‹ Orientales et balladesChapitre 18 sur 58 · MARCHE TURQUE · texte numérisé non relu

MARCHE TURQUE

X U^ABak — ElUlIah!

n n'y • d'autre diev qa« Dieu.

Ma dague d*un sang noir i mon côté ruisseUe , Et ma hache est pendue i Tarçon de ma selle.

J'aime le vrai soldat, effroi de Bélial :

Son turban évasé rend son front plus sévère ] Il baisse avec respect la barbe de son père ; Il Toae à son vieux sabre un amour filial , Et porte un doliman percé dans les mêlées De plus de coups que n*a de taches étoilées La peau du tigre impérial.

Ma dagué d*un sang noir à mon côté roiaselle , Et ma hache est pouiiie à Tarçon de ma selle.

Un bouclier de cuivre à son bras sonne et luit , Roug^e comme la lune au milieu d'une brume ; Son cheval hennissant mâche un frein blanc d*écume Un long sillon de poudre en sa course le suit. Quand il passe au galop sur le pavé sonore, On fait silence, on dit : G^est.un cavalier maure ! Et chacun se retourne au bruit.

Ma dague d^un sang noir à mon côté ruisselle, Et m^ hache est pendue à Tarçon de ma selle.

Quand dix mille Giaours viennent au son du cor , Il leur répond; il vole, et d*un souffle farouche Fait jaillir la terreur du clairon qu'il embouche, Tue , et parmi les morts sent croître son e^sor , Rafraîchit dans leur sang son caftan écarlate , Et pousse son coursier qui se lasse , et le flatte Pour en égorger plus encor!

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle , Et ma hache est pendue à Tarçon de ma selle.

J'aime, s'il est vainqueur, quand s'est tu le tambour, Qu'il ait sa belle esclave aux paupières arquées , Et , laissant les imans qui prêchent aux mosquées, Roire du vin la nuit, qu'il en boive au grand jour! J'aime ^ après le combat , que sa voix enjouée Rie , et des cris de guerre encor tout enrouée, Chante les houris et l'amour!

MAKCHB TUKQUI. 85

Ma dague d*un sang; noir à mon côté ruisselle , Et ma hache est pendue à Farçon de ma selle.

Qu'il soit grave , et rapide à venger un afiront j Qu'il aime mieux, savoir le jeu du cimeterre Que tout ce qu'à vieillir on apprend sur la terre ; Qu'il ignore quel jour les soleils s'éteindroiit, Quand rouleront les mers sur les sables arides; Hais qu'il soit brave et jeune , et préfère à des rides Des cicatrices sur son front.

Ma dague d'un sai^ noir à mon côté ruisselle , Et ma hache est pendue a l'arçon de ma selle.

Tel est, comparadgis, spahis, timariots, Le vrai gerrier croyant ! Mais celui qui se vante , Et qui tremble au moment de'^èmer l'épouvante. Qui le dernier arrive aux camps impériaux , Qui , lorsque d'une ville on a forcé la porte , Ka fait pas , sous le poids du butin qu'il rapporte , Plier l'essieu des chariots;

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle , Et ma hache est pendue à l'arçon de ma selle.

Celui qui d'une femme aime les entretiens ;

Celui qui ne sait pas dire dans une orgie

Quelle est d'un beau cheval la généalogie ;

Qui cherche ailleurs qu'en soi force , amis et soutiens ,

»6 I.IS QBtflITALEB.

Sur de soyeux divans se couche avec mollesse, Craint le soleil, sait lire, et par scrupule laisse Tout le yin de Chypre aux chrétiens ;

Ma dague d^un sang noir à mon côté rmSSelle , Et ma hache est pendue à Tarçon de ma selle.

Celui-là, c'est un lâche, et non pas un guerrier! Ce n'est pas lui qu'on yoit dans la bataille ardente Pousser un fier cheyal; à la housse pendante, Le sabre en main, debout sur le large étrier^ Il n'est bon qu'à presser des talons une mule, En murmurant tout bas quelque yainie formule , Comme un prêtre qui va prier !

Ma dague d'un sang noir à mon côté ruisselle, Et ma hache est pendufà l'arçon de ma selle.

Mai i8»8.

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