‹ Orientations étrangères chez Honoré de BalzacChapitre 126 sur 129 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Au lieu de crier sur les toits : « Ramenons l’art à la nature ! » il accomplissait laborieusement dans sa solitude sa part de révolution littéraire, tandis que la plupart de nos écrivains se perdaient en des efforts infructueux, sans suite, ni portée. Chez beaucoup, en effet, une nature de convention succédait au faux convenu des classiques... Ou bien, pour arriver au nouveau, d’autres faisaient des passions à leur usage, ils les arrangeaient et les développaient selon les caprices de leur poétique; s’ils évitaient le connu, ils rencontraient l’impossible.

« La matérialité d’un fait n’en constitue pas la vérité » : cette phrase d’un ancien inspecteur des prisons au sujet du procès Peytel n’était point non plus pour déplaire à Balzac, qui peut-être l’inspira, et qui, durant toute sa carrière, resta là-dessus d’accord avec luimême. Dès la première Préface des Chouans, il protestait contre la prétendue exactitude à laquelle il se proposait de toujours préférer la présentation artistique des choses et, sinon des certitudes, du moins des vraisemblances choisies propros à susciter chez le lecteur l’impression de la vérité.

Et, de même, la moralité profonde qui se dégageait d’une oeuvre singulièrement cordiale, ne refusant son intérêt et sa sympathie à aucune des formes de l’humanité, c’était bien celle-ci : « L’homme n’est ni bon ni méchant ; il naît avec des instincts et des aptitudes ; la société, loin de le dépraver, comme l’a prétendu Rousseau, le perfectionne, le rend meilleur : mais l’intérêt développe aussi ses penchants mauvais. » Avec la séculaire France comme parfait terrain de démonstration, avec le christianisme, surtout sous sa forme catholique, pour cadre moral des existences, mais avec des échappées audacieuses vers d’autres formes de religion ou d’incrédulité, c’était bien la majorité des lecteurs occidentaux que la Comédie avait chance de toucher. Elle n’y manqua guère...

Après sa mort, il se produit ceci. Tandis que, par sa philosophie, ses méthodes historiques, la France reste largement au contact des idées occidentales, une partie de la littérature — celle des exilés du 2 Décembre, Victor Hugo à leur tête — perd à la lois le contact avec les choses étrangères de l’espiit et avec les réalités françaises, Révolution à part. Une autre région, dans le clair-obscur de Baudelaire, la musicalité des premiers wagnériens, la crispation

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