‹ Organon de l'art de guérirChapitre 39 sur 52 · ER. SR · texte numérisé non relu

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tif; bien qu'il soit le produit de l’action simultanée du médicament et du principe vital, il appartient pourtant davantage à la puissance medicinale. La faculté conservatrice de l’organisme s efforce d’opposer son énergie à cette influence étrangère, et cette réaction, qui appartient à notre principe vital, ce résultat de son activité automate, est nommé l'effet secondaire ou l’effet réactif.

Il semble, que durant l’effet primitif des puissances morbifiques artificielles (médicamens) sur un corps sain, la faculté vitale joue au commencement un rôle simplement passif, comme si elle était obligée de recevoir et de souffrir les impressions de la puissance externe qui agit sur elle. Mais après il semble quelle se recueille et qu’elle oppose à l'effet primitif un autre effet, qui est le résultat de son énergie. Deux cas sont possibles ici:

a) S’il existe un état justement contraire à l’effet primitif de la puissance étrangère, la faculté vitale s'efforce toujours de le produire, et cet effort se trouve en proportion avec la force de l'inflnence morbifique ou médicinale et avec la mesure de sa propre énergie. (Effet secondaire, effet réactif.)

b) Mais partout où un tel état contraire n’existe pas dans la nature, il semble que le principe vital ne tâche qu'à effacer par une force prépondérante l'effet primitif de la puissance externe, et à mettre à sa place l’état d’indilference et de santé régulière, (Effet secondaire, effet salutaire.)

Sabots

Les exemples du premier cas ($. 60 a.), qui nous intéresse ici, se présentent aux yeux de chacun. — Une main baignee dans l’eau chaude a bien plus de chaleur au commencement que l’autre main non-baignée (effet primitif); mais après quelque temps elle devient froide et bien plus froide que l’autre (effet secondaire ou réactif). — Le grand échauffement qui provient d'un exercice violent (effet primitif), est suivi de frissons et de tressaillemens (effet réactif). — Un bras enfoncé longtemps dans l’eau la plus froide, est au commencement bien plus pâle etbien plus froid que l’autre (effet primitif), mais ensuite il devient non seulement plus chaud que l’autre, mais même très-chaud, rouge et enflammé (effet réactif !). — Après avoir pris du café fort, nous sentons une vivacité excessive (effet primitif), mais ensuite il nous reste une longue pesanteur et une forte inclination au sommeil (effet réactif), si nous ne chassons celle-ci de nouveau pour quelque temps, en prenant derechef du calé (procédé palliatif). — Apres s'être procuré un sommeil profond et engourdi par le suc de pavots (eflet primitif), on trouve d'autant moins de sommeil la nuit suivante (effet réactif). Après une constipation du ventre produite par l’opium (effet primitif), il s'ensuit une diarrhée (effet r&actif), et après l’évacuation opérée par des médicamens qui irritent les boyaux (effet primitif), il s’ensuit une obstruction pendant plusieurs jours (effet réactif). C'est ainsi que l'effet primitif de chaque médicament qui, donné en grande dose, est

capable d’alterer fortement l’état d’un corps sain, est suivi d'un état justement contraire, produit par la faculté vitale, partout où un tel état est positivement possible.

On conçoit facilement qu'après l'influence de trespetites doses de médicamens homéo pathiques un effet réactif aussi frappant ne peut être remarqué. IL est vrai, qu'il en résulte aussi de petits effets primitifs, que l’on peut observer en y faisant lattention nécessaire. Mais l'effet réactif ou secondaire que fait ensuite l'organisme, n’est pas plus fort qu'il n’est justement nécessaire pour rétablir la santé,

Ces faits incontestables, que nous offre la nature et l'expérience, nous expliquent suffisamment pourquoi le procédé homéopathique est si favorable à la guérison, et pourquoi le procédé antipathique ou palliatif ne saurait convenir à un traitement solide et durable d'une maladie continue ou chronique.

Ce n’est qu’en cas de dangers très-urgens et de maux qui ont récemment attaqué des personnes auparavant saines, p.ex. en cas d’asphyxie et de mort apparente, causée par un coup de foudre, par une suffocation, par un froid excessif, etc. etc., qu'il est permis et convenable d’exeiter avant tout lirritabilité et la sensibilité du corps, (vie physique), par un remède palliatif, p, ex. par des commotions électriques legeres, par des lavemens de cafe fort, par des odeurs excitatives, par des calefactions progressives, etc. etc. Alors la vie physique étant une fois excitée de nouveau, les organes vitaux recommencent leurs fonctions regulie-

res, comme on pouvait s’y attendre d’un corps auparavant sain. De ce nombre sont encore plusieurs antidotes ‘contre des empoisonnemens subits, p. ex. les alcalis contre des acides minéraux, le foie de soufre contre les poisons métalliques, le café, le camphre et l'ipécacuanba contre l’empoisonnement avec de l’opium, etc. etc. | |

Il ne faut pas croire qu'un remède homeopathique soit inconvenant dans un certain cas de maladie, si quelques symptômes du remède répondent antipathiquement à quelques symptômes de maladie, lorsqu'ils sont de petite ou de moyenne'importance. Ilsuffit que ceux des symptömes de la maladie, qui sont les plus forts et les plus marquans, (symptômes caractéristiques), trouvent dans le remède des symptômes semblables qui lemportent sur eux, les ‘éteignent et les anéantissent: dans ce cas le peu de symptômes opposés disparaissent d'eux-mêmes, après que le medicament a cessé d’agir, sans retarder du tout le rétablissement de la. santé.

Quant aux guerisons homéopathiques, l’expérience nous montre, que les doses extrêmement : petites que cette. méthode demande (voy. $. 273. — 281), et qui suffisent justement pour surmonter et éteindre par leurs symptômes semblables la maladie naturelle, excitent au commencement dans l’organisme une petite maladie médicinale qui continue quelque temps toute seule après que la maladie naturelle a été anéantie. Mais la dose ayant été si extremement petite, cette maladie artificielle est si legère et si passagère, que la réaction de l’organisme contre elle n’est

pas plus grande qu'il ne faut pour rétablir parfaitement la santé. Cet effort sera donc très-petit, parce que tous les symptômes de la maladie naturelle sont déjà anéantis.

Pour ce qui est du procédé antipathique ou palliatif, il arrive ici justement le contraire. IL est vrai, que le symptôme du remède que le médecin oppose ici au symptôme de la maladie, (p. ex. l’insensibilité et l’engourdissement que produit le suc de pavots dans son effet primitif, opposé à une douleur sensible), n'est pas étranger à celui-ci; tous les deux se trouvent dans une relation évidente, mais inverse. L’anéantissement du symptôme de la maladie doit être effectué ici par un symptôme médicinal contraire; mais voilà ce qui est impossible. Il est vrai, que le médicament antipathique touche justement la partie affectée de l’organisme aussi bien que le remède homeopathique; mais le premier ne fait que couvrir le symptöme de maladie et lerendre insensible pour peu de temps. En effet dans le premier moment de l'influence du palliatif, l’organisme n’a aucune sensation désagréable, ni du symptôme de la maladie, ni de celui du médicament; il parait que tous les deux se soient anéantis réciproquement, et que, pour ainsi dire, l’un ait été neutralisé d’une manière dynamique par l’autre '), p. ex. la douleur par la faculté engourdissante du suc de pavots, car dans les premières minutes l’organisme ne sent rien, ni de l’engourdissement, ni de la douleur. Mais le symptôme médicinal contraire ne peut pas occuper la place de la maladie existante dans l’organisme, comme il ar-

rive par le procédé homéopathique, où le remède excite une maladie artificielle très-semblable à la maladie naturelle et plus forte que celleci. Le médicament antipathique étant contraire à la maladie et par la tout-à-fait différent, doit la laisser non - anéantie. Ce n’est qu'au commencement de son effet qu'il rend le mal insensible et qu'il semble opérer une neutralisation dynamique !), Mais cet effet medicinal s’evanouit bientôt comme toute affection medicinale, et le remède antipathique abandonne la maladie non seulement dans l'état où elle se trouvait auparavant, mais il oblige encore l'organisme de produire un effet contraire à l'effet palliatif, (voy. $. 59 — 61), car tous les medicamens palliatifs doivent être administrés en grandes doses pour opérer un soulagement apparent. Cet état opposé est donc le contraire de l’effet primitif du remède, et par conséquent un état semblable à la maladie naturelle. Celle-ci, bien loin d’être anéantie, est donc encore renforcée et augmentée par ce nouveau mal que l'organisme y ajoute (effet réactif, qui suit le palliatif) *?). Le symptôme de maladie (et même toute la maladie) empire donc après que le palliatif a cessé d’agir, et il empire à proportion de la grandeur des doses. Plus la dose du'suc de pavots, que l’on avait donnée pour appaiser la douleur, a été grande, plus la douleur augmente au-delà de sa violence primitive, après que le remède a cessé son ef-

fet 5).

1) Dans l'organisme vivant il ne se fait point de neutralisation stable de sensations opposées, comme elle se fait par rapport à des substances de qualités chymiques op-

posées dans un laboratoire de chymie, où p. ex. l'acide sullurique et l’alcali de potasse forment en s’unissant une substance particulière, un sel neutre, qui n’est plus ni acide ni alcali, et ne se décompose pas même au feu. De telles fontes et de telles unions intimes, produisant quelque chose de stable, de neutre et d’indifférent, n’ont jamais lieu, comme je Pai déjà dit, dans nos organes sensitifs et. par rapport à des impressions d'une nature contraire. 11 y a bien une apparence de neutralisation et d'anéantissement réciproque au commencement, mais cela n’est point de durée. Un spectacle riant ue fera sêcher les larmes d’un afllige que pour peu de temps; bientôt il oublie les farces et ses larmes coulent d’autant plus abondamment.

2) Quelque clair que soit ce principe, on l’a pourtant mésentendu, disant: ,,Que le palliatif devait tout aussi bien guérir la maladie par son effet secondaire, que le remède »homéopathique par son effet primitif, car l’un et l’au- „tre était analogue au mal en question.” Mais on n’a pas pris en considération, que l'effet secondaire n’est jamais un produit du médicament, mais qu'il est toujours un résultat de la réaction de la faculté vitale; or, ce résultat étant toujours semblable au symptôme de maladie, 2 n’a pas été anéanti par le remède palliatif, il ne sert qu’à renforcer la maladie naturelle.

3) Ainsi dans une prison obscure, où le prisonnier ne pouvait reconnaître qu'avec peine les objets les plus proches, de l'esprit de vin subitement allumé répand une clarté consolante. Mais la flamme venant à s’éteindre, plus elle a été claire, plus la nuit, qui entoure le malheureux, lui paraîtra obscure, et lui laissera apercevoir encore moins qu'auparavant les objets qui l’environnent.

Resume du livre premier.

Apres tout ce que nous venons d’exposer dans

la premiere partie de cet ouvrage, on ne saurait plus

meconnaitre les verites suivantes:

L’unique objet clair de la guérison que les maladies offrent au medecin, consiste dans les souffrances du malade et dans les changemens perceptibles de son état de santé, en un mot dans la totalité des symptômes par lesquels la maladie indique le médicament propre à lui porter du secours. Mais au contraire la recherche de la cause intérieure des maladies est basée sur des hypothèses et sujette à des illusions.

L’affection de notre organisme que nous nommons maladie, ne peut être changé en état de santé que par une autre affection de l'organisme au moyen des médicamens. La vertu curative des medicamens consiste donc uniquement dans leur faculté d’alterer et de modifier la santé des hommes, c. à d. d’exciter des symptômes de maladie particuliers; et cette vertu curative peut être reconnue

de la manière la plus claire et la plus pure par des essais faits sur des hommes sains.

Des medicamens allgpathiques, c. à d. des médicamens qui produisent dans un corps sain des symptömes dissemblables et etrangers a ceux de la maladie naturelle, ne peuvent guérir celle-ci d'une manière véritable. Jamais il ne s'opère aussi une guérison par la nature dans laquelle une maladie soit anéantie par une autre survenue qui lui est dissemblable, quelque forte que soit celle-ci.

De même il est impossible, selon toutes les expériences, qu'une maladie qui a déjà duré quelque temps, puisse être guérie par un médicament qui produit dans un corps sain un symptôme artificiel contraire à un certain symptôme de la maladie naturelle. Il ne produit qu’un soulagement passager et la fait toujours empirer ensuite. Par conséquent il est tout à fait inconvenant d’employer la méthode antipathique ou palliative dans des maux anciens et importans.

5) Le troisième procédé, le seul qui soit encore pos-

sible, le procédé homéopathique, qui emploie contre la totalité des symptômes d'une maladie naturelle un médicament capable de produire dans un homme sain des symptômes artificiels aussi semblables que possible aux symptômes existans, est la seule méthode salutaire, par laquelle les maladies, qui ne sont que des altérations dynamiques de la faculté vitale, sont tou-

jours eteintes et andanties d’une maniere douce, parfaite et durable.

Aussi la nature elle-meme nous donne ici l'exemple, car en ajoutant à une maladie ancienne une maladie nouvelle qui lui est semblable, elle guérit celle-là d’une manière rapide et radicale.

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