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Chapitre II

De la méthode antipathique, comparée avec la méthode homéopathique.

La méthode antipathique (énantiopathique) ou palliative est celle, par laquelle le médecin a pu encore jusqu'à présent se donner la plus grande apparence de porter des secours au malade, et par laquelle il a pu espérer le plus certainement de gagner sa confiance, en lui procurant un amendement rapide. Mais nous allons prouver tout à l'heure, combien cette méthode est nuisible et inutile dans toute maladie, qui n'a pas une durée très-limitée. Il est vrai que, parmi tous les procédés curatifs des médecins de l’ancienne école, celui-ci est le seul qui ait un rapport direct à une partie de la maladie; mais quel rapport? Le rapport inverse, qu'on devrait éviter davantage, à moins quon ne veuille faire illusion au malade chronique.

Un médecin ordinaire qui veut procéder antipathiquement, fait attention à un seul symptôme principalement incommode, sans se soucier du grand nombre des autres accidens de la maladie. Puis il donne

cheers heine

un remède, connu pour produire justement le contraire du symptôme à détruire; car suivant la règle: „contraria contrariis”, mise en avant depuis quinze cents ans par l’ancienne école médicale, il doit attendre de ce remède le secours le plus prompt (secours palliatif). I ordonne donc de fortes doses du suc de pavots contre des douleurs de toute espèce, parce que ce médicament engourdit rapidement le sentiment. Il donne le même remède contre la diarrhée parce qu'il empeche bientôt le mouvement péristaltique du canal intestinal et le rend insensible: il le donne encore contre l’insomnie, parce qu'il cause soudainement un sommeil engourdi et stupide. Il emploie des purgatifs, si le malade souffre depuis longtemps d’obstructions et de constipations du ventre. Il fait mettre la main brülée dans l’eau froide, qui semble bannir à l'instant même, comme par un enchantement, la douleur ardente causée par la brülure. IL place le malade, qui se plaint de froid et de manque de chaleur vitale, dans des bains chauds qui le réchauffent momentanément, et à celui, qui est affaibli par une souffrance chronique, il fait boire du vin qui le ranime et le recrée aussitôt. C’est ainsi qu'il emploie encore quelques autres remèdes opposés à la maladie (remèdes antipathiques); mais outre ceux que je viens de nommer, il ne lui en reste qu'un petit nombre d’autres, parce que l’art médical ordinaire ne connaît les effets spécifiques (effets primitifs) que de peu de remèdes.

En faisant la critique de cette troisième methode d'employer les médicamens, je veux passer sur la circon-

nee

constance, que premierement elle a le defaut de ne parer qu’a un seul symptöme et par consequent à une petite partie de l’ensemble, de facon que l’on n’en peut pas en attendre du secours contre le total de la maladie, ce que le malade désire pourtant uniquement (voy. la Note $. 9.) Mais je demande seulement à l'expérience, si dans un seul cas, où l’on a fait usage de médicamens antipathiques contre un mal chronique ou continu, la souffrance que l’on avait d’abord appaisée pour peu de temps, d'une manière palliative, n’a pas empiré bientôt après ainsi que toute la maladie? Tout observateur attentif sera d’accord ici, qu'après un tel soulagement antipathique, de courte durée, il s'ensuit toujours et sans exception une augmentation du mal, quoique le médecin vulgaire veuille expliquer celle-ci d'une autre manière en lattribuant à une malignite éminente de la maladie, qui, à ce quil prétend, ne s’est manifestée qu'à présent ‘). 1) Quoique jusquà présent les médecins n’aient pas eu coutume de faire beaucoup d'observations sur les effets purs des médicamens, l'augmentation du mal qui résultait immanquablement de l’usage des palliatifs, ne pouvait pourtant pas leur échapper. Un exemple frappant de ce genre se trouve dans un écrit de J. H. Schulze, Dissertatio qua corporis humani momentanearum alterationum specimina quaedam expenduntur, Halae 1741, $. 28. — Quelque chose de semblable nous est attesté par Willis, dans sa Pharmacia rationalis, Sect. 7, Cap. 1, p. 298, où il dit: ,, Opiata „dolores atrocissimos plerumque sedant atque indolentiam pro- „eurant, eamque aliquamdiu et pro stato quodam tempore con- „tinuant, quo spatio elapso dolores mox recrudescunt et brevi ad solitam ferociam augentur.” Le même Willis dit encore dans le livre cité, p. 295: „Exaetis opii viribus illico redeunt „tormina, nec atrocıtatem suam remittunt, nisi dum ab eodem „pharmaco rursus incantantur.”

C’est ainsi que Hunter, dans son ouvrage sur les maladies

vénériennes, p. 13, dit: „Que le vin augmente l’activité dans „le corps des personnes faibles, sans leur communiquer une véritable vigueur, et que les forces s’aflaissent ensuite dans „la même proportion, dans laquelle elles avaient été excitées, „de façon que l'on ne gagne rien par là, mais que la plus grande partie des forces se perd”

Jamais. des symptômes importans d’une maladie continue n'ont été traités avec de pareils remèdes opposés et palliatifs, que le soulagement qui en résultait au commencement, n'ait été suivi peu d’heures après d'un état contraire, c'est-à-dire du retour et même de l’augmentation évidente du mal. C’est ainsi que l’on a donné du café contre une somnolence chronique, parce que le café tient éveillé par son effet primitif, mais dès que cet effet eut cessé, la somnolence augmenta. Contre un réveil fréquent pendant la nuit on a ordonné de prendre le suc de pavots qui, selon son effet primitif, produisait pendant cette nuit un sommeil engourdi et stupide, mais les nuits suivantes le sommeil était d’autant plus rare. On a aussi opposé l’opium à des diarrhées chroniques, parce qu'il constipe Île ventre par son effet primitif; mais après avoir arrete pour peu de temps la diarrhée, celle-ci devint d’autant plus forte. Ce n’est que pour peu de temps que l’on peut supprimer toute espèce de douleurs violentes et fréquentes par le suc de pavots; mais ensuite elles reviennent toujours pires et augmentent souvent à un degré insupportable. Le médecin vulgaire ne connait aucun autre remède contre une toux nocturne chronique, que lopium qui dans son effet pranitif supprime toute

irritatiou; la toux en sera peut-être appaisée la premiere nuit, mais les nuits suivantes elle deviendra plus violente, et si le medecin continue d’ordonner ce palliatif en doses graduellement augmentées, il surviendra encore de la fièvre et des sueurs nocturnes. On a täche de guérir une faiblesse de vessie et une rétention d’urine, qui en était provenue, par la teinture de cantharides, remède opposé et antipathique qui irrite les uréthères et qui opère bien au commencement une évacuation forcée des urines, mais qui ensuite rend la vessie encore moinsirritable et moins capable de se resserrer, et peut facilement. causer une paralysie de cet organe. — Par des purgatifs et de sels laxatifs, qui dans de fortes doses excitent des évacuations fréquentes des boyaux, on a cherché à bannir l’inclination chronique aux constipations du ventre, mais l'effet postérieur de ces médicamens a toujours été, que le ventre en fut d’autant plus constipé. — Le médecin vulgaire veut aussi enlever une faiblesse chronique, en faisant boire au malade du vin, qui au commencement excite les forces, mais qui les fait baisser d’autant plus par son effet secondaire. Un tel médecin veut aussi fortifier et échauffer des estomacs souffrans d’une froideur et d’une faiblesse chronique, en administrant au malade des épiceries Echauffantes, mais ces palliatifs rendent l'estomac encore bien plus inactif par leur effet postérieur. On a prétendu de même que le manque de chaleur vitale et les frissons devaient cèder aux bains chauds, mais les malades en deviennent ensuite encore plus débiles et plus en-

clins aux frissons qu'ils ne l’etaient auparavant. — Des parties fortement brûlées éprouvent un soulagement momentane par l'application de l’eau froide, mais bientôt après la douleur de la brülure augmente d’une manière incroyable, Yinflammation fait des progrès et s'élève à un degré d’autant plus haut. (Voyez YIntroduction, Chap. IL, vers la fin.) — On veut guérir un enchifrenement invétéré par des sternutatoires qui excitent les sécrétions morveuses, mais On ne s'aperçoit pas que ce mal empire par l'effet secondaire de ce remède, et que par conséquent le nez devient toujours plus obstrué. — Moyennant l’électricité et le galvanisme, puissances qui irritent fortement les muscles par leur effet primitif, on a mis subitement en un mouvement plus actif des membres affaiblis depuis longtemps et presque paralysés; mais la suite (l'effet postérieur) en fut l’anéantissement de toute irritabilité des muscles et une paralysie complète. — On voulut faire cesser par des saignées une affluence chronique du sang vers la tête, mais il s’ensuivit toujours un plus grand bouillonnement du sang. — Un appésantissement paralytique des organes du corps et de l’esprit, joint à un manque de mémoire, sont des symptômes prédominans dans plusieurs espèces de typhus; l’art médical ordinaire ne connait point de meilleur remède contre ce mal que de grandes doses de valériane, parce qu'on prétend que celle-ci est un des meilleurs remèdes excitatifs et propres à donner de la mobilité Mais il a échappé à cette école, que l'effet mentionné de la valériane n'est que son effet primitif, et que l'organisme re-

tombe certainement peu après par l'effet secondaire (effet réactif) dans un engourdissement et dans une immobilité d'autant plus grande, c. à d. dans une véritable paralysie des organes du corps et de l’esprit, qui peut même finir par la mort; elle ne vit pas, dis-je, que ce furent justement les malades, que l’on avait nourris le plus copieusement de valériane, qui moururent le plus fréquemment de tous. — En un mot, la fausse théorie ne vit pas, combien de fois l'effet secondaire des remèdes antipathiques augmenta le mal ou amena encore quelque chose de pire, mais l'expérience nous en donne des preuves effrayantes.

Quand ces suites fächeuses de l'usage antipathique des médicamens viennent à se manifester, le médecin ordinaire croit trouver un expédient en donnant une dose plus forte chaque fois que le mal empire de nouveau, Mais il ne s'ensuit qu'un soulagement de courte durée, et quand il devient nécessaire d'augmenter toujours le palliatif de degré en degré, il excite un autre mal plus grand, ou il met la vie en péril et peut même causer la mort, mais jamais il n’amène la guérison d'une maladie longue ou invétérée.

Si les médecins avaient réfléchi sur des suites aussi tristes de l'application ‘des remèdes antipathiques, ils auraient trouvé depuis longtemps la grande vérité, que c'est justement dans le procédé apposé de ce traitement antipathique, qu'il faut chercher Ja manière de guérir réelle et durable; ils auraient compris, qu'ainsi qu'un effet médicinal contraire aux

symptômes de la maladie (remède antipathique), ne procure quun soulagement de courte durée, après lequel s'ensuit toujours une augmentation du mal, de même le procédé opposé de celui-ci, c. à d. l'application homéopathique des médicamens, qui se fait selon la ressemblance des symptômes, doit procurer une guérison durable et parfaite, Mais malgré cela, malgré le fait, qu'aucun médecin n’a jamais effectué une guérison durable et complète dans des maladies anciennes et invétérées, s’il ne se trouvait dans sa recette un remède homéopathique prédominant, (voy. l’Introduct., Chap. IL), malgré la circonstance que toute guérison rapide et parfaite, opérée par la nature elle-même, a toujours été effectuée par une nouvelle maladie semblable, survenue à l’ancienne, malgré tout cela, dis-je, ils ne trouvèrent pas dans une aussi longue serie de plusieurs’ siècles la loi salutaire de l’'homéopathie, & 58.

La cause de ces suites pernicieuses du procédé palliatif ou antipathique d'un côté et du succès salutaire du procédé homéopathique de l’autre, se trouve expliquée par les resultats suivans, que j'ai tirés d’une quantité d'observations, Personne ne les a trouvés avant moi, quoiqu'ils fussent placés assez près et quoiqu'ils soient d’une aussi grande clarté que d’une importance infinie pour l'art de guérir.

Chaque médicament, ainsi que toute puissance qui influe sur nos facultés vitales, altère et modifie ces dernières, et produit un changement dans l’état de santé qui peut être d’une durée ou plus longue ou plus courte, On nomme ce changement l’effet primi-

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