‹ Orgueil et Préjugé, Volume 2Chapitre 13 sur 34 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Mriii<M*M*

JVJ istriss Gardiner saisit la première occasion qu'elle eût d'être seule avec Elisabeth , pour lui dire franchement ce qu'elle pensoit sur Wikam, et termina

ainsi :

Vous êtes trop raisonnable , ma

chère Lizzy , pour vous imaginer que vous avez de l'amour pour un homme, simplement parce qu'on vous a avertie d'y prendre garde; c'est pourquoi je n'ai pas craint de vous en parler à cœur ouvert 5 ce que je vous dis, je le pense sérieusement ; ne vous engagez point , et ne l'entraînez pas lai-meme a s engager dans une inclination que le manque de fortune r endroit très -malheureuse.

Je n'ai rien à dire contre lui , c'est un jeune homme intéressant, et s'il possedoit la fortune qu'il auroit dû avoir , je . pense que vous n'auriez pu mieux faire que de l'épouser ; mais cela n'étant pas, vous ne devez point vous laisser entraîner par votre imagination. Vous avez du jugement 5 nous espérons tous que vous en ferez usage. Je suis sûre que votre père compte sar votre raison 5 vous ne tromperez pas son attente.

Tout cela est vraiment bien se-.

rieux, ma chère tante.

Oui , et j'espère vous engager à y mettre du sérieux aussi.

Eh bien ! soyez donc sans inquiétude ; je prendrai soin de moi et de Mr.

Wikam , et s'il devient amoureux , c'est que je n'aurai pas pu l'en empêcher.

— Elisabeth , vous ne parlez pas sérieusement dans ce moment.

Je vous demande pardon, ma tante,

et je vous le prouverai. Je n'ai point encore d'inclination pour Mr. Wikam ; c'est cependant l'homme le plus aimabl* que je connoisse,et s'il s'attachoit vra.-

meut à moi 3e sens qu'il vaut

mieux que cela ne soit pas; j'en vois tous les inconvénient Oh'- l'abonvinable Mr.

j} arcy ! La confiance de mon père

me fait honneur , je serois bien malheureuse de la perdre. Mon père Immême cependant est prévenu en laveur de Mr. Wikam. Enfin , ma chère tante, je serois bien fâchée d'être une cause de chagrin pour aucun de vous. Ma.s puisque l'on voit tous les jours que le

,= A* fortune n'empêche pas les manque de loriuuc « t

iennes gens d'avoir des mclmauons , puis-je vous garantir d'être plus sage Le tant d'autres? L'amour ne ra.sonne L , tout ce que je puis vous promettre

c'est de ne rien précipiter. Je ne permettrai point » mon imagination de

me persuader -que je suis l'objet de Famour de Mr. Wrkara ; pourvu que je jouisse de sa société , je ne souhaiterai rien de plus. ^'est-ce pas tout ce que Ton peut exiger de moi?

— Peut-être vaudroh-il encore mieux ne pas l'engager a venir si souvent îcu Au moins, n'excitez pas votre mère à

l'inviter.

— Comme j'ai fait l'autre jour , -n'est-' L ce pas? dit Elisabeth en souriant; c'est

vrai , je ferois mieux de m'en abstenir.

mais ne croyez pas qu'il vienne souvent à l'ordinaire. C'est -à votre occasion qu'il a été invile si fréquemment cette semaine ; vous savez que ma mère pense qu'il faut toujours avoir du monde pour amuser les amis que l'on a chez soi.

Je vous promets de me conduire avec toute la sagesse et la raison possibles.

A présent êtes- vous satisfaite?

Sa tante l'assura qu'elle l'étoit , et

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ORGUEIL ET PRÉÏ0&&

Elisabeth, l'ayant remerciée de sa bonté, elles se séparèrent. C'étoit un exemple bien rare d'un conseil donne sur un pareil sujet qui fut reçu sans humeur.

Mr. Collins revint dans le Herlfordshire peu de temps après après que les Gardiner et Jane en furent partis; mais cette fois U ne dérangea pas beaucoup Mistriss Bennet. 11 alla demeurer à Lucas-Lodge; le moment du mariage spprochoit; Mistriss Bennet commencent enfin à croire qu'il auroit lieu 5 elle ■ail oit même, jusqu'à répéter souvent, qu'elle souhaitoit qu'ils pussent être heureux ensemble,

Jeudi de voit être le jour de la noce, «t mercredi Miss Lucas fit sa dernière visite à Longbourn. Lorsqu'elle se leva pour prendre congé , Elisabeth , honteuse de la manière peu aimable dont sa mère lui avpit souhaité tout le bonheur possible , et d'ailleurs un peu émue

m' écrirez tres-

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«lie -même, l'accompagna hors de la chambre. Charlotte lui dit en descendant l'escalier;

J'espère que vous souvent, Elisa?

Certainement.

Et j'aurai encore une autre grâce à vous demander ^ c'est de venir nie voir.

— J'espère que vous-même viendrez souvent dans le Herifordsliire.

Je ne quitterai pas le Comté de Kent de quelque temps probablement, ainsi promettez-moi de venir àllunsford.

Quoique cetie visite fût peu agréable \ Elisabeth, elle ne put pas refuser la demande de son amie.

— Mon père et Maria doivent venir me voir au mois de Mars, ajouta Charlotte , j'espère que vous consentirez à les accompagner. Je vous assure, Elisa, que votre visite me rendra fort heureuse.

Torn, IL 5

OUGUEIIi ET PRÉJUGE.

La noce se fit, et les époux partirent pour &em en sortant de l'église. Ce mariage fut pendant long-temps le sujet de toutes les conversations. Elisabeth reçut bientôt des nouvelles de son amie., et leur correspondance fut aussi activeet aussi régulière qu'elle eût pulamais l'être, mais il n'y avoit pas amant de confiance et d'abandon 3 Elisabeth ne lui éenvoit jamais sans éprouver que les liens d'une véritable intimité étoîent rompus, et quoiqu'elle fût bien décidée à ne pa»

cesser cette correspondance , elle ne la continuoit que par égards pour ce qu'elle

avoit été autrefois.

L *s premières lettres de Charlotte furent reçues avee assez d'empressement; il y avoit'une certaine curiosité de savoK ce qu'elle diroitde sa nouvelle demeure, si Lady Catherine loi plaira , s' elle oseroit parler de son bonheur. A ehaqae nouvelle lettre de Charlotte , Elisabeth

©HGlTEttj ET ntTÊJUGÊ. g^

^voyott quelle s'esprirnoit sur tous ces sujets justement comme éïîe Tavoit prévu. Elle écrivoit paiement, ne paroissdit entourée que de choses agréables , et îouoitioutce dont elle parloit; la maison, les meubles, le voisinage, -les chemins même, tout étoit de son goût. 'La conduite de Lady Catherine éloit amicale et obligeante. C'ëtoient les mêmes descriptions , de Rosing et de Hunsford , que celles de Mr. Collins , mais J modifiées par la raison. Elisabeth vit qu'elle devoit attendre d'y avoir été elle-même pour juger du reste.

Jane avoit déjà écrit à Elisabeth, pour lui apprendre son heureuse arrivée à "Londres, et celle-ci espéroit que dans sa première lettre elle pourroît lui dire quelque chose de Bindley.

L'impaiienGeavecîaquene elle attendoit cette seconde lettre, fut mal payée. Jane avoit passée une semaine à Londres sans

chèrement

JOO OllGUEIL ET PRÉJUGÉ.

avoir seulement entendu parler de Caroline. Elle cherchait cependant à excuser son silence , en supposant que la dernière lettre qu'elle lui a voit écrite de Longbourn, ne lui e'toit pas parvenue.

Ma tante, ajoutoïl-elîe, doit aller demain dans GrosvetJOW Street, je saisirai cette occasion pour aller voir Caroline.

Après celte visite, Jane lui ëcrivoU:

« J'ai trouvé Caroline moins gaie qu'à Neiheifield; elle a e'té bien aise de nie voir, et m'a fait des reproches de ne lui avoir pas mande mon arrivée à Londres ; j'avois donc bien deviné que ma dernière lettre ne lui etoit point parvenue. 3'ai demande des nouvelles de son frère; il est bien, mais tellement occupé avec Mr. Darcy qu'à peine îe voyent elles. Elle me dit qu'elle au endoit Miss Darcy à dîner 5 j'aurois désiré ïa voir. Ma visite o'a pas été longue, Caroline et Mistriss Hurst devant sortir.

3 e c r ois qu ? e lies v i e a dr on t me v oity »

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pp*

Elisabeth secoua la tête, elle fut dèslors convaincue que ce ne seroif que par h a s a r d q u e B i n gl ey d éeo u v rir oï t q u e Jïj n e étoit à Londres. Quatre semaines s'étoient déjà écoule'es , et Jane ne l'a voit point encore vu; elle s'efforçoit de se persuader qu'elle n'en a voit pas de regrets, mate elle ne put s'abuser longtemps sur la froideur de MUsBingley; après l'avoir attendue tons les matins pendant quinze jours, et avoir inventé tous les soirs un nouveau prétexte pour excuser ce retard, elle la vit ealin arriver; maïs sa visite fut si courte et ses manières si différentes de ce qu'elles e'toïenl antrefois , que Jane ne pût s'aveugler plus longtemps. Là lettre qu'elle ecrivoit à sa sœur à celte occasion , montroit tout ce qu'elle pensoit.

« Ma chère Lizzy sera, j'en suis bien sûre , incapable de triompher à mes dépens , lorsque je lui avouerai crue je mfc

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ORGUEIL ET PKéïXJGâ

suis trompée sur l'a mi lié que je croyoîs avoir inspirée à Miss Bingley. Mais, ma chère sœur , quoique l'événement ait prouvé que vous aviez raison y ne nie croyez point obstinée , si je trouve , en réfléchissant sur ce qui s'est passé, que ma confiance étoli aussi naturelle que vos soupçons. Je ne peux comprendre encore quels étolenl ses motifs pour vouloir être, liée avec moi, et si les mêmes circonstances se représentoient^ je suis sûre que je serois encore trompée. Caroline ne m ? a rendu ma visite qu'hier; je n'avois pas reçu un seul billet d'elle pendant tout ce lemps. Il est bien clair qu'elle ne se faisoit pas le moindre plaisir de me voir. Elle m'a fait de légères et. brèves excuses de n'être pas venue plutôt; elle n'a pas dit un mot poin* «l'engager à retourner chez elfe j.

enfin elle est si changée que je suis décixlée à ne pas entretenir dos rela-

OtlGtrEIIi ET

ï'ïtjc ë.

tîons plus long- temps. Je la plains, quoique je ne puisse m'empêcher de la blâmer ; elle a en très-grand tort de me distinguer , comme elle Fa fait. Car je puis dire avea sincérité que c'est elle qui a fait toutes les avances; mais je ki plains, parce qu'elle doit sentir qu'elle s'est mal conduite , et je suis trèssûre que l'inquiétude qu'elle a sur son frère en est la cause ; quoique nous sachions que celle inquiétude est sans fondement ; cependant , si elle Vé^ proùve réellement', cek suffit pour expliquer sa manière d'être à mon égard.

11 est si naturel qu'elle préfère son frère à tout, que ce sentiment doit l'excuser; mais je ne puis que m'étouuer, qu'elle ait encore de pareilles craintes ; s'il pensok a moi le moins du monde^il y a long- temps qu'il au r oit che relie à me voir; je suis presque sûre, d api es c% qu'elle a dit, qu'il sait que je suis à

lo'k

OKGXTEIIi ET PRÉJUGÉ.

Londres. Cependant il semblèrent, dansK lonie sa manière , qu'elle cherche à se persuader qu'il aime Miss Darcy !

Enfin je n'y comprends rien; quelquefois , si je ne craignois pas de porter un jugement téméraire, je seruis tentée de croire , qu'il y a quelque intrigue 1À- dessous. — Mais je veux éloigner toute idée pénible, ei ne penser qu'aux choses qui me rendent heureuse, à votre tendresse, et à la constante bonté que me témoignent mon oncle et ma tante, Ecrivez-moi bientôt. MissBingley a bien dit quelques mots sur ce qu'ils ne retourneroienl jamais à Nélherfield, et sur ce qu'ils alloient rendre la maison ; mais elfe n'en avoit pas l'air parfaitement sûre, nous ferons mieux de n'en pas parler. Je suis charmée que vous ayez de bonnes nouvelles de nos amis de Hunsford. Je pense que vous irez les voir s avec sir Williams et

vm^rifii

ORGUEIL ET PÏU$JtT£lL

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Marie; vous leur ferez un grand plaisir ei vous vous y trouverez fort bien.

Votre , etc. etc .

Cette lettre fît delà peine à Elisabeth, cependant elle se sentit soulagée par J'idée qu'au moins Jane ne seroit plus la dupe de Miss Bingïey. Quant au frère , on ne pouvoit plus rien en espérer ; elle ne désiroit pas même, qu'il recommençât ses assiduités auprès de Jane, Son caractère avoit trop déchu dans sod

opinion, et autant pour sa punition , que pour le bien de Jane , elle souhaitoit sincèrement qu'il épousât bientôt' ïa sœur de Mi\ Darcy ; d'après ce que lui avoit dit Mr. Wikam, il ne tarderont pas à regretter vivement celle qu'il avoit abandonnée.

Dans le même temps Misiriss Gardiner rappela à Elisabeth ce qu'elle lui avoit promis, et lui demanda de ses aouvellesj ce qu'Elisabeth lui en dit ,

lo6, OÏLGUErL ET FKE.fU

dm Satisfaire sa tante plus qu'elle-même;:

les assidu! tes de Mr. Wikam avoiem beaucoup diminué; il étoil l'adorateur d'une autre* femme,, Elisabeth a^oit trop de pénétration pour ne pas s'en être aperçue , mais elle ne pouvoit en être.

témoin et récrire , sans éprouver un.

vif chaerin. Son cœur o'avoit été que léécrément atteint, mais sa vanité avoit été fort satisfaite de l'idée qu'il Pauroit choisie, si la fortune le lui avoit permis^ Un héritage de dix mille livres, étoit le, charme le plus puissant de la jeûna personne à laquelle Wikanx faisoil sa cour dans ce moment ; Elisabeth moins cîairvovante peut-être dans ce cas- ci que dans celui où s'éioit trouvée Char* lotte, ne Fén estimoit pas moins pour.

son- dé*ir d'être indépendant : au contraire , rien ne lui paroissoh plus nature!,, et tant qu'elle pût croire qu'il ne J'a^ Tsandonjaoilr qu'à regret , elle fut trefo

yj.

GHGUEIIi ET PR

disposée à irouverqu'iiagïssoiteohomme sage et raisonnable , et elle souhaita sincèrement qu'il fut heureux. Tout cela e'ioit expliqué fort au long à Misiriss Gardiner; enfin après avoir raconte jusqu'aux moindres circonstances, elle ajou* toit: «Je suis convaincue à présent ma chère tante, que je n'ai jamais eu vraiment de l'amour pour lui ; car s'il m'avoit fait éprouver celle passioa, je ne pourrois pas même entendre prononcer son nom , et je loi souhaherots tous les maux possibles. Non-seulement les seotimens que j'ai pour lui sont pleins de cordialité, mais je me sens aussi beaucoup d'imparùalitéàréî/ard deMiss Eàm.

Je ne la hais point, même je la crois «ne assez bonne personne. Il n'y a donc pas d'amour dans mon fait ! Ma vigilance a eu un bon résultat, et quoique je fusse peut-être âesem^ plus intéressante aux jeux, de tous nés amis si

CUCrEII; ET PRÉJUGÉ.

p Pavois aime éperdnment, je puis dirô que je ne r.egictie pas le relief que cela ra'auruii donne; on l'achète soin enl irop cher. Kytty el Lydie prennent sa défection beaucoup plus à cœur que moi; mais c'est qu'elles sont jeunes et qu'elles ne sont pas encore faites à la mortifiante idée, qu'il faut que les jeunes gens les pins beaux el les plus aimables aient de quoi vivre, comme les autres. «

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