ORGUEIL %% PREJUGE
venu plusieurs fois an Presbytère , mais ou n'avoit revu Mr. Darcy qu'à l'église.
fut
invitation lut acceptée comme on le fatsoit toujours, car on n'iruaginoh pas pouvoir jamais refuser, et à l'heure convenable, toute la famille de Hunsford arriva dans le salon de Lady Catherine.
Sa Seigneurie les reçut poliment , mais il etoit clair que leur société ne lui etoit point si agréable que lorsqu'elle étoit seule ; elle etoit toute occupée *de ses neveux , surtout de Darcv * qu'elle eniretenoit plus qu'aucune des autres personnes qui étaient dans la chambre.
Le Colonel Fbz- Williams parut char* mé de les voir; toutes les visites qui arrivoiem à Rosing , e'toiem pour lui une heureuse dUtraciioa , et la iolie
mie de ***. Collin, M pjauoii su,-
tout beaucoup. Il s'assir à côte d'elle, ra conversation roula sur les comtes
ri,
ORGUEIIi ET PRÉJUGÉ.
les
de Kent et de Heriford , sur voyages, sur la vie sédentaire, sur quelques livres nouveaux, sur la musique, etc. , il parla avec tant d'agrémcns qu'Elisabeth ne s'éloit jamais tant amusée dans cette chambre. Leur conversation étoit si gaie , si animée , qu'elle attira l'attention de Lady Catherine cl même celle de Mr. Darcy dont les yeux se tournoient fréquemment sur eux avec l'expression de la curiosité. Que ditesvous, Fiiz- Williams? s'écria enfin Lady Catherine à hauie voix : de quoi parlezvous? Que dites- vous, Miss Bennet?
de quoi est- il donc question?
Nous parlons de musique, Madame,
dit Fitz-WilUams , lorsqu'il ne put plus
éviter de répondre.
— De musique ! Oh, parlez plus haut, je vous prie; de tous les sujets c'est celui que je préfère. Je dois prendre part à votre conversation , car il y a peu
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de gens en Angleterre, je crois, qui jouissent plus de la musique que moi, et qui' en aientplusvériîaLIementle goût.
Sjjel'yvoisappnse,jeseroisdevenue d'une très-grande force; Arme aussi, si sa santé
lui avoit permis de s'y appliquer, je suis persuadée qu'elle auroit joué délicieusement. Georgina, a-t-elJe fait, des progrès , Darcj ?
Mr. Darcy assura que sa sœur avoit fait de très-grands progrès.
— Je suis bien aise d'apprendre cela, répondu Lady Catherine : dnes-lui de ma pari, je vous prie, qu'elle ne peut pas espérer de devenir forte , si elle ne s'exerce pas beaucoup.
— Je vous assure, Madame, qu'elle n'a pas besoin de ce conseil, elle travaille constamment,
--Tant mieux, elle ne sauroit trop Je fane , et lorsque je lui écrirai, je lui recommanderai de ne pas se négliger.
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Je répète fréquemment aux jeunes personnes que la supériorité dans la musique ne peut s'acquérir que par une pratique consume. J'ai dit pinceurs fois à Miss Bennet qu'elle ne joueioit réellement pas mal si elle s'exeiçoit plus souvent, et commoMistriss Col lins n'a point d'instrument , elle sera la très-bien reçue ici. Je lui ai dit de venir tous les jours jouer sur le piano qui est dans la chambre de Mistriss Jenkînson \ elle ne gênera personne dans celte partie de ht maison, vous comprenez?
Mr. Darcv eut l'air un peu honteux, de ce manque de tac» de sa Tante et ne répondit rien. Après 3e thé, le Colonel Fitz- Williams rappela à Elisabeth qu'elle lui avoit promis de jouer quelquechose , elle alla tout de suite s'asseoir au piano et il prit une chaise à côté d'elle. Lady Catherine écouta la moitié d'une ionjance } puis recommença à pailer
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à son a il ire neveu , jusqu'à ce que ce dernier, «'éloignant d'elle, s'avança vers !c piano et se plaça de manière à bien voir la belle musicienne, Elisabeth se tourna vers lui à la première pause, et lui dît avec un sourire malin:
— Vous espérez sans doute m'intimider, Monsieur Darcy , en venant ainsi d'un air si décidé à m'éconter? maigre
la supériorité de votre sœur, je n'aurai point peur; j'ai un certain entêtement
qui ne me permet pas d'être intimidée selon la volonté des autres. Mon courage augmente à proportion des efforts que Ton fait pour l'abattre,
— Je vous ne dirai point que vous vous trompez, car je sais que vous ne pouvez pas vous imaginer que j'ai l'intention de voua intimider 5 mais Taie le plaisir de vous connoître depuis assez long-temps, pour savoir que vous vous plaisez souvent k avancer des choses que vous ne croyez pas,
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Elisabeth se mit à rire de tout son cœur de cette peinture d'elle-même , et se tournant vers îe Colonel Fitz- Williams elle lui dit : — Votre cousin vousdonnera une charmante idée de moi; il vous enseignera à ne pas croire un mol de ce que je dis. Je suis bien malheureuse d'avoir rencontre quelqu'un si Fort en état de faire connoître mon véritable caractère, daos une partie du monde OÙ j'avois espéré me faire passer pour digne de foi. En vérité, Mr. Darcy, ii°est bien peu généreux à vous de raconter tout ce que vous avez appris sur mon compte dans le Herifordshire.
Permettez- moi aussi de vous dire que cela n'est pas prudent ; c'est me provoquer à user de représailles, et il pourroit en résulter des choses que vos parens aimeraient mieux ne pas entendre.
Je ne vous crains pas, dit-il en souriant.
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— Je vous en prie, s'écria le Colonel Fiiz- Williams, dites- moi de quoi vous l'accusez; je veux savoir comment il se conduit avec les étraneers.
— -Vous saurez donc. . . . Mais pre'parez-vous à «ne terrible accusation.
La première fois que je le vis , c'étoit dans le Hertfordshire à un bai , et que croyez-vous qu'il fît à ce bal? — Il ne dansa que quatre fois ! Je suis fâchée de vous faire de la peine , mais cela est ainsi ; il ne dansa donc que quatre fois, quoiqu'il y eût fort peu d'hommes et plusieurs jeunes personnes de ma connoissance sur les banquettes faute de danseurs. Mr. Darcy , vous ne pouvez nier le fait?
— Je n'avois l'honneur de connoître
que les dames avec lesquelles j'ëtois venu.
— C'est vrai! . . . Et l'on ne peut point se faire présenter dans un bal? JEh bien,
— — «. ÏM—
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Colonel Fiiz -Williams, que dois- je jouer?
mes doigts attendent vos ordres.
— Peut-être auroîs-je mieux fait de chercher à me faire présenter; mais je ne sais pas me mettre en avant , et me faire valoir aux yeux des étrangers.
— Demanderons nous à votre cousin Pesplication de ces paioles? dit Elisabeth à Fitz-Williams : lui demanderonsnous pourquoi un homme raisonnable, qui a reçu une bonne ëdu canon , qui a vécu dans le monde, ne sait pas se présenter devant des étrangers?
Je puis répondre a votre question sans avoir recours à lui, dit Fitz*Vviiliams; c'est parce qu'il ne veut pas s'en donner la peine.
Certainement, dit Darcy, je n'ai pas le talent qu'ont quelques personnes, de lier facilement conversation avec des cens qu'elles n'ont encore jamais vus; je ne puis, comme elles, saisir leur
genre d'esprit , ni avoir l'air de m'intéresser à ce qui les regarde.
— Mes doigts ne parcourent pas cet
instrument d'une manière aussi brillante que ceux de bien d'autres femmes, dit Elisabeth; ils n*out pas la même force, la même rapidité et ne produisent pas les mêmes effets 5 mais aussi je suppose que c'est ma faute , parce que je n'ai pas pris la peine de les exercer; je ne pense pas qu'ils eussent été moins capables que ceux des autres femmes de parvenir à une exécution supérieure.
Barcy sourit, ei dit : — Vous avez parfaitement raison, mais vous avez beaucoup mieux employé votre temps, et tousceux qui vous entendront , devront avouer qu il ne vous manque rien.
Ici ils furent interrompus par Lady Catherine qui les interpella pour savoir «e quoi ils parloient. Elisabeth se remit tout de suite à jouer, Lady Catherine
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s'approcha , et après l'avoir écoutée quelques minutes , elle dit à Darcy :
— Miss Beunet ne joneroil point mal
du tout
si elle s'exereoit davantage
et si elîe pouvoit avoir un maître de Londres. Elle a une bonne méthode, mais elle n'a pas autant dégoût qu'Anne.
Anne auroit été une délicieuse musicienne , si sa santé lui avoit permis d'apprendre la musique.
Elisabeth regarda Darcy pour savoir s'il approuvoit de bon cœur les éloges donue's à sa cousine , mais ni dans ce moment, ni dans aucun autre, elle ne put apercevoir le plus lé»er symptôme d'amour, et cependant de toute sa conduite avec Miss de Bourgh, elîe ne put tirer aucune conclusion en faveur de Miss Bingley.
Lady Catherine continua ses observations sur la manière de jouer d'Elisabeth , les entremêlant toujours de beau-
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coup de conseils sur le goût et l'exécution ; Elisabeth les reçut avec politesse , et à la prière des deux cousins resta au piano , jusqu'au moment où la voiture de sa Seigneurie fui prête à les remmener.
Tom. IL