Origène, le théologien et l'exégète
Le travail que nous entreprenons aujourd'hui est fait depuis longtemps. Deux des plus beaux génies de l'Église grecque, saint Basile le Grand et saint Grégoire de Nazianze, avaient découpé les pages choisies d'Origène à l'usage des philologues. Quelque précieuse que soit pour nous la Philocalie — c'est le nom de ce recueil — et par les nombreux fragments d'ouvrages perdus qu'elle nous conserve et par l'autorité des grands noms sous le patronage desquels elle se présente à nous, il ne fallait pas songer à la reproduire. Des lecteurs du vingtième siècle n'ont ni les goûts, ni les exigences ni les besoins du public helléniste du quatrième. Les beautés littéraires, réussirait-on à les rendre sensibles dans notre langue, nous toucheraient peu dans un homme tel qu'Origène. Ce qui nous intéresse surtout en lui, c'est l'éclosion de sa pensée, l'enchainement de son système, la filiation de ses erreurs ; c'est l'influence en bien et en mal qu'il a exercée sur ses contemporains et sur la postérité. La pieuse préoccupation des auteurs de la Philocalie, d'écarter tout ce que l'orthodoxie réprouve, nous est étrangère : les témérités du grand Alexandrin n'étant plus dangereuses et ses égarements pouvant même servir de leçon. Ce qui doit diriger notre choix, c'est moins le souci de faire admirer Origène que le désir de le faire connaître tel qu'il
est, et si les pages extraites de ses œuvres ne sont pas les plus belles, il est à propos qu'elles soient les plus caractéristiques.
Sans nous dissimuler ce qu'aura forcément d'incomplet un travail de proportions si modestes en regard de l'œuvre dont il voudrait donner une idée et des problèmes qu'il agite, nous étudierons successivement le théologien et l'exégète : le théologien, dans les trois premiers livres du Periarchon comparés aux passages dogmatiques des autres ouvrages ; l'exégète, dans l'exposé théorique du quatrième livre des Ptnncipes et dans l'explication d'un chapitre choisi de saint Paul. Nous laissons entièrement de côté l'apologiste, le critique, le prédicateur et le professeur. Ce pourrait être le sujet d'une nouvelle étude plus intéressante, à beaucoup d'égards, plus variée, plus instructive et, en tout cas, plus accessible au grand public que le présent ouvrage.
En wxQ de faciliter le contrôle, nous renvoyons d'ordinaire à la Patrologic de Migne (1); mais nous prenons pour base le texte de l'édition critique de Berlin (2), dont quatre Aolumes ont déjà paru, et la Philocalie de Robin son (3). Pour le latin du Periarchon il a fallu se contenter de l'édition de Redepenning (4), en attendant celle que prépare, croyons-nous, M. Kœtschau. En gé-
1. Dans les renvois à Migne, généralement placés entre parenthèses, les chiffres romains indiquent le tome, les chiffres arabes, la colonne. On voit par le contexte s'il s'agit de la Patrologie latine ou de la grecque.
2. Tomes I et 11, édités par Kœtschau, Leipzig, 1899 (ZJe J/artyrio, Contra Celsum, De Oralione), t. III par Klostermann, 1901 {Homélies sur Jérémie et sur la Pytfionisse d'Endor), t. l\ par Preuschen, 190i {Comment, sur S. Jean).
". J. Armitngo Robinson, T/ir PInlocalia of Origen, (Cambridge. 1S9:3.