ou des impulsions données par des autorités majeures, >our les en détourner. La chose étant une bis consacrée par la mode, il est vrai qu elle fera des progrès étonnans; mais la difficulté est, qu’elle y arrive. — Quoi, s écria -ton, lorsque la nouvelle doctrine médicale fut communiquée au public, quoi, un seul homme prétend avoir trouvé ce que des milliers de médecins les plus sages et les plus savans n’ont pas trouvé avant lui ? Un seul homme veut abattre d’un coup de baguette l’édifice majestueux d’un système qui subsiste depuis tant de siècles ? Cela est inouï, cela est impossible!

Je demande à ces amateurs de l’antique et des opinions reçues, si c’est pour la première fois qu’un seul homme ait fait une découverte dont on n’avoit pas d’idée auparavant, et qui bouleverse le superbe échaffaudage de toute une science ? N’a-t-on pas cru pendant 5500 ans, que notre monde n’étoit composé que de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, et ne fut- ce pas le seul Colomb qui conçut le premier l’idée lumineuse d’une quatrième partie de la terre, et qui en prouva la réalité, malgré les dérisions de ses contemporains? — N’a- 1- on pas cru pendant plus de 5500 ans, que le soleil tournoit autour de la terre, et ne fut- ce pas le seul Copernic qui en démontra le premier le contraire, et proposa ce beau système qui portera son nom à la postérité la plus reculée? Cependant combien d’ennemis ce système n’a -t- il pas rencontré, et il n’y a que quelques années que le Saint

Siège l’a admis, bien que provisoirement. Voilà comme sont en grande partie les hommes ; vous avez beau leur parler raison, les préjugés l’emportent!

Une autre classe de personnes est trop indolente pour se soucier des nouvelles découvertes. Trop occupées de leurs plaisirs, de leurs gains et de leurs affaires privées, elles s’embarassent peu du bien commun et des événemens qui y ont rapport. La doctrine homoeopathique est une chose qui demande des méditations sérieuses et de mures réflexions, pour se convaincre de sa vérité et de son excellence. Mais ces Lonnes gens n’aiment pas à réfléchir eux- mêmes et sont contens que d’autres fassent aller les choses comme elles vont. L’homoeopathie blessa l’indolence encore d’une autre façon. Cette méthode, qui a pour but de ramener les hommes sur la voie de la nature, prescrit à tous ceux qui veulent conserver leur santé, et sur -tout aux malades chroniques qui veulent la recouvrer, un régime simple et naturel qui demande une abstinence sévère de quantité de jouissances introduites et généralement reçues par le luxe, mais pernicieuses au bien-être du corps et de lame. Mais les foibles et les indolens aiment mieux souffrir de temps en temps les tourmens de la maladie et des remèdes violens, que de se priver constamment des plaisirs de la sensualité; car une patience momentanée est plus facile à pratiquer qu’une résignation continuelle.

Une troisième espèce d’individus qui contrecarrent toutes les grandes découvertes et toutes les nouvelles doctrines im-

portantes, sont les méchans. Il y a des

f personnes d’un caractère si malveillant, qu’eles se sentent blessées par tout ce qui paroît de sublime et d excellent, et quelles ne sauroient jamais se résoudre à reconnoître la supériorité d’un génie éminent. Dominées par l’envie et la jalousie, elles mettent en jeu toutes les intrigues et toutes les cabales possibles pour prévenir le public contre l’auteur d’une grande découverte et pour éteindre dans sa naissance le flambeau de la vérité. Certes, cette sorte de gens n’ont pas manqué à l’occasion de la nouvelle méthode curative. Les bruits les plus calomnieux furent répandus contre elle, et on n’épargna pas même les moeurs et le caractère de son vénérable fondateur.

roit remplir un volume entier

qu’on a fabriquées et qu’on fabrique encore sur l’homoeopathie. Je n’en rapporterai qu’une seule pour la curiosité du fait; c’est que Mr. Hahnemann et ses sectateurs traitoient presque toutes les maladies avec de l’arsenic ; mensonge grossier et absurde aux yeux de quiconque connoît les ouvrages et le traitement de fauteur.

Cette sorte d’adversaires trouva des appuis convenables dans une autre partie nombreuse du public, je veux dire dans les railleurs et les gens crédules. Les derniers se fient bonnement à tout ce qu’on leur veut faire imaginer. Les premiers, sans véritable intérêt pour aucune chose, ne cherchent qu’à s’amuser et à amuser les autres. Que l’objet en question soit sublime ou bas, bon ou mauvais, admirable ou méprisable, n’importe ; pourvu qu’il fournisse matière à leurs bons- mots. On a bien vu

Socrate tourner en dérision par Aristophane: les pauvres Athéniens se mirent à rire, sans savoir qu’ils étoient eux -mêmes les dupes. L’auteur de la méthode homoeopathique a aussi rencontré ses Aristophanes et ses Athéniens, et il est impossible de dire quel dommage il en est résulté pour la chose même.

Mais en voilà assez sur les obstacles généraux qui ont arrêté la propagation de la nouvelle doctrine; venons en à présent aux obstacles particuliers. Ils dérivent de deux sources : de l’école médicale dominante, et de l’institut des pharmaciens. — Je proteste d’avance, que je n’ai nulle intention d’offenser l’ordre honorable des médecins ou celui des pharmaciens. Mais tout en m’abstenant de chaque personnalité, je ne saurois m’empêcher de rapporter les faits. Il y va de l’honneur de la nouvelle doctrine, et je m’en crois responsable au public. La crainte de déplaire n’enchaînera pas ma franchise, mais l’intérêt que je porte à cette cause, ne me rendra pas injuste envers ses adversaires.

Il est profondément gravé dans la nature de l’homme, qu’il craint de se voir ravir ce qui lui a coûté beaucoup de peine à acquérir. Or, le savoir et la conviction en fait de sciences , étant la propriété intellectuelle des hommes de lettres, il est naturel que toute nouvelle découverte ou doctrine qui menace de changer la face d’une science entière, soit révoquée en doute et combattue par nombre de ceux qui professent les anciens principes. Soyons justes et nous trouverons que cette conduite n’a rien de blamable en elle -même. Aussi bien

qu’il y a une diversité de croyance en fait de religion et de politique, il y en a aussi une dans toute science. Que chacun défende la sienne par tous les moyens licites que lui offre la sagacité de son esprit et la richesse de ses connoissances. Mais qu’il soit aussi disposé à examiner avec impartialité et, s’il est nécessaire, par des expériences propres, la réalité des principes de ses adversaires, et qu’il les embrasse de bonne foi, dès qu’il les trouvera préférables aux siens. Une pareille lutte des opinions sera une chose infiniment louable; car un objet étant envisagé sous des rapports différens, en sera mieux éclairé, et la vérité sortira enfin de ce combat dans toute 1 sa splendeur. Heureux, s’il en eût toujours été ainsi î Mais rien n’est plus difficile pour les hommes que de séparer leur propre intérêt de celui de la chose même ; l’un et l’autre se confond insensiblement dans leur ame. La haine, l’envie, la jalousie se mêlent au zèle littéraire, les esprits s’enflamment et s’aigrissent, et une recherche franche de la vérité ne devient que trop souvent une guerre de partis.

Quiconque aura lu avec attention l’esquisse que je viens de donner ci-dessus de la doctrine homoeopathique, n’aura pas manqué de saisir la différence tranchante qui existe entre ses principes et ceux de l’école dominante. A peine eut- elle donc été mise au jour par l’auteur dans la première édition de l’Organon en 1810, quelle rencontra de toutes parts la plus vive résistance. Il y auroit sans doute de l’injustice à prétendre, que tous les médecins eussent dû abandonner à l’instant même la méthode

qu’ils avoient adoptée comme vraie et salutaire, et qu’ils avoient suivie pendant une longue pratique; il y auroit eu même ifie la légèreté dans un abandon aussi brusque.

Une croyance aveugle est indigne de l’homme; c’étoient des réflexions sérieuses et des essais consciencieux qui dévoient décider du mérite de la nouvelle doctrine. Aussi suisje persuadé que bien des médecins sensés examinent à présent sur cette voie la méthode homoeopathique. Mais malheureusement il n’en fut pas ainsi lors de sa première apparition ; au moins personne n’avoua hautement la nécessité d’un tel procédé. L’esprit de secte sembla dominer une grande partie des esprits. Ce furent surtout plusieurs de ceux qui avoient brillé jusqu’alors par des ouvrages écrits dans le sens du système dominant, qui craignirent de se voir enlever leur gloire et leur autorité littéraire, et qui usèrent donc de tout leur ascendant sur le public médical pour le prévenir contre la nouvelle doctrine. Sans examiner par des essais purs la réalité de ses principes, on se borna à la combattre avec les armes de la théorie et à lancer contre elle un anathème impérieux.

Une autre grande partie de médecins, trop occupée de sa pratique pour se livrer à la critique exacte des nouveaux ouvrages, et accoutumée à voir paroître et disparoître chaque lustre un autre système de médecine, s’en rapporta volontiers au jugement de ces écrivains distingués, faisant autorité pour eux, et continua tranquillement d’exercer la méthode coutumière, sans s’intéresser à la découverte importante qui venoit d’être faite.

Il y eut enfin nombre de bons vieux médecins, d’ailleurs très- estimables, qui ne purent entrer dans les vues d’une méthode aussi originale, quoiqu’ils en eussent la bonne volonté. Les idées dont l’esprit de l’homme a été une fois imprégné dans la jeunesse, et d’après lesquelles il s’est réglé pendant quarante ou cinquante années de pratique, exercent sur lui un ascendant si puissant, qu’un changement total de ces idées lui est presque impossible.

Ce fut ainsi que Mr. Hahnemann resta rendant quelques années le seul à exercer a méthode liomoeopathique, et qu’excepté es journaux de médecine, on n’en parla en Allemagne qu’en Saxe et sur-tout à Leipzig, où cet homme ingénieux faisoit son domicile. Cependant la force propre à la vérité ne laissa pas de manifester ses effets. Les cures heureuses de fauteur attiroient sur lui l’attention des laïques. Sa pratique augmenta de jour en jour; la réputation de l’efficacité merveilleuse de son procédé curatif ne se répandit pas seulement au delà des frontières de la Saxe, mais pénétra même en Autriche, en Prusse, en Russie et en d’autres pays étrangers. Des malades chroniques, délaissés de tout autre secours, affluèrent de toutes parts pour se soumettre à son traitement, et ils recouvrèrent la santé.

Aussi se forma -t -il autour de lui un cercle de jeunes étudians en médecine, qui assistoient à son cours publique sur l’Ôrganon. Ces jeunes gens, libres encore des

f »réjugés de l’école, se convainquirent fadement de la vérité de la nouvelle doctrine et sécondèrent son fondateur dans ses essais

des

des vertus spécifiques des médicamens. Ce fut ainsi que se forma la première pépinière de l’école médicale réformée ; et il en sortit des hommes pleins de talens, qui se répandirent dans quelques villes provinciales de la Saxe et y exercèrent la nouvelle méthode avec le plus heureux succès. Il y eut même par -ci par -là des médecins, élevés dans les principes de l’école dominante et versés depuis longtemps dans la pratique, qui embrassèrent publiquement la réforme et donnèrent par là de beaux exemples de courage et de résignation.

L’ancienne école médicale sentit bien le

Féril dans lequel elle se trouvoit, et que édifice du vieux système avoit été ébranlé jusque dans ses fondemens. Ce fut sur-tout dans la ville où le fondateur de la nouvelle doctrine avoit son domicile, qu’on s’empressa de mettre des entraves à ses progrès qui devenoient de jour en jour plus marquans. On chercha de nouveaux alliés, on imagina de nouveaux stratagèmes, et on fut heureux dans l’un et dans l’autre.

Me voilà arrivé à la seconde source des obstacles particuliers qui s’opposèrent à la propagation de la méthode homoeopathique, je veux dire l’institut des pharmaciens. Mais ici il nous faudra remonter un peu plus haut.

Quiconque connoît l’histoire de la médecine, n’ignore pas que les médecins dans les temps anciens, et encore au commencement du moyen âge, dispensoient, c.

à d. préparoient et distribuoient euxmêmes leurs médicamens. Mais la manière de les composer devenant toujours plus compliquée et les ingrédiens plus précieux,

les médecins ne se trouvèrent plus avoir ni le temps, ni les moyens nécessaires pour exercer eux -mêmes la dispensation des remèdes. Il leur sembla plus convenable d’abandonner cette emploi aux marchands droguistes, et ce fut ainsi que ces derniers devinrent peu à peu artistes pharmaciens, de négocians qu’ils étoient d’abord. Mais ce nouvel emploi exigeant des dépenses considérables pour assortir les magazins de cette incroyable quantité de drogues plus ou moins précieuses, et pour maintenir tout ce vaste appareil nécessaire à des laboratoires de chymie, il s’ensuivit que les pharmaciens demandèrent aux gouvernemens des privilèges exclusifs d’exercer la fonction susdite. Ils les obtinrent, et il y avoit de la justice à les leur accorder x). Car d’abord chaque commerçant doit vivre de son débit, et il étoit de l’intérêt public et de la mlice qu’une profession aussi importante mur la santé et la vie des hommes (dont es médecins ne vouloient plus se charger), ne fut exercée que par des gens instruits et honnêtes, pour ne pas être exposée aux abus les plus funestes. Les privilèges des pharmaciens et les lois prohibitives données

1 ) Cependant ces privilèges dans leur origine ne s’appliquoient qu’au commerce publique des médicamens, et n’excluoient nullement les médecins du droit naturel de préparer et de distribuer les remèdes servant a l’usage de leurs propres malades. Ce ne fut que dans le cours des siècles, et sur-tout dans les derniers temps, que les pharmaciens dans plusieurs pays tachèrent d’enlever aux médecins cette attribution si intimement liée à leur état. Aussi furent- ils assez heureux pour obtenir, de la part de plusieurs gouvernemens, des lois prohihitives à cet égard; chose assez facile, comme les médecins eux -mêmes ne faisoient nulle réclamation générale et énergique.

en leur faveur, étoient donc amenées par la nature des choses et se trouvoient conformes à letat de la médecine.

Mais tout a changé de face depuis la fondation de l’école médicale réformée. La méthode homoeopathique ne se sert (comme on a vu dans l’esquisse précédente de ses principes) que de remèdes simples. Leur préparation n’a rien de compliqué et n’exige qu’un petit appareil. Enfin ils sont administrés en si petites doses, que le médecin n’a besoin que d’un très -petit assortiment de drogues, pour suffir longtemps aux besoins de sa pratique. Or il n’existe pour les médecins homoeopathiques aucune de ces raisons qui rendent l’institut des pharmaciens si désirable et si nécessaire à l’école médicale dominante. Mais outre ces raisons négatives, qui permettent au médecin homoeopathique de se passer de secours étrangers et l’encouragent à réclamer les anciens droits de sa profession, il y a encore des raisons positives qui lui en font un devoir de conscience et de prudence tout à la fois. L’extrême petitesse des doses homoeopathiques demande d’un côté la plus grande pureté dans la qualité des médicamens, et de l’autre la plus grande exactitude dans leur préparation. G est de l’existence de ces deux conditions que dépend absolument le succès de la cure. La méthode homoeopathique est une méthode nouvelle, qui doit premièrement se frayer un chemin à travers les préjugés et gagner la confiance des hommes par des faits incontestables, c. à d. par des cures heureuses. Peut- on bien, sans être injuste, prétendre du médecin homoeopathique, quil confie une charge aussi im-

portante à des mains étrangères, et qu’il expose aux chances du hazard et sa propre réputation et celle de sa méthode? — Le matériel des médicamens homoeopathiques est si mince, que le pharmacien ne sauroit faire qu’un gain très - insignifiant avec leur préparation ; d’ailleurs il lui reste toujours la crainte que, la nouvelle méthode étant une fois généralement approuvée, les médecins ne trouvent pourtant moyens de réclamer le droit de la dispensation des remèdes. Comment veut- on que les pharmaciens goûtent une doctrine qui les menace tôt ou tard de la raine de leur profession?1) — Je suis bien éloigné de croire que les pharmaciens soient capables de commettre des supercheries dans la préparation des remèdes homoeopathiques. Mais il suffit qu’ils manquent du zèle nécessaire ; et voilà une présomption qui en général sera contre eux ; car il seroit contre la nature de présumer, que les hommes s’empressent d’agir contre leur intérêt. D’ailleurs ce n’est pas le maître pharmacien seul qu’il

1) J’aime trop la vérité pour la dissimuler ici. Oui ; l’adoption générale de la méthode homoeopathique fera cesser l’institut des pharmaciens. Us redeviendront ce qu’ils étoient autrefois, des marchands de drogues; leur nombre diminuera aussi, et ils acquerront moins de richesses. Mais sont-ce là des raisons de rejetter la nouvelle doctrine, si elle est en effet préférable à tout autre? Est -ce que les hommes existent pour le profit des pharmaciens, ou vice versa? Au reste les pharmaciens d’à présent ne seront pas ruinés par la réforme médicale, car cette dernière marchera certainement d’un pas si modéré, que les premiers mourront sans l’avoir vu adopter généralement, et que la génération future aura tout le temps possible pour faire ses arrangemens en conséquence.

faut mettre en considération ; le pauvre médecin doit aussi se confier à la bonne volonté des garçons pharmaciens, jeunes étourdis et parfois brouillons, qui s’intéresseront peu à la gloire et au triomphe de l’homoeopathie. Oui ne connoît pas les méprises singulières et souvent funestes qui arrivent fréquemment dans les pharmacies ? Le médecin homoeopathique se trouve à cette occasion dans une position encore plus critique que le médecin de l’école dominante. Car, vu l’extrême petitesse du matériel médicinal que demande sa méthode, il se trouve hors d’état de se convaincre d’aucune manière, si l’ingrédient ordonné a été vraiment administré ou non? — Mais il ne faut pas justement des méprises ou des altérations quant à la qualité du médicament. Il suffit de ne pas observer la juste mesure des doses pour mettre la vie en danger; car les remèdes homoeopathiques, touchant directement les parties de l’organisme qui sont déjà les plus affectées par la maladie naturelle, opèrent avec une force infiniment plus énergique que tout remède allopathique.

Cependant, n'est -il pas plus que probable, que ces personnes, accoutumées aux grandes doses de la pratique ordinaire, se mocqueront des petites quantités que prescrit la nouvelle méthode et s’embarasseront peu d’y mettre l’exactitude réquise ? — Réunissez toutes ces circonstances sous un seul point, et vous conviendrez que le médecin homoeopathique ne sauroit se refuser à la distribution de ses médicamens, sans courir une chance très -dangereuse.

Néanmoins il existe en Saxe, ainsi que dans les autres pays de l'Allemagne, une loi

qui porte: que le droit de dispenser les médicamens appartient exclusivement aux pharmaciens privilégiés. Cependant il netoit pas encore hors de doute, nommément en Saxe, si cette loi prohibitive souffroit aussi son application contre les médecins légitimement admis à la pratique par rapport à leurs propres malades. Car d’abord une raison principale qui engagea le pouvoir législatif à défendre aux laïques la préparation et la vente des médicamens, étoit fondée sur leur ignorance technique et scientifique, raison qui cesse à l’égard des médecins qui ont fait à l’université leur cours de chymie et de pharmacie. Un autre motif pour la police médicale, relativement à la sanction susdite, se trouvoit dans la crainte des abus et des crimes possibles, si l’on abandonnoit au premier venu une profession aussi importante pour la vie et la santé des hommes ; mais ce motif ne convient non plus aux médecins, que l’on doit présumer gens vertueux et honnêtes, et qui ont le plus grand intérêt à conserver la pureté de leur réputation. Enfin le médecin ne fait point le commerce des remèdes, mais il n’en administre qu’aux malades qui se sont soumis à son traitement; il ne se range donc pas dans la même cathégorie avec le pharmacien qui tient boutique ouverte pour chacun. Il y avoit donc certainement plus d’une raison qui justifioit le procédé de Mr. Hahnemann , de préparer et d’administrer lui -même ses médicamens, chose qu’il ne cachoit à personne et à laquelle personne n’avoit contredit jusqu’alors.

Mais les pharmaciens commencèrent enfin à s'apercevoir des conséquences fâ-

cheuses quavoit pour eux cette mesure, conséquences qui menaçoient de devenir infinies, si la nouvelle méthode curative étoit un jour généralement adoptée.

L’école médicale dominante, quoique guidée par d’autres intérêts, partage les mêmes craintes. On se rappelle de la loi ci-dessus mentionnée. La coalition est formée et le plan d’opération est tracé. Le coup part de Leipzig. Plainte solennelle est portée de la part des pharmaciens contre le docteur Hahnemann , pour avoir violé leurs privilèges de dispenser exclusivement les médicamens. Le procès est entamé; hélas, quel en fut l’issue! Je suis bien éloigné de vouloir blâmer la conduite du gouvernement sage, sous lequel j’ai le bonheur de vivre; c’est la force des circonstances qui l’emporte sur la bonne volonté des hommes. Le gouvernement ne précipita pas sa décision; non, il demanda auparavant aux premières autorités médicales des avis motivés et détaillés, relatifs au sujet en question. Pouvoit - il faire autrement que de s’adresser aux experts de l’art dans une affaire où les connoissances dans cet art dévoient seules décider? Mais les réponses ne furent pas douteuses ; juges et partis se trouvoient réunis dans les mêmes individus. Or, ces réponses servant de bases au decret du tribunal, la décision ne

Fut être que favorable à lecole dominante;

application de la loi prohibitive en ques tion fut faite aussi contre les médecins, et en 1820 il fut interdit au docteur Hahne mann de dispenser à l’avenir lui -même ses médicamens, excepté dans de certains cas rares, qu’il seroit trop long de détailler ici, et qui en définitif ne changeoient rien à la

chose même. Le fondateur de la doctrine homoeopathique obéit consciencieusement à l’arrêt qui venoit d’être prononcé, et ne pouvant continuer sa pratique sous les conditions données, il cessa entièrement de l’exercer et en avertit franchement le public. Le même sort qui avoit frappé l’auteur, frappa aussi plusieurs de ses disciples. L’école dominante triompha et la cause de la réforme sembloit perdue.

Mais la providence divine, protectrice du bien et de la vérité, ne laissa pas périr dans sa naissance une entreprise aussi louable. Un prince généreux, le Duc d’Anhalt- Köthen, offrit un asyle au vénérable auteur de l’Organon, lui permit le libre exercice de sa méthode curative, et l’entoura de cet appareil d’honneur externe *), qui ne brille que quand il est appliqué au vrai mérite. Cette faveur fut bientôt suivie d’une autre également précieuse, c. à d. du privilège donné au docteur Mossdorf, digne élève de Mr. Hahnemann , de pratiquer la méthode homoeopathique aussi librement que celui-ci.

Tandis que la nouvelle doctrine obtenoit de cette façon un refuge inattendu, d’où elle pouvoit répandre ses salutaires effets, elle se maintint aussi en Saxe et dans quelques pays limitrophes. Malgré tous les obstacles qui s’opposoient à sa mise en pratique, plusieurs disciples de Mr. Hahnemann , de même que quelques autres médecins de mérite qui avoient adopté par conviction la

l ) Il le nomma de son propre chef son Conseiller de cour en 1821.

méthode réformée, continuèrent de l’exercer avec zèle et eurent un plein succès. En 1822 arriva un évènement du plus grand intérêt pour l’homoeopathie ; il se réunit une société de médecins savans et habiles, dans le but de publier un journal périodique sous le titre d’Archive de l’art médical homoeopathique r). Les membres de cette société y font le récit des cures remarquables qu’ils ont faites d’après les principes de la nouvelle doctrine; ils y exposent leurs découvertes sur les effets spécifiques des médicamens, trouvés par des essais purs sur eux - mêmes ou sur d’autres hommes sains; ils traitent divers objets concernant la théorie comme la pratique du nouvel art de guérir, et réfutent les écrits de ses adversaires.

Après tout ceci, il ne me paroît plus doutenx que la doctrine homoeopathique n’ait pris racine en Allemagne. Mais une découverte qui touche d’aussi près la félicité des hommes, ne doit pas être le patrimoine exclusif d’une seule nation ; elle appartient à l’univers. C’est dans cette intention que j’ai entrepris la présente traduction, comme la langue Françoise est la plus répandue dans tous les pays civilisés.

Vous, lecteurs éclairés d’une nation quelconque, si ce livre tombe entre vos mains, lisez - le sans prévention, et je suis persuadé, que la vérité se dévoi-

1) Archiv für die homoeopcuhische Heilhmst, herausgegeben von einem Vereine deutscher Aerzle , Leipzig , bei Reclam.

lera «à votre esprit dans toute sa splendeur. Retenez - la alors comme un trésor précieux, travaillez pour sa gloire, et une postérité reconnoissante bénira vos efforts !

Dresde, ce 20 Avril, 1823.

Le Traducteur.

Préface

de la première Edition de 1810.

D e tout temps aucun art n’a été plus unanimement déclaré un art conjectural, que la médecine. Aucun ne sauroit donc moins se soustraire à un examen sévère de ses principes fondamentaux, que celui-ci, sur lequel repose le bien le plus précieux de cette vie, la santé.

Je me fais gloire d’avoir été le seul dans les temps modernes, qui en ait entrepris de bonne foi la sérieuse révision, et qui ait exposé les résultats de sa conviction aux yeux du monde, dans des écrits, en partie anonymes, en partie publiés sous mon nom.

Obligé de procéder seul dans mes recherches, je trouvai le chemin de la vérité bien éloigné de la grande route de l’observance médicale. A mesure, que je passois d’une vérité à l’autre, mes principes, dont je ne faisois valoir aucun, sans en avoir été convaincu par l’expérience, s eloignoient toujours davantage de ce vieux système, qui, composé d’opinions, ne se soutenoit que par des opimions.

Les résultats de mes convictions sont déposés dans ce livre. On verra à présent, si des médecins qui agissent de bonne foi avec leur conscience et avec les hommes, s’attacheront encore plus longtemps à ce tissu funeste de conjectures et de maximes arbitraires, ou s’ils ouvriront les yeux à des vérités salutaires.

J’avertis d’avance, que l’indolence et l’opiniâtreté excluent du service des autels de la vérité, et qu’il n’y a que ceux, qui à un esprit dégagé de préventions unissent un zèle infatigable, qui soient capables de l’acte le plus sacré pour des hommes, l’exercice du véritable art de guérir. Mais un tel médecin s’élève immédiatement vers le créateur du monde, dont il aide à conserver les créatures, et dont l’approbation le rend trois fois heureux!

Préface de la seconde Edition.

Les médecins sont mes frères, comme les autres hommes ; je respecte leurs personnes. C’est la médecine qui est mon seul objet.

Il s’agit d’examiner, si la médecine, telle quelle a été jusqu’à présent dans toutes ses parties, étoit fondée sur des idées chimériques, sur des illusions, sur des maximes arbitraires en elles -mêmes, ou sur des principes pris dans la nature.

Si elle n’est que le produit d’un raisonnement spéculatif, d’anciennes coutumes et de suppositions arbitraires, tirées de phénomènes équivoques, elle n’est et ne peut être qu’une nullité, quand même elle feroit remonter son antiquité à des milliers d’années, et quand même elle seroit pourvue de privilèges par tous les Pt ois et Empereurs de la terre.

La vraie médecine est, de sa nature, une science simplement empirique, et ne peut s’attacher qu’à des faits purs et à des phénomè 1 ' nt à sa sphère,

traiter, peu-

car tous

vent être suffisamment observés par les sens. La connoissance de la maladie, qu’il

s’agit de guérir, la connoissance de l’effet des remèdes et enfin la connoissance de l’application de leurs effets à la guérison de la maladie, c’est ce que l’expérience seule nous apprend. La médecine ne doit point s’éloigner d’un seul pas de la sphère des expériences et des observations pures, si elle veut éviter de tomber dans le néant et dans la charlatan erie.

Quoique pendant vingt cinq siècles, des millions de médecins, en partie très-respectables, aient adopté, faute de mieux, la médecine, telle quelle a été jusqu’à présent, les considérations suivantes prouveront cependant, que cette médecine, dans toutes ses parties, est une chose fort absurde, contraire à son but, et entièrement nulle.

L’esprit seul ne sauroit reconnoître aucune chose a priori , il ne peut se former de lui -même une notion de l’essence des choses, de leurs causes et de leurs effets. S’il doit énoncer des vérités sur des objets réelles, il faut que chacune de ses propositions soit fondée sur des observations sensuelles, sur des faits et des expériences. En s’éloignant d’un seul pas du chemin de l’observatiou, il se trouve aussitôt plongé dans les espaces illimités de l’imagination et des hypothèses arbitraires, mères des fausses opinions et du rien absolu.

Dans des sciences simplement empiriques, comme la physique, la chymie et la médecine, l’esprit uniquement spéculatif ne doit obtenir aucune voix décisive. Car, agissant seul dans de telles sciences, et s’égarant par cela même dans des imaginations et dans de vaines conjectures, il produit des hypothèses singulières, qui

dans des milliers de cas ne sont que des illusions et des mensonges, et ne peuvent manquer de l etre d’après leur nature.

Tel a été jusqu’à présent le prestige sublime de la médecine nommée théorétique, dans laquelle on érigeoit des notions a priori et des conjectures artificielles en systèmes pompeux qui montroient seulement ce que leurs auteurs avoient révé sur des choses quon ne peut savoir et qui ne sont aucunement nécessaires pour opérer une guérison.

Cependant, pour les cures réelles, les praticiens ne pouvoient faire aucun usage de ces pompeux systèmes, qui selevoient bien au dessus de toute expérience. Ils poursuivoient donc leur propre chemin d’après les préceptes coutumiers de leurs auteurs, qui leur enseignoient comment on s’étoit avisé de guérir jusqu’alors, et suivant l’exemple de leurs prédécesseurs, dont la pratique faisoit pour eux autorité, sans se soucier, comme eux, des décisions d’une expérience conforme à la nature, sans tâcher de se procurer un vrai principe pour base de leurs actions ; mais satisfaits d’avoir trouvé la clef d’une pratique commode, le bréviaire aux récettes à la main, ils s’approchent hardiment du lit d’un malade.

Quiconque fera de cet abus une critique saine, consciencieuse et exempte de préjugés, comprendra facilement, que ce que l’on a appellé jusqu’à présent la médecine, n’étoit qu’un aggrégat, en apparence plein d érudition, auquel (comme au chapeau de la fable de Geliert ) on donnoit de temps en temps, suivant la mode, une nouvelle forme systématique, mais qui dans

son intérieur, dans l’essence de lart de guérir, restoit toujours le même, c. à d. une méthode obscure et contraire à son but.

Il n’existoit pas encore un art de guérir conforme à la nature et à l’expérience. Toute cette médecine telle quelle a été jusqu’à présent, n’étoit qu’un mécanisme contraire à la nature, qu’une fiction couverte d’une teinte de vraisemblance.

La pathologie créoit arbitrairement l’objet de la guérison, c. à d. la maladie. On fixoit de pleine autorité, quelles dévoient être les maladies, tant pour le nombre, que pour la forme et le genre. Bon Dieu! toutes les maladies, que la nature produit à l’infini dans l’homme, exposé à mille situations différentes, sous des modifications qu’on ne sauroit jamais fixer d’avance, et variées à l’infini, le nombre de toutes ces maladies est tellement rogné par la pathologie, qu’il n’en reste plus qu’une poignée modelée à sa façon. — On définissoit présomptueusement les maladies a priori , et on leur supposoit des bases, qui ne touchoient pas les sens. On ne se fondoit pas en cela sur l’expérience, (et comment une expérience claire et pure pouvoit-elle avérer des rêves aussi fantasques?) non! on se reposoit sur une prétendue pénétration de la nature intérieure des choses , et de l’invisible économie vitale : chose refusée à tout mortel.

Pour fixer aussi quelque chose sur les instrumens de la guérison, on déduisoit l’effet des différens médicamens dans la matière médicale, au moyen de données physiques, chymiques et d’autres également hétérogènes, comme aussi de l’odeur, du

goût et de l’apparence des médicamens, mais en plus grande partie des expériences les plus impures, faites au lit des malades, où au milieu du conflit des symptômes de la maladie, l’on avoit ordonné des remèdes composés pour des cas incomplètement décrits. A merveille ! Cette puissance invisible, renfermée dans l’essence intérieure des médicamens, dont toute la pureté et la vérité ne se prononce jamais, que dans ses effets sur des hommes sains, cette faculté dynamique et spirituelle, capable d’altérer la santé des hommes, on la décréta arbitrairement et de pleine autorité, sans consulter, sans examiner les médicamens par le seul moyen possible, celui des expériences pures.

Les connoissances des médicamens ainsi déduites, présumées, conjecturées et imaginées, furent appliquées par la thérapeutique aux causes prétendues primitives des maladies, selon le principe de l’antithèse (contraria contrariis) d’après le système de Galène , ce fabricateur d’hypothèses, principe contraire à la nature, et l’on crut avoir abondamment fondé cette doctrine, en alléguant en sa faveur des autorités imposantes.

Toutes ces autorités humaines, opposées à Ja nature, furent liées entre elles par toutes sortes de conclusions antilogiques, et le noble art de faire des divisions, des subdivisions et des tableaux, leur donna les formes prescrites par l’école. Eh! voyez donc! le voilà achevé, cet échaffaudage artificiel nommé art médical, la chose la'plus contraire à la nature et à l’expérience qu’on ait jamais pu imaginer, un édifice uniquement

composé de mille opinions et conjectures

les plus hétérogènes, une véritable nullité dans toutes ses parties, une illusion déplorable, tout- à -fait propre à mettre en danger la vie humaine par des cures aveugles et contraires à leur but, persifflée sans cesse par les hommes les plus sages de tous les siècles, et chargée de malédictions pour ne pas être ce quelle prétend être, et ne pouvoir effectuer ce qu elle promet.

Des réflexions calmes et exemptes de préjugés nous convaincront facilement, que la vraie manière d’envisager chaque maladie, la détermination de la véritable vertu des remèdes, leur application à tout état de maladie et la dose nécessaire, en un mot, toute la vraie médecine, ne doit, ni ne peut jamais être l’ouvrage d’un raisonnement subtilisé et d’opinions trompeuses, mais que les moyens nécessaires pour cela, tant les matériaux, que les lois de leur application, ne se trouvent que dans la nature perceptible à nos sens, dans des observations attentives et religieuses, et dans des expériences aussi pures que possibles. Nous comprendrons bien, que ce n’est que dans ces sources qu’il faut puiser, en s’abstenant de tout mélange adultère d’hypothèses arbitraires, et en usant de ce zèle desintéressé, que l’on doit à une chose d’un prix si haut, que la vie des hommes.

Ou’on examine, si mes sincères efforts ont trouvé sur cette voie le véritable art de guérir.

Leipzig, vers la fin de l’année 1818.

Dr. Samuel Hahnemann.

Contenu.

Introduction.

Exemples, pris dans tous les temps, de guérisons opérées homoeopathiquement par des médecins à leur insu.

Guérisons opérées de même par des non -médecins, au moyen d’effets semblables, comme étant les plus salutaires.

Pressentimens de plusieurs médecins, que cette méthode de guérir étoit préférable k toute autre.

Texte de l’Organon.

§. 1. 2. L’unique tâche du médecin est de guérir les

maladies d’une manière prompte, douce et durable, mais non de fabriquer des systèmes théoriques et des explications vagues.

3. 4. Il faut qu’il cherche l’objet de la guérison dans une maladie donnée, et qu’il connoisse les vertus curatives des différens médicamens, afin de pouvoir les y appliquer. II faut aussi qu’il sache conserver la santé des hommes.

5. 6. Il est impossible de reconnoître les maladies aux changemens qu’elles produisent dans l’intérieur invisible du corps, mais elles peuvent fort bien être reconnues à leurs symptômes.

Note. Nullité de la cause primitive de la maladie, comme objet de la guérison.

LU

7. La maladie n’existe pour le médecin, que dans la totalité de ses symptômes.

8. Pour guérir la maladie, le médecin n’a donc qu’à faire disparoître la totalité des symptômes.

Note . Futilité de la méthode de guérir par des palliatifs, laquelle ne s’applique qu’à un seul symptôme.

9. 10. 11. Tous les symptômes étant anéantis, la maladie est également guérie dans l’intérieur du corps.

12. La totalité des symptômes lest la seule indication du remède à choisir.

13. L’altération de l’état de santé qui a lieu dans les maladies (les symptômes de la maladie) ne peut être rétablie par les médicamens, qu’en tant qu’ils ont la faculté de produire eux- mêmes des changemens dans l’homme.

14. Cette faculté des médicamens de changer l’état de santé, ne peut être observée que dans les effets qu’ils produisent sur des hommes bien portans.

15. Les symptômes de maladie, que les médicamens produisent dans l’homme en état de santé sont donc la seule chose, à laquelle nous puissions reconnoître leur faculté de guérir les maladies.

16. Si l’expérience prouve, que les maladies sont guéries de la manière la plus sure et la plus durable par des médicamens produisant des symptômes semblables à ceux de la maladie, ce seront de semblables médicamens, qu’il faudra choisir, pour opérer la guérison ; si au contraire l’expérience prouve, que les maladies sont guéries de la manière la plus certaine et la plus durable par des médicamens produisant des symptômes opposés à ceux de la maladie, ce seront des médicamens opposés, dont on devra se servir.

Note. L’usage de médicamens, dont les symptômes n’ont aucun rapport à l’état de la maladie (aux

lui

symptômes de la maladie), est la méthode coutumière condamnable (la cure allopathique).

§. 17. Des symptômes de médecine opposés à ceux de la maladie (cures antipathiques) ne peuvent non plus guérir des symptômes de maladie perséverans et chroniques.

18. 19. La seule méthode de guérir, qui reste encore, outre ces deux dernières, la méthode homoeopathique, qui emploie des médicamens produisant des symptômes semblables à ceux de la maladie, l’expérience nous apprend qu’elle est toujours salutaire.

20. Cela se fonde sur la loi naturelle des guérisons, qu’une affection dynamique dans l’homme vivant est anéantie d’une manière durable par une autre plus forte, qui lui est très -semblable et n’en diffère, que dans son essence.

21. Cela arrive aussi bien par rapport aux affections physiques, comme par rapport aux affections morales.

Note. Exemples.

22. La vertu curative des médicamens se fonde donc sur la ressemblance de leurs symptômes à ceux de la maladie.

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