CHAPITRE VIL
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XX PRÈS cinq jours passés en prolestalions d'amour et en projets délicieux, le samedi vint de nouveau séparer Mr. Collins de son aimable Charlotte. Les peines de l'absence dévoient être un peu allégées par les préparatifs qu'il avoit à faire pour la réception de son e'pouse , car il avoit lieu d'espérer que peu de temps après son retour dans le Hertfordshire le jour qui devoit le rendre le plus heureux des hommes } seroit fixé. Il prit congé' de ses païens de Longbourn, avec autant de solennité que la première fois., souhaita encore santé" et prospérité à ses belles cousines ^ et promit à leur père une autre lettre de remercî-
mens,
ORGUEIL ET" rëÊJUGfc
Peu de jours après , Mistriss Bennet eut le plaisir de recevoir son frère ei s& femme qui, venoient toutes les années passer les fêles de Noël à Longboum.
Mr. Gardincr étoit fort supérieur- à sa sôjnr, soit par ses qualités naturelles, soit par l'éducation qu'il avoit reçue. !Les dames de Netherfîèld n'auroieot ja* mais pu croire qu'un homme, qui étoit dans le commerce, qui demeuroit dans Chéapside à coté de ses magasins, pût être de si' bonne société , si aimable yel s un oui pût avoir l'air si comme il faut. Mistriss Gardtner, beaucoup plus jeune que Mistriss Bennet et que Mistriss Phillips , étoit une charmante femme, l'on instruite et très-aimable; elle étoit fort liée avec ses nièces , surtout avec les deux ai nées qui a voient souvent demeuré chez elle à Londres.
Le premier soin de Mistriss Gardioer à- son arrivée fut de distribuer les cadeaux
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bafl-UEIL ET ÏRFJUGÉ.
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qu'elle a voit apportés et de re à toutes les questions qu'on lui fil sur les modes du moment, les étoffes nouvelles, etc. ; mk lorsqu'elle eut satisfait la curiosité bien naturelle de ses niècessur ce sujet, son rôle changea; d'actif qu'il étoit , il devint passif, et ce fut son tour d'écouler. MisirissBennet avoitbeaucoup-
de choses lamentables à raconter,, et beaucoup de plaintes à lui faire. Elle avoit été très-malheureuse depuis qu'elle n'avoit vu sa sœur ; deux de ses filles avoient été sur le point de se marier, mais il avoit fallu renoncer à de si douces
espérances»
— Je ne me plains pas de Jane, disoitelle; elle auroit certainement accepte Mr. Bingley, s'il l'avoit demandée ; mais
Lizzy ! oh ma sœur ! il est cruel de
penser que, sans son obstination, elle seroit à présent la femme de Mr. CoUins!
il l'a demandée dans cette chambre
même .... et elle Ta réfusé ! Elle est cause que Lady Lucas aura une fille malice avant moi, et que la lerre de Longbourn sera plus substituée que jamais. Je vous assure, ma sœur, que les Lucas sool des gens bien fins; ils seroient capables de tout , pour obtenir ce qu'ils veulent. Je suis fâchée d'être obligée de l'avouer , mais c'est la vérité. Rien ne me rend plus nerveuse que d'être ainsi contrariée dans ma famille , et d'avoir
voisins, qui pensent toujours a eux plutôt qu'aux autres ; mais votre arrive'© est la plus grande distraction, le plus grand plaisir que je puisse avoir. Je suis bien aise de ce que vous nous dites sur
les manches longues.
istriss Gardiner qui , par sa correspondance avec Jane et Elisabeth savon déjà tout ce qui s'étoit passé , répondit brièvement à Mistriss Bennet , et par e'gard pour ses nièces, Tcrsation.
changea de eon<
Mais lorsqu'elle se trouva seule avec Elisabeth, elle reprit ce sujet:
U paraît , dit-elle, que Jane auroit
fait un bon mariage. Je suis fâchée qu'il ait manqué ; mais ces choses là arrivent si souvent t Un jeune homme tel que vous me dépeignez Mr. Bingley, devient facilement amoureux d'une jolie personne qu'il rencontre souvent, le hasard les sépare » et il l'oublie tout aussi vite * cela se voit tous les Jours.
Ce seroit une consolation , si la
chose étoit ainsi ,. répondit Elisabeth ; mais il n'ai rive pas souvent qu'un homme d'une fortune indépendante se laisse persuader par ses amis de renoncer à «ne femme, dont il est éperdument amou-
reux.
— Cette expression, éperdument amoureux , est si prodiguée , si douteuse , si vague qu'elle ne me présente aucune idée; on ne l'applique que trop souvent
OKGUEIX ET PRÉJUGÉ,
h des sentimens qui naissent au bout d'une demi-heure, comme à un véritable attachement. Je vous prie, Elisabeth, expliquez-moi ce -que c'étoit que cet amour éperdu de Mr. Bingley.
— Je n'ai jamais vu une inclination qui pût donner de plus grandes espé*rauces. Il n'étoit occupe que de Jane, et ne faisoil attention qu'à elle ; chaque fois qu'il la voyoit , il eu paraissoit plus amoureux. A son haï, il se rendit cou-* pable d ? impoIitesse envers deux ou trois jeunes dames, en ne les engageant point pour danser; moi-même je lui parlai deux fois sans recevoir de réponse. Peutil y avoir des symptômes plus foris?
Une indifférence générale n'est* elle pas de l'essence de l'amour?
— Oh oui! dé l'espèce d'amour qu'il éprouvoiv,)e le crois Pauvre Jane ! C'est malheureux pour elle; avec son caractère } elle ne s'en remettra pas facile*
OTtGUEITi T1T ÊRÉJUGÉ,
ment. H auroil été moins fâcheux que a vous fut arrivé Lizzy ? "Vous en auriez ri la première. Mais ne croyezvous pas qu'on pourroit engager voire sœur à venir avec nous? sortir de chez elle, changer de place, luiferoit peutêtre du bien ?
Elisabeth fut cliarmee de cette proposition ; elle c'toit persuadée que sa sœur Faccepteroit très-vûlonliers.
— J'espère 5 ajouta Mistriss Gardiner, qu'elle ne sera retenue par aucune considération qui ait rapport à Mi\ Bingîey 5 nous demeurons dans un tout autre quartier que lui , nous n'avons point les mêmes connoissances, el nous sortons si peu, comme vous te savez, qu'il n'est pas probable que nous le rencontrions jamais, — à moins qu'il ne vienne
là voir.
— Et cela est impossible, car il est maintenant sous là garde de son- ami y Mr.
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Darcy ne lui permeuroit certainement pas d'aller voir Jane dans un quartier tel que Chéapside ; comment ponvezvous imaginer cela, nia chère tante? II est possible que Mr. Darcy ait entendu parler d'une rue qui se nomme Church- Street , mais il ne croiroit pas qu'un mois eutier d'ablution pût le purifier, s'il y étoit entré une fois seulement , et vous pouvez compter que Mr. Bingley ne fait pas un pas sans lui.
Tant mieux donc! J'espère qu'ils ne se rencontreront jamais. Mais Jane n'est-elle pas en correspondance avec une des sœurs? Elle ne pourra pas se dispenser de venir la voir.
— Elle laissera tomber la connoissance peu-à-peu. Malgré l'assurance qu'Elisabeth affecloit sur ce point » elle n'ëtoit cependant pas sans espoir. Il et oit possible et quelquefois même elle pensoit qu'il étoit probable, que la tendresse de
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Bingley pourroit être réveillée par quelque rencontre inattendue, et l'influence de ses amis victorieusement combattue par les charmes de Jane.
Miss Bennet accepta l'invitation de sa tante avec plaisir; Dans ce moment sa modeste résignation lui permettent seulement d'espérer que Caroline Bingley ne demeurant pas dans la même maison eue son frère, elle oseroit aller quelquefois passer la matinée avec elle, sans courir le risque de le rencontrer.
LesGardiner séjournèrent une semaine àLongbourn,durantIaqueIle,soitavecles Phillips les Lucas , soit avec les officiers, il ne se passa pas un jour sans quelque divertissement; Mistriss Bennet mit tant de soins à amuser son frère et sa sœur qu'ils ne dinèrent pas une seule fois eii famille. Elle n'avoit Jamais de monde chez elle , sans qu'il y eût aussi quelques
officiers, et surtout Wikam. Les éloges
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continuels qu'Elisabeth faisoit de ce der* mer , avaient éveillé les soupçons de
MîstrissGardiner qui îes observoit attentivement , chaque fois qu'elle les voyoit ensemble. La préfet ence qu'ils avoient l'un pour l'autre y étoît assez prononcée pour l'inquiéter un peu r sans qu'elle en conclut ce pendant qu'ils s'aimassent déj^à vivement. Elle résolut d'ennarler àElisa-
eth avant de quitter Longbonrn , et de lui représenter l'imprudence qu'il y avoit à encourager les assiduite's de
..Wikamv
Indépendamment des agrémens naturels que l'on se plaisoit à reconnoître en Mr. Wikam, il avoit encore d'autres moyens de plaire à MrslrissGardiuer, qui ayant habite' assez long-temps le Défaire avant de se marier, avoit des relations communes avec lui; et quoiqu'il eut peu habité ce comté depuis la mort de Mr. Darcy ? c'est-à-dire, depuis
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cinq ans , les nouvelles qu'il lui donuoit de ses anciens atnïs y étoient cependant encore plus fraîches que celles qu'elle en- avoit.
Mistriss Gardiner avoït vécu près de Pemberlèy, et avoit beaucoup connu de réputation le père de Mr. Darcy, c'eioit donc pour eux uû sujet de conversation inépuisable. Elle se plaisoil à comparer le souvenir qu'elle avoit conservé de.
Pemberley, avec la description détaillée que lui en faisoit Wikam t ainsi qu'à payer son tribut d'éloges à son ancien maître. Apprenant de quelle manière il avoit été traité par le nouveau Mr.
Darcy , elle eh e relia à se rappeler quelques traits du caractère qu'on lui reconnoissoit lorsqu'il étoit enfant , qui pût avoir rapport à celui qu'on lui reconnoissoit maintenant. Enfin elle crut se souvenir qu'elle avoit entendu dire que Eiiz.WilliamDarcy étoit un petit garçon £fir et méchant.
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