‹ Orgueil et Préjugé, Volume 3Chapitre 9 sur 19 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Jjjlisabeth elie r choit, non sans un léger trouble à découvrir Pemberley, et lorsque la voilure entra dans l'avenue, son cœur battit plus vite qu'à l'ordinaire.

Le parc étoit fort grand et très-varié ils y entrèrent par la partie la plus basse , et marchèrent pendant quelque temps, à travers un beau bois qui s'étendoit au loin.

L'esprit d'Elisabeth étoit trop occupé pour qu'elle pût prendre part à la conservation, niais elle admiroit tous les endroits remarquables et tous les points de vue. Ils montèrent insensiblement pendant un demi mille et se trouvèrent enfin sur le sommet d'un©

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éminence où le bois cessoit et d'où l'on découvrent tout-à-coup, de l'autre cote' d'un vallon, la maison de Pemberley.

C'étoil un grand et beau bâtiment situé sur le penchant d'une colline, et appuyé' contre des coteaux couverts de bois ; devant l'édifice serpentoit un ruisseau assez considérable , dont les bords n'étoient ni trop négligés ni trop régulièrement soignés. Elisabeth étoit ravie; elle n'avoit jamais vu un lieu où la nature eût été plus prodigue de ses dons, et où ses beautés eussent été moins défigurées par l'art. Ils étoient tous dans la plus vive admiration, et dans ce moment elle sentit qu'on auroit pu trouver quelques charmes à être maîtresse de Pemberley. Ils descendirent la colline, traversèrent un pont et s'approchèrent de la maison. Pendant qu'ils la considéroient, Elisabeth sentit rena£#c toutes ses appréhensions de

rencomrer Mr. Darcy. Elle craignoit que la fille d'auberge n'eut éië mal informée. Lorsqu'ils demandèrent à voir la maison, on les fit entrer dans le vestibule et pendant qu'on alloit chercher la concierge, Elisabeth ne pouvoit assez s'e'ionner de se trouver dans ces lieux. La concierge arriva; c'e'ioit une femme âgée , qui avoil l'air respectable , d'une mise fort simple, et d'une politesse qu'Elisabeth ne s'attendoit pas à trouver dans celle maison. Elle les conduisit dans la salle à manger, c'éloil une chambre spacieuse ei très bien meublée; Elisabeth s'approcha de la fenêtre; la colline couronnée de bois qu'ils avoient descendue, paroissoit plus escarpée à celte distance et faisoit un bel effet; les mouvemens de terrain étoient charraans ; la rivière qui serpentoît , les arbres dispersés sus ses bords, et les contour» de la vallée , formoient un

charmant tableau. Elle voyoit ces objets prendre à chaque moment un aspect différent; de toutes les fenêtres on découvroit de nouvelles beautés. Le»

chambres e'toient grandes et belles; leur ameublement éloit d'accord avec ïa fortune du propriétaire; mais Elisabeth admira son goût y en observant qu'elles n'étoienl pas trop chargées d'ornemens inutiles, et qu'avec peutêtre moins de somptuosité, il y avoil plus d'élégance que dans celles de Rosing.

J'aurois pu être maîtresse de tout ceci, pensoit-elle, fy serais déjà établie , et au lieu de parcourir ces apparlemens comme une étrangère, je pourrois y recevoir la visite de mon oncle et de

ma tante Mais non! cela ne pouroit

être!.. Mon oncle et ma tante auroient été perdus pour moij je n'aurais pas seulement pu les inviter... Celte rémisiscence fut heureuse , elle la sauva*

d'un sentiment qui pou voit ressembler à des regrets.

Elle avoit bien envie de demander à la concierge si son maître e'toit vraiment absent, mais elle n'en eut pas le courage; son oncle la prévint en faisant celle question lui-même, et Mislriss Reynold répondit qu'il étoil absent, mais qu'elle l'atiendoit le lendemain avec- plusieurs de ses amis.

MistrissGardiner appela Elisabeth pour lui montrer un portrait; c'éloit celui de Mr. Wikam, suspendu à la cheminée avec plusieurs autres miniatures; elle lui demanda en souriant comment elle le trouvoit; la concierge alors s'avança, et dit que c'éloit le portrait d'un jeune homme, fils de l'intendant du père de son maître, qu'il avoit fait élever à ses frais. — Il est à présent à l'armée, ajouta-t-elle^ mais je crains qu'il n'ait mai tourne'.

Mistriss Gardiner lança un coup-d'œil à Elisabeth.

— Et ceci , dit Mistriss Reynold en montrant une autre miniature , c'est le portrait de mon maître ; il lui ressembla beaucoup ; il a été fait en même temps que l'autre , il y a huit ans.

— J'ai beaucoup entendu parler de ]a beauté de votre maître, dit Mistriss Gardiner en s'approchant du portrait; en effet, c'est une belle figure; mais Lizzy, vous pouvez nous dire s'il est ressemblant?

Le respect de Mistriss Reynold pour Elisabeth, parut s'augmenter lorsqu'elle apprit qu'elle connoissoit son maître.

— Cette jeune dame connoit Mr.

Darcy? dit-elle; Elisabeth rougit et répondit : — Un peu.

— Et ne trouvez-vous pas, Madame, que c'est un t-ès- bel homme?

— Oui , très-beau.

— Oh î pour moi , je n'en connois point de plus beau! mais \ons verrez làhaut un plus grand portrait de lui. Cette chambre étoit la chambre favorite de feu mon maître, et les miniatures sont placées là, comme elles l'étaient de son temps; il les aimoit passionnément.

— Voici , ajouta Mistriss Reynold, le portrait de Miss Darcy lorsqu'elle n'avoit que huit ans. C'est la plus belle personne que j'aie jamais vue! Et tant de talens ! Elle joue du piano; elle chante tout le jour ! Il y a , dans la chambre à côte' , un nouvel instrument qui vient d'arriver pour elle ; c'est un présent de mon maître.

Les manières douces et agre'ables de Mistriss Gardiner inspiroient la confiance; par ses questions et ses observations , elle captivoit celle de Mistriss Reynold qui, soit par vanité' soit par attachement, avoit un grand plaisir à parler de sou maître ei de sa sœur.

— Voire maître vient-il souvent k Pemberley ?

— Pas autant que je le v OH d rois: mais je crois que dorénavant il y passera la moitié de l'anne'e. Miss Darey y est toujours pendant les mois d'été.

— Excepté lorsqu'elle est à Ramsgale,

pensa Elisabeth.

1 votre maître se mariou, vous

le verriez plus souvent.

— Oui, Madame, mais je ne sais pas quand ce moment arrivera.Quelle femme seroit digne de lui ?

Mr. et Mistriss Gardiner se regardèrent en souriant ; Elisabeth ne put s'empêcher de dire :

— C'est un bien grand éloge , Madame.

— Pas plus grand qu'il ne le mérité; tous ceux qui le commissent en disent autant. Je n'ai jamais entendu un mot désagréable sortir de sa bouche 5 cepen-

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fiant , je le conçois dès l'âge de 4 ans.

C'éloii Télo^e le plus extraordinaire et le plus opposé ans idées d'Elisabeth.

Elle n'avoit jamais imaginé que ce fut ua homme d'un caractère doux, et sa curiosité fut vivement excitée; elle désiroit en apprendre davantage, et fut bien aise lorsque son oncle ajouta :

— Il y a peu de gens dont on puisse dire cela. Vous êtes bien heureuse d'avoir un tel maître. '

— Oh! oui Monsieur, je le sais bien.

Je chercherois dans le monde entier, sans pouvoir en trouver un meilleur; mais j'ai toujours* vu que ceux qui étoient bons étant enfans, restent bons lorsqu'ils deviennent grands. C'éioit le garçon le plus doux et qui avoit le meilleur cœur possible.

L'étonnement d'Elisabeth étoit extrême. — Est-il possible qu'il soit ainsi?

pensoil-elle.

— San père étoil un excellent homme?

dit Mistriss Gardiner.

— Oui , Madame , et son fils est comme lui; tout aussi bon pour les pauvres.

Elisabeth auroit voulu en savoir àa->- ▼aniage. iWistriss Reynold ne l'intëressoit plus quand elle parloit d'autres choses. C'étoil en vain qu'elle leur expïtquoit le sujet des tableaux , qu'elle leur faisoit remarquer la grandeur des chambres, la richesse des ameublemens, Mr.

Gardiner, qui attribuent à la prévention J'éloge excessif qu'elle faisoit de son maître, s'en amusoit,et il la ramena bientôt sur ce sujet. Alors , elle appuya de nouveau avec chaleur, sur toutes ses qualités.

— C'est le meilleur maître et le meilleur seigneur qu'il y ait jamais eu ; il ne ressemble point à ces jeunes gens d'à présent qui ne pensent qu'à eux ; il n'y a pas un de ses fermiers ou de ses

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domestiques qui ne lui donne le surnom de bon. Il y a des gens qui le croient fier; niais je n'ai certainement rien vu qui puisse le faire juger ainsi , c'est peutêtre parce qu'il ne cause pas beaucoup»

— Sousquelaïmable jourellelè placé?

pensoit Elisabeth.

— Ce bel éloge, lui dit tout bas Mr.

Gardinerjn'a pas beaucoup de rapports avec la conduite qu'il a tenue envers notre pauvre amie.

— Peut-être avons nous été trompe's.

— Ce n'est pas vraisemblable , notre autorité étoit trop bonne.

Lorsqu'ils furent arrivés daus la spacieuse galerie de l'étage supérieur, on les fit entrer dans un très- joli salon, meublé dans le meilleur goût et avec plus d'élégance que les appartenons d'en bas. Mislriss Reynold leur dit qu'on venoii de l'arranger pour faire une surprise à iViiss Darcy, qui s'étoit attachée à cet appartement lors de sou dernier séjour à Femberley

— Il est certainement bon frère pensoit Elisabeth, en s'approchant d'une fenêtre.

Mistriss Reynold se représentent déjà le plaisir que Miss Darcy éprôuveroit en entrant dans celle chambre. On esl sur f disoil-elle, que tout Ce qui peut faire plaisir à sa sœur, il le fait à l'instant même. Il ne restait plus à voir que les tableaux de la galerie ei deux ou trois chambres à coucher. 11 y avoil quelques bons tableaux; Elisabeth n'e'toit point connoisseuse, et comme elle en avoil déjà vu?

en bas, elle regarda surtoul tes dessins au crayon de Miss Darcy, dont les sujets étoimii plus intéressans pour elle. Il y avoit plusieurs portraits de famille qui ne dévoient pas fixer beaucoup l'atiemion des étrangers. Elisabeth cberchoh Te seul dont tes traits ïui fussent connus ; enfin elle le trouva. Elle vît un portrait frappant de Mr. Darcy, avec le sourire qu'elle

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se souvenoil de lui avoir vu quelquefois lorsqu'il la regardoii ; elle resta quelques moniens devant ce portrait dans une se'rieuse contemplation , et y retourna encore avant de quitter la galerie. Mis- Iriss Reynold leur dit qu'il avoit été fait du vivant de son père.

Il y avoit certainement alors dans le Cœur d'Elisabeth un sentiment plus doux pour l'original qu'elle ne l'avoit jamais eu ; les éloges qu'en avoit faits Mistriss Reynold n'étoienl pas insignifians. Quel témoignage a plus de poids que celui d'un serviteur ! En qualité de frère, de seigneur et de maître, de combien de gens le bonheur lui étoit confié ! Combien de peines ou de plaisirs il étoit en son pou- Yoir-d'accorder ! Tout ce que la concierge avoit dit, étoil en faveur de son caractère.

Immobile devant la toile où il é«.oit représenté et où il avoit l'air de fixer ses yeux sur elle, Elisabeth pensoil à l'amour

qu'il avoit eu pour elle avec un sentiment plus vif que jamais; elle se rappelait son agitation pendant leur dernière entrevue, et se trou voit disposée à pardonner l'inconvenance de ses expressions.

Lorsqu'ils eurent visite' toute la maison, ils prirent congé de la concierge, q<*i les recommanda à un jardinier pour leur Faire voir la campagne. E» traversant la prairie qui conduisait à la rivière , Elisabeth se retourna pour voir encore la maison, son oncle et sa tante se retournèrent aussi ; et tandis que Mr. Gardiner cherchoit à deviner la date de la construction de ce bâtiment; le propriétaire lui-même sortit tout-à-coup du chemin qui conduisoit lux écuries.

Il n'étoit qu'à vingt pas ei il avoit paru si soudainement , qu'il éioit impossible qu'Elisabeth évitât d'être vue; leurs veux se rencontrèrent ei leurs joués se couvrirent de rougeur. 11 recula de quelques

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