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l'ignorer? Ne l'avez-vous pas habilement répandu vous-même ? Ne savez-vous pas qu'il circule au loin ?
— Je n'en avois jamais entendu parler.
— Et pouvez-vous aussi bien déclarer qu'il n'a aucun fondement?
— Je ne prétends point avoir autant de franchise que votre Seigneurie : vous pourriez me faire des questions auxquelles je ne serois pas dispose'e à répondre.
— Je ne puis supporter cela , Miss Bennet , et j'insiste pour que vous me répondiez. Mon neveu vous a-t-il fait une proposition de mariage ?
— Votre Seigneurie a déclaré que c'étoit impossible !
— Oui , ce doit être ainsi , et ce sera ainsi tant qu'il aura l'usage de sa raison.
Mais vos artifices et vos séductions pourroient , dans un moment de folie , lui avoir fait oublier ce qu'il se doit à lui-
même et à toute sa famille; vous pourriez l'avoir entraîné.
— Si c'éioit ainsi, je serois la dernière personne à l'avouer.
— Miss Bennet , savez-vous qui je suis? Je n'ai pas été accoutumée à un pareil langage ; je suis la plus proche parente de Mr. Darcy, et j'ai des droits à connoître ses plus chers intérêts.
— Mais /Madame, vous n'avez aucun droit à connoître les miens, et une conduite comme la vôtre ne pourra jamais m'engager à m'expliquer.
— Permetiez-moi, Miss Bennet , de parler franchement. Cette union , à laquelle vous avez la présomption d'aspirer, ne peut jamais avoir lieu, non jamais ! Mr. Darcy est promis à ma fille : Maintenant, qu'avez- vous à dire?
— Rien, Madame; s'il est promis, vous ne pouvez avoir aucune raison de supposer qu'il ait demandé ma main.
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Lady Catherine hésita un moment , puis elle répondit :
— L'engagement qui existe entre eux est d'une espèce particulière. Dès leur enfance ils furent destinés l'un à l'autre ■ c'eloit le souhait le plus ardent de sa mère , aussi bien que le mien; ils étoient encore au berceau , que nous projetions leur union ; et maintenant que le vœu des deux sœurs pourroil être accompli, faut-il qu'il soit traversé par une jeune femme d'une naissance si inférieure , qui ne jouit d'aucune considération dans le monde, et qui est tout-à-fait inconnue à notre famille? N'avez- vous aecun égard pour ses amis , pour son engagement tacit,e avec Miss de Bourgh? Avez-vous donc perdu tout sentiment de délicatesse et de convenance? Ne m'avez-vous pas entendu dire que, dès ses plus jeunes années, il éioit destinée sa cousine?
— Oui, et je le savois même avant
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de vousconnoîire; mais que me fait tout cela? S'il n'y avoit pas d'autres obstacles à mon union avec votre neveu , ce n'est pas certainement ce qui l'empêcher oit.
Si Mr. Darcy n'est engagé avec sa cousine, ni par sa parole ni par inclination, pourquoi ne pourroil-il pas faire un autre choix? et si ce choix tombait sur moi, pourquoi ne l'accepierois-je pas ?
— Parce que l'honneur, les convenances , la prudence , et même votre intérêt vous le défendent, car n'espérez pas être jamais reconnue par ses païens et ses amis. Si vous agissez contre leurs
< désirs, vous serez blâmée, abandonnée et méprisée par tous ceux qui sont liés avec lui. Nous considérerons votre alliance comme un déshonneur, et votre nom ne sera jamais prononcé parmi nous,
— Ce sont en effet de terribles infortunes, répondit Elisabeth ; mais la femme de Mr. Darcy aura tant d'autres moyens
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de bonheur, qu'elle pourra bien ne pas en eue accablée.
— Femme obstinée ! je suis honteuse pour vous ! Est-ce là toute votre reconnaissance des bontés que j'ai eues le printemps dernier? Ne me devez-\ous rien? Mais asseyons-nous» Vous comprendrez, Miss Beniret, que je suis venue dans la ferme resolution de venir à bout de mou projet; je n'en serai point dissuadée ; je n'ai pas été accoutumée à me plier aux volontés de personne, et je n'ai point l'habitude des mécomptes.
— C'est ce qui rend la position actuelle de votre Seigneurie plus fâcheuse; mais cela n'a aucune influence sur moi.
— Je ne veux pas être interrompue; écoutez-moi en silence : Ma fiiie et mon neveu sont nés l'un pour l'astre. D" côté maternel ils descendent d'une famille coble ', et du côte' paternel, de familles
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anciennes et respectables, quoique non titrées; leurs fortunes sont superbes des deux côle's ; tous les membres de leurs familles respectives désirent cette union.
Qui pourrait les séparer? Sera-ce les prétentions ridicules d'une jeune femme sans famille, sans amis, sans foi tune?
Non , cela ne sera pas , et si vous connoissiez bien vos intérêts , vous ne désireriez pas de sortir de la sphère ou w s
— * J@ ne Qroii'oti point quitter eetio sphère, en épousant voue neveu j il est gentilhomme , et je suis la fille d'un gentilhomme; ainsi nous sommes égaux.
— Il est vrai, vous êtes fille d'un gentilhomme; mais qu'étoit votre mère ?
que sont vos oncles et vos tantes? Ne croyez pas que j'ignore leur condition.
— Quels que soient mes parens , re'pondit Elisabeth, s'ils ne sont pas des obstacles pour votre neveu , ils ne doivent en être pour personne.
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— Finissons. Dites-moi, une fois pour toutes, êtes-vous engagée avec lui?
— Je ne le suis pas , répondit Elisabeth.
Lady Catherine eut l'air enchanté.
— Eh bien, promettez - moi de ne jamais vous engager avec lui.
— Je ne ferai jamais aucune promesse de celle espèce.
fe — Miss Bennet , je suis élonnée, révoltée ! Je m'attendois à trouver une jeune personne plus raisonnable ; mais ne vous bercez pas de l'idée que je me dédirai jamais; je ne m'en irai point que "vous ne m'ayez fait la promesse que je vous demande.
— Je ne la ferai certainement pas; je ne saurois être intimidée par des menaces aussi ridicules. Votre Seigneurie désire que Mr. Darcy épouse sa fille, mais la promesse que vous voulez que je vous fasse rendroit-elle son mariage plus pro-
bable ? Supposez qu'il me soit attaché , mon refus d'accepter sa main lui feroili] désirer de l'offrir à sa cousine? Permettez-moi de vous dire , Madame, que les raisonnemens dont vous avez appuyé cette étrange requête , sont aussi fiivoles que la requête éloit mal imaginée; et vous avez bien mal connu mon caractère, si vous avez cru que je pusse être influencée par tout ce que vous venez de dire.
Je ne sais pas jusqu'à quel point Mr. Darcy approuve que vous vous inge'iicz ainsi dans ses affaires , mais vous n'avez certainement aucun droit de vous mêler des miennes; ainsi, je vous demande de ne plus m'importuner sur ce sujet.
— Ne vous hâtez pas tant de terminer, je ne vous ai pas encore dit tous les obstacles que je vois à votre mariage avec mon neveu ; il en est un dont je n'ai pas encore parlé. Je n'ai point ignoreTenlèvement de votre sœur cadette, et toutes les
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particula rites de son infâme conduite. Je sais qu'on n'y pu obtenir du jeune homme qu'il l'épousât, qu'en faisant un an-angantent d'argent avec votre père et vos oncles; et nue telle personne seroit bellesceur de mou neveu ! et il auroit pour beau-frère le liU de l'intendant de son père I Ciel et terre ! à quoi pensez«vous !
les ombrages de Peaiberlry seront- ils ainsi souille»?
— Vous» ne pouvez avoir rien d'autre à me dire , répondit Elisabeth ; vous m'avez offensée de tontes les manières, je dois vous prier de finir cet entretien et de revenir à la maison. — En parlant ainsi, elle se leva, Lady Catherine se leva aussi, et elles retournèrent sur leurs pas. Sa Seigneurie éioit courroucée.
— Vous n'avez aucun égard pour l'honneur et la réputation de mon neveu ?
Fille insensible et îméiessée ! ne voyezvous pas qu'une alliance avec vous le