CHAPITRE XL
t^etle invîiation faisoit triompher CoîStns. Tout ce qu'il désiroit le- plus r éioit une occasion de rendre ses hôtes témoins de lu grandeur de sa patron© et de leur faire remarquer sa politesse pour lui et pour sa femme. Cette occasion qui se presentoil si prompiement , en oit une nouvelle preuve de la bonté de Lady. Catherine qu'il ne se lassoiî;
point d'admirer;
Jfavone, dïsoit-il, que je n'aurois point été surpris que sa seigneurie mv& eiii invités dimanche a prendre le the «t à passer la soirée à Rosi n g , et même eonuoissant son affabilité , j.e m'y attende"! s - mais qui auroit pu prévoir une attention comme cclie-ci? Qui auroit
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pu prévoir que nous recevrions une invitation (et surtout une invitation qui comprend toute la société) pour y dîner si peu de temps après votre arrivée?
— J'en suis moins surpris que vous , repondit Sir Williams, à cause de l'habitude que j'ai de la manière d'agir des grands, habitude que nia position m'a mis à portée d'acquérir ; ces manières nobles sont très-communes à la cour.
A peine parla-t-on d'autre chose tout le jour et le lendemain que de ce dîner àRosing, Mr. Collins les prépara soigneusement à tout ce qn'ils dévoient voir, afin que tant de beaux salons, tant de domestiques , un dîner si splendide , et tant de rares choses, ne les étonnassent pas trop] lorsque les dames se préparèrent pour aller s'habiller ,.. il dit à Elisabeth :
— Ne vous inquiétez pas trop de votre toilette; ma chère cousine, iadyCathe-
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î5a ORGUEIL ET PREJUGE.
rine esl loin d'exiger de nous la même élégance qu'elle a, elle et sa fille. Je vous conseille seulement de mettre ce que vous avez de mieux en fait de vêtemens; il n'y a pas hesoin d'autre chose.
Ladv Catherine ne preadra point mauvaise opinion de vous , parce que vous serez simplement velue ; elle aime au contraire que l'on conserve la distinction; d
es. rangs.
• Pendant qu'elles s'habilloient , il vint trois ou quatre fois frapper à toutes les.
port es , pour leur recommander de se dépêcher, parce que Lady Catherine u'aimoit pas qu'on la fit attendre pour dîner, Tant de reçus sur sa Seigneurie et tout ce qui l'entouroit, finirent par intimider tout-à- fait Marie Lucas, qui étoit en accoutura ée au grand monde, et qui.
pcnsoit à son introduction à Rosing avecautan l d'c motion que son père en a voit eu jadis pour sa présentation à Si. James.
ORGUEIL ET PREJtT&ii.
Le temps étoit fort beau , et il n'y avoit qu'on demi nulle à faire à travers.
le parc pour arriver à la maison de Lady Catherine* Chaque parc a ses beautés et ses points de vue, et Elisabeth vit beaucoup (les choses qui lui plaisoieuî quoiqu'elle ne pût pas être dans un ravissement continuel y comme Mr. Collins l'a u roi t désire ; elle écoutoit surtout fort peu attentivement Pénumérarion des fenêtres de la face de la maison , et le compte qu'il faisoit de ce que tous les vitraux avoient originairement coûté à Sir Lewis de Bourgh.'
En montant les marches du vestibule la frayeur de Maria augmentoit à chaque pas. Sir Williams lui-même n'avoit pas l'air très-rassuréi Le courage d'Elisabeth ne l'abandonna point. Elle n'avoit pas une si bauve idée du mérite de Lady Catherine ? et pensoit tju'elîe pourvoit
soutenir s.^s terreur 1 éclat de sou rang et. de sa fortunes
l54 OItGUEIXi ET préjugjL
Lorsqu'ils furent dans le vestibule dont Mr. Coîlins se bâta de leur faire remarquer les belles proportions, ils trouvèrent un domestique qui les conduisit à travers un long amichambre,.au salon ou etoient Lady Catherine , sa fille et Mistriss Jen^ kinson. Sa Seigneurie se leva avec beaucoup d'affabilité pour les recevoir , et comme Mistriss Collins eloil convenue avec son mari que ce seroit elle qui pre'senteroit son amie et sesparenSj elle le fit d'une manière très- convenable ?
sans aucuns de ces remeicîmens et de ces excuses qu'il auroit crus uès-nécessaires.
Maigre sa présentation- à 5t. Jameset son habitude de la cour et des grands,.
Sir Williams fut tellement intimide par î'air de grandeur qui Tenlouroit 9i qu'il n'eut que la force de faire, un profond
salut , et de prendre un siège sans pouvoir prononcer une parole. Sa fille étoit
sî. effrayée qu'elle s'assit sur îe bord de sa chaise , n'osant pas lever îes yeux.
Elisabeth qui n ? avoit aucune émotion ,, put observer tranquillement ks trois dames qui étoient devant elle. Lady Catherine etoit une grande femme assez forte , avec des traits prononcés qui avoient été beaux jadis, son abord n'étoit
pas assez prévenant et ses manières assez engageantes pour faire oublier à ses botes l'infériorité' de leur rang. Elle ne gardoit point un silence gjacia! , mais tout ce qu'elle disoit , étoit prononcé d'un ton si plein d'autorité et d'importance , qu'Elisabeth se rappela a l'instant l'opinion de Mr. Wikam , et les observations qu'elle fit. elle-même, la convainquirent que Lady Catherine étoit bien telle qu'il fa lui avoit dépeinte.
Après avoir bien observé la more , enqui elle crut reconnoître quelques rapports avec Mr. Darey dans Le j>ort et*
1 5& * ORGUEIL ET WÊdàrUÔÈft
la contenance, elle tourna ses yeux sur îa fille et partagea presque Pétonnement de Marie , en la voyant si maigre et si petite. Il n'y avoit aucune ressemblance entre ces deux dames, ni dans la taille, uidanslaRgure;Miss de Bourgbétoit pâle et avoit Pair malade, ses traits, quoique délicats, étoient insignifians, elle parlait fort peu à yoix basse , et presque toujours avec Misiriss Jenlunson , dont Pextérieur n'avoit rien de remarquable 9 .
elle étoit sans cesse occupée à l'écouter et à lui placer un écran devant les yeux ou un tabouret sous les pieds.
Lorsque les habitans de Hunsford eurent été assis quelques instants, on les conduisit tous à une fenêtre pour admirer la vue ; Mr. GoJlins leur en faisoit remarquer toute la beauté , et Lady Catherine ne se lassoil point de leur assurer qu'elle étoit encore plus belle en été'.
ORGUEIL ET PRÉJUGÉ. lS 1 ?
Le* dîner fut fort beau , i\ y avoit bien tous les services et tous les laquai* que Mr. Coîlins avoit annoncés ; et eomme il l'avoit aussi prédit, il prit sa place au bout de la table , d'après le désir de sa- Seigneurie, lî découpoit , mangeoitetlouoil tout avec un plaisir parfait; chaque mets e'toit recommande à son tour d'abord paF Mr. Coîlins, et ensuite par Sir Williams, qui avoit assez recouvert l'usage de ses sens pour pouvoir répeter ce quedisoitson gendre; Elisabeth s'élon- Doit que Lady Catherine eût la patience de supporter tout cela, au contraire ?
elle paroissoii trcs-flatiée de leur extrême admiration , et soûrioit fort gracieusement, surtout lorsque quelques mets sembloient être nouveaux pour eux. La conversation e'toit loin d'être animée j Elisabeth auroit cause' très-volontiers, si elle en avoit eu l'occasion, mais elle été placée entre, Charhme et Miss de
©TKÏUUIL ET FttJEJ UG K,
Bonrgh; la première étoit tome occupée à écouter Ludy Catherine, et t'a dernière ne lut dit pas un mot pendant tout le temps du dîner» Mistibs Jenkinson ne
paroissoit l'aire attention qu'à ee que roangeoit Miss de Bourgb, se plaignant qu'elle avoit pru d'appëiit, la pressant éimsàyâr d'aunes plats et, craignant qu'elle ne fût indisposée. Marie avait peur de parler mal-à-pt opos et n'ouvroit pas la bouche.
Lorsoue les dames retournèrent au
salon, il fallut écouter Lady Catherine, qui paria sans interruption jusqu'au moment où le café arriva , énonçant son opinion sur tous les sujets,, d'union qui prou voit qu'elle n'étoït pas accoutumée avoir discuter Jes jugeroens qu'elle porloit. Elle s'informoit familièrement et fort en de'taii des affaires domestiques de Charlotte et lui donaoit beaucoup de conseils sur la manière dont elle de-
GRGLTEIL ET PRÉJUGÉ. 3f%
voit se conduire ; elïe lui indiquoît comment chaque chose devoît se faire dans un aussi petit me'noge que ls sien , et poussoit ses instructions jusque sur les soins qu'dfaîloit donner à la basse-cour, au troupeau etc. etc. Elisabeth < s'aperçut que rien de ce qui pouvoit lui fournir l'occasion de diriger les autres, n'éloit indigne de l'attention de cette grande dame ; elle iuterrompoit quelquefois sa conversation avec Mislriss Cuiîins , pour adresser une foule de questions k Marie et à Elisabeth , mais particulièrement à cette dernière, dont elle connoissoit moins tes relations et qui paroissoit une douce et jolie personne comme elle en faisoit l'observation à Mistriss Golïins. Elle lui demanda à plusieurs reprises, combien elfe avoit d« sœurs? si elles étoient plus jeunes ou plus âgées qu'elle ? s'il y en avoit qui dussent bientôt s« marier? si elles etoient
orgudiIj. et prkjugj;.
Jolies? quelle espèce d'équipage son jïère a voit? que! étoii le nom de la mille de sa mère? Elisabeth seul oit fort bien l'impertinence de toutes ces questions; cependant elle y répondoit avec calme* — La terre de votre père est, je crois, substituée à Mr.Collins? lui disoit Lady Catherine. J'en suis bien aise pour vous, ajomoit-elle , en se tournant versCharlotte, mais d'ailleurs je trouve très-injuste de priver par des substitutions les lignes féminines de la possession des terres.
Ce n'etoit point ainsi qu'on agissoit dans la famille de Sir Lewis de Bourgh.
Chantez- vous , jouez-vous du piano, Miss Benne i?
Un peu.
Oh! alors une fois ou une autre, nous aurons le plaisir de vous entendre ; notre instrument est nu des plus parfaits; probablement il est supérieur à celui que vous possédez. Vous l'essayerez un jour..
Vos sœurs sont-elles aussi musiciennes?
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