‹ Orgueil et Préjugé, Volume 4Chapitre 3 sur 21 · CHAPITRE O · texte numérisé non relu

CHAPITRE O

, Bennet avoit toujours désiré rie pouvoir meure annuellement quelque argent de côté , pour subvenir aux besoins de ses enf;»ns et de sa femme si elle lui survivoit, mais il ne l'avoit pas pu; mai menant il le regrettait plus vivement que jamais , car Lydie n'a tir oit pas été redevable à d'autres qu'à son père de l'hoimenr qu'on veuoit de racb.rter pour elle , et la satisfaction d'avoir foi ce un de* jeunes gens les pins dépravés de l'A ngle terre à être son mari, lui auroit appartenu.

I! e'ioit vraiment aflge d'a\oir une s»

grande obligation à son beau-frère , et étoit bien décidé à chercher les moyens de se décharger le plutôt tyM pour Fuit dtt celle dette» »

Lorsque Mr. Bennet s'étoit matié, l'espérance d'avoir un fils lui avoil fait regarder l'économie comme fort inutile, car alors la substitution de la terre de Longbourn devenoit nulle, et toute la famille de Mr. Bennet restoil dans l'aisance ; mais cinq filles étoient arrive'es.

Long-temps après la naissance de Lydie, on espe'roit encore ce fils si désiré ; et lorsqu'on fut enfin obligé de renoncer à cet espoir, il étoit trop tard pour économiser ; d'ailleurs Misiriss Bennet n'y ëtoit nullement portée , il avoil même fallu toute la fermeté' de son mari pour l'en pocher de dépenser au-delà de leur revenu.

Cinq mille livres e'toient assurées., par contrat de mariage, à Mistriss Bennet et à ses enfans, mais la volonté des parens devoit seule régler la manière dont les cinq mille livres seroient partagées entre ces derniers. C'étoh un point qu'il falloit

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fiier maintenant , du moins à l'égard dé L-.die, et Mr. Bennet u'tiésitoi. pomt a consentir aux propositious qu'on lu. fa.-

sob ; d mettoit alors sur le papier, dans les termes les plus concis et avec l'express.on de la plus vive reconno.ssance pour son frère, son entière approbauon à tout ce qu'il avpk fait , et la promesse

de remplir tous les engagerons c,u jj avp.l pris pour lui. Iln'avoit jamais espéré qu on pût engager W*am à épouser Lyd.e, surtout sans de plus grands sacifices que ceux qu'on loi demaudoit. Ce qui lui paroissou le plus agréable dans ce..? affatre, C'é.oit que tout cela se fût arrange sans

presque aucune peine de sa part, car, L-ès les premiers trausporls de colère q ,„ l'avoient porté à se mettre à la poursuite des fugitifs, il «voit repns son indolence habituelle , et son dés.r le pu.

vif étoit de s'occuper le moms pos^ble de ce sujet. Sa lettre fut bientôt ternn-,

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née; quoique extrêmement lent à prendre une résolution , il e'toil prompt à l'exécuter. Il demandoit qu'on lui fit connoître en détail les obligations qu'il avoit à son frère, mai» il éioît trop fâché contre Lydie pour lui donner la moindre marque d'amitié'.

La nouvelle du mariage de Lydie se repandit bientôt dans tout le voisinage , et y fut même reçue avec une apparence de satisfaction , honorable pour les bonnes âmes de la société; car il auroit été certainement beaucoup plus avantageux pour la conversation , que Miss Lydie Bennet n'eût pas été si vite retrouvée, que le scandale que sa conduite avoit produit eût duré un peu plus long temps, qu'elle eût été tont-à-fail abandonnée de son ravisseur , rejetée de ses païens et reléguée dans quelque ferme éloignée.

Cependant, comme son mariage avec un homme aussi décrié ne paroissoit pas de-

Voir lui assurer une grande chance de bonheur, les vieilles et malignes femmes de Meryton pouvoient encore faire beaucoup de vœux pour son amendement, et pour qu'elle ne fût pas punie trop sévèrement de sa faute dans l'avenir.

Il y a voit plus de quinze jours que Misiriss Bennet gardoil la chambre, mais dès qu'elle eut reçu ces bonnes nouvelles, elle reprit sa place au haut de la table , avec une expression de bonheur et de joie parfaite. Aucun sentiment de honte pour Lydie n'obscurcissoil son triomphe 5 le plus ardent de ses vœux , celui d'avoir une fille mariée , aîloit être accompli ; et toutes ses pensées, tousses discours rouloient sur les brillans accessoires d'une noce , les toilettes, les équipages et les livrées. Elle ëloit très-occupée à chercher une jolie maison pour sa fille dans le voisinage de Longbourn, et en dédaignoit plusieurs comme mal situées et

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point assez jolies , sans demander seulement quelle seroit la fortune des nouveaux mariés.

— Haye Par k leur conviendroit assez, disoit-elle , si les Goldings vonloient le quitter ; ou bien la belle maison de Stoke, mais le salon n'est pas assez grand j Alsworth est trop éloigné, je ne pourrois supporter l'idée que Lydie demeurât a dix mille de Longbourn. Quant à Parvis- Lodge, les attiques sont horribles!

Son mari la laissa parler sans interruption , tant que les domestiques furent présens ; mais lorsqu'ils se furent retirés , il lui dit :

— ■ Mistriss Bennet, avant que vous arrêtiez une maison pour votre fils et TOtre fille , je dois vous parler franchement. Je ne leur permettrai jamais de s établir dans notre yoisinage , je ne veujs: pas. encourager ainsi leur impudence.

Uue longue dispute suivit cette de'clat

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ration. Mr. Bennet resta ferme ; cela fit naître une autre contestation qui ne fut pas moins vive , et Mistriss Bennet vit avec horreur que ^on mari ne vonloit pas avancer une seule gninée pour acheter un trousseau à Lydie. Il protesta que dans cette occasion elle ne recevroit pas de lui une seule marque de tendresse. Mistriss Bennet ne pouvoit comprendre que son ressentiment contre sa fille fût assez fort pour le porter à lui refuser une chose sans laquelle son mariage seroit à peine valide. Elle étoit beaucoup plus sensible au mauvais effet que produiroit un mariage sans trousseau , qu'à la honte qu'auroit dû lui inspirer la fuite de Lydie avec Wikam.

Elisabeth regrettoit vivement d'avoir fait connoîue à Mr. Darcy, dans le premier moment de sa douleur, toutes les craintes qu'elle avoit eues sur le compte de sa sœur , son prompt mariage donnant

l'espérance de pouvoir êachor, au moins à ceux qui nVtoienl pas sur les lieu* , les événemens qui l'avoiein précède' Quoiqu'elle ne craignit pas qu'il eu répandît le bruit, puisqu'elle comptoit sur sa discrétion plus que sur celle de personne au monde, il n'y avoil cependant personne à qui elle eût plus désiré de cacher les fautes de sa sœur; mais, hélas ! qu'importoit maintenant? Un abîme semblait s'être ouvert entre-eux et les séparer pour jamais. Lors même que le mariage se fût fait sans avoir été précédé d'un \t\ scandale , on ne devoit pas supposer que Mr. Darcy voulût s'allier avec Wï-' jkarn , et devenir le beau-Frère de l'homme qu'il méprisent le plus et à si juste titre. La lueur d'espérance qu'elle avoit eue de regagner son estime et son affection ne pouvait résister à un tel coup ; et G éloit lorsqu'il paroissoit certain qu'elle ne le reverroit jamais ; qu'elle apprécîoit

le plus le bonheur d'être aimée de lui et de deveuir la compagne de sa vie.

— Quel triomphe pour lui! pensoitelle souvent , s'il pouvoit savoir que les propositions que j'ai rejetées avec tant de mépris il y a quatre mois, seroient reçues maintenant avec autant de plaisir que de reconnoissance !

Elle se persuadoit tous les jours davantage, que c'étoit précisément l'homme qui lui auroit le mieux convenu par ses qualités et sa manière d'être; son esprit et son caractère , quoique bien différens du sien , répondoient cependant à l'idée qu'elle se faisoit de l'homme qu'elle auroit pu aimer. C'étoit une union qui auroit fait le bonheur de tous deux ; Elisabeth pensoit qu'elle auroit adouci la sévérité de Darcy par sa gaieté; tandis que lui, par son jugement et sa connoissance du monde , auroit pu lui servir de guide.

|MUb elle ne devoit plus espérer qu'un

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mariage si heureux vînt présenter à la multitude étonnée le tableau de la \éritable félicité conjugale. Une union bien différente alloit avoir lieu dans la famille et devoil mettre un obstacle invincible à l'accomplissement de ses vœux. Elle ne pouvoit comprendre comment on pourroit procurer quelque indépendance à Lvdie et à Wikmi , mais elle devinoit facilement combien peu de bonheur devoit espérer un couple qui n'étoh uni que parce que ses passions étoient plus fortes que sa vertu.

Peu de temps après avoir écrit à Londres , Mr. Beuuei reçut une nouvelle leitre de Mr. Gardiner. Il répondoil trèsbrièvement aux remercîmens de son frère par des assurances de l'intérêt qu'il portoit à toute sa famille , et fioksott en le priant de ne plus parler de ce sujet. Le but principal de celte lettre ëtoit. de l'instruire que Mr. Wikam s'éioit décidé à Tom. If. 2

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quitter le service; voici comment il s'exprimoii à ce sujet :

« Je désirais extrêmement qu'il le fît aussitôt que son mariage seroit décidé ; et vous penserez tout comme moi qu il étoit impossible, soit pour lui soit pour Lydie , qu'il restât dans le régiment de Y * après le scandale qu'avoit occasionné leur fuite. L'inteniion de Mr. Wikam est d'entrer dans les troupes réglées ; parmi ses anciennes connoissances , il y en a qui peuvent et veulent bien le protéger encore. On a obtenu pour lui la promesse d'une commission d'enseigne dans le régiment du colonel N*, qui est maintenant en garnison dans le Nord. C'est un avantage pour eux de s'éloigner dans ce moment du Hertfordshire. J'espère qu'ils seront l'un et l'autre plus sages et plus prudens, lorsqu'ils se trouveront au milieu de gens inconnus dont ils devront s'cflbrcer de captiver l'estime et la bien-

veillance. J'ai écrit au colonel Forsler pour l'informer de tous ces nouveaux arrangemens, et lui demander qu'il veuille bien tranquilliser les diflerens créanciers de Mr. Wikam à Brighton et dans les environs, en les assurant du paiement dont je suis moi-même caution. Vous voudrez bien donner la même assurance à ses créanciers de Mérylon , dont je vous envoie la liste qu'il m'a donnée luimême. 11 dit avoir déclaré toutes ses dettes, j'espère qu'il ne nous a pas trompés ; Raggerston a reçu les ordres nécessaires : je crois que d'ici à huit jours tout sera terminé. Ils iront alors rejoindre le régiment, à moins que vous ne les invitiez à aller à Longbourn. Mistriss Gardiner m'apprend que Lydie est fort désireuse de vous voir tous avant de quitter le Sud ; elle est bien , et m'a demandé de vous présenter ses respects , ainsi qu'à sa mère. « Votre, etc.

« EdW. G A «DINER.»

Mr. Bennet et ses filles étoient persuadés que Mr. Wikam ne pouvoit pas rester dans le régi ruent du colonel Forster, mais Mistriss Bennet ne pensoit pas de même; c'étoit un très grand mécompte pour elle que Lydie lui obligée d'aller s'établir dans le Nord, justement au moment où elle auroit tiré le plus de plaisir et de vanité de l'avoir auprès d'elle; cdr elle s'e'toii toujours flattée qu'ils re'sideroient dans le Hertfordshire $ et d'ailleurs elle trou voit très-fâcheux que Lydie quittât un régiment où elle connoissoit déjà tant de monde et où elle a\oit tant d'amis.

— Elle est si attachée à Mistriss Forsler! disoil-elle ; combien c'est piquant pour Lydie de la quitter ! Il y avoit aussi plusieurs jeunes gens qu'elle aimoit beaucoup. Les officiers ne seront peut-être pas si aimables dans l'autre régiment.

Quant à Mr. Bennet, il rejeta la re-

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quête de sa fille, d'être reçue dans sa famille avant de partir pour le Nord ; niais Jane et Elisabeth, qui souhaitoienl toutes deux que leur sœur fût bien accueillie par ses païens après son mariage , le pressèrent si vivement de la recevoir avec son mari, qu'elles obtinrent enfui le consentement; et Mislriss Bennet eut la satisfaction de penser qu'elle pourroit présenter sa fille mariée, à toute la société de Mérvton et des environs. Ainsi donc, Mr. Bennet, en répondant à son frère, donna à Lvdie la permission de venir faire une visite à sa famille aussitôt qu'elle seroit maiiée. Il fut convenu que les deux époux partiroient pour Lon»bourn dès que la cérémonie seroil achevée. Elisabeth étoit fort surprise que Wikam eût consenti à un tel projet, et si elle n'avoit consulte que son propre sentiment, elle auroil désiré ne jamais le revoir.

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