‹ Origène: cours d'éloquence sacrée ... 1867Chapitre 3 sur 54 · ET SON SIÈCLE · texte numérisé non relu

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les services que cet homme célèbre était appelé à rendre à la cause de TÉglise : la critique et Térudition sacrée ne lui seront pas moins redevables que l'apologétique et la controverse. Ici encore, Messieurs, nous n'avons besoin que d'envisager l'état des esprits et les nécessités de l'époque, pour pressentir la nature des travaux qui devront occuper le dis* ciple de Clément. Certes, la science chrétienne n'avait pas attendu jusqu'au m* siècle pour se livrer à une étude sérieuse des documents delà révélation. On voit assez par les œuvres de saint Justin, de saint Irénée et de Tertullieu, combien la connaissance des livres, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, était familière aux premiers écrivains du christianisme. Méliton de Sardes s'était appliqué adresser un catalogue exact des saintes Écritures (1). Tatien avait composé une harmonie ou concordance des quatre Évangiles (2), laissant à Rhodon, son disciple, le soin d'éclaicir les difficultés que présente en maint endroit le texte sacré (3) • Théophile d'Antioche avait écrit des commentaires sur les quatre Évangiles et sur les Proverbes de Salomon (4). Les Hypotyposes ou Esquisses de Clément d'Alexandrie embrassaient tout l'ensemble des livres inspirés dont elles discutaient l'origine et l'authenticité. En un mot, l'exégèse biblique n'avait pas été négligée jusqu'alors ; mais le progrès des études exigeait de nouveaux développements. D'un côté, les juifs, voyant quel parti Ton tirait contre eux de la version des Septante, commençaient à en contester la fidélité, sous prétexte qu'elle ne s'accordait pas sur tous les points avec le texte hébreu. D'un autre côté, les héréliques multipliaient leurs commentaires sur l'Écriture sainte, et répandaient dans l'Église ces productions infeclées du venin de

(1) Eusèbe, H. E., iv, 2d.

(«) Iblb., IV, «9.

(3) Ibid., V, 18.

(4) S. Jérôme, de S(^ipt. eccL; Epist, ad Algaùam, (ivl, 6; Prol. in Matth.

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leurs erreurs. Dans cet état de choses, quoi de plus profitable aux intérôts de la foi qu*uQ travail de révision critique, ayant pour objet de confronter le texte original avec les différentes versions, afin' de signaler au mot près l'accord ou les dissemblances ? Si d*ailleurs, à cetle étude comparative, toute de patience et d'érudition, venait s'ajouter un commentaire complet sur l'Écriture sainte, une explication détaillée de chaque partie du Nouveau et de TAncien Testament, cette encyclopédie des sciences sacrées ne serait-elle pas de nature à réduire au silence les adversaires de l'Église, en ouvrant à ses défenseurs un arsenal de preuves inépuisable ? On ose à peine croire qu^un écrivain se soit senti le courage d'entreprendre une œuvre aussi colossale ; mais celui que ses contemporains ont appelé VHomme d'acier ne reculera pas devant cet immense labeur : il saura joindre à une puissance de travail sans pareille un £èle que ni la calomnie ni les persécutions ne parviendront à refroidir.

Enfin, Messieurs, et par là nous revenons à notre point de départ, l'enseignement théologique, dans l'école d'Alexandrie et ailleurs, n'avait pas suivi, avant Origène, une mé- . thode bien rigoureuse pour l'analyse et l'exposition des dogmes. Parmi les ouvrages antérieurs au ni* siècle il n'en est aucun qui présente les vérités de la foi avec ensemble et dans un enchaînement lumineux. Les traités dogmatiques que nous avons rencontrés jusqu'ici portent sur tel ou tel article du symbole, qu'il s'agissait d'éclaircir ou de défendre ; mais ni le livre de TertuUien contre Marcion, ni les Stromates de Clément ne nous oifrenl un compendium raisonné, un abrégé systématique de la doctrine chrétienne. Et pourtant rien n'était plus utile qu'un résumé de ce genre, bien agencé dans ses diverses parties, et conduit d'après les règles de la logique. Unité de la nature divine, trinité des personnes, création du monde, destinées diverses des ançes

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et des démons, chute primitive, incarnaiioti du Verbe» rédemption, fins dernières de l'homme, tels sont les points qu'il fallait traiter successivement, pour formuler un programme d'enseignement précis et complet. Une pareille œuvre ne nous semble pas difflcile aujourd'hui que cette distribution des matières est devenue fort commune ; d'ailleurs le symbole des apôtres indiquait à la théorie dogmatique cette marche régulière ; mais pour apprécier les ouvrages de l'esprit à leur juste valeur, il faut les comparer avec ce qui les a précédés, plutôt qu'avec ce qui les suivra. Or Ton doit avouer que le livre des Principes d'Origène, envisagé comme exposition analytique des éléments de la foi, n'avait guère de précédents ; et, malgré ses défauts que nous ne chercherons pas à dissimuler, il est resté à certains égards le modèle de toutes les compositions analogues, depuis YEpitome des dogmes de Théodoret et l'Exposition de la foi orthodoxe de saint Jean Damascène jusqu'aux sommes théologiques du moyen âge.

Nous venons de demander aux conditions particulières du ni' siècle la raison des travaux d'Origène et le sens dans lequel il devra déployer son activité, pour répondre aux besoins des esprits et pour exercer une influence durable. Apologie, controverse, exégèse, analyse des dogmes, chacune de ces parties de la science théologique recevra de lui une impulsion féconde. Par là il méritera d'occuper le premier rang parmi les écrivains de son époque. Si nous jetons à présent un coup d'œil rapide sur sa vie si laborieuse et si agitée, nous ne pourrons qu'être frappés d'étonnement à la vue d'une telle carrière. On peut dire de cet homme, avec Eusèbe, qu'il n*a jamais eu d'enfance et qu'il ne connaîtra pas de vieillesse. Chef de l'école catéchétique d'Alexandrie à Tâge de dix-huit ans, il devient à l'instant même le centre du mouvement intellectuel dans cette grande cité. Chrétiens et paîensy orthodoxes et hérétiques, tous viennent se grou-

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per autour de sa chaire et écouter ses leçons; Il instruit les catéchumènes, discute avec les philosophes, assiste les mar* tyrs qu'il accompagne sans crainte jusqu'au lieu du supplice ; et, bien que poursuivi dans toute la ville par la haine des persécuteurs, il fait de chaque maison qui le recueille une école où Ton accourt pour Tentendre. Une fois la paix rendue à TËglise, il profite d*un répit qui lui permet de donner libre cours à son zèle dévorant pour les sciences divines et humaines, Mattre lui-même, il se fait le disciple des philosophes païens afin de connaître à fond leurs doctrines, étudie l'hébreu sans relâche, passe les jours à enseigner et une grande partie des nuits à écrire. Vingt-huit années s'écoulent au milieu de ce rude labeur. Puis commcDcent les voyages, les courses apostoliques. Pendant l'espace d'un quart de siècle, nous le voyons tour à tour à Rome, à Antioche, àCesarée de Palestine, à Athènes, à Césarée de Cappadoce, à Nicodémie, à Bostra, à Tyr, enseignant, prêchant, fondant des écoles, fouillant les bibliothèques, rassemblant des manuscrits, ouvrant des conférences avec les païens, ramenant les hérétiques dans le sein de l'Église. Car on s'adressait à lui de toutes les parties du monde ; ici, c'est Maméa, mère de l'empereur Alexandre Sévère, qui rappelle à Antioche pour s'instruire auprès de lui dans la religion chrétienne ; là, c'est l'empereur Philippe l'Arabe et son épouse Sévéra, qui entretiennent avec lui, dans le même but, une correspondance épistolaire ; plus loin, c'est Jules Africain, un des meilleurs esprits de l'époque, qui lui demande des éclaircissements sur Tauthenticité d'un frag<-

ment de Daniel Et au milieu des préoccupations, des

soucis, des fatigues d'une vie traversée par tant d'épreuvesi il trouve le loisir et le moyen de composer six mille ou* vrages, dit saint Épiphane (1), c'est-à-dire plus de mille ho-

(1) Saint Épiphane, Hœrei*, lxit, c. 68.

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mélie», des scolies et des commentaires sur toutes les parties de TÉcriture sainte, depuis la Genèse jusqu'à T Apocalypse, sans compter la reproduction intégrale de six versions de la Bible, et une foule de traités concernant le dogme, la morale, la discipline. Il a plus écrit, dit saint Jérôme, qu'un homme ne saurait lire (1) : ce qui n'est pas étonnant, lorsqu'on pense qu'il dictait à sept sténographes, et qu'il entretenait autant de copistes, dont le travail passait encore par d'autres mains. Je ne crois pas, Messieurs, que l'histoire des lettres offre un second exemple d'une pareille fécondité : un esprit aussi vaste fait songer à Aristote ou à Leibnitc ; et pour trouver une vie où l'action et la parole se rencontrent dans un apostolat plus laborieux, il faut remonter jusqu'à saint Paul.

Aussi je comprends l'enthousiasme que cet homme extraordinaire a excité parmi ses contemporains; les philosophes païens eux-mêmes. Porphyre en particulier, n'ont pu s'en défendre (2). Mais, je me hâte de le dire, à une admiration si vive, si sympathique, est venue se joindre une animosité à tout le moins égale ; un tel contraste ne fait que redoubler l'intérêt de curiosité qui s'attache à cette physionomie. Origèno est un des hommes qui ont passionné davantage l'opinion : personne n'a jamais reçu plus d'éloges, ni plus d'anathèmes. On dirait que son nom n'admet pas la modération dans la louange ni dans le blâme, tant il a été tour à tour décrié par les uns, exalté et célébré par les au** très. Déjà de son vivant le sentiment public se partage sur son compte. Tandis que les évoques de la Palestine» de l'Achaïe, de la Cappadoce, de la Phénicie et de l'Arabie ne cessent de l'honorer Comme un docteur de T Église, ceux de l'Egypte l'excommunient i ici, ce sont des synodes qui l'appellent au milieu d'eux pour réfuter les hérétiques; là, des

(1) Ep. LXxxiY, ad Pammach,^ ne 8.

(t)Eusèbe, H. E., vi, 19.

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conciles qui Tezcluenldes rangs du sacerdoce. Et, ce qui n*est pas moins étonnant, il a des saints parmi ses adversaires, et il compte au nombre de ses disciples ou de ses panégyristes les plus zélés des hommes tels que saint Grégoire le Thaumaturge, saint Alexandre de Jérusalem et saint Firmiliende Gésarée. Un instant étouffé par sa mort, le débat se ravive peu de temps après. Alors commence devant le tribunal de la postérité ce long procès qui s'instruit encore. D'un c6té, les accusations pleuvent sur la mémoire du grand Alexandrin ; de l'autre, Eusèbe de Gésarée et le martyr saint Pamphile écrivent son apologie. Plus Ton avance dans le iv* et dans le v* siècle, plus le bruit augmente autour du nom d'Origène. Saint Méthode, saint Eustache, Théophile d'A* lexandrie, saint Jérôme et saint Épiphane s'acharnent à le poursuivre de leurs attaques; mais Ruûn, saint Jean Ghrysostome, saint Théotime, Jean de Jérusalem et les moines de Nitrie le dérendent avec une ardeur non moins grande. Du Yi* au IX* siècle, la cause d'Origène est portée devant quatre conciles généraux, dont la sentence elle-même donnera lieu à diverses interprétations. Môme différence dans les appréciations des écrivains de TOccident. Gassiodore dira de lui ce mot souvent répété depuis lors : Ubi bene, nemo melius; ubi maie, nemo pejus (4). Au contraire, Sidoine Apollinaire, Bède le vénérable, Haymon d'Alberstadt, Guillaume de Paris lui prodigueront leurs éloges, non toutefois sans y môler quelques mots de réserve. Traité avec peu de faveur par saint Bernard et par saint Thomas d'Aquin, il trouvera dans Vincent de Beauvais un admirateur fervent ; et le pape saint Léon III ne craindra pas d'insérer parmi les leçons de l'ancien bréviaire romain quelques fragments d'homélies empruntés à l'illustre catéchiste. Arrive le siècle de la Renaissance, pendant lequel les apologies d'Origène se

(1) ImiiU div, seripU, cap.i, p. 3i>.

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multiplient de toutes parts : Pic de la Mirandole se constitue le défenseur avoué de cette grande mémoire ; et son travail est rois à Tabri de toute censure par un bref apostolique du pape Alexandre YI. Sixte de Sienne, Érasme, Gênébrard, Nauclère, Claude Espence écrivent dans le même bat. Par contre, Baronius et Bellarmin reproduisent, sans les atténuer, les accusations de saint Jérôme et de saint Épiphane. Lutber voue Origëne aux dieux infernaux, c*est son expression : Origenem jam dudum diris devovi; moins violents dans leur langage, les centuriatenrs de Hagdebourg se contentent de dénaturer ses écrits. La Sorbonne à son tour retentit du bruit de ces débats; et Tapologie d'Origène par Merlin, docteur de la Faculté de Paris, y excite les plus vives controverses. La querelle est loin de s'éteindre avec le xvu* siècle. Les Pères Possevin, Gretser, Halloix, de la compagnie de Jésus, dom Delarue, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, Huet, évoque d*Avrancbes, combattent pour ou contre Torthodoxie d'Origène. Ce dissentiment s*est prolongé jusqu'à nos jours, et il ne parait pas à la veille de s*effacer. S'il fallait en croire le docteur Baur de Tubingue, la doctrine d'Origène ne serait qu'un platonisme modifié par les idées chrétiennes (1) ; selon le docteur Dœllinger de Munich, suivi de près par le docteur Hagemann de Hildesheim, le contemporain de saint Hippolyte aurait pris parti pour l'auteur des Philosophumena contre le pape saint Calliste, dans la question de la Trinité (2). Et voici que, l'an dernier, paraissaient à Rome quatre volumes contenant une apologie d'Origène sur tous les points, par M. Vincenzi, professeur d'hébreu à la Sapience.

(1) Ein christlich modiflzirter PlatODismos, Die chritUehe Gnoiis, p. 540. TnbiDgne, 1835.

(S) DœlliDger, Hippolyius und Callittut, p. 255 et ss. — Die Rcemieche Kirche und ihr Einflues aub Difciplin und Dogma, par Hagemann, Frlbonrg, 1864.

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Vous en conviendrez» Messieurs, il n*est pas d'homme dont les écrits et la mémoire aient été plus discutés. D'où vient que le même personnage ait pu être flétri par les uns comme hérétique, et préconisé par les autres à Tinstar d'un ap6tre ou d*un docteur de l'Église ? A coup sûr, voilà un problème fort curieux à étudier, et qui mérite toute notre attention. Nous tAcherons de le résoudre par un examen sérieux des œuvres d'Origëne, nous tenant à égale distance d'une admiration irréfléchie et d'un dénigrement systématique. C'est une analyse raisonnée que nous entreprenons de faire, et non pas une apologie ni un réquisitoire. A la dis* tance oh nous sommes des événements, l'impartialité devient chose facile, et la passion ou l'esprit de parti perdrait ici toute raison d'être. Mais ce que nous pouvons affirmer dès maintenant, ce que tous, adversaires ou amis, se sont plu à reconnaître, c'est que le caractère moral de ce grand homme et sa haute vertu sont à l'abri de toute contestation. S'il a erré sur quelques points de doctrine, ce que nous n'examinons pas encore, si le goût des spéculations métaphysiques Ta entraîné au delà des limites de l'orthodoxie, soyons<^en bien convaincus, il s'est trompé de bonne foi ; il n'a pas porté dans la défense de ses idées particulières cette opiniâtreté qui constitue l'hérésie proprement dite. Ce sont des hypothèses qu'il émet, des vues qu'il hasarde, sans songer aucunement à porter atteinte au dogme. Averti par un jugement de TÉglise universelle, il se serait h&té de revenir sur ses pas et d'abandonner ses opinions. Origène n'est pas un esprit de même trempe que Tertullien, et c'est à tort qu'on rapproche ces deux natures qui ne se ressemblent guère : il n'a pas cette fierté si voisine du dédain, qui se roidit devant la contradiction, et se plie difficilement à une règle. Loin de là, nous remarquerons dans chacun de ses écrits, à c6té d'une candeur et d'une sincérité de convictions vraiment admirables, une douceur, une humilité, une dé«

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fiance de ses propres forces, une aversion pour le sophisme, uti respect de ses adversaires, qui édifie profondément* Ces nobles qualités du cœur expliquent en grande partie la sé«* duction qu'il exerçait autour de lui, et rattachement iné* branlableque lui vouaient ses amis dans la mauvaise comme dans la bonne fortune. Puis, quel beau spectacle pour la science et pour la religion que la vie de cet homme s'intei^ disant toute autre jouissance que celles de l'esprit, n*accep^ tant rien de ceux qui eussent aimé partager avec lui, ven-^ dant ses livres pour pouvoir se sustenter, marchant pieds nus dans les rues d'Alexandrie, couchant sur la dure, mesurant son sommeil à la stricte nécessité» aussi sévère pour lui-même qu'indulgent & Tégard des autres 1 On peut dire en toute vérité, avec Eusèbe de Gésarée, que sa vie était le meilleur commentaire de ses discours et de ses ouvrages (i). Et enfin quand je le vois, au terme de sa carrière, après tant do travaux et de luttes, comparaître, à Tâge de soixante-cinq ans, devant le tribunal des persécuteurs et couronner sa verte vieillesse par une éclatante confession de la foi, par la captivité et les tortures subies pour la cause du Christ; lorsqu'au sortir de cette dernière épreuve, encore tout meurtri de ses glorieuses blessures, je le vois reprendre son ministère et ses prédications avec une constance que rien ne peut lasser, jusqu'à ce qu'il aille s'éteindre sur les côtes de la Phénicie, à Tyr, plein de jours et de mérites : oh ! alors, je l'avoue, j'oublie tout le bruit qui s'est fait autour de sa mémoire, les jugements contradictoires auxquels ont donné lieu quelques-uns de ses écrits, et je ne crains pas de dire qu'Origène est un des hommes qui, par leur activité, leur zèle, leur génie, ont le plus contribué à consolider le triomphe de la justice et de la vérité sur la terre.

(]} Eusèbe, H. E., yi,3.

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Je ii*ai voulu, Messieurs, dans cette leçon préliminaire, qu'ébaucher rapidement la physionomie d'Origène, indiquer le sens et la direction générale de ses travaux, en même temps que je désirais vous faire entrevoir le côté dramatique de sa vie et la singulière fortune qui devait l'attendre après sa mort. C'est toute la première moitié du m* siècle que nous allons voir se dérouler autour de cette grande figure qui s'en détache avec tant d'éclat et d'expression. Déjà vous aurez pu vous convaincre que s'il y a peu de sujets plus attrayants par eux-mêmes, il n'en est peut-être pas qui présente plus de difficultés. Lorsqu'un homme a été si diversement jugé par ses contemporains et par la postérité, l'examen de ses œuvres exige un redoublement d'efforts. Il n'y a que les grandes causes qui aient le privilège de passionner les bons esprits : et les questions difficiles ou obscures senties seules qui puissent les diviser. C'est pourquoi je me permets de compter plus que jamais sur cette attention sympathique à laquelle vous avez bien voulu m'habituer, et qui m'a soutenu jusqu'ici dans l'accomplissement de ma t&che.

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