‹ Orientales et balladesChapitre 22 sur 58 · SARA LA BAIGNEUSE · texte numérisé non relu

SARA LA BAIGNEUSE

Le soldl et 1m Tents , dans ces bocages sombres , Des feuilles sur son front faisaient flotter les ombres.

— AiiVaBD PS Vxsvr.—

Sara, belle d^mdolence,

Se balance Bans un hamac, au-dessus Du bassin d^une fontaine

Toute pleine D'eau puisée à Tllyssus ;

£t la frêle escarpolette

Se reflète Dans le transparent miroir, Avec la bùgneuse blanche

96 LK8 0RIB9TAU8.

Qui se penche , Qui se penche pour se yoir.

Cha<pie fois que la nacelle,

Qui chancelle , Passe à fleur d'eau dans son vol , On voit sur Teau qui s'agite

Sortir vite Son beau pied et son beau col.

Elle bat d'un pied timide

L'onde humide ' Qui ride son clair tableau ; Du beau pied rougit l'albâtre j

La folâtre Rit de la fraîcheur de l'eau.

Reste ici caché : demeure !

Dans une heure , D'un œil ardent en verras Sortir du bain l'ingénue ,

Toute nue , Croisant ses mains sur ses bras !

Car c'est un astre qui brille

Qu'une fille Qui sort d'un bain au flot clair , Cherche s'il ne vient personne,

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Et frissonne, Toute mouillée au grand air.

Elle est là, sous la feuillée,

Éveillée Au moindre bruit de malheur ; Et rouge , pour une mouche

Qui la touche, Comme une grenade en fleur. '

On voit tout ce que dérobe

Voile ou robej Dans ses yeux d^azur en feu, Son regard que rien ne voile

Est rétoile Qui brille au fond d*un ciel bleu.

L'eau sur son corps qu*elle essuie

Roule en pluie , Gomme sur un peuplier :

Ck>mme si, gouttes i gouttes,

Tombaient toutes Les perles de son collier.

Mais Sara la nonchalante

Est bien lente A finir ses doux ébats; Toujours elle se balance,

88 LES 0R1EIVTALB8.

« Mes khans bariolés? mes rapides spahis?

K Et mes bédouins hftlés , venus des Pyramides,

tt Qui riaient d*effrayer les laboureurs timides,

« Et poussaient leurs chevaux par les champs de maïs?

tt Tous ces chevaux, à rœil de flamme, aux jambes grêles, « Qui volaient dans les prés comme des sauterelles^ tt Quoi! je ne verrai plus, franchissant les sillons, « Leurs troupes , par la mort en vain diminuées , a Sur les carrés pesans s^abattant par nuées , « Couvrir. d'éclairs les bataillons!

tt Ilssontmorts: danslesangtrainentleursbelleshousses; « Le sang souille et noircit^leur croupe aux taches roustt L'éperon s'userait sur leur flanc arrondi [sesji

tt Avant de réveiller leurs pas jadis rapides; tt Et près d'eux sont couchés leurs maîtres intrépides, « Qui dormaient à leur ombre aux^ haltes de midi !

tt Allah! qui me rendra ma redoutable armée?

« La voilà par les champs tout entière semée, u Gomme l'or d'un prodigue épars sur le pavé. « Quoi! chevaux, cavaliers, Arabes etTartares, tt Leurs turbans), leur galop, leurs drapeaux, leurs fan- « C'est comme si j'avais rêvé ! [fares :

tt nies vaillans soldats et leurs coursiers Gdèles ! tt Leur voix n'a plus de bruit e^ leurs pieds n'ont plus « Ils ont oublié tout, et le sabre et le mors, [d'ailes, tt De leurs corps entassés cette vallée est pleine :

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« Voili pour bien loDg-temps une sinistre plaine !

tt Ce soir, Todeur du sang ; demain , Podeur des morts.

« Quoi! c'était une armée, et ce n'est plus qu'une ombre! « Ils se sont bien battus ! de Faube à la nuit sombre , « Dans le cercle fatal ardens à se presser.

« Les noirs linceuls des nuits sur Tborizon se posent. « Les brayes ont fini : maintenant ils reposent , ' Et les corbeaux vont commencer.

« Déjà , passant leur bec entre leurs plumes noires , ft Du fond des bois , du haut des chauves promontoires , tt Ils accourent 3 des morts ils rongent les lambeaux ; tt Et celte armée, hier formidable et suprême, « Cette puissante armée , hélas ! ne peut plus même « EjETaroucher ui^ aigle et chasser des corbeaux !

« Oh ! si j'avais encor cette armée immortelle , « Je voudrais conquérir des mondes avec elle ^ « Je la ferais régner sur les rois ennemis ; « Elle serait ma sœur, ma dame et mon épouse, tt Biais que fera la Mort, inféconde et jalouse, « De tant de braves endormis ?

« Que n'ai-je été frappé ! que n'a sur la poussière tt Roulé mon vert turban avec ma tête altière ! « Hier j'étais puissant ; hier trois officiers , « Immobiles et fiers sur leur selle tigrée.

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