‹ Origène: cours d'éloquence sacrée ... 1867Chapitre 2 sur 54 · PREMIÈRE LEÇON · texte numérisé non relu

PREMIÈRE LEÇON

' Rapports entre Clément d'Alexandrie et Origène. — Etat de la science ^ théologiqne dans la première moitié du lu* siècle. — Gootroverse ayec ^ le paganisme philosophiqae. — Lutte des hérésies contre Torthodoxie chrétienne. — Progrès de la critique et de l'éradition sacrée. — Analyse et exposition des dogmes. — Comment les trayanx d'Origène répondent aoz besoins de son époque et s'expliquent en partie par le milieu où il a Técu. — Esquisse de sa carrière scientifique et littéraire. -* Diversité dans les jugements qu'ont portés sur ce grand homme ses contemporains et la postérité.

Messieurs,

"^vUne école, théologique traverse d'ordinaire deux phases

^ ' bien distinctes : Tune pendant laquelle ses éléments sepré-

4^ parent et se forment; l'autre où ils apparaissent réunis en

' T un tout organique et vivant. Dans la première de ces deux

* ^ périodes, les principes s'annoncent, les méthodes se des-

^ sinent, Tesprit particulier qui passera du maître aux disr

^ k ciples se laisse deviner dès Tabord. Mais à côté de ces essais

s,^^« vigoureux d'une science qui débute, il y a du vague dans

"^^^rexposition des doctrines; il reste de Tindécision sur la

\ marche à suivre. On entrevoit le but plutôt qu*on ne Fa-

3» perçoit clairement ; les idées n'ont pas encore trouvé leur

3 formule précise ; le plan général manque de symétrie, et les

. ^ détails se dispersent sans qu'une main puissante vienne les

O réunir en les coordonnant. La langue, cet instrument indis-

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!^, pensable de la pensée, se ressent à »on tour de Timperfec* tion d'un premier travail : ici, ce sont des locutions hasardées sans motif suffisant, et que les exigences d'un goût plus sévère feront disparaître; là, des termes équivoques, dont le sens peu défini pourrait aisément engendrer la confusion; ailleurs môme des expressions incorrectes, inexactes, dont la vérité ne s'accommode point. Bref, si une école ne parvenait à franchir cette période de formation, toujours quelque peu chaotique et désordonnée, elle ne pourrait se flatter d'occuper une grande place dans Thistoire : à peine constituée^ elle se verrait presque aussitôt arrêtée dans son développement. Hais alors. Messieurs, surgit le plus souvent un homme qui, s^emparant de Tœuvre de ses devanciers, lui donne une forme complète et définitive. Sous sa main, le, plan s'élargit en même temps qu'il acquiert plus de régularité; au lieu d'être juxtaposées sans art ni lien logique, les parties viennent se ranger par ordre et d'après leur enchaînement naturel; ce qu'il y avait dans les contours d'indécis et de fuyant fait place à des lignes nettement tracées ; les points de doctrine se dégagent d'un milieu oii les ombres se mêlaient trop à la lumière ! tout prend, en un mot, du relief et de la consistance. Telle conséquence isolée de son principe s'y trouve ramenée parle fil de l'induction ; au contraire, tel principe dont l'analyse n'avait pas épuisé toute la fécondité se voit conduit jusqu'à ses dernières conclusions. Là où une méthode peu rigoureuse laissait subsister des lacunes, quelque défaut de cohésion, un esprit plus synthétique s'empresse de combler les vides, en montrant comment chaque vérité se rattache à ce qui précède et à ce qui suit. La langue elle-même s'assouplit en passant par d'autres mains : elle rejette des emprunts qui ne faisaient que la surcharger sans l'enrichir, pour s'assimiler ce qui peut la rendre plus abondante et plus ferme. Ce travail de coordination, ou cet arrangement systématique, ne

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maoque jamais de se personnifier dans un homme supérieur^ lorsqu'on groupe d'écrivains est appelé à marquer dans la science chrétienne. C'est saint Augustin résumant les travaux de rÉglise d'Afrique depuis TertuUien, et introduisant plus d'ordre et de clarté dans Tœuvre de ses prédécesseurs. C'est saint Thomas d'Aquin prenant pour base de sa Somme ibéologique les sentences de Pierre Lombard, et construisant sur ce modèle un édifice bien autrement vaste et régulier. Toute science suit ici-bas la loi du progrès et du développement : avant d'atteindre à la perfection de leurs ouvrages» la nature et l'esprit font l'essai de leurs forces ; et, pourôtre incomplètes, ces productions d'une activité naissante n'en restent pas moins fécondes, parce qu'elles contiennent en germe les fruits et les résultats de l'avenir.

Si vous vous rappelez, Messieurs, ce que nous avons dit Tan dernier en appréciant les œuvres de Clément d'Alexandrie, il ne vous sera pas difficile de marquer la place de cet écrivain dans l'histoire de la célèbre institution qui emprunte son nom à la capitale de TÉgypte. Évidemment» Tau* teur des Sirornaies n'appartient pas à cette période définitive où une école est pleinement constituée, tant pour le fond des doctrines que pour la forme de l'enseignement. A la vérité, son plan est vaste et largement conçu : de VExhortation aux Grecs et du Pédagogue aux Stromates, on suit une progression d'idées qui dénote à la fois des vues d^en* semble et une grande profondeur d'analyse. L'application de l'esprit philosophique au dogme, l'étude des rapports de la science avec la foi, les tentatives de rapprochement ou de conciliation entre le passé et le présent, le goût de la spéculation joint à une tendance très prononcée vers le mysticismCi tout ce qui distinguera dans la suite l'école d'Alexandrie apparaît chex Clément avec une force d'expression difficile à méconnaître. La synthèse théologique est désormais ébauchée à grands traits, sinon achevée dans toutes

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ses parties. Mais que d'incohérences, que d'irrégularités dans cette œuvre d'ailleurs si hardie et si originale I C'est, si le mot ne vous parait excessif, un çà et là perpétuel, une vraie tapisserie, où les dessins les plus divers se mélangent sur un fond peu uni. Pour arriver à un corps de doctrines compacte et bien lié, nous avons eu besoin de faire quelque violence, non pas aux textes eux-mêmes, qui sont fort clairs, mais à leur disposition, qui l'est moins. Telle sentence énoncée dans les Stromates en manière d'aphorisme et sans explication demande à être éclaircie par des endroits parallèles du môme livre, ou par des passages empruntés à YExhortation aux Orecs et au Pédagogue. Si l'enseignement du Didascalée ne se présentait à nous que sous cette forme épisodique et fragmentaire, il serait assez difficile d'en mesurer toute la portée. Mais à ce premier travail de philosophie chrétienne, par où avait débuté l'école d'Alexandrie, allait en succéder un autre plus vaste et plus systématique. Un esprit vigoureux reprendra l'œuvre de Clément pour y introduire cet ordre et cette connexion logique que nous regrettons de ne pas y trouver. L'œil fixé sur le môme but, l'accord de la science avec la foi^ il poursuivra cette harmonie jusque dans les moindres détails. Chez lui, plus de lacunes, plus de prémisses sans conclusions, plus de conséquences séparées de leurs principes : il faudra que tout se lie dans sa pensée, s'enchatne et se coordonne. Car ce qui tourmentera le plus cette intelligence d'élite, c'est le besoin de ramener à l'unité d^un système les différentes parties de la science théologique. Qualités et défauts, tout ce qui caractérise la méthode des Alexandrins paraîtra en saillie : telle idée qui n'existait qu'en germe recevra son plein développement ; telle recherche arrêtée à moitié chemin sera poussée jusqu'au bout ; ce qui n'était qu'une simple tendance deviendra une opinion bien tranchée ; et, tout en conservant les mêmes bases, l'édifice entier gagnera en lar-

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geur et en élévation. Je ne dis pas que l'exécution de ce programme mettra fln aux travaux de l'école d'Alexandrie ; mais du moins ne sera-t-il plus possible de poser le pied sur le terrain des sciences sacrées sans y trouver la trace du successeur de Clément, tant est profonde l'empreinte qu'il laissera sur tout ce qu'il touche. L'homme qui tentera cette vaste entreprise, et dont la prodigieuse activité va se déployer devant nous, c'est Origène.

Lorsqu'en étudiant la carrière d'un homme, on veut pénétrer le caractère de ses œuvres et le sens de sa mission, il faut tout d'abord se rendre compte du milieu où il est venu se placer. C'est là qu'on trouve d'ordinaire l'explication de ses travaux et la clef de sa vie. Les grandes figures de l'histoire s'encadrent dans le siècle où elles ont paru ; et il est impossible de les en détacher sans nuire à l'expression de leurs traits. Qu'est-ce qui détermine la marche des idées chez un écrivain ? Ce sont, outre la trempe particulière de son esprit, les questions agitées de son temps, les adversaires qu'il rencontre en face de lui, les luttes et les controverses auxquelles il prend part. Voilà autant de circonstances qui influent sur la direction de ses études, qui excitent son intelligence et donnent à ses ouvrages leur couleur propre non moins que leur raison d'être. Cela posé, rien n'est plus facile que de prévoir vers quel côté devront se tourner les efforts d'un homme tel que Origène ; et, pour deviner son attitude et ses préoccupations, il nous suffira de jeter un coup d'œil sur la première moitié du m* siècle.

Et d'abord, où en était le paganisme dans sa lutte avec la religion chrétienne? Si l'on n'envisage que les conditions extérieures de ce grand combat, rien ne s'était modifié sensiblement. L'empire continuait à épuiser les ressources de la force matérielle contre une doctrine qui échappe aux atteintes du pouvoir civil : il multipliait les martyrs, et par là il ne faisait qu'affermir ce qu'il voulait renverser. Mais

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relativement aux idées oIles-m6mes et dans la classe des lettrés, il s*était opéré à cet égard un changement notable. Le paganisme scientifique, j'entends par là les philosophes et les rhéteurs, n*avait accueilli le christianisme naissant qu'avec indifférence et mépris : c'était là, pensait-on, une de ces superstitions populaires qui, après avoir trouvé quelque faveur parmi les gens simples et ignorants, finissent par tomber d'elles-mêmes. L'événement n'avait pas justifié de pareils dédains. Cette religion que Tacite et Suétone traitaient naguère avec tant de hauteur, affectant presque de l'ignorer, s'était répandue dans tout l'empire, en dépit des persécutions les plus violentes : non-seulement elle exerçait une action merveilleuse sur les masses, mais encore elle attirait dans ses rangs l'élite des penseurs. Pour arrêter une marche si rapide, il ne suffisait pas de prendre des airs superbes, ni de se renfermer dans un silence calculé : en présence d'un tel adversaire, il fallait recourir à d'autres armes ou s'avouer vaincu. Les philosophes païens le comprirent bien vite ; et dès le milieu du ii* siècle nous les voyons adopter une nouvelle tactique. Alors Ton se jette sur la doctrine chrétienne, pour essayer de la mettre en pièces et de la discréditer aux yeux du monde savant. Tout ce qu'une sophistique habile peut avoir de ressorts et de stratagèmes est employé dans le but d'accomplir cette œuvre de destruction. Opposer les juifs aux chrétiens et l'Ancien Testament au Nouveau, profiter de l'hostilité de la synagogue et des sectes gnostiques pour s'en faire une arme contre l'Église, chercher dans les faits bibliques tout ce qui pouvait fournir quelque prétexte à la raillerie, signaler de prétendues contradictions entre les récits des évangélistes, accu, muler les objections contre les mystères de la foi, en particulier contre l'incarnation du Verbe, c'est à quoi vont s'appliquer désormais les écrivains du paganisme. Aux pamphlets et aux satires de Crescens, de Fronton, de Lucien,

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succéderont les diatribes de Gelse et de Porphyre, dont récho se prolongera dans les invectives d'Hiéroclès et de Julien r Apostat.

Assurément, Messieurs, de toutes les attaques que le christianisme eût subies jusqu'alors, celle-là était la plus redoutable. Elle partait du camp de la philosophie, et ne tendait à rien moins qu*à saper les fondements de la rêvé* lation par un examen critique des faits et des dogmes. Aussi Fouvrage de Gelse, entre autres, avait-il produit une vive sensation : lu avec avidité par le monde païen, il n*avait pas laissé de porter çà et là quelque trouble dans les rangs des fidèles. C'était le résumé de toutes les difficultés qu'on pouvait soulever au sujet de la doctrine évangélique. Le sophisme manié avec talent ne manque jamais d'exercer des ravages parmi les Intelligences ; et les succès passagers ou durables qu'il obtient auprès d'un certain nombre sont la plus grande preuve de l'infirmité de l'esprit humain. A de pareilles accusations il fallait une réponse victorieuse. Sans négliger la question doctrinale, les apologistes du n* siècle s'étaient attachés de préférence à faire ressortir la justice de la cause des chrétiens et l'iniquité de la procédure employée contre eux. C'est le c6té juridique de ce grave débat qui avait surtout attiré leur attention. En exposant les principaux dogmes de la religion, pour les mettre en parallèle avec les erreurs du polythéisme, saint Justin et Tertullien avaient pour but direct d'arrêter la marche de la persécution ; mais leur sujet ne les conduisait pas à réfuter une à une des objections qui d'ailleurs ne s'étaient pas encore produites avec autant d'éclat. Il restait à cet égard une lacune dans l'apologétique ; ou, pour mieux dire, l'attitude agressive qu'avait prise la philosophie païenne, l'évolution qu'elle venait d'exécuter en passant de l'inattention ou du mépris à l'attaque ouverte, cette situation quelque peu difl'érente du passé imposait de nouveaux devoirs aux défenseurs de

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l'Église. Il s'agissait de repousser les assauts d'une science fausse avec les armes de la vraie science, en détruisant une vaine sophistique à force de bon sens et de raison. Ce travail exigeait un esprit souple et ferme, qui, rompu à Tart de la dialectique^ pût suivre l'adversaire pas à pas, relever une contradiction après l'autre, mettre à nu la faiblesse d'un raisonnement captieux, et surprendre les traces de la mauvaise foi à travers les textes falsifiés, les faits travestis, les caractères mal rendus ou odieusement défigurés ; un théologien aux vues larges et élevées, qui, non content de démasquer l'erreur, excellât à présenter la vérité dans tout son jour, à faire resplendir les beautés du dogme, à développer les preuves historiques de la révélation, à démontrer la possibilité des mystères de la foi et leur haute convenance avec les besoins et les aspirations de la nature humaine. Les intérêts de l'Église au ni* siècle réclamaient une pareille œuvre ; et c'est la gloire d'Origène de l'avoir accomplie, en couronnant l'apologétique primitive par un monument qui fera l'admiration de tous les âges.

Une tâche si laborieuse eût suffi pour occuper la vie d'un autre homme ; dans celle d'Origène, ce ne sera qu'un épisode. Si, en effet, nous passons du paganisme aux hérésies, un champ non moins vaste va s'ouvrir à l'activité du disciple de Clément. Mon intention n'est pas en ce moment d'entrer dans les détails d'une controverse qui fera l'objet môme de nos études ; je cherche uniquement à déterminer la direction que devaient prendre les travaux d'Origène, eu égard aux tendances et aux conditions de son siècle. Qu'est-ce qui préoccupe davantage les esprit de son temps? Quel genre d'adversaires trouvera-t-il sur son chemin ? Vers quel c6té se porte davantage le mouvement des idées ? A quels périls intérieurs ou extérieurs de l'Église s'agira-t-il de faire face ? Voilà ce qu'il importe de savoir avant tout, pour nous former une notion générale de notre sujet ; car,

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je le répète, c'est dans le milieu d*où un homme surgit et où il est appelé à prendre place, qu'il faut chercher, jusqu'à un certain point, le caractère et le sens de sa vie publique. Vous vous rappelez, Messieurs, ce que nos études sur saint Irénée nous avaient amené à dire de ces hérésies primitives qui, sous le nom générique de gnosticisme, s^é* talent attachées aux flancs de TÉglise, essayant de se greffer sur le tronc de l'unité catholique. Rien n'égalait l'audace de ces théories, moitié païennes moitié chrétiennes, si ce n'est leur extravagance : aussi leur succès ne pouvait-il être de longue durée. A l'époque oh Origène apparaît sur la scène de l'histoire, cette première ligne d'hérétiques s'était à peu près rompue sous les coups que les défenseurs des saines doctrines ne cessaient de lui porter. Les rêveries de Basilide, de Valentin, de Marcion n'avaient pu tenir contre la verve satirique de Tertullien, contre l'analyse incisive et pénétrante de saint Irénée, sans parler de tant d'autres écrivains non moins zélés pour la cause de l'Évangile. D'ailleurs le bon sens des fidèles faisaitjustice d'une fantasmagorie qui s'éloignait trop de l'enseignement traditionnel pour en prendre la couleur aux yeux du grand nombre. Bref, ces constructions bizarres s'écroulaient l'une après l'autre ; et il n'était pas difficile de prévoir le moment où leurs débris épars ne resteraient plus qu'à l'état de souvenir historique.

Mais l'erreur, abattue sous une forme, tend à se relever sous une autre. Derrière cette ligne d'hérétiques dont je viens de parler, allait en apparaître une seconde, toute prête à reprendre la lutte contre l'orthodoxie chrétienne. Plus sobre d'invention, moins fertile en hypothèses, cette classe de sectaires, qui s'échelonne le long du ni* siècle, laissera aux chefs delà gnose leurs éons et leurs syzygies, pour concentrer tous ses efforts sur le dogme de la Trinité. C'est un ratiomalisme froid, méthodique, presque entièrement dégagé

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de rinfluence des religions orientales, et préparant de loin la grande hérésie d'Arlus : car, pour quiconque observe la filiation des doctrines, Thistoire des controverses ariennes doit être antidatée de plus de cinquante ans ; ou, du moins, leur racine plonge fort avant dans le m* siècle. Ici^ ce sont les deux Théodotes et Arlémon, qui nient la divinité de Jésus-Christ, frayant ainsi la voie à Paul de Samosate ; là, c*est Praxéas, Noet, Épigone, Sabellius, qui confondent le Fils avec le Père, et détruisent la distinction réelle des trois personnes divines. Voilà les hommes qui vont succéder aux gnostiques dans cet éternel combat de Terreur contre la vérité. Je ne dirai pas que Técole d*Alexandrie ait eu la principale part dans la réfutation de cet arianisme anticipé. Non, un pareil honneur revient à TÉglise de Rome, aux papes Zéphyrin, Calliste et Denis. Le concile de Nicée ne fera que reproduire leurs formules, et confirmer leurs anathèmes. Mais II n*est pas moins vrai que les unitaires du ni* siècle trouveront dans Orlgène un adversaire infatigable : la défense du dogme de la Trinité deviendra l'une des grandes préoccupations de sa vie. Cela posé, sa terminologie sera-t-elle toujours irréprochable? Saura-t-il se préserver de tout écart de spéculation dans des matières si subtiles et si délicates? A force d'appuyer, contre les sabelliens, sur la distinction des personnes en Dieu, ne semblerat-il pas porter quelque atteinte à leur consubstantialité 7 C'est une question que l'étude de ses œuvres nous permettra seule de résoudre ; il nous suffit aujourd'hui d^avoir signalé dans les hérésies antitrinitaires du m* siècle un thème bien fécond pour l'activité de son génie.

Donner à l'apologie un caractère plus philosophique, une forme plus savante, devant les agressions de la science païenne ; lutter avec les sectaires successeurs des gnostiques et précurseurs de l'arianisme^ voilà une double tâche que la Providence réservait à Origène, Mais là ne se bornent point

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