‹ Orientales et balladesChapitre 17 sur 58 · LE CHATEAU-FORT · texte numérisé non relu

LE CHATEAU-FORT

A quoi pensent ces flots qui baisent sans murmure Les flancs de ce rocher luisant comme une armure ? Quoi donc ! n*ont-ils pas vu , dans leur propre miroir , Que ce roc , dont le pied déchire leurs entrailles , A sur sa tête un fort, ceint de blanches murailles , Roulé comme un turban autour de son front noir?

Que font-ils ? à qui donc gardent-ils leur colère ?

Allons ! acharne-toi sur ce cap séculaire !

mer! trêve un mpment aux pauvres matelots!

Ronge, ronge ce roc! qu^il chancelle, qu41 penche,

Et tombe enfln avec sa forteresse blanche ,

La tête la première, enfoncé dans les flots !

Dis, combien te faut-il de temps , ô mer fidèle , Pour jeter bas ce roc avec sa citadelle ?

Un jour ? un an ? un siècle ?.... au nid du criminel Précipites toujours ton eau jaune de sable !

82 LES ORIElfTALBS.

Que t'importe le temps, ô mer intarissable?

Un siècle est comme un flot dans ton gouffire étemel.

Engloutis cet écueU ! que ta yague reJBTace, Et sur son front perdu toujours passe et repasse! Que Talgue aux yerts cherenx dégrade ses contours ! Que, sur son flanc couché, dans ton lit sombre il dorme ! Qu'on n'y distingue plus sa forteresse informe ! Que chaque flot emporte une pierre à ses tours !

Afin que rien n'en reste au monde , et qu'on respire

De ne plus voir la tour d'Ali , pacha d'Êpire ;

Et qu'un jour, côtoyant les bords qu'Ali souilla,

Si le marin de Cos dans la mer ténébreuse

Toit un grand tourbillon dont le centre se creuse ,

Aux passagers muets il dise : C'était là !

Novembre i8a8.

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