‹ Orientales et balladesChapitre 34 sur 58 · FANTOMES · texte numérisé non relu

FANTOMES

lAtêng* M «« notke, j «trraéot

Ettan tus oj<t» ptsadot»

Uos, idot «n paz, viêntot aladot!

Lmgne cat m nuit , et ferait aoot •es yeux lourds. Ailes, ailes en paix , venu «iléi!

Hélas ! que j*eii ai vu mouxir de jeunes filles ! C^est le destin. Il faut une proie au-trépas. Il faut que Therbe tombe au tranchant des faucilles ; Il faut que dans le bal les foUtres quadrilles Foulent des roses sous leurs pas.

Il faut que Feau s^épuise à courir les vallées ^ Il faut que Téclair brille, et brille peu d'instans; Il faut qu^avril jaloux brûle de ses gelées

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Le beau pommier, trop fier de ses fleurs étoilées , Neig^e odorante du printemps.

Oui , c*est la yie. Après le jour, la nuit livide. Après tout, le réveil, infernal ou divin.

Autour du grand banquet siège une foule avide ; Mais bien des conviés laissent leur place vide , Et se lèvent avant la fin.

Que j*en ai vu mourir! — L*une était rose et blanche; L'autre semblait ouïr de célestes accords ; L'autre, &ible, appuyait d'un bras son front qui penche. Et, comme en s'envolant l'oiseau courbe la branche. Son ame avait brisé son corps. «

Une, pâle, égarée, eu proie au noir délire, Disait tout bas un nom dont nul ne se souvient ; Une s'évanouit, comme un chant sur la lyre; Une autre en expirant avait le doux sourire D'un jeune ange qui s'en revient.

Toutes fragiles fleurs , sitôt mortes que nées ! Alcyons engloutis avec leurs nids flottans !

Colombes, que le ciel au monde avait données! Qui, de grâce, et d'enfance, et d'amour couronnées , Comptaient leurs ans par les printemps!

Quoi , mortes ! quoi , déjà sous la pierre couchées !

Quoi ! tant d'êtres charmans sans regard et sans roix! Tant de flambeaux éteints ! tant de fleurs arrachées..!— Oh ! laissez-moi fouler les feuilles desséchées , Et m^égarer au fond des bois!

Doux fantômes! c'est là, quand je rêve dans Tombre, QuHls viennent tour-à-tour m^entendre et me parler. Un jour douteux me montre et me cache leur nombre; A travers les rameaux et le feuillage sombre , Je vois leurs yeax étinceler.

Mon ame e^-une sœur pour ces ombres si belles. La vie et le tombeau pour nous n^ont plus d^ loi. Tantôt j^aide leurs pas , tantôt je prends leurs ailes.. Vision ineffable , où je suis mort comme elles , Elles y vivantes comme moi !

Elles prêtent leur forme à toutes mes pensées. Je les vois! je les vois ! Elles me disent : Viens t Puis autour d'un tombeau dansent entrelacées ^ ' Puis s*en vont lentement, par degrés éclipsées : Alors je songe et me souvieDS»«.

Une surtout : -*> un ange , une jeane Espagnole ! Blanches mains, sein gonflé de soupirs innocens. Un œil noir y où luisaient des regtniB de crèche ,

\S% LIS OftlBRTALKS.

Et ce charme inconnu, cette firaiche auréole Qui couronne un front de quinze ans!

Non , ce n^est point d'amour qu'elle est morte : pour elle L^mour n*ayait encor ni plaisirs ni combats; Rien ne faisait ençor battre son cœur rebelle ] Quand tous en la voyant s'écriaient : qu'elle est belle ! Nul ne le lui disait tout bas.

Elle aimait trop le bal; c'est ce qui l'a tuée. Le bal éblouissant! le bal délicieux!

Sa cendre encor frémit , doucement remuée , Quand dans la nuit sereine , une blanche nuée Danse autour du croissant des cieux.

EUe aimait trop le bal. — Quand venait une fête, Elle 7 pensait trois jours, trois nuits elle en rêvait; Et femmes , musiciens , danseurs que rien n'arrête , Venaient , dans son sommeil , troublant sa jeune tète , Rire et bruire à son chevet.

Puis c'était des bijoux, des colliers, des merveilles! Des ceintures de moire aux ondoyans reflets ; Des tissus plus lég^ers que des ailes d'abeilles ; Des festons , des rubans , à remplir des corbeilles ; Dea fleurs, à payer un palais !

La fête commencée , avec ses sœurs rieuses

Elle accourait, froissant l'éventail sous ses doigts;

Puis s'asseyait parmi les écharpes soyeuses.

FAIITÔHES. IS»

Et son cœur éclatait en fanfares joyeuses , ,

Avec l'orchestre aux mille voix.

C'était plaisir de voir danser la jeune fille ? Sa basquine agitait ses paillettes d'azur^ Ses grands yeux noirs brillaient sous la noire mantille : Telle une double étoile au front des nuits scintille Sous les plis d'un nuage obscur.

Tout en elle était danse , et rire , et folle joie. Enfant! — Nous l'admirions dans nos tristes loisirs; Car ce n'est point au bal que le cœur se déploie : La cendre y vole autour des tuniques de soie , L^ennui sombre autour des plaisirs.

Mais elle , par la valse ou la ronde emportée , Volait, et revenait, et ne respirait pas, Et s'enivrait des sons de la flûte vantée , Des fleurs, des lustres d'or, delà fête enchantée. Du bruit des voix, du bruit des pas.

Quel bonheur de bondir éperdue, en la foule , De sentir par le bal ses sens multipliés , Et de ne pas savoir si dans la nue on roule, Si l'on chasse en fuyant la terre , ou si l'on foule Un flot tournoyant sous ses pieds ! .

Mais hélas! il fallait , quand l'aube était venue , Partir, attendre au seuil le manteau de satin. C'est alors que souvent la danseuse ingénue

114 LB8 OmilH'IALBfi.

Sentit en frissonnant sur son épaule nue Glisser le souffle du matin.

Quels tristes lendemains laisse le bal folâtre! Adieu parure, et danse, et rires enfantins!

Aux chansons succédait la toux opiniâtre, Au plaisir rose et frais la fièvre au teint bleuâtre ^ Aux yeux brillans les yeux éteints.

Elle est morte. — A quinze ans, belle, heureuse, adoréef Morte au sortir d^un bal qui nous mit tous en deuil ; Morte , hélas ! et des bras d^une mère égarée La mort aux froides mains la prit toute parée, Pour rendormir ddna le cercueil.

Pour danser d*autres bals elle était encor prête. Tant la mort fut pressée â prendre un corps si beau ! Et ces roses d'un jour qui couronnaient sa tête, Qui s'épanouissaient la veille en une fête , Se fanèrent dans un tombeau.

Sa pauvre mère! —Hélas! de son sort ignorante , Avoir mis tant d'amour sur ce frêle roseau , Et si long-temps veillé son enfance souffîrante ,

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Et passé tant de naits & rendormir pleurante. Toute petite en son berceau !

A quoi bon ? — Maintenant la jeune trépassée , Sous le plomb du cercueil, livide, en proie au rer, Dort; et si, dans la tombe où nous Tavons laissée , Quelque fête des morts la réveille glacée, Par une belle nuit d'hiver,

Un spectre , au rire affreux , à sa morne toilette Préside au lieu de mère , et lui dit : Il est temps ! Et , glaçant d'un baiser sa lèvre violette , Passe les doigts noueux de sa main de squelette Sous ses cheveux longs et flottans.

Puis , tremblante, il la mène à la danse fatale , Au chœur aérien dans Tombre voltigeant ; Et sur rhorizon gris la, lune est large et pâle , Et Tarc-en-ciel des nuits teint d'un reflet d'opale Le nuage aux franges d'argent.

Vous toutes qu'à ses jeux le bal riant convie , Pensez à l'Espagnole éteinte sans retour , Jeunes filles ! Joyeuse et d'une main ravie , Elle allait moissonnant les roses de la vie , Beauté , plaisir, jeunesse , amour !

La pauvre enfant, de .fête en fête promenée,

15« lis ORUNTAI^S.

De oe bouquet charmant arrangeait les couleurs ; Mais qu'elle a passé vite , hélas ! l'infortunée ! Ainsi qu'Ophelia par le fleure entraînée ,

Elle est morte en cueillant des fleurs î

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