Chapitre IT
Examen des maladies.
Je vais exposer à present les instructions générales sur l'examen des maladies; le médecin qui fait la recherche d’une maladie donnée, ne fera usage que de celles qui la regarde. Il est essentiel, que le médecin ait un esprit non-prévenu, des sens intègres, de
l'attention en observant et de la fidélité en notant le tableau de la maladie. | 8.77.
Le malade fait le récit de ses incommodites; les personnes de la famille racontent de quoi il s’est plaint, comment il s’est eomporte et ce qu’elles ont remarque en lui; le médecin voit, entend et observe avec ses autres .sens tous les phénomènes, signes et accidens extraordinaires. Il note le récit du malade et des personnes qui l'entourent, en conservant exactement leurs expressions. S'il est possible, il les laisse tranquillement achever sans les interrompre, à moins qu’elles ne fassent des digressions inutiles; car chaque interruption trouble la série des pensées de ceux qui font une narration, et tout ne leur rentre pas dans la mémoire justement comme ils voulaient le dire d’abord. Il faut seulement qu'il les exhorte des le commencement à parler lentement, afin quil puisse suivre leur récit en écrivant.
Se #78}
A chaque nouvelle circonstance que le malade ou les personnes de la famille rapportent, le médecin commence une nouvelle ligne, afin que tous les symptômes soient écrits l’un sous l’autre séparément. Cest ainsi qu'il pourra suppléer à tout symptôme qu’on lui aurait rapporté d'abord avec trop d'incertitude, mais plus clairement par la suite.
St 79:
Quand les personnes susdites ont achevé ce qu'elles voulaient dire d’elles-mêmes, le médecin ajoute à chaque symptôme des définitions plus exactes, sur lesquelles il s’informe de la manière suivante. Il rélit tout ce qu'on lui a rapporté et fait des questions à
l'égard
Bi. Se
l'égard de chaque symptôme en particulier. Par exemple: En quel temps cet accident a-t-il eu lieu? Etait-ce avant l'usage des remèdes que le malade a pris jusqu'à présent, ou était-ce du temps quil les prenait encore, ou quelque temps après qu'il eut cessé de les prendre? Quelle douleur, quelle sensation s’est manifestée en telle partie du corps, si vous voulez la décrire exactement? En quelle place était-ce au juste? La douleur avait-elle des interruptions, et se faisaitelle sentir séparément et en différens temps, ou durait-elle continuellement et sans relàche? Combien de temps a-t-elle duré? A quelle époque de la journée ou de la nuit, et dans quelle position du corps était-elle la plus forte, et quand a-t-elle cessé touta-fait? Comment cet accident, comment cette circonstance était-elle conditionnée, si vous voulez la décrire avec clarté?
C’est ainsi que le médecin engage le malade à lui définir avec plus de précision tous les indices qu’on lui a donnés, sans cependant préparer jamais par sa question la réponse suivante, de facon que le malade n'ait à répondre que par un oui ou un non’). Car sans cela celui-ci est induit d'affirmer quelque chose qui n’est pas du tout vrai, ou qui n’est qu'à demi vrai, ou qui existe autrement, ou bien on le met dans le cas de nier quelque chose qui est vrai, seulement par indolence ou pour faire plaisir au médecin. Or, il est clair, que ces fausses réponses donnant un faux tableau de la maladie, il s’ensuivra une cure inconvenante.
1) P. ex. le médecin ne doit pas demander: „Est-ce que
„telle ou telle eirconstance n’est pas presente?” Car de pa-
reilles demandes sont des suggestions, qui engagent le malade à donner de fausses réponses et à rapporter de faux indices.
Si le médecin trouve, que dans cette relation volontaire il n'a pas élé fait mention de plusieurs parties ou de plusieurs fonctions du corps, il demande s'il n’y a pas encore quelque chose à remarquer par rapport à ces parties et à ces fonctions, mais il se sert seulement d'expressions générales, afin que le rapporteur soit obligé lui-même de se déclarer spécialement là-dessus !).
1) Par exemple: Comment est la selle? Comment est l'urine? Comment est le sommeil pendant le jour ou pendant la nuit? -Quel est l'humeur du malade? Comment est la soif? Quel goût a-t-il dans la bouche? Quels alimens et quelles boissons prend-il le plus volontiers, et quels sont ceux qui lui répugnent? Sent-il le goût ordinaire de chaque aliment et de chaque boisson, ou bien leur trouve-t-il un goût étranger? Comment se sent-il après avoir bu et mangé? Y-a-t-il quelque chose à remarquer par rapport à la tête, aux membres, ou au ventre?
Sue
Quand le malade, (car c'est à celui-ci qu'il faut ajouter le plus de foi à l'égard de ses sensations, excepte dans des maladies simulées), a donné par ses relations les renseignemens nécessaires au médecin et qu'il lui a assez bien complété le tableau de la maladie, il est permis à celui-ci de faire des questions plus spéciales !).
1) Par exemple: Combien de fois le malade a-t-il évacué? De quelle qualité était la selle? La selle blanchätre était-elle véritablement fécale ou plutôt glaireuse? L’evacuation des excrémens était-elle accompagnée de douleurs ou non ? Quelles étaient ces douleurs et en quel endroit se faisaient-elles
- sentir? Le malade a-t-il vomi, et quoi? Est-ce que le mau-
vais goût que le malade a dans la bouche, est putride, ou goût avant, après ou pendant qu'il mangeait et buvait? A quel épo-
amer, ou aigre, ou quel est-il? Est-ce qu'il a eu ce
que du jour avait-il principalement ce goût? De quel goût sont ses renvois? L’urine dépose-t-elle après quelque temps, ou est-elle trouble tout de suite après que le malade la lächée? De quelle couleur est-elle lorsqu'elle vient d’être lâchée? De quelle couleur est le dépôt de lurine? Comment le malade se comporte-t-il pendant qu'il dort? Se lamente-t-il, gémit-il, parle-t-il, ou erie-t-il pendant le sommeil? Rouflet-il en aspirant ou en expirant Pair? Est-il conché uniquement sur le dos, ou sur quel côté? Se couvre-t-il bien luiméme, ou ne souffre-t-il pas qu'on le couvre? S’éveille-t-il facilement, ou dort-il profondément? Combien de fois telle ou telle incommodité se manifeste-t-elle, et à quelle occasion vient-elle? Est-ce quand le malade est assis, ou quand il est couché, ou quand il se tient debout, ou quand il se meut? Vient-elle seulement quand il est encore à jeun, ou seulement le soir, ou seulement après le repas, ou à quel autre temps pour l’ordinaire? — Quand le frissonnement vient-il? Est-ce seulement la sensation du frissonnement, ou bien le malade est-il effectivement froid en même temps? A quelles parties du corps se sent-il froid? Le corps est-il peut-être chaud tandis que le malade éprouve la sensation du frisson? Est-ce seulement la sensation du froid sans frissonnement? Le malade a-t-il chaud, sans avoir de la rougeur au visage? Quelles parties du corps sont chaudes au toucher? Se plaint-il peut-être de chaleur, sans être chaud au toucher? Combien de temps dure le frisson, et combien de temps dure la cha-
leur? — Quand est-ce que la soif a lieu? Est-ce pendant le frisson, ou pendant la chaleur? ou avant, ou après? Le malade a-t-il une grande soif et que veut-il boire? — Quand
est-ce que vient la sueur? Est-ce vers le commencement ou vers la fin de la chaleur, ou combien d'heures après celle-ci? Est-ce pendant que le malade dort, ou pendant qu’il est éveillé? La sueur est-elle considérable? Est-elle chaude ou froide? En quelles parties du corps a-t-elle lieu, et quelle est son odeur? — De quoi le malade se plaint-il durant ou après
Hi”
le frisson, durant ou apres la chaleur, durant ou apres la sueur?
Apres que le médecin a fini de mettre par écrit les réponses à toutes ces questions, il note encore ce qu'il observe lui-même dans le malade '), et il demande, si l’une ou l’autre de ces choses, qu’il vient de remarquer, était déjà propre au malade du temps qu'il se portait encore bien?
1) Par exemple: Comment le malade se comporte lors de la visite du médecin? S'il est de mauvaise humeur ou quérelleur, s’il fait tout à la hâte, s’il a envie de pleurer, s’il est craintif et désespéré, ou calme et rassuré, etc. S'il est assoupi ou si en général il ne peut rappeler ses idées? S'il est enroué, s’il parle très-bas, s’il dit des choses déplacées? Quelle est la couleur du visage et des yeux? Comment sont conditionnées la langue, la respiration, l’haleine et l’ouie? Combien les pupilles sont-elles resserrées ou dilatées, et avec quelle rapidité et jusqu'à quel point changent-elles dans la clarté ou dans l’obscurité? Dans quel état se trouvent le pouls et le bas-ventre? De combien la peau est-elle moite ou sêche, chaude ou froide, en telles et telles parties du corps, ou sur le corps entier? Si le malade est couché la tête penchée en arrière, la bouche à demi ou tout-à-fait ouverte, les bras croises par dessus la tête, ou bien s’il est couché sur le dos, ou dans quel autre attitude? Avec quel effort il se lève? etc. etc. En un mot le médecin note tout ce qu'il a observé de marquant et d’extraordinaire dans le malade.
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Les accidens et l’état de santé du malade durant l'usage d'un médicament ou toute de suite après ne donnent pas l’image pure de la maladie. Mais au contraire les symptômes et les incommodités dont souffrait le malade avant l’usage des médicamens ou plusieurs jours après avoir cessé de les prendre, offrent la forme véritable de la
maladie, et ce sont donc ceux-ci que le médecin doit principalement noter. Quand la maladie est chronique et que le malade a jusqu’à présent fait usage de remèdes, le médecin peut le laisser quelques jours sans lui donner aucun médicament, ou lui donner en attendant quelque chose de non-médicinal. Il diffère de cette facon pour peu de temps l'examen exacte des signes de la maladie, afin de pouvoir observer ensuite les symptômes durables de l’ancienne maladie dans toute leur pureté, et afin de pouvoir se tracer un tableau fidèle de celle-ci.
Mais quand c’est une maladie aiguë et dont le danger éminent ne souffre aucun délai, il faut que le médecin se contente d'observer tout de suite l’état de la maladie dans la modification qu’elle a soufferte par l'usage des médicamens (à moins qu'il ne puisse apprendre les symptômes que l’on a remarqués avant l'usage des remèdes), et de se former une image de la forme actuelle du mal, c. à d. de cette complication de la maladie naturelle avec la maladie médicinale, afin de pouvoir vaincre le mal total par un remede homéopathique. Car les remèdes antérieurs ayant été souvent inconvenans, la maladie artificielle est pour l'ordinaire plus considérable et plus dangereuse que la maladie primitive, et demande souvent des secours très-prompts, pour sauver le malade.
Si la maladie a été causée par un fait marquant, soit depuis peu de temps, soit depuis un temps plus reculé, le malade, ou du moins les personnes de la famille l’indiqueront déjà de leur propre chef ou d’apres une information prudente ?).
1) Si les causes de la maladie sont peut-être déshonorantes, de façon que le malade ou les personnes de la famille ne veulent pas les avouer franchement, ou du moins pas de leur propre chef, il faut que le médecin cherche à les découvrir en dirigeant prudemment ses questions ou en prenant des renseignemens secrets. De telles causes sont par exemple: L’empoisonnement ou quelque autre suicide tenté, Ponanie, le libertinage dans la volupté ordinaire ou dans celle qui est contraire à la nature; des débauches dans l'usage du vin, des liqueurs, du ponche, du café, etc. ete., l'usage immodéré de la nourrilure en général ou de mets nuisibles en particulier; — l'infection de la maladie vénérienne ou de la gale; — un amour malheureux, la jalousie, des discordes domestiques, du dépit, du chagrin causé par un malheur qui a frappé la famille, de mauvais traitemens, une vengeance comprimée, Vorgueil mortifié, la décadence de la fortune; — une crainte superstitieuse — ou peut-être un défaut aux parties génitales, une hernie, une chute de la matrice, etc. etc.