‹ Orgueil et Préjugé, Volume 3Chapitre 2 sur 19 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

JLiES deux cousins partirent le lendemain de Rosing; Mr. Collins ayant été les attendre sur le chemin pour leur faire ses dernières salutations, revint chez lui, assurant qu'ils paroissoieul être en très bonne santé et en aussi bonne déposition d'esprit qu'on pouvoit l'espérer après la triste scène d'adieux qui devoit avoir eu lieu au moment de quitter Rosing. 11 se hâta d'aller au château pour consoler Lady Catherine et sa fille, et il en rapporta, à sa grande satisfaction , un message de sa Seigneurie qui se sentoil si maussade qu'elle dèsiroit que tous les habitans du Presbytère ■vinssent dîner avec elle.

Err revoyant Lady Catherine , Elis»-

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beth pensa que si elle avoit accepte lo main de Mr. Darcy, elle lui auroit été présentée probablement ce même jour comme sa future nièce, et elle sourit à l'idée de l'indignation qu'auroit éprouvé sa Seigneurie. Qu'auroil-elle dit? comment se seroit-elje conduite? étoient autant de questions qui atnusoient intérieurement Elisabeth.

La diminution de la société de Rosing fut le premier sujet de la conversation. Personne, disoit Lady Catherine, ne sent plus vivement que moi l'absence de ses amis ; je suis surtout fort attachée à ces deux jeunes gens, et je sais qu'ils ont pour moi tout le respect et l'affection possibles ; ils étoient extrêmement affligés, comme ils le sont toujours, de nous quitter. Le cher colonel s'est efforce de conserver sa gaieté jusqu'au bout, mais Darcy sembloit encore plus vivement afflige que Tannée dernière ; son-

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affection pour Rosing augmente, je crois, chaque jour.

Mr. Collins eul tout de suite un compliment et une délicate allusion à faire là-dessus, qui firent sourire avec bonté 2a mère et la fille.

Lady Catherine fit, après le dîner, l'observation que Miss Ben net n'étoit pas si gaie qu'à l'ordinaire ; elle en attribua la cause à la perspective de retourner bientôt chez elle , et elle ajouta ; — Si c'est ainsi, vous devriez e'crire à votre mère pour demander la permission de rester ici un peu plus long-temps , je suis sûre, que Mistriss Collins seroil charmée de vous conserver encore.

— Je remercie beaucoup votre Seigneurie de son obligeante invitation , dit Elisabeth, mais je ne puis l'accepter; je dois être à la ville samedi prochain.

— Pourquoi donc? Vous n'auriez alors passé que six semaines ici ; je pensois .

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cjue vous resleriez deux mois ; je l'avois dit à Mr. Collins avant voire arrive'e. 11 n'y a pas de raisons pour que vous vous en alliez si vile. MistnssBennet se passera bien encore de vous pendant une quinzaine de jours.

— Mais mon père ne le peut pas; il m'a écrit la semaine dernière de retourner auprès de lui le plutôt que je le pourrai.

— Oh! si votre mère peut se passer de vous, votre père le pourra bien aussi.

Les filles ne sont jamais absolument nécessaires à leurs pères; si vous voulez rester encore un mois je pourrois mener Tune de vous à Londres, où je compte demeurer une semaine au commencement de juiu ; comme Dawson n'a pas de répugnance à aller eu calèche, il y aura une place pour une de vous, et en vérité si le temps n'étoit pas trop chaud, je pourrois bien vous prendre toutes les

deux; vous n'êtes pas bien grosses ni Tune, ni l'autre.

— Vous avez bien de la bonté, Madame, mais je crois que nous devons nous en tenir à notre premier plan.

Lady Catherine parut alors en prendre son parti.

— Mistriss Collins, vous devriez les faire accompagner par un domestique.

Vous savez que je dis toujours ce que je pense ; je ne puis supporter que deux jeunes personnes voyagent toutes seules en poste ; c'est fort peu convenable; j'ai la plus grande aversion pour ces chosesla. Les jeunes femmes doivent toujours être accompagnées et surveille'es autant que le permet le rang qu'elles occupent dans le monde. Lorsque ma nièce Georgina alla à Ramsgate, l'année dernière, j'insistois pour qu'elle fût accompagnée par deux domestiques hommes. Miss Darcy, fille de Mr. Daicv de Pemberley

«t de Lady Anne , n'auroit pas parircontenablemeut d'une autre manière. Je le répète , je sois Irès-aUtentive à ces choseslà. Vous devriez envoyer John avec ces jeunes personnes, Mistriss Coilins. Je suis bien aise d'avoir eu l'occasion d'en parler, car réellement vous auriez tort de les laisser partir seules.

— Mon oncle doit nous envoyer ntr domestique j dit Elisabeth.

— Ah ! votre oncle ! Il a un domestique homme? Je suis bien aise que vous ayez quelqu'un qui pense à ces choseslà. Où changerez-vous de chevaux ? à Bomley sans doute. Si vous prononcez mon nom à la poste, vous serez vite servies.

Lady Catherine eut encore beaucoup de questions à faire sur leur voyage , mais comme elle y repondoit elle même, il n'étoit pas nécessaire de lui prêter une attention bien soutenue j c'ëtoit fort

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heureux pour Elisabeth, qui avoit l'esprit si préoccupé, qu'elle amoit pu ne pas répondre toujours parfaitement juste.

Il faut garder ses réflexions pour la solitude, aussi s'y abandonnoit-elle entièrement lorsqu'elle étoil seule , et il n'y avoit presque pas de jour où elle ne fît quelque grande promenade, pendant laquelle elle se livroit à des souvenirs qui, au reste, éloient peu agréables.

Elle savoil presque par cœur la lettre de Mr. Darcy , elle l'etudioit phrase par phrase , et ses sentimens pour celui qui Tavoit écrite n'étoient pas toujours les mêmes ; lorsqu'elle se rappeloil le style de sa déclaration, elle seotoit se réveiller toute son indignation ; mais lorsqu'elle réfléchissoit à son iojustice envers lui , et à tous les reproches qu'elle lui avoit adressés, sa colère se lournoit contre elle - même ; rattachement qu'il avoit pour elle lui iuspiroit de la reconnois-

sance , ei elle respectoit son caractère.

Cependant elle ne l'aimoit pas, ne regrettent pas un instant de l'avoir refusé et ne désiroil point le revoir. Elle trouvoit une source constante de chagrins dans la manière dont elle sVloit conduite , et un sujet de peines encore plus grand dans les malheureux défauts de sa famille , qu'il n'y avoit point d'espérance de pouvoir corriger : son père ne faisoit qu'en rire, et n'emplovoir jamais son autorité pour réprimer l'étourderie de ses sœurs cadettes, et sa mère avoit si peu le sentiment «des convenances, qu'elle ne pomoh les reprendre. Catherine, avec un caractère foible et irritable , entièrement sons l'influence de Lydie , avoit toujours mal reçu les avis de ses deux sœurs aînées ; Lydie étoil si étourdie et si obstinée, qu'à peine les écoutoit elle.

Elles étoient toutes deux vajnes , ignorantes et paresseuses- tant qu'il y aurait

un officier à Méry.ton, elles le recherchei oient , et tant que Mérylon setoit près de Longbourn , elles iroient s'y promener.

L'inquiétude d'Elisabeth à l'égard de Jane eloit un antre tourment. L'explication de Mr. Darcy , en réhabilitant Mr. Bingley dans son opinion, lui faisoit encore mieux seniir tout ce que Jane avoit perdu. Son amour éioit sincère , et sa conduite justifiée, à moins qu'on ne voulût blâmer l'extrême confiance qu'il avoit en son ami. Combien n'étoitil pas douloureux de penser que , par la folie et la sottise de sa propre famille, Jane avoit été privée d'une position si brillante à tous égards , et qui lui promelloit tant de bonheur !

La découverte du caractère de Wikam, se joignant à toutes ses réflexions, on peut aisément croire que sa gaieté en étoit fort altérée , et qu'il lui étoit

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même difficile de paroître sereine. Les engagemens à Rosing furent aussi fre'quens pendant la dernière semaine de Jeur séjour à Hunsford, qu'ils Favoientelé duraut les premiers temps. Ils y passèrent la soirée la veille de leur départ. Lady Catherine s'informa encore minutieusement des détails de leur voyage , leur donna des conseils sur la manière d'emballer leurs effets, et insista tellement sur les moyens Je bien ployer les robes, que Maria, à son arrivée, se crut obligée de refaire entièrement sa malle qu'elle avoit déjà faite dans la matinée.

Lorsqu'elles prirent congé , Lady Catherine leur souhaita un bon voyage avec toute l'affabilité qui la caractérisoit , et les invita à revenir l'année prochaine à Hunsford ; et Miss de Bourgh alla jusqu'à tendre la main aux deux jeunes personnes.

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