‹ Orgueil et Préjugé, Volume 4Chapitre 8 sur 21 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Immédiatement après le départ de ces Messieurs , Elisabeth oppressée et affligée, chercha dans la promenade, la solitude dont elle avoil besoin pour se remédie de ce qu'elle avoit souffert pendant celte visité — Ali! pourquoi est il venu?

s'écrioil elle; et oit ce pour se montrer si froid , si indiffèrent? il savoit bien être aimable et chei cher à plaire à mon oncle ei à ma tante, mais à moi non; il ne m'aime plus, il ne s'occupe plus de moi!

Oh le terrible homme ! je n'y veux plus penser !

Elle remplit en ( ffet sa promesse pendant quelques minutes, mais c'e'toil bien involontairement ; sa sœur venoit vers ellej elle l'aborda avec un air de gaieté

qui prouvoit qu'elle étoil plus satisfaite que lu pauvre Elisabeth,

— A présent que cette première entrevue est passée, disoit-elle, je suis parfaitement à mon aise; je ne serai plus embarrassée lorsqu'il reviendra. Je suis charmée qu'il dîne ici mardi avec du monde; on verra au moins que nous ne sommes l'un pour l'autre que de simples connoissances fort indifférentes.

— Oui, très-indiffe'i entes, en vérité, dit Elisabeth ; ah ! Jane, prenez «aide !

• — Mais , ma chère Lizzy , me croyezvous assez faible pour que je puisse courir encore quelque danger?

— Je pense que vous courez le danger de le rendre plus amoureux que jamais.

On ne revit point ces Messieurs jusqu'au mardi , et pendant ce temps Mistriss Benuet formoit de nouveau les plans les plus brillans; la politesse et les attentions de Bingîey, pendant une visite d'une

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demi- heure, avoient ranime' toutes ses espérances.

II y avoit beaucoup de monde à Longboum , et MM. Darcy et Bingley arrivèrent de bonne heure. Lorsqu'on passa dans la salle à manger, Elisabeth observoit attentivement si Bingley reprendroit son ancienne place auprès de Jane. Mistriss Bennet , occupée de la même idée 3 ne lui fît point signe de venir se placer à côté d'elle; il hésitoit lui-même , mais Jane ayant souri en regardant autour d'elle , la chose fut décidée , il se plaça à ses côtés.

Elisabeth étoit aussi loin de Mr. Darcy que la table pomoit le permettre. Il étoit à côïé de sa mère ; elle sentoii que ce rapprochement étoit aussi désagréable pour l'un que pour l'autre., et qu'ils paroîtroieni tous deux à leur désavantage.

Elle étoit trop loin pour pouvoir entendre ce qu'ils se disoivnt , mais elle voyoits

qu'ils se parlonnt. fort peu et avec une

froideur et une cérémonie excessives.

La sécheresse que sa mèreaffectoit visà-vis de Mr. Darcy, faisoit sentir à Elisabeth , d'une manière encore plus douloureuse, toutes les obligations qu'on Fui avoit , et dans ce moment elle aiiroit voulu lui dire qu'il y avoit quelqu'un dans la famille qui connoissoit et apprécioit toute Pétendue de* sa gëue'i osité.

Elle espe'roil que dans le courant de la soirée le hasard les rapprocheroit l'un de l'autre et qu'elle pourroit enfin entrer en conversation avec lui. Le temps lui parut long et ennnjeux jusqu'à ce que les hommes revinssent dans le salon, elle attendoit leur retour avec anxiété.

— S'il ne vient pas vers moi , pensoit- «11e , c'est fini , il n'y faut plus penser»

Enfin îe moment désiré arriva , les hommes revinrent. Mais les dames aUrs &e pressèrent tellement autour de \a

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table où on servoit le café', qu'il ne resta pas une seule place auprès d'elle; et lorsque quelques hommes s'avancèrent, une jeune demoiselle, rapprochant sa chaise de la sienne , lui dii à l'oreille :

— Ne permeiions pas à ces Messieurs de venir nous se'parer; nous n'eu avons pas besoin , n'est-ce pas ?

Darcy étoit de l'antre co\è du salon, elle le snivoit des yeux et emioil le sort de tous ceux auxquels i! parloit. Son impatience étoit telle, qu'elle pouvoii à peine Ja contenir. Elle e'loit fàchc'e contre ellemême de se sentir si troublée.

Enfin cependant elle le vil s'approcher.

Elle se hâta de commencer la conversalion :

— Voire sœur est- elle encore à Pemberley ?

— - Oui , elle y restera jusqu'à Noël.

— Estelle seule , ou l'avez- vous laissée avec ses amies ?

— Mistiîss Ammesley est avec elle.

ÉR*triss Hurst et Miss Bingley sont à Scarborough depuis trois semaines.

Après cela, elle ne trouva plus rien à lui dire. — Mais s'il désire continuer la conversation, pensoit elle, c'est à lui à parler maiinenant. — 11 resta quelques minutes auprès d'elle; et la jeune demoiselle ayant encore chuchoté quelque chose a l'oreille d'Elisabeth , il s'en alla.

Lorsque la table à thé fut emportée et les tables de jeu placées , Elisabeth espéra qu'il reviendroit auprès d'elle, mais ses espérances furent encore trompées, il devint la victime de sa mère, qui le plaça à une partie de jeu. Elle- même fut mise, pour toute la soirée, à une antre table. Ainsi, tout plaisir fut anéanti ; mais les yeux de D.ucy étoieni si souvent tournés de son côié, qu'il jouoit tout aussi mal qu'elle.

MistiïssBeunet avoit eu l'intention de

retenir à souper les deux Messieurs de Neiherfield; mais, malheureusement, ils demandèrent leur voitme avant les autres, et il ne fut pas possible de leur proposer de rester.

— Eh bien ! mesdemoiselles, dit Mistriss Benoet à ses filles, lorsque tout le monde fut loin, que dites-vous de cette journée? Je crois que tout s'est bien passé. Le dîner étoit aussi bien serti que possible. Le gibier étoit à point. Chacun s'est récrié sur la bonté du mouton. Le potage étoit mille fois meilleur que celui que nous avons eu chez, les Lucas la semaine dernière ; Mr. Darcy lui-même a avoué que les perdrix é'oient excessivement délicates, ei je suppose qu'il a au moins deux ou trois cuisiniers français.

Enfin , mit chère Jane , je ne vous ai jamais vue aussi belle qu'aujourd'hui ; lorsque j'ai demandé à Misui-*Lon<; ce qu'elle pensoil de vous, que croyez- vous qu'elle

ait répondu? ce Àii .' Mistriss Bennet !

nous Ja verrons bientôt établie à Netherfield. » C'est la vérité'. Mistriss Long est la meilleure créature qu'on ait jamais vue. Ses nièces sont fort bien élevées, point jolies du tout ; je les aime beaucoup.

Mistriss Bennet étoit de très -bonne humeur; la conduite de Bingley envers J «ne avoit suffi pour la comaincre qu'il fini; oit par l'épouser , et elle fut irèsétonnée de ne pas le voir revenir le lendemain pour faire sa demande.

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