AVERTISSEMENT
Ces pages de souvenirs ont été écrites avant la guerre. Je n'ai pas cru devoir les retoucher^ leur sincérité naïve en faisant toute la valeur. Tout au plus;, par endroits, ai-je indiqué le lien qui les - rattachait aux événements actuels, A u lecteur de Is'y distraire, s'il lui plaît, jeu de marionnettes • ^durant le grand tumulte,
AVANT- PROPOS
Robert Schefïer m'a communiqué les «épreuves » de son Orient Royal et m'a demandé de lui donner mon opinion. J'essaie de la donner ici avec un minimum de rhétorique et un maximum de sincérité — et brièvement, pour ne pas agacer le lecteur.
Tout d'abord, le livre est captivant; je serais étonné si un seul lecteur impartial, je veux dire un lecteur qui ne soit ni un parent ni un ami des personnages mis en scène, n'était point de mon avis. L'intérêt naît d'abord de la vie intense de l'œuvre, vie qui, d'emblée, nous familiarise les silhouettes; il naît ensuite du relief que Schefïer sait donner à la physionomie humaine, de l'observation aiguë, parfois cruelle, voire féroce, de l'ironie fme, vive, preste, où se retrouve le satiriste à qui nous devons de si amusants portraits de confrères, de la grâce du style, un style personnel, à la fois véhément et restrictif, riche de couleur, rythmique, rapide, aisé et clair.
Les gens dont ce livre nous dévoile l'allure, le geste, les discours, les actes, sont choisis parmi les plus grands de ce monde ou parmi leurs comparses.
AVANT-PROPOS
Notre maître le hasard a voulu que Robert Schefîer habitât, dans sa prime jeunesse, un palais oriental, avec une reine, un roi, des princes, des seigneurs de toute farine, des généraux, des courtisans, des diplomates... Son œil perçant et son ouïe délicate ont observé, sa mémoire — et ses cahiers — ont conservé tout ce qu'il fallait pour écrire ce livre, qui aura un grand succès — succès accru encore (ceci c'est la chance de l'auteur) de l'actualité brûlante — incandescente — du sujet.
Le personnage qui paraît le plus souvent dans ces pages c'est Carmen Sylva, autrement dit Elisabeth de Wied, reine de Roumanie. Scheffer en a fait des portraits excellents, il a su doser à merveille les qualités et les défauts de cette femme, en somme admirable par les dons de l'esprit et la générosité du cœur, à qui ne manquaient que la mesure, la constance, le sens du temps qu'il faut pour parfaire l'œuvre d'art...
A côté de Carmen Sylva, Charles de Hohenzollern-Sigmaringen, roi de Roumanie, est dépeint avec une malicieuse maîtrise, et il était difficile à réussir. On trouve aussi un prince de Naples, actuellement roi d'Italie, tracé avec amour; un très divertissant prince de Galles (le futur Edouard VII); un délicieux Loti; une reine d'Angleterre impressionnante, malgré des aspects caricaturaux; une vieille petite princesse de rêve, mère du roi Carol ; une rébarbative princesse de Wied ; un prince de Bûlow qui donne peut-être là, en raccourci, la plus véridique impression de ce diplo-
AVANT-PROPOS
mate ophidien ; un timide prince Ferdinand ; une reine Nathalie aux fortes mâchoires et aux belles épaules; un pesant Archiduc, et vingt, et cent autres qui tous captiveront le lecteur. Et je ne parle pas de la sinueuse intrigue autour du Journal de la Reine, que détenait Schefîer et qu'il brûla, sur Tordre de la souveraine : il y a là de belles pages très intimes et qui, cependant, se rattachent à la grande politique européenne.
A propos de deux ou trois des personnes qui paraissent sur l'écran de la lanterne magique, je dois faire quelques restrictions : ce sont des personnes que j'aime ou que j'admire.
J.-H. RosNY Aîné.