‹ Orientations étrangères chez Honoré de BalzacChapitre 127 sur 129 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

de Barbey d’Aurevilly, se tient en sympathie avec des tentatives fécondes du passé ou du présent, mais pour en faire des objets de dandysme, du bibelot contourné ou des délices de chapelle. Une zone plus ample prétend rester indemne d’importations, que le boulevard traite par l’ignorance, les cercles distingués par le persiflage, les augures de l’époque par une déconcertante supériorité d’ironie ou de raillerie dédaigneuse.

Est-il nécessaire d’insister sur le tort que la littérature française s’est fait à elle-même en ignorant, soit par orgueil, soit par timidité, une partie du mouvement des idées qui s’opérait, au dehors, entre 1850 et 1890 environ ? A la réserve des spécialistes, de quelques initiés, des originaux qui vont faire au dehors leurs remontes de formes et d’impressions, l’esprit parisien se déclare supérieur à tout. Saurat-on jamais de quels chefs-d’œuvre cette ignorance aura privé la France ? Celle -ci regagne parfois, d’un bond, le terrain perdu et se met au courant , en un tournemain, de ce qui peut servir à ses propres élaborations : témoins Edgar Poe et Dickens, dont on a tardé à s’informer, mais que Baudelaire ou Daudet ont vite rattrapés. C’est qu’en se raidissant contre des nouveautés contraires à ses propres décrets, un esprit de chauvinisme se prive de raisons supérieures d’enrichissement : siffler Wagner en 1867, c’est perpétuer le rôle d’Offenbach ; ricaner devant Ibsen, ce sera prolonger le règne de Gondinet ; déprécier George Eliot ou d’Annunzio, ce sera laisser le champ libre à George Ohnet ou à Rocambole : et ainsi s'ajoute, au retard des satisfactions artistiques, le pullullement du faux art qui continue.

La vraie riposte, en réalité, la réplique éternellement souhaitable des génies nationaux qui s’inquiètent, c’est la création qui s’oppose à d’autres créations par un effort d'opposition qui est à la fois un effet et un contre-coup de la chose étrangère : par là, si la résistance est positive et salubre, le refus de suivre devient créateur et révélateur à son tour. La partition de Pelléas et Mélisande de Debussy fait opposition à la Tétralogie de Wagner avec bien plus d’efficacité que les sifflets à roulette de l’Opéra ne barraient la route à Tannhaeuser . . .

Or c’est là, parmi d’autres raisons d’éminence, que réside la grandeur de Balzac. Il n’a été tout à fait content, ni de Scott, ni de Hoffmann, ni de Gœthe, ni de Swedenborg ; même s’il les avait accueillis avec une entière dévotion, il eût brûlé du désir de les égaler ou de les dépasser : mais, connaissant leur valeur, conscient

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