MAZEPPA
A M. LOVia BOU&AMttSm.
Ea avAiii ! En «nuit !
Ainsi , quand Mazeppa , qui rugit et qui pleure ,
A vu ses bras, ses pieds, ses flancs qu*un sabre efileurei
Tous ses membres liés Sur un fou^eux cheral , nourri d'herbes marines , Qui fume , et £iit jaillir le feu de ses narines
Et le feu de 9K& pieds \
Quand il s^est dans ses nœuds roulé comme un reptile , Qu*il a bien réjoui de sa rage inutile
Ses bourreaux tout joyeux , Kt qu*il ret<«ibe enfin sur la croupe farouche ,
ISS us OBIKITTALIS.
La sueur sur le firont , Técume dans la bouche , Et du sanç dans les yeux ,
Un cri part , et soudain voilà que par la plaine Et rhomme et le cheral, emporté, hors d^haleine,
Sur les sables mouvans , Seuls, emplissant de bruit un tourbillon de poudre, Pareil au noir nuage où serpente la foudre
Volent avec les vents !
Ils vont. Dans ht vrikiDS comoie un orage ils passent. Comme ces ouragans qui dans les monts s'entassent.
Gomme un globe de feu ; Puis déjà ne Sont plus qu'un point noir dans la brume , Puis sVffacent dans Pair comme un flocon d'écume
Au vaste océan bleu.
Ils vont. L'espace est grand. Dans le désert immense , Dans l'horizon sans fin qui toujours recommencé*.
Ils se plongent tous deux.
Leur course comme un vol les emporte, et grands chênes. Villes et tours , monts noirs liés en longues chaînes ,
Tout chancelle autour d'eux.
Et si Phkfortuttf , dont Isr tête se brise.
Se débat , le cheval , qui devance la brise ,
D'un bond plus effrayé , S'enfonce au désert vaste , aride , infranchissable , Qui devatt% eux s'étend , avec ses plis de sable ,
Gomme un manteau rayé.
Tout vacille «t iè peint de couleon îdcoumms :
Il voit cottrir l«d bois, «ourir le» largues nues ,
Là vieux donjon détruit, Les monts dont un rayon baigne les intervalles ; Il voit : et des troupeaux de fumantes cavales
Le suivent « grand bruit!
Et le ciel, où déjà les pat du soir s*aUong«nt , Avec ses océans de nuages où {Songent
Des nuages encor , Et son soleil qui fend leurs vagues de sa proue , Sur son front ébloui tourne comme une roue
De marbre aux veines d^or.
Son œil s^égare et luit , sa chevelure traîne , Sa tête pend j s<»i sang rougit la jaune arène ,
Les buissons épipeux :
Sur ses membres gonflés la corde se replie , Et comme un long serpent resserré et multiplie
Sa morsure et ses nœuds.
Le cheval , qui ne sent ni le urors ni la selle , Toujours fuit , et toujours son sang coule et ruisselle ,
Sa chair tombe en lambeaux.
Hélas ! voici déjà qu^aux cavales ardentes Qui le suivaient , dressant leurs crinières pendantes ,
Succèdent les corbeaux !
Les corbeaux , le grand«dnc à Tœil rond , qui s^eiTraie , L'aigle effaré des champs de bataille , et Torfraie , Monstre an jour itM^onnu ,
160 LES OBISHTALES.
Les obliques hiboux , et le grand vautour fauve , Qui fouille au flanc des morts ou son col rouge et chauve Plonge comme un bras nu !
Tous viennent élarjgfir la funèbre volée ; Tous quittent pour le suivre et Tyeuse bolée ,
Et les nids du manoir.
Lui , sanglant , éperdu , sourd à leurs cri^ de joie , Demande en les voyant qui donc là-haut déploie
Ce grand éventail noir.
La nuit descend lugubre , et sans robe étoilée. L^essaim s^achame et suit , tel qu'une meute ailée ,
Le voyageur fumant.
Entre le ciel et lui , comme un tourbillon sombre Il les voit , puis les perd , et les entend dans Tombre
Voler confusément.
Enfin , après trois jours d'une course insensée , Après avoir franchi fleuves à Teau glacée ,
« Steppes, forêts, déserts, Le cheval tombe aux cris des mille oiseaux de proie , Et son ongle de fer sur la pierre qu'il broie Éteint ses quatre éclairs.
Voilà rinfortuné , gisant , nu , misérable , Tout tacheté de sang , plus rouge que Térable
Bans la saison des fleurs.
Le nuage d'oiseaux sur lui tourne et ç^arrête ;