ORGUEIL ET PRÉIU'GE
pi u lot que vous pourrez , el expliquezvous clairement. Nous avons jugé plus convenable que voire fille sorlîi de noue maison pour aller se marier ; elle doit venir aujourd'hui demeurer avec nous ; j'espère que vous approuverez celle mesure. Je vous écrirai aussitôt que la chose
sera terminée.
» Voire, eic. elc.
» Edward Gardiner. »
— Est-il possible ! s'écria Elisabeth lorsqu'elle eut fini la lettre , est-il possible qn'il l'épouse?
— Wifcam n'est cependant pas aussi corrompu qu'on nous le représentoit, dit Jane avec joie ; mon cher père , je vous féliciie de ces nouvelles !
Avez-vous répondu à celle lettre?
demanda Elisabeth.
— Non , mais ce sera bientôt fait.
Elle l'engagea avec instance à ne pas perdre un instant.
— Oh ! mou cher père , s'écria-t-elle, retournons à la maison, et écrivez tout de suiie; considérez combien le temps est précieux.
, — Permettez- moi d'écrire à votre place , dit Jane , c'est une peine pour vous.
— C'est une très-grande peine, ditil, mais je dois le faire. En parlant ainsi , il se dirigea avec elles vers la maison.
— Oserois-je vous demander si vous acceptez ces conditions?
— Les accepter ! je suis seulement honteux qu'il demande si peu !
— Et cependant c'est un homme.. ,t
— Oh oui ! il faut qu'ils se marient; cela ne peut pas être autrement. Mais il y a deux choses que je voudrois savoir :
l'une , c'est combien d'argent votre oncle a donné pour en venir à bout ; et l'autre, comment je pourrai jamais le payer.
— Donné de l'argent , mon oncle !
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s'écria Jane; mon Dieu, Monsieur, que
dites-vous ?
— Je dis qu'aucun homme dans son bon sens n'épousera Lydie, pour le léger avantage d'avoir cent guinées de rente pendant ma vie et cinquante après ma
mort.
— C'est vrai , dit Elisabeth ; ses dettes .sont payées, et il lui reste encore quelque argent, cela ne peut être dû qu'à mon oncle. Généreux , excellent homme ! Je crains qu'il ne se soit bien dérangé pour cela ; une légère somme n'auroit pas suffi.
— Non, dit son père, et Wikam est ud fou s'il l'épouse pour un sol de moins que dix mille livres. Je seroîs bien fâché d'être obligé d'avoir une si mauvaise opinion de lui dès le commencement de notre parente.
— Dix mille livres ! Grand Dieu ! comment pourrez -vous jamais rembourser une pareille somme ?
ut'
Mr. Bennet ne répondit point. Arrivés à la maison , le père enlra dans son cabinet, et les deux sœurs dans le salon à
manger.
— Et ils seront vraiment mariés ! die Elisabeth dès qu'elles furent seules. C'est étrange ! nous devons en être bien satisfaites ; quelque légère que soit la chance de bonheur qu'elle puisse attendre , quelque peu estimable que soit le caractère de son époux , nous devons cependant nous en réjouir; Oh ! Lydie , Lydie I
— Je veux espérer, dit Jane, qu'il n'é^pouseroit pas Lydie, s'il n'avoit pas une véritable tendresse pour elle, malgré tout ce que mon bon oncle eut pu faire pour l'aider à payer ses dettes. Je ne puis croire qu'il ait donné dix mille livres; il a quatre^ en fa-ns , il peut en avoir d'autre» encore-
— Si nous pointons savoir à cor»bïeia?
se montoieut les dettes de 'Wil&aai r et -combien l'on- attribuera à ma sœur, non®
XO OHGUEIL ET FRÉJUG&
saurions alors exactement ce que mon oncle a fait pour elle, car Wikam n'avoit pas un sol; mais nous ne pourrons jamais reconnoître la bonté de mon oncle et de ma tante : la recevoir chez eux ,1a prendre sous leur protection dans la position où elle s'est mise, sont des sacrifices que des ■anne'es de reconnoissance ne sauroient acquitter; si tant de bonté ne la fait pas rentrer en elle-même , elle ne mérite pa9 d'être heureuse. Quel moment que celui où elle reverra ma tante 1
— Il faudra faire tous nos efforts pour oublier ce qui s'est passé; j'espère et je crois qu'ils seront heureux. Wikam est revenu à de meilleurs sentimens , son consentement d°épouser Lydie en est laprcuve;ïeur affection mutuelle les affermira dans la vertu , et je me flatte qu'ils •ùvionl d'une manière si sage, si raisonnable , qu'ils feront oublier leur conduite passée,
— Leur conduite a été telle \ répondit Elisabeth , que ni vous, ni moi, ni personne ne pourra jamais l'oublier.
Elles pensèrent tout- à-coup que leur mère ignorait encore'le contenu de la lettre de Mr. Gardiner; elles rentrèrent dans la bibliothèque pour demander à leur père s'il ne falloit pas le lui apprendre ; il écrivoit et répondit froidement :
Tout comme vous voudrez.
— Pouvons-nous prendre la lettre de mon oncle pour la lui lire ?
— Prenez tout ce que vous voudrez et allez-vous-en.
Elisabeth prit la lettre sur son bureau , et elles monteront chez leur mère ou ëtoierrl Mary et Kitty. La lettre fut lue à haute voix. Mislriss Bennet pouvoit à peinese contenir; sa joie éclata lorsqu'elle entendit que Mr. Gai dîner espérait que Lydie serait bientôt mariée ; elle angmentoil à chaque ligue 3 et maintenant
ses transports étoient aussi violées que $e$ craintes et son accablement l'avoient Jamais été : c'étoit assez pour elle de savoir que sa fille seroit bientôt mariée ; elle n'étoit troublée par aucune inquiétude sur son bonheur à venir, ni affligée par le souvenir de sa mauvaise conduite passée* ' — - Ma chère Lydie ! s'écrioil-elle , je la reverrai mariée ! Mariée à seize ans 5 c'est vraiment délicieux ! Mon bon, mon
«scellent frère ! Je pense qu'il arrangera le tout pour le mieux ! Oh ! que je languis de la revoir ! et ce cher Wikarn aussi ! . . Mais les habits de noces ! 11 faut que j'écrive à ma sœur Gaidinrr pour cela. Lizzy, descendez promptemenl vers YOtre père ; demandez- lui combien il veut donner pour son trousseau ?Atten>dez, j'irai moi même, ce sera= mieux.
Sonnez, Lizzy ; q;oe la femme de chambre vienne y je- serai bientôt habillée.. Ma cEèie,,ma chèreLjdie! comme nous serons-
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heureuses lorsque nous nous reverrons !
Jane voulut essayer de reprimer un peu la vivacité de ses transports en lui repiésentaut les obligations que leur imposoit la généreuse conduite de Mr. Gardiner.
— Nous devons en grande partie cet heureuse issue à son excessive boméj dous sommes persuadées qu'il a fait de grands sacrifices d'argent pour aider Wikam à pa^er ses dettes et l'engager à épouser Lydie.
— Eh bien, s'écria sa mère, c'est fort juste '• Qui feroît cela, si ce n'émit un propre oncle ? Vous savez bien que s'il n'avoit pas eud'enfans, c'est moi et les miens qui aurions hérité de sa fortune, et, à part quelques préser^ , c'est la première fois que nous ayons reçu quelque chose de lui. Maintenant \e suis contente!
bientôt j/auraï une fille mariée. Mistriss Wikam- ! cela sonne bien ! Elle a eu seize ans au mok de Jui» dénier. M» ewèï«
Jane , je suis dans une telle agitation,' que je ne pourrai sûrement pas tenir la plume; je vous dicterai et vous écrirez pour moi. Nous conviendrons ensuite avec votre père de l'argent qu'il voudra donner; mais il faut commander tout de suite ce qui est nécessaire.
Elle alloit s'occuper de calicots , de soieries, de mousselines, etc. , et auroit tout de su. le préparé un superbe trousseau , si J»ne ne lui avoit pas fait comprendre, non sans peine, qu'il falloit auparavant consulter son père; elle lui observa qu'un jour de retard n'étoil pas d'une grande importance; et sa mère, trop heureuse dans ce moment pour être toul-à fait aussi obstinée que de coutume, consentit à prendre patience. D'autres idées lui passèrent alors par la tête.
— Je veux aller à Méryton dès que je serai habillée. Je tem apprendre moimême ces bonnes nouvelles à ma sœur
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Phillips ; en revenant , je passerai chez Lady Lucas et chez Mistriss Long. Kiuy, descendez et demandez la voiture ; une promenade me fera beaucoup de bien, j'en suis sûre. Mes enfans , avez vous quelques commissions à me donner pour Méryton? Arrivez donc, Hill ! Ma chère Hill , savez-vous les bonnes nouvelles ?
Misb Lydie va être mariée ! et vous aurez un bol de punch pour vous réjouir le jour de ses noces !
Mistriss Hill commença a exprimer toute sa joie et fit toutes ses félicitations. Elisabeth, oppressée de tant de sottises, courut se réfugier dans sa chambre, où elle put s'abandonner à ses réflexions. La situation de la pauvre Lydie éloil bien fâcheuse, mais i! Fallait se féliciter qu'elle ne fût pas pire encoie; elle le seutoit bien , et quoiqu'elle ne pût espérer de voir sa sœur heureuse dans l'avenir , cependant elle béoissoit le Ciel de ce qu'elle a voit échappé au plus grand des malheurs.