CHAPITRE IV
%^/e fut la seconde semaine de Mai que Jane , Elisabeth et Maria quittèrent Londres pour retourner dans le Hertfordshire. En arrivant dans la ville dé X**, où la voilure de Mr. Bennet les aitendoît, elles aperçurent à une fenêtre de l'auberge Lydie et Catherine qui étoienî venues à leur rencontre. Elles s ; amusoient à observer tous les mouvemens d'une sentinelle, et à préparer une salade de coneombies.
Après avoir embrassé leurs sœurs, elles les conduisirent en triomphe auprès d'une table couverte de tous les mets froids qu'elles avoient pu trouver dans l'auberge , et s'écrièrent : N'est-ce pas joli cela?n'est ce pas une surprise agréable?
— Nous avons l'intention de vous bien traiter, ajouta Lydie, mais il faut que vous nous prêtiez de rangent; nous avons dépensé tout le nôtre dans cette boutique. Je veux vous montrer mes emplettes : voyez , j'ai acheté ce bonnet !
Je ne le trouvais pas très joli , mais n'importe ; j'ai pense que je pouvois bien le prendre également. Lorsque je serai à la maison , je le déferai et je tacherai â J Gn faire quelque chose de mieux. Ses sœurs avouant qu'elles le trouvoient fort laid , elle ajouta avec une insouciance complète : Oh ! il y en avoit encore de bien plus laids dans celle boutique; mais lorsque j'aurai acheté de jolis rubans roses pour le garnir, il sera passable; et d'ailleurs , c'est bien e'gal quoi qu'on porte cet été, le régiment quille Méryton dans quinze jours.
— En vérité ! s'écria Elisabeth avec le plus vif plaisir.
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— - Us vont camper près de Btighton, et je supplierai bien mon père de nous y mener cet élé ; ce seroit un voyage délicieux, je crois qu'il ne nouscoûteroil pas grand chose. Maman a aussi grande envie d'y aller. Figurez-vous le triste élé que nous allons passer sans cela !
— Oui, pensa Elisabeth, ce seroit un voyage délicieux , et surtout bien convenable ! Grand Dieu ! à Biighton, au milieu d'un camp de soldats ! nous à qui un simple régiment de milice, et quelques bals à Meryton ont déjà fait tant de tort !
- — J'ai bien des nouvelles à vous apprendre, dit Lydie, lorsqu'on se mit à table j devinez ce que c'est ! ce sont d'excellentes nouvelles, de grandes nouvelles, sur quelqu'un que nous aimons tous ! Jane et Elisabeth se regardèrent, et meut signe au domestique qui les ser- Toit , qu'on n'avoit pas besoin de lui.
Lydie se mit 4 rire ei dit :
— Oh voilà bien votre prudence, vos pre'cautions ! Vous trouvez que le domestique ne doit pas nous entendre, coin aie s'il y pensoit seulement ! Je vous assure qu'il entend souvent des choses bien pires que celles que je vais vous dire.
Au reste, il est si laid , que je suis fort aise qu'il soit sorti ; je n'ai de ma vie vu un si long menton ! Mais venons- en à nies nouvelles , elles concernent le cher Wikam. Il n'y a plus à craindre qn'il épouse Mary King ! Elle est allée auprès de son oncle à Liverpool , où elle doit rester long- temps. Ainsi, Wikom est sauvé ! et vous pouvez reprendre de l'espérance.
— Et Mary King est sauvée , pensa Elisabeth, sauvée et sa fortune aussi!
— Elle est bien bête d'être partie , reprit Lydie , si elle l'aimoit.
— J'espère qu'il n'y avoit pas un alla-
chemenl bien vif d'un côté ; ni dePaulre ?
dit Jane.
— — Je suis sûre qu'il n'y en avoit pas du côté de Wikam et qu'il ne s'en est jamais soucié. Qui se soueieroit d'une laide petite personne toute tachée de rousseurs ?
Dès qu'elles eurent dîne et que les deux aînées eurent payé , on fit atteler la voilure. Ce fut avec bien de la peine uue toute la société, avec les malles, les paquets, les sacs d'ouvrage , et la fâcheuse augmentation des empiètes de Lydie et de ICitty, put enfin s'y placer.
— Comme nous sommes entassées', s'écria Lydie; je suis bien aise d'avoir acheté mon bonnet, quand ce ne seroit que pour avoir un en. barras de plus !
C'est égal; serrons-nous encore un peu pour être mieux , et causons et rions jusqu'à ce que nous arrivions à la maison ; pour commencer , racontez-nous tout
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ce qui vous est arrivé depuis voire départ. Avez-vous vu des hommes agréables? Vous ont-ils fait la cour? J'avois bien espère qu'une de vous, au moins, trouveroit un mari avant de revenir. Jane, vous serez bientôt une vieille fille ; vous avez presque vingt- trois ans. Ah! Seigneur, que je serois honteuse si je n'étois pas encore mariée a vingt- trois ans! Vous ne pouvez imaginer combien ma tante Phillips est fâchée que vous ne soyez pas encore mariées; elle dit que Lizzy auroit dû prendre Mr. Collins; moi je crois que cela n'auroit pas été très gai , très-divertissant. Ah! mon Dieu, que je voudrois être mariée avant vous toutes!
Alors je vous tenirois de chaperon dans tous les bals. A propos , nous nous sommes bien amusées l'autre jour chez le colonel Forster; nous devions y passer toute la journée Kitty et moi, et Mr.
Forster nous avoit promis qu'on dan-
seroil le soir ( par parenthèse je suis trèsbonne amie de Mr. Forster), il invita les deux Harriugton ; Harriet étoit malade , et Pia vint seule. Que croyez-vous que nous fîmes alors? Nous habillâmes le valel-de-chambre en femme , dans l'intention de le faire passer pour une grande dame; figurez- vous comme cela étoit divertissant ; il n'y avoit dans la confidence que le colonel Forster, sa femme, Kitly et moi, et puis ma tante, car nous fumes obligés de lui emprunter une robe. Vous ne pouvez vous imaginer quelle mine il avoit! Quand DennyyWU kam et Pralt et quelques autres encore arrivèrent; ils ne le reconnurent pas du tout. Ah! mon Dieu, comme j'ai ri; j'ai cru que j'en mourrois ; aussi cela fît soupçonner quelque chose à ces Messieurs, et ils devinèrent bientôt ce que c'étoit.
C'e'toit avec de tels récits de ses di-
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vertissemens et de ses plaisanteries avec ses amis les officiers, que Lydie, aidée de Kitty, cherchait à amuser ses sœurs pendant la route jusqu'à Longbourn.
Elisabeth écouloil peu; cependant le nom de Wikam , souvent répété, ne lui échappoit point.
Elles furent reçues très-tendrement par leurs païens. MLstriss JBennet étoit charmée de voir que Jane n'avoit rien perdu de sa beauté, et Mr. Bennet dit plusieurs fois à Elisabeth , pendant le diner :
— - Je suis bien aise que vous soyez de retour, Lizzy.
La sociéié fut très-nombreuse après le diner, car presque tous les Lucas vinrent pour chercher Maria. La conversation éloit fort animée. Lady Lucas demandoit à Maria, à travers la table, si la basse- cour de Mislriss Collins prospéroitj Mistriss Bennet faisoit raconter
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à Jane les modes du moment, et les répe'toit ensuite aux plus jeunes Miss Lucas; Lydie, d'une voix qui rétentissoit par-dessus toutes les autres , disoil à qui vouloit l'entendre, leurs plaisirs de la matine'e.
— Oh! Mary, disoit-elle, j'aurois voulu que vous fussiez avec nous; nous nous sommes si bien amusées! en allant, Kiuy et moi, nous voyions tons les aveugles qui se rangeoient sur notre passage ; et puis nous faisions comme s'il n'y avoit personne dans la voiture ; et nous aurions continué ainsi tout le long de la rouie, si Kiuy n'avoit pas été malade. En arrivant dans l'auberge, nous avons agi très- magnifiquement, car nous avons reçu les trois voyageuses avec le plus beau déjeuner froid du monde , et si vous étiez venue nous vous aurions régalée de même. Quand il a fallu revenir c e.iQJt une véritable comédie ; j'ai
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cru que nous ne pourrions jamais entrer toutes dans la voiture; j'ai pensé mourir à force de rire ; nous avons été si gaies pendant le chemin, nous parlions et nous rions si fort, qu'on auroit pu nous entendre à dix milles de là.
Mary répondit gravement :
Loin de moi, ma chère sœur, de
chercher à déprécier de tels plaisirs; ils ont sans doute beaucoup d'affinité avec le goût des femmes en général ; mais j'avoue qu'ils n'auroient aucuns charmes pour moi; je préfère infiniment un livre.
Lydie n'entendit pas un mol de celte réponse ; elle écontoit rarement les gens plus d'une demi-minute, et, pour Mary, elle ne l'écouloit jamais. Elle fut trèspressante, dans l'api es- mkii, pour engager ses sœurs à aller avec elle à Meryton voir ce qui s'y psssett ; mais Elisabeth s'y opposa fermement. Il ne sera pas dit, pensa-t-elle, que les Miss
Bennei ne peuvent pas éire une demijournée, après leur retour, sans courir après les officiers- elle craignoil aussi de revoir Mr. Wikam , et étoit décidée à l'éviter autant qu'elle le pourroit, jusqu'au départ du régiment.
Elle ne fut pas long-temps sans s'apercevoir que le projet d'aller à Brighton, dont lui avoit parlé Lydie à l'auberge, étoit le sujet de fréquentes discussions entre ses parensj elle vit que son père n'avoit pas la moindre intention de céder; mais ses réponses étoient si vagues, que sa mère , quoique souvent découragée , ne désespéroit cependant pas de réussir.
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