‹ Orgueil et Préjugé, Volume 2Chapitre 2 sur 34 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

JLiE jour suivant fut témoin d'nne nouvelle scène à Longbourn. Mr. Collins fil sa déclaration dans toutes les formes.

Sa permission de séjour ne s'éiendant pas au-delà du samedi suivant, il étoit décidé à ne point perdre de temps, el n'ayant pas la plus légère crainte d'être refusé, il prit une marche méthodique ^ n'oubliant aucune des formes, qu'il croyoil très-essentielles dans une affaire de ce genre-là. Trouvant donc Mistriss Bennet, Elisabeth et une de ses sceurs ' Tom* IL i

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cadettes, réunies après le déjeuner, il s'adressa à la mère, dans ces termes:

— Puis- je espérer > Madame , que vous m'accorderez voire intercession auprès de votre belle et aimable fille Elisabeth, si je sollicite d'elle une audience particulière dans le courant delà matinée?

— Elisabeth rougit de surprise^ et Mis»

triss Bennet se hâta de répondre.

"-Oui, certainement! Je pense queLizzy sera trop heureuse ! Je suis suie qu'elle

n'aura point d'objoctions : . . . . f — venez Kitly , montez avec moi. Elle rassemblait son ouvrage avec précipitation îorsqn'Elisabeih la rappela.

— Chère Madame, ne vous en allez pas. ...j je vous supplie de ne pas sortir Mr. Collms doit m'excuscr,

mais il ne doit avoir riea à me dire , que tout le monde ne puisse entendre.

Si vous sortez je sortirai aussi,

Non , non Liz?,y 5 quel enfantillage !

je désire que vous restiez. Voyant qu'Elisabeth avoh l'air fâchée et trèsemharrassée, et qu'elle cherchoit à s'échapper , elle ajouta : Lizzy j'insiste pour que vous restiez et que vous écoutiez Mr Collins.

Elisabeth ne pouvoit résister après Une injonction aussi précise , et un instant de réflexion lui fit comprendre que le parti le plus sage étoit de lâcher de s'en tirer le plus vite et le plus tranquillement possible, elle se rassit donc ?

et s'efforça en baissant la tête sur son ouvrage , de cacher l'ennui et l'embarras qu'elle éprouvoit. MistrissBennetetKuty s'échappèrent furtivement , et aussitôt qu'elles furent hors lie la chambre ? Mr.

Collins commença :

— Crovez, ma chère Miss Elisabeth, fjue loin de vous nuire, voire modestie ne fait qu'embellir encore toutes vos autres perfections. Vous auriez paru

moins aimable à mes yeux, si vous n'aviez pas fait celte légère résistance. Mais permettez- moi de vous as : urer, que j'ai l'autorisation de votre respectable mère pour m'adresser à vous. Vous ne pouvez me'connoître le but. auquel tend ce discours. Cependant je comprends que votre délicatesse naturelle doit vous en* gager à dissimuler; mes assiduités ont été trop marquées, pour qu'on ait pu s'y tromper. Presque aussitôt que je suis entré dans cette maison, je vous ai choisie pour devenir la future compagne de ma vie; maïs avant de vous déclarer mes sentimens, il seroil peut-être plus convenable que je vous expliquasse mes raisons pour me marier j etsurtout, celles que j'ai eues pour venir dans le Hertfordshire, comme je Foi fait , dans l'intention de choisir une femme.

Mr. Collins développant ses senti* mens, avec un calme si solennel, donna

teîîement envie de rire à Elisabeth, Qu'elle ne put pas profiler de la petite pause, qu'il \enoit défaire, pour prendre la parole; il continua ainsi.

— Mes raisons ponr me marier sont:

î.° que je trouve convenable, que tout ecclésiastique, qui esl à son aise comme je le suis, donne dans sa paroisse l'exemple du mariage, 2.° que je suis convaincu, qu'il ajoutera beaucoup à mon bonheur.

5.° J'aurois dû peut-être mettre cette raison, la première: c'est le conseil, et la recommandation particulière, de la très-noble dame que j'ai l'honneur

d'appeler ma patronne. Deux fois elle a eu la condescendance de me faire connoître son opinion sur ce sujet , et même sans que je le lui eusse demandé t et la dernière fois c'etoit positivement le samedi soir, avant que je quittasse Hunsford, entre deux parties de quadrille pen-

dant que Mrs. Jenkinson rangeoît le tabouret sous les pieds de Miss de Bourg, elle me dit : Mr. Collins, il faut vous marier ;un ecclésiastique t doit se marier, mais choisissez bien. Prenez une femme qui puisse me dooner de l'agrément ainsi qu'à vous; que ce soit une personne acûve, laborieuse, qui n'ait pas elé élevée avec beaucoup de soin et de recherches , mais qui vous apporte un bon revenu. Voilà mon avis; cherchez cette femme, amenez-la à Hunsford et j'irai la voir. Permettez- moi d'observer en passant, ma belle cousine, que la protection de Lady Catherine de Bourg n'est pas moins un des moindres avantages que je puisse offrir. Vous trouveverez son ton et ses manières 7 au-dessus de tout ce que je puis vous dire , et je ne dôme pas que votre esprit et votre vivacité ne lui soient fort agre'ables, surtout lorsqu'ils seront modifies , par le

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OIKrTTEÏL ET Pli 13 JUGE,

respect , et le silence que son rang vous imposera inévitablement. Voilà sur queîs motifs sont fondées mes ide'es générales en faveur de ce mariage. Il me reste maintenant à vous dire pourquoi j'ai tourné les yeux sur Longbourn pour y chercher une femme plutôt que sur Hunsford , 011 il y a je vous assure des jeunes personnes fort aimables: étant destiné à hériter de cette terre, après la mort de votre très- honore' père , qui vivra encore cependant bien des années, j'ai voulu choisir ma femme parmi ses filles, afin qu'au moment de ce triste événement (qui> comme je l'ai déjà dit ne doit arriver que dans bien long temps)

la perle soit au moins, aussi légère que possible pour elles. Voilà le motif qui m'a conduit à vos pieds ma belle cousine , je me flatte qu'il ne me nuira point dans votre esprit. Et maintenant, il ne me reste qu'à vous assurer dans les termes

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les pîas énergiques de la violence de

H) on amourvQuant à la fortune elle m'est

parfaitement indifférente, et jp ne ferai

a votre père aucune demande qui y ait

rapport, parce que je suis parfaitement

sûr, qu'il ne me l'accorderoit pas, et

que mille livres au quatre pour cent

sera toute votre fortune , seulement

après îe décès de votre mèrej je serai

donc muet sur ce chapitre là, et je puis

vous assurer, que lorsque nous serons

maries , aucun reproche peu généreux

ne s'échappera de mes lèvres. — Il deve-

non cependant absolument nécessaire de

l'interrompre.

Vous êtes trop prompt , Monsieur , s'écria Elisabeth, et vous oubliez que je ne vous ai fait encore aucune réponse , permettez- moi donc, sans larder plus long-temps , de vous en faire une positive. Recevez mes remerciemens, pour l'honneur que vous me fiâtes, j'y suis très-sensible, mais je ne puis l'accepter.

OR GUE r ET PRÉJUGÉ.

—Ce n'est pas d'aujourd'hui, reprit Mr.

Collins, avec un geste solennel , que je sais qu'il est d'usage chez les jeunes personnes de refuser d'abord l'homma qu'elles ont l'intention secrète d'épouser, et souvent même le refus est répété une seconde et une troisième fois , ainsi je ne me laisserai point décourager et j'es- .père vous conduire bientôt à l'autel.

— Sur mon honneur! Monsieur, s'e'-

cria Elisabeth, voire espérance est fort extraordinaire après la déclaration que je viens de vous faire. Je vous assure, que je ne suis point de ces jeunes filles (s'il y en a ) , assez téméraires pour' risquer leur bonheur, en se faisant demander une seconde et une troisième fois. Je suis parfaite ment décidée dans mon refus.

Vous ne pouvez me rendre heureuse, et je suis convaincue que je suis peui-être la dernière femme an monde, qui puisse vous procurer le bonheur. Si voue amie

Lady Catherine me connoîssoît , je suis persuadée qu'elle ne nie trouvèrent sous aucun rapport, propre a remplir ses vues.

— Seroit-iï possible que Lady Cather rine, pensât de cette manière ? répondit gravement Mr. Collins. Non, je ne puis croie que sa seigneurie désapprouvât tout en vous ; vous pouvez être sûre que lorsque je la reverrai , je lui parlerai avec les plus grands éloges, de votr« modestie, de votre économie et de toutes VOS autres aimables qualités.

~— En vérité, Mr. Collins, tous les éloges que yous ferez de moi seront bien inutiles. Vous devez me permettre de me juger moi-même, et me faire l'honneur de croire ce que je dis. Je souhaite que vous soyez riche et heureux, et en refusant votre main , je fais ce qui est en

mon pouvoir, pour em

ne deveniez le contraire

er que vous

La proposition que vous m'avez faite , doit avoir satisfait la délicatesse de vos sentimens, à l'égard de ma famille, et lorsque le cas arrivera vous pourrez sans aucun scrupule prendre possession de la terre de Longbourn. Celte affaire , doit donc être considérée comme terminée j et se levant, en prononçant ces dernièresparoleseHeaîloit quitterla chambre lorsque Mr. Coîlins lui répondit: . —Quant j'aurai l'honneur de voiir entretenir de nouveau sur ce sujet, j'espère recevoir une réponse plus favorable que celle que vous venez de me donner. Je suis loin de vous accuser de cruauté dans ce moment, parce que je sais, comme je vous l'ai déjà dit, que c'est tin usage établi par les dames, de refuser un homme à la première demande; et peut-être même avez- vous déjà dit tout ce que la délicatesse do caractère féminin peut vous permettre pour encourager ma poursuite,

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Réellement, M. Collins, s'écria Elisa^ beth , vous m'embarrassez extrêmement , si tout ce que je vous ai dit jusqu'à présent vous paroit des encouragemens, je ne sais plus de quelle manière énonce*»

mon refus pour vous persuader que c'en est bien un.

Vous devez ma chère cousine, me permettre d'espérer que le refus que vous faites de ma main n'est qu'une formalité d'usage. Je vais vous dire en deux mots les raisons, que j'ai poar le croire; il ne me semble pas que ma main , ainsi que l'établissement que je vous offre soient à dédaigner. Ma position dans le monde, mes relations avec la famille de Bourg, ma parenté avec votre famille, sont autant de circonstances , qui plaident en ma faveur; et vous devez aussi réfléchir que malgré tous vos charmes, il n'est pas sûr, qu'on vous fasse jamais ane autre proposition de mariage • votre

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ORGUEIL ET rREJUGE

fortune est si modique , qu'elle nuira probablement à l'effet de votre beauté et de vos aimables qualités ; j'en dois doue conclure que vous ne me refusez pas sérieusement. J'aime mieux attribuer voire résistance au désir que vous avez d'eiciier mon amour, en le tenant en suspens comme font à présent les femme*

du bon ton.

— Je puis vous assurer, que je n ai aucune prétention quelconque à ceue espèce de bon ion qm consiste a tourmenter un homme respectable* Je vous remercie donc encore une fois , de l'honnewr que vous m'avez fait par votre proposition , mais il m'est impossible de l'accepter, mes senlimens me le défendent à tous égards. Puis* je parler plus clairement? Ne me considérez plus comme une de ces femmes du bon ton , qui

ta

auroit l'intenûon de vous tourmenter, mais comme une créature raisonnable, qui vous dil la vérité.

Vous êtes vraiment charmante

s'écria-t-il avec une galanterie pleine d'affectation et de gaucherie, el je suis persuadé que lorsque mes offres seront appuyées par l'autorité de vos excellens parens, elles seront acceptées prompteroent.

Elisabeth vit qu'il étoit inutile de vouloir combattre une telle obstination à se tromper soi- me oie; elle se relira en silence, déterminée, s'il persistoit à regarder ses réponses comme des encôura^emeus, à s'adresser à son père 3 dont le refus po*silif ne pourroit pas au moins être pris pour l'affectation et la coquetterie d'une femme du bon ton.

ORGUEIIi ET PREJUGE.

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