Chapitre I
Division générale des maladies.
Be maladies des hommes sont ou aiguës ou chroniques. Les maladies aiguës sont des affections subites de la faculté vitale, qui ont une durée limitée, plus ou moins courte. Les maladies chroniques sont celles, qui après un commencement petit et souvent peu remarqué, occupent insensiblement l’organisme (chacune d’une manière particulière), et l’eloignent toujours davantage de l’état régulier, tandis que la faculté vitale ne leur oppose qu’une résistance imparfaite, deplacée et inutile, (soit dans leur commencement, soit dans leurs progrès), et qu’elle ne peut jamais les anéantir par sa propre énergie, mais quelle doit souffrir leur augmentation jusqu’à la destruction de lorganisme; ces maladies naissent d’un miasme chronique. $. 69. |
Les maladies aiguës sont ou des cas singuliers,
ou des maladies sporadiques, ou des épidé-
mies. — Les maladies aiguës singulières sont cel- 10*
les, qui n’atftaquent qu'un individu et qui ont été provoquées par des influences nuisibles particulieres auxquelles cet individu a été spécialement exposé. La débauche dans les jouissances de la vie, la privation des choses nécessaires à la nourriture et à l'existence du corps, les impressions physiques violentes, le refroidissement, l’échauffement extreme, les fatigues, les affections psychiques etc. etc., sont les occasions fréquentes de pareilles fièvres aiguës; mais très-souvent elles ne sont que des effervescences subites et passagères d’une psore cachée, qui retombe dans son état de sommeil, quand les maladies aiguës n'étaient pas trop violentes et quand elles furent bientôt guéries. — Les maladies aiguës sporadiques affectent plusieurs hommes à la fois, cà et là, et proviennent d’influences nuisibles météoriques ou telluriques, dont plusieurs hommes sont susceptibles d'être irrités dans ce temps. — Les maladies aiguës épidémiques, qui avoisinent les maladies sporadiques, sont celles qui, provenant d’une cause semblable, attaquent une grande quantité de personnes à la fois, et qui, si la masse des individus exposés à la puissance morbifique se trouve réunie dans un espace relativement étroit, deviennent pour l’ordinaire contagieuses. Ces fièvres épidémiques ont ou une nature particulière !), qui ne convient qu'à cette épidémie, ou ce sont des fièvres à miasme spécifique qui retournent toujours sous la même forme. Quant aux épidémies de la première espèce, les désastres de la guerre, les inondations et la famine constituent souvent leurs causes excitatrices; toutes les personnes qui en souffrent, offrent des maladies homogènes, qui, abandonnées à elles-mêmes, se
terminent dans un espace de temps modique ou par la mort ou par la convalescence. Quant aux fievres epidemiques de la seconde espèce, qui sont connues sous des noms certains, ce sont des miasmes aiguës qui n'attaquent l’homme qu'une seule fois dans sa vie, tels que la petite vérole, la rougeole, la coqueluche, la fièvre scarlatine lisse de Sydenham ?), Yangine des glandes parolides, etc. etc., ou bien ce sont des fievres miasmatiques qui ont coutume de retourner sous une forme assez semblable, mais qui peuvent affecter l’homme plus d'une fois dans sa vie, telles que la peste du Levant, la fievre jaune de certaines côtes maritimes, la cholera-morbus des Indes orientales, etc. etc. |
1) Voilà pourquoi un médecin, libre de préjugés, ne doit pas se permettre ici des traitemens stables et toujours égales d'après de certains noms pathologiques, tels que la fièvre nerveuse, la fièvre bilieuse, la fièvre putride, la fièvre pituiteuse, etc. eic.
2) Après l’année 1801 nos contrées furent visitées d’une fièvre miliaire pourprée que les médecins prirent pour la véritable fièvre scarlatine, quoique celle-ci diffère beaucoup dans ses symptômes de celle-là, et que la scarlatine trouve son remède et son préservatif dans la belladonne, la fièvre miliaire pourprée de Pautre côté dans l’aconit; la scarlatine ne se montrait jamais qu'épidémique, mais l’autre maladie n’était dans la règle que sporadique. Il semble que dans les dernières années ces deux maladies se sont combinées en une nouvelle fièvre exanthémathique, contre laquelle ni la belladonne ni Faconit ne se montre plus comme le remède homéopathique exacte et spécifique.
Observation du traducteur.
La nouvelle théorie de l’auteur sur la nature des maladies chroniques diffère sous plusieurs rapports de celle qu'il nous a donnée dans les éditions précédentes de lPOr-
ganon. Trouvant que lune et l’antre théorie offre des points de vue intéressans, nous jugeons à propos d'extraire ici de notre première traduction française les paragraphes qui concernent cet objet.
($. 84 de notre premiere traduction de 1824.)
„Excepte ce peu de maladies qni s’engendrent par un „miasıne speeifique et stable, ou qui naissent d’une puis- „sance nuisible toujours égale, toutes les autres maladies, vices et cachexies innombrables forment dans tous les cas „un mal-être propre et particulier, parce qu’elles naissent »dun concours de causes et de puissances hétérogènes qui „diflerent extrêmement par rapport à leur nombre, à leur „force, et à leur qualité.”
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($. 85 de. la première traduction.)
„Car quelle quantité innombrable n’y a-t-il pas de Choses malsaines et de puissances morbifiques! Toutes „les choses qui peuvent avoir quelques effets altérans (cho- „ses dont le nombre est infini), peuvent influer sur notre „organisme qui se trouve en rapport avec toutes les par- „ties de l'univers, et peuvent produire en lui des chan- „gemens. Or, chacune de ces choses étant différente des autres, le changement qu’elle produira le sera aussi par „rapport aux changemens que produisent les autres.”
($. 86 de la première traduction.)
„Quelle grande diversité, oui, quelle diversité infinie „doit done exister dans les maladies, ec. à d. dans les ef- „fets de l’influence de ces innombrables puissances enne- „mies, selon que celles-ci agissent séparément, ou en plus „grand ou en plus petit nombre sur notre santé, selon la „succession dans laquelle elles nous affectent et selon la “différence de leur qualité et de leur force, vu surtout que „les constitutions des hommes sont variées à l'infini, et „que par conséquent les effets des innombrables insalubri-
„tes externes doivent se manifester en elles sous des for- „mes infiniment diverses ')!”
1) ,,Voici quelques exemples de pareilles influences qui „pröparent ou engendrent des maladies: La quantité innom- „brable d’exhalaisons plus ou moins nuisibles qui sortent des substances inanimées ou organiques; — les diverses espèces „de gaz, (répandues en partie dans l'atmosphère, dans nos at- „teliers et dans nos demeures, ou émanans de la terre, de „Peau, de plusieurs plantes et animaux) qui exercent sur nos „nerfs les irritations les plus variées et les plus destructives; »— le manque d’air pur et libre qui sert à la respiration et „qui est une nourriture absolument nécessaire à notre principe „vital; — l'excès ou le défaut de la lumière du soleil; — lex- „ces ou le manque de matière électrique; — la différente force „de gravité de l'atmosphère, son humidité ou sa sécheresse; »— les propriétés particulières et les effets nuisibles des con- „trees montagneuses très-élevées et des lieux ou des vallées extrêmement basses; — les propriétés du climat dans les „pays de plaine, ou des deserts prives de végétaux et d’eau, „ou des contrées situées au bord de la mer, ou près de mon- „tagnes, de forêts, ou exposées à tel et tel vent; — les pro- „prietes des endroits situés sur un sol calcaire ou crayonneux, „sablonneux ou marécageux; — l'influence d’un temps trop va- „riable ou trop fixe; l'influence des tempêtes et de plusieurs „met£ores; — la trop grande chaleur ou froideur de Pair; — „le défaut des vêtemens nécessaires, ou l’exc&s de chaleur ar- „tificielle dans nos habits et dans nos demeures; — la com- „pression de quelques parties du corps par différentes parties „de Phabillement; — le trop haut degre de chaleur ou de froi- „deur de nos alimens et de nos boissons; — Pusage immodéré „du sucre ou du sel; — les qualités médicinales et nuisibles „que possèdent plusieurs boissons et alimens, comme p. ex. »leau de vie, la bière mêlée d’herbes narcotiques, le café, le „the, les herbes aromatiques indigènes et exotiques, ainsi que „des alimens, des sauces, des liqueurs, du chocolat et des pä- „tisseries qui en sont assaisonnées, enfin quelques légumes et „la chair de quelques animaux; les qualités médicinales et nui- „sibles que les alimens et les boissons reçoivent souvent par »la négligence dans leur préparation, par la corruption, ou par
»ladultération, comme p. ex. du pain qui a mal fermenté, ou „qui na été qu'à demi cuit, ou qui a été préparé de farine » corrompue, des viandes et des végétaux à demi cuits ou d’au- „tres nourritures diversement gatées, pourries et moisies, des »boissons et des alimens apprêtés ou conservés dans des va- „ses de métal, des vins composés et empoisonnés, du vinaigre »mêlé de substances caustiques, de la chair d'animaux malades, „de la farine falsifice avec du plâtre, du blé mêlé de substan- »ces nuisibles, des légumes confondues par malice, par igno- „rance ou par indigence avec des végétaux pernicicux; — la » Malpropreté du corps, des vêtemens et de la demeure; — la „respiration de vapeurs nuisibles dans des chambres de mala- „des; la respiration de la poussière et des vapeurs des mines, „des bocards, des grilles et des fonderies; — la poussière que „rendent diverses substances nuisibles et qui sortent de diffe- »rentes matières qui font l’objet du travail des autres fabriques „et métiers; — la négligence de la police par rapport à plu- „sieurs institutions servant au salut public; — la tension trop „violente des forces physiques, l'effort trop subit ou trop grand „que lon fait avec quelques parties du corps ou avec quelques » Organes des sens; — plusieurs situations et positions contraintes „que les hommes sont obligés de prendre dans plusieurs tra. „vaux;5 — l’omission de l'usage de quelques membres ou lin- »activité du corps entier; des heures irrégulières du sommeil, » l'excès ou le mangue du sommeil pendant la nuit, des heures „inconvenantes pour le travail et pour les repas; — les efforts „que causent les travaux de l'esprit en général, et principale- „ment ceux qui nous répugnent et auxquels nous sommes con- „traints, on ceux qui fatiguent une faculté de lame exclusive- „ment; — des passions violentes et révoltantes, comme la co- „lere, la frayeur, le dépit, le chagrin, la crainte, les remords „de la conscience; des passions énervantes entretenues par des „liaisons voluptueuses et des livres lascils; — une éducation „immorale, des habitudes pernicieuses, ete. etc.”
„De là vient le nombre infini de maux hétérogènes „tant du corps que de l’ame, qui sont si différens les uns
„des autres, que, pour parler strietement, chaque cas de „maladie ne se montre qu’une seule fois, et que, „(si l’on excepte ce peu de maux qui naissent d’un miasme „toujours homogene ou de la même cause), tout malade „souffre d'une maladie particulière qui ne peut recevoir aucun nom fixe et qui n’a encore jamais exislé de la „meme manière que dans le cas présent, dans cet individu „et dans les circonstances actuelles, ni ne reviendra ja- „mais exactement la même.”
Fe ($. 88.)
„Or, la nature elle-même ne produisant pas les ma- „ladies sous des formes aussi égales, telles qu'elles se trou- „vent faconnees dans les manuels de pathologie, mais les „laissant naître chacune différente de l’autre, c. à d. avec „une individualité propre, il est impossible qu’un véritable „art de guérir puisse exister sans traiter chaque maladie »dune manière particulière, (individualisation), ec. à d. „sans que le médecin regarde chaque cas de maladie comme „un cas singulier et le considère sous tous ses rapports in- „dividuels tel qu'il est en effet.”
Apres ce paragraphe suit le détail de l'examen des maladies qui est le même dans la dernière édition que dans les précédentes. Nous allons done continuer à présent notre nouvelle traduction. — Les six paragraphes suivans ($. 70 Jusqu'à 75) contiendront la nouvelle théorie de Hahnemann sur l’origine des maladies chroniques.
On se sert d’un terme impropre, quand on donne le nom de maladies chroniques aux maux dont souffrent des hommes continuellement exposés à des in-
fluences nuisibles, p. ex. ceux qui habitent dans des contrées malsaines, ou qui se livrent à des travaux immodérés du corps ou de l'esprit, ou qui manquent de mouvement et d'air libre, ou qui ont des chagrins fréquens, ou qui font usage d’alimens et de boissons pernicieuses, etc. Les cachexies et les souffrances qui proviennent de ces influences nuisibles, sont gueries quand on éloigne pour toujours du malade les causes excitatrices de sa maladie, à moins qu’un miasme chronique ne soit caché dans son corps.
Sal:
Les maladies chroniques veritables sont celles qui se fondent sur un miasme chronique, et qui, malgré la meilleur diète physique et psychique, vont toujours en croissant et tourmentent le malade jusqu’à la fin de ses jours, si elles ne sont pas guéries par des remèdes spécifiques. Voilà les ennemies les plus nombreux et les plus terribles du genre humain, car ni la constitution du corps la plus robuste, ni le régime le plus parfait, ni la faculté vitale la plus énergique ne peut les anéantir.
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On n’a connu jusqu’a present que la syphilis comme une telle maladie chronique miasmatique, qui, abandonnée à elle-même, ne s'éteint qu'avec la mort de l'individu souffrant. — Une autre maladie de ce genre est la sycosis (maladie aux fics), que l’on a cru guérir jusqu'alors en détruisant les excroissances cutanées, sans s’apercevoir que la cachexie générale continuait d’exister.
Le troisième miasme chronique, et le plus impor-
tant de tous est la psore, qui a pour signe caracté-
ristique externe un exanthème particulier, produisant une démangeaison insupportable, voluptueuse, (et ayant un odeur spécifique), tandis que la Syphilis se distingue par le chancre vénérien, et la Sycosis par ses excroissances crépues et semblables aux chou-fleurs; tous ces symptômes caractéristiques ne se montrent qu'après la perfection de l'infection intérieure de l'organisme. — La psore est la seule et véritable cause originaire et excitatrice de toutes les autres innombrables formes de maladies chroniques, qui figurent dans les systèmes de Pathologie comme des espèces certaines et définies; telles que la faiblesse des nerfs, l’hystérie, lhypocondrie, la manie, la mélancolie, la rage, l’epilepsie et les crampes de toute espèce, le rachitis, la scoliosis et la kyphosis, la carie, le cancer, le fongus, la goutte, les hemorrhoides, la jaunisse, les hémorrhagies du nez, de l’estomac, de la matrice etc. l'asthme et la suppuration des poumons, lVimpuissance et la stérilité, la migraine, la cataracte et la goutte sereine, la surdité, le calcul rénal, les paralysies, les défauts des sens et les douleurs de differens genres, etc. etc. |).
1) I m'a fallu douze ans pour approfondir cette grande vérité, et pour découvrir les remèdes propres à combattre la plupart des formes de la psore, cette hydre à mille têtes! Les expériences que j'ai faites sous ce rapport, sont deposées dans mon ouvrage: „Les maladies chroniques,” Dresde chez Arnold,.1828 en 3 Volumes. — Avant d'être venu au clair avec cette nouvelle doctrine, j'ai enseigné qu'il fallait regarder chaque maladie chronique comme un cas individuel, et la combattre avec un ou plusieurs des médicamens, éprouvés jusqu’alors d’après leurs effets purs et primitifs. ‚En effet on a fait d'assez belles cures en suivant ce principe, et l’humanité souf-
frante se réjouissait de cette richesse de puissances salutaires que possédait le nouvel art de guérir. Mais nous en sommes bien plus loin à présent, que j'ai découvert les remèdes véritablement spécifiques des maladies chroniques qui naissent de la psore, remèdes qui conviennent bien plus homéopathiquement à ces souffrances, que les autres médicamens, et que j'ai donc nommé remèdes antipsoriques. dJ’ai en même temps enseigné dans le livre susdit, comment il faut préparer ces nouveaux médicamens. C’est parmi eux que le médecin qui traite une maladie psorique, doit choisir celui qui offre la plus grande similitude des symptômes avec ceux du cas à guérir.
Ce miasme infectant, qui date de la plus haute antiquité, et qui a passé par quelques centaines de génération et par plusieurs millions d'organismes humains, a atteint un degré de perfection incroyable et s’est développé sous d'innombrables formes de maladies. Ajoutons encore à cette diversité infinie des constitutions des hommes, la diversité également infinie des influences nuisibles !) qui opèrent sur eux, et nous ne nous étonnerons plus de la variété des souffrances, corruptions et vices qui proviennent de la psore, et qui sont cités dans la pathologie comme des maladies stables ?) sous des noms particuliers.
1) Quelques-unes de ces influences nuisibles qui donnent une modification particulière à la cachexie psorique, dérivent évidemment du climat et des qualités physiques du domicile, de la diversité de l'éducation physique et psychique, de la eulture negligée ou trop raffinée des hommes, de l'abus qu’on fait
des facultés du corps et de l'esprit, des défauts dans la diète, des passions, des différens moeurs, usages et coutumes des hommes.
2) Comhien de noms abusifs n’y a-t-il dans la pathologie, sous lesquels on embrasse des maladies extrêmement différentes qui souvent ne se ressemblent que par un seul symptôme, comme: la fièvre froide, la jaunisse, l'hydropisie, la phthisie, la leucorrhoë, les hémorrhoïdes, le rhumatisme, l’apoplexie, les
crampes, l’hystérie, ’hypocondrie, la mélancolie, la manie, l’angine, la paralysie, etc. etc., maladies que l’on prétend être stables, et que lon traite à cause de leur nom toujours sur le même modèle. Comment peut-on justifier par un tel nom un traitement médical homogene? Or, si la cure ne peut pas toujours être la même, pourquoi se sert-on du nom identique qui suppose égalité de cure? „Nihil sane in artem medicam pesti- „ferum magis unquam irrepsit malum, quam generalia quaedam „nomina morbis imponere iisque aptare velle generalem quan- „dam medicinam.” C’est ainsi que nous parle Huxham, médecin aussi rempli de lumiere que respectable par la delicatesse de sa conscience. (Voyez Huxhamii Opera phys. medic. Tom. I.) Aussi Fritze, dans ses Annales, I. p. 80, se plaint: „Que l’on donne le même nom à des maladies essentiellement „dillerentes.”
Meme ces sortes de maladies populaires, qui se propagent vraisemblablement dans chaque épidemie particulière par un miasme spécifique, reçoivent de l’école médicale des noms certains, comme si elles étaient des maladies stables qui reviennent toujours sous la même forme. C’est ainsi que l’on parle d’une fièvre des hôpitaux, d’une fièvre des prisons, d’une fièvre des camps, d’uue fièvre bilieuse, d’une fièvre nerveuse, d'une fièvre pituiteuse, etc. etc., comme si l'apparition épidémique de ces fièvres n’était pas une nouvelle maladie, qui na encore jamais existé sous les mêmes rapports, et aui diffère beaucoup de toutes les épidémies précédentes, tant à l’égard de son cours que de ses symptômes les plus marquans. Il faudrait heurter toute exactitude logique pour donner à ces maladies épidémiques un de ces noms introduits par la pathologie et pour règler un traitement médical d’après un nom si abusif. L’honnête Sydenham a été le seul qui ait compris cette vérité, car il insiste sur ce que l’on ne doit jamais prendre une maladie épidémique pour la même qui s’est déjà montrée une fois, et que l’on ne doit pas la traiter selon la méthode déjà employée dans une précédente, toutes ces épidémies successives étant différentes l’une de l’autre. Voyez Sydenhamii Opera, Cap. 2, de morbis epidemicis, p. 43, où il dit: ,, Ani- „mum admiratione percellit, quam discolor et sui plane dissi- „milis morborum epidemicorum facies; quae tam aperta horum
„morborum diversitas, tum propriis ac sibi peculiaribus sym- „ptomatibus, tum etiam medendi ratione, quam hi ab illis dis- „parem sibi vindicant, satis illucescit. Ex quibus constat, mor- „bos epidemicos, aut externa quatantenus specie et symptoma- „tibus aliquot utrisque pariter convenire paullo incautioribus »Videantur, re tamen ipsa, si bene adverteris animum, alienae „esse admodum indolis et distare ut aera lupinis.”
Il est clair par tout ceci, que ces noms inutiles et abusifs des maladies ne doivent avoir aucune influence sur la méthode de guérir que suit un véritable médecin. 1 sait qu’il ne doit pas juger et guérir les maladies d’après la ressemblance vague du nom d’un seul symptôme d’une maladie avec celui d’une autre, mais d’après la totalité des signes de l’état individuel de chaque malade. Il sait qu'il doit rechercher exactement les maux de celui-ci, mais non pas les présumer en se formant des hypothèses.
Si lon croit néanmoins avoir quelquefois besoin de certains noms de maladies pour se faire entendre des laïques par peu de mots, il ne faut s’en servir que comme de noms collectifs. Que l’on dise donc par exemple: Le malade a une espèce de fièvre nerveuse, il a une espèce de mal de St. Guy, il a une espèce d’hydropisie, il a une espèce de fièvre froide, etc.; mais que l’on se garde bien de dire: il a le mal de St. Guy, il a l’hydropisie, il a la fièvre nerveuse, il a la fièvre froide, etc. comme il n’y a point de maladies stables et toujours homogènes qui méritent ces noms ou d’autres semblables. Ce n’est qu’ainsi qu’on fera cesser l'illusion produite par ces noms.
Quoique la découverte de la psore comme d’une grande source des maladies chroniques, nous ait fait avancer de quelques pas dans la connaissance de la nature d’une grande partie des maladies, et quoique nous puissions trouver à présent avec plus de facilité les remèdes spécifiques des maladies qui se fondent sur le miasme susdit, il reste néanmoins un devoir indispensable du médecin homéopathique, qu'il recherche
exactement dans chaque maladie psorique quels sont les symptömes et les particularites du cas en question, afin qu'il trouve l'indication certaine du médicament convenable. Car ni une maladie aiguë ni une maladie chronique quelconque ne saurait être guérie d’une manière véritable et solide, sans rechercher rigoureusement tous ses signes et accidens, c. à d. sans individualiser scrupuleusement le cas à guérir. La seule différence qu'il y a entre l’investigation des maladies aiguës et celle des maladies chroniques, consiste en ce qu'il faut moins de temps, de peines et de demandes !) pour tracer le tableau exacte d’une maladie aiguë. Car ici les symptômes principaux sont bien plus marquans et plus perceptibles que dans les maladies chroniques qui souvent ont fait des progrès insensibles pendant plusieurs années et où la recherche de tous les phénomenes et de toutes les souffrances est bien plus
difficile.
1) Les règles qui seront données dans les paragraphes suivans, ne regardent donc qu'en partie les maladies aiguës.