Détails ou récils qu'Une faut pas prendre à la lettre
Les mêmes principes s'appliquent aux récits de la Bible. Il faut les prendre au sens naturel, sans métaphore, ni figure aucune, jusqu'à preuve du contraire; car le sens propre est la règle et le sens figuré n'est que l'exception. Periarclion, IV, 19 (XI, 384) : IIo)Aw -Tr^.sîovà èaxi Ta xa-rà Ti\v latopiav àlrjÔEUÔtjLEva twv TrpocucpxvOévxwv yuixvwv TrveujjLaTLxwv. Voir surtout le chap. vi de V Apologie de S. Pamphile (XVII, 591-S93). Les exégètes modernes ne s'expriment pas autrement. Seulement, ici encore, Origène résout trop aisément les antilogies en impossibilités. Que les premières pages de la Genèse soient pleines d'anthropomorphismes, que les trois premiers jours de la création, avant l'existence des astres ou même du ciel, ne soient pas des jours réels, que, dans ces passages et autres sembleibles, l'Écriture ne doive pas s'entendre au sens propre et que, suivant la manière de parler du critique alexandrin, le sens corporel fasse défaut, tout le monde y souscrira sans peine. On lui accordera aussi que le transport du Christ par le démon sur une haute montagne d'où il voyait tous les royaumes de la terre est une hyperbole ou même la projection au dehors d'une vision intérieure. Peut-être même entendra-t-on comme lui des miracles de la grâce, c'est-à-dire de la guérison et de la résurrection spirituelle des âmes, cette promesse du Sau- A'eur : « Si a^ous croyez, vous ferez de plus grandes choses » ; car s'il s'agit de miracles proprement dits, les disciples ne semblent pas avoir dépassé le Maitre. Mais les anciens se scandalisaient déjà de lui voir nier la réalité de l'arbre de vie et même, semble-t-il, d'un paradis terrestre matériel. Plusieurs
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autres de ses explications nous i)araissent subtiles et peu naturelles, bien qu'elles n'aient point choqué au même point les Pères de l'Eglise.
Il en est des narrations comme des lois. Sans doute, il faut toujours se demander si l'allégorie supprime le sens historique ou ne fait que s'y superposer. Tel récit scripturaire, au gré d'Origène, serait indigne de Dieu s'il ne signifiait rien au delà du sens naturel. Dans cette catégorie rentrent toutes les histoires qui, prises à la lettre, n'édifient pas, celle des filles de Loth {Periarchon, IV, 9), d'Abraham chez IMiaraou et chez Abimélecli {In Gènes., hom. vi, 2), des sages-femmes égyptiennes {In Exod., hom. ii, 1). Origène a beau dire : In lus non hislorix narranlur sed mysten'acontexuntur{InGen.,hom.x,i,P.G.,XU., 218), parole qui rappelle le mot de saint Augustin : N'en stmt mendacia sed mysteria, il ne semble pas nier l'historicité du fait lui-mùme; il affirme seulement la nécessité de l'entendre au sens spirituel pour y trouver matière à édification. Il écrit ailleurs [In Exod., hom. i, 5) '.Non nobis hœc ad historiam sciipta siinl. Ces récits pouvaient suffire aux Juifs ; mais nous, chrétiens, nous devons y chercher un sens plus relevé.
Parfois, le sens spirituel sert à résoudre les antilogies de la lettre. Les aveugles de Jéricho en sont un exemple typique. Saint Matthieu en compte deux ; saint Luc et saint Marc, un seul. Mais, tandis que le Bartimée de saint Marc est guéri par Jésus au sortir de Jéricho, l'aveugle de saint Luc est guéri aux approches de la ville. Celui qui veut s'attacher à la lettre, poursuit Origène, dira qu'il y a eu trois miracles distincts, racontés par les trois Synoptiques ; mais celui qui s'élève jusqu'au sens spirituel, trouvera dans ces trois récits un principe supérieur d'unité; les deux aveugles, c'est Israël et Juda, l'aveugle unique, c'est le peuple juif : '0 [xv/-oiyz Ô'Xwv TO'JTwv "Çr-or/ SxQ'JTÉoav 8<.•rfrr^r!'.v '^r^cv. OTi ïv y.al tô (XÙ~o TîpaYM-^ S'.acpôpo'.- aé^s-ti. -xoic-y.-y.'. • Sûo jjlèv yip "'Jo),o( elT'.v, wç à-ûoôéSoTDC'. 'l^paTiAxal 'lojSa- • zlq 5è 6 ôO>wv to'jtwv )vXÔç, 0T£ îlq ôri).oj':ai Oxpx-îuô;i.£vo- tjcjVjç. {In MaUh.,x\i,
12, p. G. XIII, 1409). Ce qu'il y a de curieux, c'est que saint Ambroise {P. L., XV, 1790) se contente de cette explication et de la solution qu'elle fournit, sans s'occuper du sens historique : « In libre secundum Matthœum duo inducuntur, hic (Luc, VIII, 80) unus ; ibi egrediente Jéricho, hic appropinquante. Sed nulla distantia : nam cum in hoc uno typus populi gentilis sit, qui sacramento dominico recipit emissi luminis claritatem, nihil interest utrum in uno medicinam an in duobus accipiat. »
Du moment qu'Origène maintient le sens historique, on n'a rien à lui dire. Mais il y a tel passage où il paraît disposé à le sacrifier, pour sauvegarder, dit-il, la vérité des LIatcs saints. Tout le monde sait combien il est difficile d'harmoniser, dans les quatre Évangiles, les débuts du ministère apostolique du Sauveur. Saint Jean nous donne, avec les détails les plus précis, l'emploi des journées de Jésus après son baptême (i, 29, 33, 43 ; ii, 1, 12, 13). II semble ne pas y avoir de place pour le jeûne et la tentation. D'un autre côté, les Synoptiques font partir le Christ pour la Galilée a^rès l'emprisonnement du Précurseur (Matlh., iv, 12 ; Marc, 1, 14), tandis que saint Jean décrit différemment la suite des événements (iii, 24). Origène trouve l'antilogie insoluble, si l'on s'en tient à la lettre. Il faut, dit-il, la résoudre par le sens spirituel, autrement on ne croirait pas à la véracité des Évaugélistes yln Joan., x, 2 ; P. G., XIV, 309). Car il n'y a que trois partis à prendre : ou convenir du désaccord et de l'erreur et par conséquent nier l'inspiration ([^Tri^'JO[i.évT,ç-r^ç
i7:rfiw-/ oùSà ÔEiotÉpw tzvzùiiolti y£ypa[JL[jL£va)v), ou ne retenir qu'un des Évangiles, en répudiant les autres, ou enfin chercher la solution dans un principe supérieur (tyjv izzrA tojtwv à>vT,G£'.av à-jToxeîaOai, êv toiç voYjTotç). C'est évidemment le troisième parti qu'il faut embrasser (In Joan., x, 3, P. G., XIV, 312) : El TLç ItciijlsIwç i^z-ci^oi xà sùayyélia irspl tï^ç xaTà TTjV l'jTûpCav àcujjLcpwvîaç, -?)VTi.va xaO'r/asTOv TrsipaatjiJieOa xaxà TÔ SuvaTÔv 7caoaci:r|Cai, (7xo~o5t.vi2caç rJTOi àirocTTjaexai
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En résumé: I. Origène soutionf qu'un écrit inspiré ne saurait renfermer dVrrcur et que, par conséquent, il faut toujours chercher uu principe de solution. — 2. Dans certains cas exceptionnels, il croit que la solution se trouve, non dans la lellre, mais dans Vespril de l'Écriture, non dans l'expression extérieure, mais dans l'intention de l'auteur sacré. — 3. Il excuse les hagioiiraphes de sacrifier parfois l'exactitude historique à leur désir de mieux instruire. Us se proposent d'être exacts, quand ils le peuvent, et selon la lettre et selon l'esprit ; mais, au cas où c'est impossihle, ils préfèrent l'esprit à la lettre {/n Joan., x, i; P. G., XIV, 313) : nooéxc'.TO yio aÙTolç ô'tto'j ;ji£v è-nyojozi à/vT,9£'j£!.v -v£'j[jia-:iy.wç à|jL3t xa'i cwjJiaTixwr, otcou ôè (j.r, bn^iy z~o àjjicpoTÉowç, irpoxpîvE'.v TÔ •;îV£'j;j.aT'.xôv toO (TwiiaT'.xo'j, Gcj(^o;i.£vou Tro/.Aàxiç TO'j àlYjOo'jç 7rv£'j;jixT',xo'j £v Tw cwjjixT'.xw, o'jç av z'i-rji TlÇ -I/îûSei. L'inexactitude étant volontaire, il ne peut être question d'erreur. Nous voilà ramenés à la théorie de saint Augustin, d'après lequel saint Matthieu — ou le Saint-Esprit qui le guidait — en mettant Jérémie pour Zacharie, voulait nous faire entend e que toutes les prophéties sont communes à tous les prophètes, et que, par suite, la mention de tel ou tel prophète est chose indifférente {De consensu Evangel., III, 30-31; /'. L, XXXIV, 117o-Gi : « [Ut] singula esse omnium et omnia singulorum, omnium lihros tanquam unius unum librum acriperemus. »
Aux yeux de tout exégète moderne, pareille théorie est aussi arbitraire qu'insoutenable. Mais n'oublions pas qu'Origène et saint Augustin n'y ont recours que dans les cas de nécessité extrême, pour ainsi dire, quand ils ne voient pas d'autre moyen de sauvegarder l'inerrance scripturaire.