‹ Orgueil et Préjugé, Volume 2Chapitre 11 sur 34 · CHAPITRE Vf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vf

JEjNFtNÎa réponse de Miss Bingïey arriva et mit fin à toutes les incertitudes. Le pre' mïer paragraphe confirment leur établissement à Londres pour tout l'hiver et iinissoit par les regrets qu'éprouvoit son frère, de n'avoir pas eu le temps de rendre ses devoirs à leurs amis du Hert^ fordshire avant de quitter le pays- Toute espe'rance e'toit donc détruite, absolument détruite! Jane ne trouva dans cette lettre d'autre consolation que l'assurance de l'affection de celle qui Fe'crivoit, L'éloge de Miss Darcy en occupoit la plus grande partie j on insis-, toit beaucoup sur ses charmes. Caro-* îiae se vantoit gaiement des progrès

OBGTJE1L ET PHÉJUGjS.

qu'elle faisoit dans son amitié, ei osoit prédire l'accomplissement prochain des souhaits qu'elle avoit manifeste's dans sa premièrelettre. Elle disoit aussi que son frère e'ioit loge' chez Mr. Darcy, et elle racontoit, avec délices , quelques projets de ce dernier pour de nouveaux ameublernens.

Elisabeth entendit îa lecture de celte lettre avec une muette indignation ; son cœur étoit partagé entre le chagrin qu'elle ressentoit pour sa sœur , et la colère qu'elle eprouvoil contre les autres ; elle ajouloit peu de foi à ce que Caroline disoil de l'affection de son frère pour Miss Darcy , car elle ne doutoit pas qu'il n'aimât Jane passionnément ; mais elle ne potivoit penser sans chagrin à cette facilité de caractère , et à ce manque de résolution qui le rendoient esclave de ses amis , et lui faisoienl sacrifier son bonheur à leurs caprices et à leurs con-

venances.

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Si sa propre félicite avoit été seule sacrifiée f il lui auroit été bien permis.

d'agir comme il le irouvoil le plus convenable, pensoit-elle; mais il auroit du voir que celle de Jane y étoit tout aussi intéressée. Ces réflexions étoient infructueuses , et cependant elle ne potivoit penst-r à autre chose; que l'amour de Bingley eût ét& diminué ou non par 1 Opposition de ses sœurs et de son ami, qu'il fût persuadé ou non de l'attachement que Jane avoit pour lui, la situation de sa sœur éloil toujours la même, son repos étoit peut-être troublé pour jamais.

Jane n'eut pas d'abord le courage de parler de ses senlimens à Elisabeth.

Cependant un jour que Mistriss Bennet après une discussion encore plus vive qu'à l'ordinaire, sur Nelherfield et Mr.

Bingley, sortit de la chambre laissant les de m sœurs en tête à tête. Jane Jie put s'empêcher de s'écrier :

Oh pourquoi, ma chère mer*, n »t-eîle pas un peu plus d'empire sur ellemême ! elle n'a pas J'idée du mal qu'elle me fait par ses réflexions continuelles sur lui ! Mais , je ne murmure pas ; cela ne .peut durer, je l'oublierai, et nous serons lo ut comme auparavant.

Elisabeth regardait sa soeur avec une sollicitude incrédule , mais elle ne ré-

pondoit rien.

Vous en doutez, dit Jane, en rougissant, vous avez-tori j son souvenir peut rester gravé dans ma mémoire , comme celui de l'homme le pins .aimable que j'aie connu, mais voilà tout! Je n'ai riexr à espérer ni à craindre , et rien h lui reprocher, grâce à Dieu! je n'ai pas ce chagrin. Ainsi , quelque temps encore, et je reprendrai toute ma force ......

Peu après , elle ajouta , d'une voix uo peu plus assurée : — J'ai au moins celte consolation, que tout ceci n'a été qu'une

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ŒCUBIL ET rRJÈïUGÉ.

erreur d'imagination de ma pari et qu'elle n'a fait de mal qu'à moi.

— Chère Jane! s'e'cria Elisabeth, votre douceur et votre générosité' sont angéliques ! Je ne sais que vous dire. Je sens .que je ne vous avois jamais rendu --justice» ni aime comme vous le méritez! Miss Bennet assuroit qu'elle ne méritoit pas cet éloge, et J'attribuoit entièrement à la tendre affection de sa sœur*

— • Non, dit Elisabeih, cela n'est pas bien; vous voulez croire tout le monde ,bon et estimable , vous vous fâchez si je blâme quelqu'un, et vous ne me périme ttez pas de vous croire parfaite • gardez-vous de penser que je veuille usur- .per votre privilège de bienveillance universelle ! Il y a peu de gens que j'aime bien , et moins encore dont j'aie bonne opinion. JPius je vois le monde , et plus j'en suis mécontente. Chaque jour me Confirme dans l'idée que j'ai, de la légk-

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reté du. caractère humain ,.et du peu de confiance que l'on doit accorder à ce qui a l'apparence du mérite ou du boa sens. J'en ai eu dernièrement deux exemples, Pun dont je ne vous parlerai pas , l'autre est le mariage de Charlotte qui est inexplicable sous tous les rapports.

— Ne vous abandonnez pas à de telles idées, ma chère Lizzy , elles détruiront votre bonheur. Vous n'accordez rien à la différence de caractère et de position.

Considérez les avantages de celle de Mr. Collins, le caractère ferme et prudent de Charlotte; souvenez-vous q.ne sa famille est nombreuse, et quelle fuit un excellent mariage quant à la fortune, et crovez pour l'honneur de tous , qu'elle peut éprouver quelque chose qui ressemble à du penchant et à de l'estime pour notre cousin,

— Je voudrais pouvoir tout croire

©BOUETX. ET PREJUGE.

pour vous obliger ; mais peu de gens sont doués, comme vous, d'une telle

facilité. Au reste, si je ^ouvois supposer que Charlotte eût le moindre penchant pour lui, j'aurois encore plus mauvaise opinion de sa raison que je ne l'ai à prêtent de son cœur. Ma chère Jane, Mr, Collins est un homme vain, plein d'osten-i talion , d'un esprit rétréci. Vous le con-' noissez tout comme moi , et vous devez sentir que la femme qu'il épouse ne

peut en avoir une meilleure opinion , vous ne la défendrez pas , quoiqu'elle soit Charlotte Lucas ; pour l'amour d'un seul individu , vous ne changerez pas la signification des mots de principes et d'intégrité ? Vous n'entreprendrez pas de vous persuader ainsi qu'à moi, qu'être intéressé , soit avoir de la prudence , et que ne pas prévoir le danger, soit de la sécurité pour le bonheur.

— Je croîs que vos expressions sont Tom. IL 4

ORGUEIL ET l'RËHJGÈ.

tropfortes en parlant -de l'un et de l'autre, répliqua Jane ; et jYspère que vous en serez convaincue en les voyant heureux ensemble ; mais c'est assez sur ce sujet, Vous parliez de deux exemples , vous faisiez allusion à une autre personne , je vous ai comprise; je vous supplie , ma chère Lizzy , de ne pas me faire le chagrin de supposer que celte autre personne est blâmable, et de dire qu'elle a baissé dans votre esprit; il ne faut pas cire si prompte à supposer des torts ; on ne doit pas s'attendre qu'un jeune homme si vif, soit toujours sur ses gardes et ait beaucoup de circonspection; ce n'est bien souvent que notre propre vamlé qui nous trompe ; les femmes imaginent toujours qu'on les aime. ^ ■*

— £1 les hommes prennent soin de fes entretenir dans cette idée ; s'ils le font avec intention, ils ne peuvent être justifiés. Je suisbien éloignée d'attribuer

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*la conduite fie Mr. Bingley a quelque motif de fatuité'; mais sans avoir le projet de tromper, de rendre les antres malheureux^ on peut avoir des torts; soit de I'étourderie , soit un manque de réflexion ou d'attention pour les senttmens des autres, soit enfin un défaut de résolution, tout-à-fait condamnable.

— Et vous. l'accusez d'un de ces trois défauts ?

Oui 5 mais si je poursuis , je vous déplairai en énonçant mon opinion sur des gens que vous aimez.

Vous persistez donc encore a penser qu'il se laisse entièrement conduire par ses sœurs?

Oui, ainsi que par son ami,

— Je ne puis le croire. Quel intérêt .auroient- elles à le diriger? Elles ne doivent désirer que son bonheur 3 et s ? il m'aimoit véritablement, aucune autre femme ne jpourroit le lui procurer.

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[Votre première base est fausse.

Elles souhaitent beaucoup de choses encore, outre son bonheur. Elles souhaitent qu'il augmente ses richesses , ses dignités; elles souhaitent qu'il épouse ttne femme qui réunisse tous les avantages de la fortune, de ïa naissance, et ïjui flatte leur orgueil.

Il n'y a pas de doute qu'elles ne désirent que son choix tombe sur Miss Darcy ; mais ce peu» être par des sentimens plus généreux que ceux que vous leur supposez. Il y a plus long-temps qu'elles la connoissent que moi , il n'est pas étonnant qu'elles l'aiment mieux .aussi ; mais quelques soient leurs désirs, il n'est point probablequ'elles s'opposent | à ceux de leur frère. Quelle sœur pour-

roit se le permettre? A moins qu'il n'y eût de fortes objections à faire. Si elles avoient cru qu'il me fût attaché , elles n'auroient pas essayé de nous séparer ,

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et s'il m'avoit véritablement aimé , elles n'auroient pas réussi. Eo supposant, qu il eût de l'affection pour moi , vous faites agir tout le monde d'une manière condamnable 9 et vous me rendez malheureuse ; ne m'affligez donc pas davantage ; je n'e'prouve aucun sentiment de honte de m'être trompée, ou du moins ce n'est rieu en comparaison de la douleur que je ressentirois , si je me voyois forcée d'avoir mauvaise opinion de lui ou do ses sœurs. Laissez- moi considérer tout cela sous son meilleur point de vue, sous son véritable jour.

Elisabeth ne pouvoit lui refuser cette satisfaction , et dès ce moment le nom deMr.Bingley fut à peine prononce' entre elles.

Mistriss Bennet s'affligeoit et s'étonnon de ce qu'il ne revenoit pas : quoiqu'il se passât rarement un jour , sans qu'Elisabeth lui dit tout ce qu'elle savoh , et

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ORGUÈTL ET PRÉJUGÉ.

s'efforçât de lui persuader (ce qu'elle ne croyait pas elle-même) que les assiduités de Mr. Bingîey n'a voient été que reflet d'un sentiment passager, que l'absence avoil fait évanouir; elle fondoit encore toutes ses espérances sur le retour de Mr. Bindley l'été suivant,

Mr. Bennel trailoit la chose bien différemment-. - Ainsi, Lizzy, dïsoit-il un jour, votre sœur a une passion malheureuse? le l'en félicite. Il n'y a pas de mal , qu'une jeune fiïle ait quelques chagrins de cœur avant de se marier, cela l'occupe et lui donne un certain relief parmi ses compagnes. Quand sera-ce votre tour? Vous ne permettrez sûrement pas à Jane de vous laisser lone-tempsen artière de ce côté là ; ce seroit bien le moment, Il y a assez- d'officiers à Meryton maintenant, pour tourner la tête à toutes les jeunes filles du pays.

Je vous conseille, de jeter votre dévolu

QRGTTEIL V2 PRÉJUGE

sur Mr. Wikam: il est fort agréable,

ÎI saura très- bien vous faire la cour, et ensuite vous planter là fort honorablement*

— Je vous remercie de vos conseils ,

Monsieur, mais peut-être tic serois-je pas si exigeante ; un homme moins agréable nie suffiroilj nous ne devons pas nous attendre à être toutes si bien partagées

que Jane*

— C'est vrai . dit Mr. Eennet ; enfin

c'est une tranquillité d'esprit pour moi , de savoir que vous avez une mère tendre, qui se prêtera volontiers à vous procurer toutes- les facilités que vous pourrez de'sirer dans de semblables occasions.

Les visites de Mr. Wikam étoient absolument nécessaires pour dissiper la tristesse de la famille de Longbourn, 11 y venoit souvent, et on pouvoit ajouter a toutes ses autres qualités, celle d'inspirer une confiance générale. Ce

ORGUEIL WF ÏEEJUGJÊ.

qu'il a voit raconté à Elisabeth de sesrapports avec Mr. Darcy , de ce qu'il en avoit souffert 3 étoit maintenant connu de tout le monde , et faisait le sujet de toutes les conversa lions. Chacun se vantoit d'avoir eu assez de pénétration et de discernement pour avoir délesté Mr, Darcy avant même d'avoir rien su contre

lui.

Jane eloit la seule qui vouloit suppo-

ser qu'il pouvoit y avoir quelques circonstances atténuantes > inconnues à la socie'lé du Hertfordshire; sa bonté douce et constante plaidoit toujours pour l'indulgence et insistoit sur la possibilité des mésentendus , tandis que tous les autres s'accordoient à condamner Mr.

Darcy comme le plus méchant des hommes.

ORGUEIL

PRÉJUGÉ

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