‹ Origène, le théologien et l'exégèteChapitre 4 sur 123 · INFLUENCES EXTÉRIEURES · texte numérisé non relu

INFLUENCES EXTÉRIEURES

Jamais homme no fut plus discuté qu'Origène. Acclame par les uns comme la plus grande lumière de l'Église après les apôtres, conspué par les autres comme le fléau de l'orthodoxie et le père commun de tous les hérétiques, il a vu le monde se diviser en deux camps pour ou contre lui. Il va des deux côtés, en nombre à ^leu près égal, de tels hérésiarques et de si saints docteurs, que le verdict resterait incertain s'il était subordonné à la pluralité des suffrages. Ni l'autorité de ses adversaires ne permet de l'absoudre sans examen, ni la qualité de ses défenseurs de le condamner sans réserve ; et peut-être l'attitude la plus juste comme la plus sage est-elle cette neutralité bienveillante, faite d'admiration, de pitié, de sympathie, de reconnaissance et de blâme discret, qu'ont observée à son égard les Pères de l'Église les plus illustres.

Origone ne fut jamciis chef de secte ; il ne fut pas môme chef de parti ; il aurait repoussé comme une injure un titre qui eût semblé le séparer de la grande unité catholique pour laquelle il professa jusqu'au bout le plus inviolable attachement. Si Ton veut à tout prix en faire un chef d'école, saint Grégoire le Thaumaturge, saint Dcnys d'Alexandrie, saint Firmilien de Gésarée, qui le reconnurent toujours pour maître, sans parler de tous ceux qu'il prépara au martyre, lui rendent bon témoignage. G'est après sa mort que de fanatiques admirateurs, outrant ses idées les plus aventureuses, transformant en dogmes des hypothèses, téméraires peut-être mais avancées avec circonspection, enfin ne tenant aucun compte des progrès accomplis d'âge en âge par la théologie catholique, créèrent l'origénisme. Ge système hétéroclite suivit les directions les plus divergentes pour aboutir, au sixième siècle, à une sorte de panthéisme nihiliste: signe infaillible, dirait Ncwman, d'un développement anormal et illégitime.

Les querelles origénistes ont elles-mêmes un caractère fort étrange. Elles éclatent en crises subites après de longues périodes de trêve et d'accalmie ; elles se mêlent à tant de préoccupations étrangères au dogme, à tant d'intérêts personnels, qu'il est souvent impossible de pénétrer les mobiles secrets des antagonistes. Ges luttes ardentes et confuses, qui ressemblent à des batailles indécises, où l'on verrait des morts et des blessés sans savoir où senties vain({ueurs et les vaincus, laissent le théologien aussi perplexe que le critique. Avant de nous y engager, essayons de déterminer ce qu'il y a d'Origène dans l'origénisme.

Dès que le christianisme voulut s'organiser en système, il dut se mettre en contact avec la philosophie sous peine

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