Chapitre II
De la preparation des remèdes et de la modification des doses.
A) Préparation des remèdes.
8. 264. Le medecin doit avoir entre ses mains des medicamens purs et doués de toute leur force’ innee, sil veut se fier à leur vertu curative; il faut donc qu'il
les connaisse lui-même dans leur pureté.
C’est pour lui une affaire de conscience, d’être persuadé dans chaque cas de maladie, que le malade prend le médicament véritable qui lui a été choisi.
Les vertus médicinales des substances du règne animal et du règne végétal ont le plus d'activité tant que celles-ci se trouvent encore dans l'état de crudité !).
1) Toutes les substances crues du règne animal ou végétal ont plus ou moins de vertus médicinales et peuvent changer l’état de santé de l’homme, chacune de la manière qui lui est propre. Les plantes et les aninfaux, dont nous nous servons pour notre nourrilure, ont l’avantage sur les autres, qu’ils contiennent plus de parties nourrissanies et en diffèrent encore en ceci que leurs vertus médicinales ne sont pas très-violentes, et qu'ils en perdent aussi la plus grande partie par la préparation qu'ils subissent dans la cuisine et dans l’économie; comme par le pressurage du suc nuisible, tel qu'il arrive p. ex. à la cassave dans l'Amérique méridionale; comme par la fermentation, p. ex. celle de la farine du seigle dans la pâte du pain, ainsi que celle de la choucroute, etc. etc.; comme par
la fumigation et pur la force de la chaleur, tel que cela se fait en cuisant les nourritures ou simplement ou à l’&tuvee, ou en les grillant, ou en les rötissant, ou en les faisant frire etc. etc., préparations qui détruisent ou subtilisent les parties médicinales; ensuite aussi en leur ajoutant du sel, du sucre, et surtout du vinaigre, (p.ex. aux sauces et aux salades), qui servent d’antidotes et font perdre à ces substances beaucoup de leurs qualités nuisibles.
Mais aussi les plantes douées des qualités médicinales les plus fortes les perdent en grande partie ou entièrement par les préparations susdites. Les racines de toutes les espèces d’Iris, du raifort, de Parum et des pivoines, perdent toutes leurs vertus médicinales, quand on les fait sécher parfaitement. Le suc des plantes les plus violentes devient souvent une masse bitumineuse et privée de toute force par la chaleur que l’on emploie dans la préparation ordinaire des extraits. La longue conservation suffit déjà pour faire perdre toute force aux sucs pressurés des plantes les plus mortelles; Pair étant tempéré, le suc des végétaux passe de lui-même rapidement en fermentation vineuse, (ce qui lui öte déjà beaucoup de sa vertu médicinale), et immédiatement après en fermentation acéteuse et putride, ce qui le prive entièrement de toutes les facultés qui lui étaient propres. Le sédiment farineux qui se précipite alors au fond du vaisseau, est aussi innocent que tout autre amidon. Les herbes vertes étant couchées en grande quantité les unes sur les autres, perdent déjà la plus grande partie de leurs vertus médicinales par lPévaporation.
Pour ce qui est des plantes endémiques que l’on peut recevoir encore fraiches, on se rend maitre de leur puissance medicinale de la manière la plus parfaite et la plus certaine, en melant tout de suite leur suc fraichement pressure avec une quantité pareille d'esprit de vin rectifié. Apres que l’on a laissé reposer cette mixtion pendant un jour et une nuit dans un flacon bien bouché, on décante la liqueur claire du sédiment filamenteux et glaireux qui s’est précipité,
et on la conserve pour l'usage medicinal 1). — L’esprit de vin empêche à l'instant même toute fermentation du suc des plantes et la rend impossible aussi pour l'avenir. Une telle mixtion étant conservée dans des flacons bien bouchés et cachés à la lumière du soleil, la vertu médicinale du suc des plantes se conserve pour toujours dans un état parfait et incorrompu *).
1) Buchholz, dans son Almanac des chymistes et des apothicaires, an 1815, (à Weimar), Sect. I., Chap. 17, assure à ces lecteurs: „Que l’on doit cette excellente manière de pré- „„parer les médicamens à la dernière campagne de 1812 en » Russie.” (Le critique qui a parlé de cet ouvrage dans la gazette littéraire de Leipzic de 1816, No. 82, ne contredit pas non plus cette assertion.) Mais en alléguant cette ordonnance avec les mêmes paroles dont je me suis servi dans la première édition de mon Organon de Part de guérir, de 1810, ($. 230 avec la note), il passe sous silence, que c’est à moi que cette découverte doit son origine, et que c’est moi qui l’aie publié dans ce livre déjà deux ans avant la campagne de Russie. — Il est vrai que jadis on mélait aussi quelquefois de Pesprit de vin avec des sucs de plantes, p. ex. pour les conserver quelque temps avant que d’en faire des extraits, mais on ne le fit jamais dans l'intention de: les faire prendre sous cette forme
comme remèdes.
2) Quoique des parties égales d'esprit de vin et de suc fraîchement pressuré soient pour l'ordinaire la proportion la plus convenable pour effectuer la précipitation de la matière filamenteuse et glaireuse, il y a pourtant des plantes qui ont beaucoup d’humeurs tenaces, (p. ex. la consoude, la pensée, etc.) et d'autres qui ont une suraböndance de matière glaireuse, (p. ex. la petite ciguë, la morelle commune, etc.) où dans la règle on a besoin de la double quantité d'esprit de vin pour atteindre ce but. Les plantes qui ont très-peu de suc, comme l’oléandre, le buis, l’if, la galé, la sabine etc., doivent être concassées premièrement en une masse fine, qu’il faut bien mêler ensuite avec une double quantité d'esprit
de vin, afin que le suc des plantes se confonde avec celui-ci, et puisse être pressuré, après avoir été extrait de cette façon.
Pour ce qui est des herbes, des écorces, des semences et des racines exotiques, que l’on ne peut recevoir fraiches, un médecin sage ne sera jamais assez crédule pour croire, que les poudres que l’on fait passer pour des préparations des substances susdites, le soient en effet, mais il se convaincra lui-méme de leur pureté tant qu’elles se trouvent encore dans l’état de crudité et d’intégrité, avant qu'il en fasse le moindre emploi medicinal !).
1) Pour les conserver comme poudres on a besoin d’une précaution que pour l'ordinaire on ignorait jusqu’à présent dans les pharmacies, de façon que l’on ne pouvait garder méme des poudres bien préparées dans des flacons bien bouchés. Les substances végétales même tout-A-fait sèches, qui se trouvent encore dans l’état de crudité et d’intégrité, contiennent pourtant une certaine portion d’humeurs visqueuses, qui est la condition essentielle de la cohérence de leur parenchyme. Cette portion d’humeurs n’empêche pas, que la drogue entière et non pulvérisée ne reste dans uu état de sécheresse tel qu'il est nécessaire pour la rendre incorruptible, mais elle est surabondante pour l'état d’uue poudre fine. Il s’ensuit qu’une substance végétale (ou animale), qui était tont-à-fait sèche dans son état d'intégrité, donnera une poudre un peu humide, quand on l'aura finement pulvérisée, et que cette poudre ne pourra donc être conservée dans des flacons bien houchés sans moisir bientôt, si on ne Pa pas délivrée auparavant de cet humeur surabondante, Ceci s'opère le mieux en étalant la poudre sur un plat de fer blanc à bords élevés, placé en bain - marie, et en la remuant jusqu'à ce que toutes les parties ne s’agglomerent plus, mais qu'elles s’éloignent et se dispersent facilement comme du sable fin. Quand les poudres sont parvenues à ce degré de finesse et de sécheresse, on peut les conserver pour toujours, sans qu'il s’y mette jamais de la moisissure, pourvu qu'on les garde dans des flacons bien bouchés, bien cachetés, et derobés
+ à la lumière du jour, p. ex. dans des boîtes et des caisses cou-
- vertes. Quand les substances animales ou végétales ne sont pas conservées dans des vaisseaux scellés de cette manière, elles perdent toujours de plus en plus leurs vertus médicinales, même dans Petat d’integrite et bien davantage encore dans létat de pulvérisation. |
Comme les effets de tous les médicamens sont les plus certains et les plus faciles à comparer, quand on les donne en solutions, le médecin sage emploie tous les médicamens sous cette forme ‘), à moins que leur nature ne demande pas absolument qu’on les donne en poudres, (comme p. ex. le foie de soufre). Toutes les autres formes qui enveloppent, pour ainsi dire, les medicamens, comme les pillules, les électuaires etc., ne sont pas recommandables, parce que linfluence sur la
fibre vivante en devient incertaine et indéfinie.
1) Quand on dissout les sels métalliques dans beaucoup d’eau, ils se décomposent et se corrompent bientôt; on ne peut donc pas les raréfier dans l’eau pour en faire un emploi homéopathique. (Aussi Peau n’est-elie pas assez propre pour être instillée.) Cependant il y a beaucoup de sels métalliques qui ne se laissent pas résoudre immédiatement dans Pesprit de vin. Mais quand ils ont été une fois dissous dans 100 parties d’eau, le médecin peut les raréfier ensuite avec de l’esprit de vin autant de fois qu’il le croira nécessaire, sans qu'ils se précipitent, On peut observer à l'égard de tous ces médicamens le procédé que jai décrit dans l'avant-propos à Particle Arsénic dans ma Matière médicale pure, vol. IL Il n’y a que le plomb acétique qui se décompose toujours dans l'esprit de vin (quelque pelite que soit la quantité de la solution aqueuse, qu’on instille dans Palcohol), et qui se précipite comme blane de plomb.
Dans la seconde partie de mon ouvrage sur les maladies chroniques j'ai décrit le procédé dont il faut se servir pour préparer les médicamens antipsoriques, et moyennant lequel on peut résoudre en de l'esprit de vin toutes les substances sèches. Ce procédé est aussi appliquable aux autres médica-
mens homéopathiques. En suivant cette ordonnance on n’a plus besoin de sels métalliques, mais on peut réduire à la dite so- Jution tous les métaux, sans altérer leurs vertus spécifiques par des acides. On pourra se servir de cette méthode par rapport aux métaux purs, aux substances inflammables, (au phosphore, au soufre), au charbon végétal, animal et minéral, aux résines et aux gommes-résines, aux végétaux en poudres, à toutes les espèces de farines, etc. etc., en un mot à toute substance médicinale, sans altérer ou diminuer sa vertu curative. Quant aux préparations qui exigent un procédé chimique, il faut que le médecin les fasse lui-même ou qu'il les fasse faire en sa présence.
On ne doit jamais employer plus d’une
seule substance simple à la fois.
Sur, 278.
Il est inconcevable qu’on puisse encore douter, sil est plus conforme à la nature et plus raisonnable, d’employer à la fois dans une seule maladie une seule substance medicinale bien connue, ou un melange de plusieurs matieres.
Very 12
Le vrai medecin trouve dans des substances simples tout ce qu'il peut désirer, c. à d. des puissances morbifiques artificielles, qui par leur force homéopathique peuvent parfaitement surpasser, anéantir et guérir d’une manière durable les maladies naturelles. Or, comme c'est un principe de sagesse: „quil ne faut ja- „mais vouloir effectuer par une pluralité de forces ce „que l’on peut produire par une seule,” il ne lui viendra jamais en idée de donner comme remède autre chose qu’un seul médicament simple à la fois. En second lieu il sait aussi, que, supposé même que l’on ait examiné les effets spécifiques des médicamens simples sur des hommes sains, la manière dont deux
ou plusieurs substances médicinales, mélées ensemble, se modifieront et se contrarieront réciproquement dans leurs effets, nous restera pourtant inconnue. De l’autre côté, en employant une substance medicinale simple contre une maladie, dont la totalité des symptômes est exactement connue, il sait que ce remède sera parfaitement et uniquement salutaire, s'il a été choisi homéopathiquement. Supposé même le cas le plus malheureux, que le remède choisi ne fut pas tout-à-fait conforme au mal par rapport à la ressemblance des symptômes et qu'il ne fût donc pas secourable, un tel médicament sera pourtant toujours utile en ce qu'il augmentera la connaissance de la qualité des remèdes. Car en existant dans un tel cas de nouveaux symptômes, il confirmera ceux qu'il avait déjà montrés ailleurs dans des essais faits sur. des hommes sains; avantage qui cesse dans l'usage de tous les remèdes composés !).
1) Le médecin raisonnable se gardera de faire prendre en outre au malade un thé composé de substances médicinales, ou de lui appliquer une fomentation de différentes herbes, ou
de lui faire donner un lavement contenant des ingrédiens hétérogènes, ou de le faire frotter avec tel et tel onguent, etc.
B): De la modification des doses des remèdes homéopathiques.
La conformité d'un médicament pour un certain cas de maladie ne se fonde pas seulement ‘sur ce qu'il est parfaitement homéopathique, mais encore sur la grandeur nécessaire ou plutôt sur la petitesse conve-
nable de la dose, dans laquelle on le fait prendre. Si l’on donne une dose trop forte d’un remède tout-àfait homéopathique, elle nuira au malade, quoique le médicament soit salutaire de sa nature. Car l’impression qu'il fait est plus forte qu'il n’est nécessaire, et elle est d'autant plus sensible que moyennant sa vertu homéopathique il attaque justement les parties qui sont déjà les plus affectées par la maladie naturelle.
C’est là la raison par laquelle un remède homéopathique devient toujours nuisible, quand on le donne en trop grande dose, et les suites nuisibles augmentent progressivement avec la grandeur de la dose même. Mais la grandeur de la dose est aussi d'autant plus nuisible que le remède ‘est plus homeopathique, et elle fera bien plus de mal qu’une dose également grande d'un médicament allopathique, c. à d. d'un remède qui ne se trouve dans aucun rapport direct avec la maladie. Car alors l’aggravement homeopathique, c. à d. la maladie artificielle qui est trèssemblable à la maladie naturelle et qui est produite dans les parties de l'organisme les plus souffrantes et les plus irritées de celle-ci, monte jusquà un degré nuisible, au lieu qu’elle eut effectué la guérison d’une manière douce, rapide et certaine, si elle n'était monté que jusqu'au degré nécessaire, Il est vrai que le malade ne souffre plus de sa maladie primitive, car celle-ci est anéantie homeopathiquement, mais il souffre d'autant plus de la maladie médicinale et ensuite non moins de l'effet secondaire où de la réaction que produit la faculté vitale, ainsi que d’un affaiblissement inutile,
ie ul we
Par la même raison qu'un remède est -d’autant
plus efficace et merveilleusement secourable, quil a
* été choisi aussi homéopathique que possible, par la
même raison un tel médicament sera d'autant plus sa-
lutaire, que sa dose approchera davantage du degré
de petitesse le plus convenable pour une guérison douce. 8° 276.
Il s’agit à présent de savoir quel est ce degré de petitesse le plus convenable, pour porter aux malades des secours aussi doux que certains, c. à d. il s’agit de savoir combien chaque dose d’un médicament homéopathique, choisi pour un certain cas de maladie, doit être petite pour opérer la meilleure guérison? Ce n'est pas par des conjectures théoriques que ce problème peut être résolu; ce n’est pas par elles que l’on peut fixer à l'égard de chaque médicament, quelle doit être la petitesse de sa dose, pour suffire au but homéopathique et pour effectuer une guérison aussi rapide que douce. Non, les scrutations de l'esprit spéculateur et les argumentations subtiles n’en viendront jamais à bout. Ce n'est que par des essais purs, des observations soigneuses et des expé-
riences exactes qu'on y parviendra. Il serait absurde de vouloir objecter ici les grandes doses que donne la pratique ordinaire; car ces grandes doses contenant des médicamens qui ne se trouvent dans aucun rapport homéopathique avec les organes souffrans, (remedesallopathiques), ne touchent que les parties exemptes de la maladie naturelle. On ne peut donc tirer de ceci aucune conséquence contre la petitesse des doses que prescrivent des expériences pures pour les cures hom&opathiques.
Or, ces expériences pures offrent sans exception . le résultat suivant: Quand la maladie ne se fonde : pas évidemment sur une, corruption considérable d’un | viscère, important, la dose n’est jamais trop petite, si elle peut produire immédiatement après avoir été prise, des symptômes semblables un peu plus forts que ceux de la maladie naturelle, (petit aggravement homéopathique, $. 151 — 154); en ce cas elle est toujours plus forte que la maladie en question, et elle est capable de la sürpasser, de l’anéantir et de la guérir d’une manière durable, supposé toutefois que l’on éloigne du malade toute influence médicinale hétérogène.
Ce principe irréfutable, tiré de l'expérience, nous donne la mesure, selon laquelle il nous faut diminuer les doses de chaque médicament homéopathique jusqu’au point où elles ne produisent plus qu’un aggravement à peine sensible ‘). Ne nous laissons donc pas troubler par la petitesse du degré de diminution jusqu'au quel il nous faut descendre; ne nous laissons non plus troubler par les raisonnemens et les railleries de ceux, qui, accoutumés à se former des notions bien matérielles, trouvent incroyable qu’une dose infiniment petite puisse encore être efficace; leurs doutes et leurs railleries ne signifient rien, lorsqu'une expérience infaillible nous parle ?).
1) J'ai déjà travaillé d’avance en ceci pour les médecins homéopathiques futurs, et je leur ai épargné mille essais inutiles en leur indiquant les raréfactions nécessaires de plusieurs médicamens pour l’emploi homéopathique. Ces indications se trouvent dans les avant-propos des médicamens que j'ai examinés dans ma Matière médicale pure et dans mon ouvrage sur les maladies chroniques.
2) Qu'ils se fassent expliquer par les mathématiciens, qu’en divisant une substance en autant de parties que lon voudra, la plus petite partie, que l’on puisse s’imaginer, contiendra pourtant toujours quelque chose de cette substance entière, et que par conséquent cette petite partie ne pourra pas devenir un rien? — Qu'ils se fassent dire par les physiciens, qu'il y a des puissances extraordinaires qui n’ont cependant aucun poids, p. ex. le calorique, la lumière, etc.; puissances qui sont donc encore infiniment plus légères que le contenu médicinal des plus petites doses homéopathiques! — Qu'ils pèsent le poids des paroles mortifiantes qui causent une fièvre bilieuse à la personne offensée, ou le poids de la nouvelle affligeante de la mort d’un fils unique laquelle occasionne la mort de la mère! — Qu'ils touchent seulement pendant un quart - d'heure un aimant capable de porter cent livres de poids, et les douleurs qu'ils en sentiront leur apprendront, que des influences impondérables peuvent aussi produire sur homme les effets médicinaux les plus violens! — Enfin, que ceux parmi eux qui sont d'une complexion faible, se fassent toucher le creux de l'estomac seulement pendant quelques minutes tout doucement par l'extrémité du pouce d’un magnétiseur qui a la volonté forte, et ils se repentiront bientôt sous les sensations les plus désagréables, d’avoir voulu fixer les termes de la nature infinie! —
Vous, qui doutez de l'efficacité de mes petites doses homéopathiques, vous, qui hésitez à en faire l'essai, je vous demande: Qu'est-ce que vous risquez donc en les essayant? Si votre incrédulité, qui ne veut s’en tenir qu'aux médicamens pondérables, a raison, et si mes raréfactions sont en effet des nullités, eh bien, le pire qui vous arrivera, sera de n’obtenir aucun effet. Cela vaudra toujours mieux, je pense, que les suites pernicieuses que vous risquez souvent en donnant vos grandes doses allopathiques. Au reste, mes raréfactions homéopathiques ne sont pas de simples asténuations, mais des sublimations des puissances médicinales; car la trituration ou l’ébranlement des parties médicinales, qui a lieu à chaque nouvelle raréfaction, développe les vertus innées des remèdes d'une manière admirable.
Sn DID:
Chaque maladie a une inclination incroyable à changer de nature par des remèdes qui lui conviennent selon la ressemblance des symptômes. Il n’y a point d'homme, quelque robuste qu'il soit, quand même il ne serait sujet qu'à un mal nommé local, qui ne sentit bientôt dans la partie souffrante un changement salutaire, après avoir pris dans la plus petite dose possible le remède homéopathique convenable. En un mot cet homme éprouvera dans son état de santé un plus grand changement par ce médicament, que nen éprouverait un nourrisson d’un jour, mais qui se porte bien. N’est-elle donc pas insignifiante et ridicule, cette incrédulité purement théorique, qui se défie de ces preuves infaillibles de l'expérience?
Que la dose du médicament soit aussi petite que l'on voudra, mais qu'elle puisse seulement produire le moindre aggravement homéopathique, elle affectera cependant de préférence les parties souffrantes de l'organisme qui sont déjà extrêmement susceptibles d’une irritation semblable à la leur, et elle changera cette maladie naturelle en une maladie artificielle qui lui sera très - semblable et la surpassera un peu en force. En supposant donc à la maladie naturelle une maladie artificielle, comme destructrice de la première, nous faisons que l’organisme ne souffre plus que de la maladie médicinale, qui selon sa nature et à cause de la petitesse de la dose disparait bientôt, de facon que le corps reste après libre de toute souffrance et sain d’une manière
durable.
Or, pour procéder d’une manière tout-à-fait conforme à la nature, le médecin administrera son remède homéopathique dans une dose aussi petite quil est justement nécessaire pour surpasser et anéantir la maladie en question. Quand même, par une erreur pardonnable à la faiblesse humaine, il aurait choisi un médicament inconvenant, le dommage qui en résultera sera si insignifiant qu’il pourra être bientôt réparé par la faculté vitale et par un autre remède plus homéopathique, que le médecin fera prendre au malade dans une dose également petite.
L'effet des doses ne diminue pas en proportion égale du contenu médicinal, surtout dans les raréfactions que l’on fait subir aux médicamens pour l’usage homéopathique. Par exemple: Huit gouttes d’une teinture médicinale par dose ne font pas un effet quatre fois aussi grand que deux gouttes, mais n’operent à peu près que le double effet de deux gouttes par dose. De même une goutte d’une raréfaction composée d’une goutte de teinture forte sur dix gouttes d’une liqueur non-médicinale, ne fera pas un effet dix fois plus grand que ne ferait une goutte d’une mixtion dix fois plus raréfiée, mais elle n’operera à peu pres que le double effet; et c’est ainsi que cette progression continue de descendre suivant la même loi, de facon qu'une goutte de la dernière raréfaction fait encore toujours un effet considérable '). x
1) Supposons qu'une goutte d’une mixtion, contenant 5
de grain d’une substance médicinale, fasse un effet = a; une goutte d'une mixtion plus raréfiée, qui contient „1;
LA . . a de grain de la substance médicinale fera un effet = 53 si la goutte contient -- 1 de grain de la matière médicia nale leffet sera = 1° > L] 1 [ LI [74 si elle contient 5000000, de grain l’eflet sera = re
c’est ainsi que, le volume des doses restant le même, chaque diminution carrée (et peut-être plus que carrée) du contenu médicinal, fait seulement diminuer de la moitié la force du remède sur notre organisme. J’ai vu très-souvent chez les mémes personnes et dans les mêmes circonstances qu’une goutte de la trentième raréfaction de la teinture de noix vomique (qui contient la fraction decillionième de la goutte primitive concentrice) fit à peu près la moitié de leffet d’une goutte de la quinzième raréfaction du même remède (qui contient la fraction quintillionième de la goutte primitive).
La diminution de la force du médicament, nécessaire à l'usage homéopathique, est aussi secondée par la diminution du volume de la dose. Je veux dire, quand au lieu de donner une goutte entière d’une teinture raréfiée, on ne donne qu'une petite partie d’une telle goutte par dose, l'intention de diminuer davantage l'effet est également remplie d’une manière très- convenable :). La raison en est facile à concevoir. Le volume de la dose ayant été diminué, il s’ensuit,. qu'un moindre des nerfs de l'organisme puisse être touché par elle; ces nerfs communiqueront la force du médicament également à l'organisme entier, mais cette force sera pourtant plus petite.
1) Il sera utile de se servir pour ce but de petits globules de sucre, que l’on impregnera de la goutte médicinale, et dont on donnera au malade un, deux, ou plusieurs, suivant que les circonstances l’exigeront.
Par la même raison l'effet d’une dose homéopathique augmente, si l’on aggrandit le volume de la liqueur dans laquelle on la résout pour la faire prendre au malade, quoique le contenu médicinal reste le méme; car ici le remède touche une plus grande surface de nerfs sensibles qui recoivent son effet. Quoique les médecins théoriques veuillent soutenir, qu’en faisant prendre la dose dans une plus grande quantité de liqueur non-medicinale, on affaiblit l'effet du remede, l’expérience prouve pourtant qu'il arrive justement le contraire, au moins dans l’usage homéopathique des médicamens !).
1) Ce ne sont que les plus simples de toutes les substances irritatives, le vin et l’esprit de vin, qui diminuent leur effet échauffant et enivrant, quand on les raréfie dans beau coup d'eau.
Il faut cependant remarquer ici qu'il y a une grande différence, si ce mélange de la dose medicinale avec une certaine quantité de liqueur se fait legerement et imparfaitement, ou bien si uniformé-
ment et si intimement, que même la plus petite partie de cette liqueur raréfiante contienne une quotité proportionnelle du contenu médicinal; car dans ce dernier cas le mélange a bien plus augmenté la force médicinale de la dose, que dans le premier. On pourra abstraire de là, comment il faut préparer les médicamens, lorsqu'on veut diminuer autant que possible leur effet, pour les adıninistrer aux malades les plus sensibles !).
1) Une seule secousse forte que l’on donne au flacon dans lequel se trouve cent gouttes d’esprit de vin et une goutte de la liqueur médicinale, suffit déjà pour opérer un mélange
exacte; mais deux, trois, dix et plusieurs pareilles secousses rendront ce mélange encore bien plus intime, c. à d. la faculté médicinale en est toujours développée davantage, elle en. est sublimée, de façon que son efficacité sur les nerfs est plus pénétrante. Or, si l’on veut agir d’une manière trèsdouce sur l’organisme malade, il ne faut donner que deux secousses à chaque nouvelle raréfaction. De même, quand on fait des raréfactions sèches avec du sucre de lait, il ne faut continuer la trituration d’un grain médicinal avec cent grains de sucre de lait, que pendant une heure à chaque nouvelle raréfaction. Le détail de ce procédé se trouve indiqué au commencement du second volume de mon ouvrage sur les maladies chroniques.
L'effet des médicamens liquides sur notre corps se fait d’une manière si pénétrante, la rapidité et la généralité avec laquelle il se propage du point de la fibre sensible et douée de nerfs, qui en est touchée la première, par toutes les autres parties du corps, est si inconcevable, qu'il faut le nommer un effet dynamique et virtuel, qui approche du spirituel.
Toute partie de notre corps douée du sens du toucher, a une capacité relative de recevoir l'influence des médicamens et de la propager sur toutes les autres parties.
Outre l'estomac, il y a encore la langue et la bouche, qui sont les parties les plus susceptibles des influences médicinales. Cependant l’intérieur du nez, le boyau culier, les parties génitales, ainsi que toutes les parties très-sensibles de notre corps, sont presque aussi propres à recevoir les effets médicinaux. C’est pourquoi des places privées de la peau, des parties blessées ou ulcéreuses, permettent aux médicamens une
en-
entrée presque aussi libre dans l’organisme, que s'ils avaient été pris par la bouche. $. 289.
Meme des organes qui ont perdu le sens qui leur est propre, p. ex. la langue et le palais privés du goüt, ou le nez privé de l’odorat, communiquent cependant l'effet du remède, qui agit immédiatement sur eux, à tous les autres organes du corps d’une manière aussi parfaite que s'ils n’eussent pas perdu leur faculté primitive.
Aussi la surface extérieure du corps qui est couverte de peau et d’epiderme, est capable d’être affectée des médicamens et surtout des liquides; les par-
ties les plus sensibles sont les plus susceptibles de
roi RE RE EE
cette influence !).
1) La méthode de frotter la peau avec le remède ne semble seconder l'effet de celui-ci qu’en ce que la friction en général rend la peau plus sensible, et que la fibre en devient plus susceptible de sentir, pour ainsi dire, la force du médicament et de communiquer à l'organisme entier ce sentiment modificatif de la santé. Si l’on frotte auparavant le côté intérieur du haut de la cuisse, et que lon applique ensuite l’onguent mercuriel, ce médicament sera tout aussi efficace que s’il avait été trituré sur la partie susdite et introduit dans le corps par la friction, comme on a coutume de s'exprimer. Car il est fort incertain, si par ce procédé il penètre vraiment quelque chose de la substance métallique dans l'intérieur du corps, ou si les vaisseaux absorbans en reçoivent quelques parties, ou
si ni lun ni l’autre n’a lieu.
Quelques remarques sur le magnétisme ani-
mal ou Mesmérisme.
Je juge à propos de dire encore ici quelques
mots sur ce remède admirable et différent de tous les
autres, connu sous le nom de magnétisme animal,
et que la reconnaissance envers Mesmer, comme
étant le premier fondateur d’un emploi méthodique de
cet agent, nous commande de nommer Mesmérisme.
— Cette puissance merveilleuse, (quoique souvent nice
par une incrédulité absurde), que la volonté forte d'un
homme bienveillant communique au malade moyennant
l'attouchement, admet un triple emploi.
Elle peut servir comme remède homéopathique, en excitant des symptômes semblables à ceux de la maladie à guérir, p. ex. dans des métrorrha-
es, eussent-elles même atteint le dernier degré
‘de violence. Si l’on veut employer le Mesmé-
risme dans cette intention, il faut donner au malade une seule touche, en passant avec le plat des deux mains sur tout le corps, du sommet de la tete jusqu'au delà des doigts des pieds; on conduira ce trait pas trop lentement et avec une tension modérée de la volonté.
Le Mesmérisme est aussi très-utile pour distribuer uniformément les forces vitales par tout
l'organisme, quand elles se trouvent accumulées d’une manière anomale dans une certaine partie du corps et qu'elles manquent en d’autres; p. ex. dans les congestions du sang vers la tete, les insomnies, les anxiétés et les inquiétudes des personnes affaiblies, etc. etc. En employant le magnétisme animal dans ce but, on donnera au malade la même touche que nous venons de décrire ci-dessus, mais on la donnera un peu plus forte.
Enfin le Mesmérisme peut aussi communiquer un accroissement positif de forces vitales, soit à une seule partie affaiblie, soit à l’organisme entier, de la manière la plus certaine et sans troubler du tout l’action des médicamens. Pour remplir ce but, il faut imposer les mains ou les extrémités des doigts avec une volenté très-forte à la partie souffrante qu’une maladie chronique a chargée d’un symptôme local important, p.
ex. à des vieux ulcères, à des membres paralyses, à des yeux affectés d’amaurose !), etc. etc. Mainte cure merveilleuse et rapide a été opérée ainsi dans tous les temps par des magnétiseurs doués d’une force vitale éminente. Mais les effets les plus étonnans de la communication de cet agent à l'organisme entier furent les révivifications de personnes asphyxiées pendant un temps considérable, moyennant la volonté la plus énergique et la plus bienveillante d’un homme à la fleur de l’âge et jouissant de la plénitude de ses forces *); l’histoire nous offre plusieurs exemples irrécusables de ce genre.
1) Quoique ce supplément topique des forces vitales, qu’il
faut répéter de temps en temps, ne puisse effectuer une guérison radicale JA où le mal local se fonde sur une cachexie générale dans l'intérieur du corps, (comme nous l'avons enseigné précédemment), ce rassasiement immédiat et positif de force vitale est néanmoins un grand soutien de la cure homéopathique, et ne saurait être rangé parmi les palliatifs, tout aussi peu que le manger et le boire par rapport à la faim et à la soif.
2) Les individus les plus propres à ceci sont ces hommes rares qui, quoique en possession de toutes les forces du corps, ont cependant très-peud’inclination pour le coit et peuvent la supprimer facilement, de façon que tous les esprits vitaux subtiles, qui ailleurs sont consommés par la préparation de la sémence, sont prêts ici en quantité pour être communiqués à autrui. Quelques magnétiseurs distingués par leur faculté curative que j'ai connus moi-même, avaient aussi la dite qualité particulière.
Toutes les trois manières d’exercer le Mesmérisme dont je viens de parler ($. 291), se fondent sur une communication de plus ou moins de forces vitales à la personne souffrante; on les nomme le Mesmérisme positif !), Un exercice opposé à celui-ci, qui opère le contraire de-leffet susdit, mérite la dénomination de Mesmérisme négatif. Je compte ici les attouchemens que l’on emploie pour éveiller les somnambules, ainsi que toutes les manipulations connues sous les dénominations de manipulations calmantes et ventilantes. 1 s’agit ici d'opérer une décharge des forces vitales qui se trouvent accumulées en quelque partie chez une personne d’ailleurs non-affaiblie. Cette décharge est effectuée de la manière la plus sûre et la plus simple par un trait rapide que Yon fait avec le plat de la main droite, tenue à un pouce de distance du corps de la personne, en la mouvant du sommet de la tête jusqu’au delà des doigts des pieds ?).
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Plus ce trait est exécuté vite, et plus forte sera la decharge. P. ex. il n’est pas rare que des femmes, d’ailleurs saines, ayant été affectées d’une émotion violente de l’ame justement lorsque leurs règles sont sur le point de se manifester, tombent dans un état d’asphyxie. Dans ce cas les forces vitales, qui vraisemblablement se trouvent accumulées dans la région précordiale, sont déchargées par un tel trait négatif et mises en équilibre par tout l'organisme, de facon que la révivification s'ensuit pour l'ordinaire à l'instant même *). — Un trait négatif plus doux et moins rapide tempère aussi la grande inquiétude et l’insomnie qui resulte souvent d’un trait positif trop énergique chez des personnes tres-sensibles *).
1) C’est à dessein que j'ai passé sous silence cet abus du Mesmérisme positif qui consiste à continuer pendant des demi-heures, et même pendant des heures entières les manipulations magnétiques, et à les répéter plusieurs jours de suite, jusqu’à ce que des personnes nerveuses tombent dans l’état du somnambulisme, où il semble que lame, dégagée des chaines de la matière, appartienne davantage au monde spiriluel. C’est une témérité que d'amener cet état dangereux et contraire à la nature humaine, pour guérir des maladies chroniques.
2) Il est de rigueur, comme on sait, que la personne à magnétiser, soit positivement, soit négativement, ne porte sur elle aucune étoffe de soie.
3) Un trait négatif, surtout bien rapide, est done fort nuisible à des individus faibles et pauvres en forces vitales.
4) Un garçon robuste, âgé de dix ans et vivant à la campagne, fut magnétisé à cause d’une légère indisposition par une femme du peuple qui commença sa manipulation par le creux de l'estomac. Aussitôt le visage du malade se couvrit d'une päleur mortelle; il perdit la connaissance et il demeura telle-
ment immobile qu'on le crut presque mort. Je lui fis donner
par son frère aîné un trait négatif très-rapide, du sommet de la tête jusqu’au delà des doigts des pieds, et à l'instant même le garçon recouyra sa connaissance, et redevint gai et bien-
portant.
Imprime chez A. G. Schade à Berlin.
PRIX-COURANT des médicamens homéopathiques
qu’on \
trouve toujours parfaitement assortis et récens
chez
Jean Auguste Du Manor, chymiste et droguiste, à Dresde.
1) Les essences et teinlures primitives, prises ensemble, ou en portions de 50 flacons au moins, sont comptées indistinctement, le flacon à 100 gouttes, à 4 gros de Saxe.
2) Les mêmes essences et teinlures primitives, choisies séparement, ou en petites portions au dessous de 50 flacons, se vendent, le flacon à 100 gouttes, suivant les differentes substances, de 4 à 6 gros.
3) Toutes les divisions liquides des essences et teintures primitives, prises en quantilé ou séparément, se vendent, le flacon à 100 gouttes, 3 gros.
4) Tous les médicamens nommés antipsoriques, pris à la fois, c. à d. en portions de 25 flacons, sont comptés, le flacon à 109 gouttes, à 3 gros.
5) Les mêmes médicamens antipsoriques se vendent, au choix, 4 gros.
6) Les divisions pulvérisées des substances sèches, prises en portions de 25 flacons, à 100 grains, sont comptés à 4 gros.
7) Les mêmes divisions pulverisees se vendent, au choix, de A à 6 gros.
8) Si l’on demande des flacons renfermant 200, 300, 400 goultes ou grains, elc., le prix de medicamens augmente en proportion arithmétique.
9) Si l’on désire avoir des flacons de verre blanc et fin, le cent em est de deux ecus et douxe gros plus cher.
Messieurs les médecins étrangers. qui voudront honorer le soussigné de leur confiance, sont priés de bien spécifier les objets qu'ils désirent avoir, tant pour ce qui regarde la qualité que la quantité et le degré de division homeopathique.
On trouve aussi à la méme adresse de pâtes de Cacao pur, à 10, 12 et 16 gros la livre, et la même pâte de. Cacao de Caracas à 1 écu et 8 gros la livre.
Jean Auguste Du Manoir.