‹ Orientales et balladesChapitre 35 sur 58 · MAZEPPA · texte numérisé non relu

MAZEPPA

A M. LOVia BOU&AMttSm.

Ea avAiii ! En «nuit !

Ainsi , quand Mazeppa , qui rugit et qui pleure ,

A vu ses bras, ses pieds, ses flancs qu*un sabre efileurei

Tous ses membres liés Sur un fou^eux cheral , nourri d'herbes marines , Qui fume , et £iit jaillir le feu de ses narines

Et le feu de 9K& pieds \

Quand il s^est dans ses nœuds roulé comme un reptile , Qu*il a bien réjoui de sa rage inutile

Ses bourreaux tout joyeux , Kt qu*il ret<«ibe enfin sur la croupe farouche ,

ISS us OBIKITTALIS.

La sueur sur le firont , Técume dans la bouche , Et du sanç dans les yeux ,

Un cri part , et soudain voilà que par la plaine Et rhomme et le cheral, emporté, hors d^haleine,

Sur les sables mouvans , Seuls, emplissant de bruit un tourbillon de poudre, Pareil au noir nuage où serpente la foudre

Volent avec les vents !

Ils vont. Dans ht vrikiDS comoie un orage ils passent. Comme ces ouragans qui dans les monts s'entassent.

Gomme un globe de feu ; Puis déjà ne Sont plus qu'un point noir dans la brume , Puis sVffacent dans Pair comme un flocon d'écume

Au vaste océan bleu.

Ils vont. L'espace est grand. Dans le désert immense , Dans l'horizon sans fin qui toujours recommencé*.

Ils se plongent tous deux.

Leur course comme un vol les emporte, et grands chênes. Villes et tours , monts noirs liés en longues chaînes ,

Tout chancelle autour d'eux.

Et si Phkfortuttf , dont Isr tête se brise.

Se débat , le cheval , qui devance la brise ,

D'un bond plus effrayé , S'enfonce au désert vaste , aride , infranchissable , Qui devatt% eux s'étend , avec ses plis de sable ,

Gomme un manteau rayé.

Tout vacille «t iè peint de couleon îdcoumms :

Il voit cottrir l«d bois, «ourir le» largues nues ,

Là vieux donjon détruit, Les monts dont un rayon baigne les intervalles ; Il voit : et des troupeaux de fumantes cavales

Le suivent « grand bruit!

Et le ciel, où déjà les pat du soir s*aUong«nt , Avec ses océans de nuages où {Songent

Des nuages encor , Et son soleil qui fend leurs vagues de sa proue , Sur son front ébloui tourne comme une roue

De marbre aux veines d^or.

Son œil s^égare et luit , sa chevelure traîne , Sa tête pend j s<»i sang rougit la jaune arène ,

Les buissons épipeux :

Sur ses membres gonflés la corde se replie , Et comme un long serpent resserré et multiplie

Sa morsure et ses nœuds.

Le cheval , qui ne sent ni le urors ni la selle , Toujours fuit , et toujours son sang coule et ruisselle ,

Sa chair tombe en lambeaux.

Hélas ! voici déjà qu^aux cavales ardentes Qui le suivaient , dressant leurs crinières pendantes ,

Succèdent les corbeaux !

Les corbeaux , le grand«dnc à Tœil rond , qui s^eiTraie , L'aigle effaré des champs de bataille , et Torfraie , Monstre an jour itM^onnu ,

160 LES OBISHTALES.

Les obliques hiboux , et le grand vautour fauve , Qui fouille au flanc des morts ou son col rouge et chauve Plonge comme un bras nu !

Tous viennent élarjgfir la funèbre volée ; Tous quittent pour le suivre et Tyeuse bolée ,

Et les nids du manoir.

Lui , sanglant , éperdu , sourd à leurs cri^ de joie , Demande en les voyant qui donc là-haut déploie

Ce grand éventail noir.

La nuit descend lugubre , et sans robe étoilée. L^essaim s^achame et suit , tel qu'une meute ailée ,

Le voyageur fumant.

Entre le ciel et lui , comme un tourbillon sombre Il les voit , puis les perd , et les entend dans Tombre

Voler confusément.

Enfin , après trois jours d'une course insensée , Après avoir franchi fleuves à Teau glacée ,

« Steppes, forêts, déserts, Le cheval tombe aux cris des mille oiseaux de proie , Et son ongle de fer sur la pierre qu'il broie Éteint ses quatre éclairs.

Voilà rinfortuné , gisant , nu , misérable , Tout tacheté de sang , plus rouge que Térable

Bans la saison des fleurs.

Le nuage d'oiseaux sur lui tourne et ç^arrête ;

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