‹ Origène, le théologien et l'exégèteChapitre 5 sur 123 · AVANT-PROPOS XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS XI

d'entrer on collision avec clic, et cette inévitable rencontre ne pouvait guère avoir lieu hors d'Alexandrie. A la fin du deuxième siècle, toute l'Eglise d'Occident parlait encore grec et relevait intellectuellement de l'Orient. Ce fut Tertullien qui la dota de cette langue théologique moins riche, moins souple et moins nuancée, mais ferme et vigoureuse et déjà belle dans sa rudesse native. Or Tertullien, avec toute son érudition et son éloquence, était l'homme le moins fait pour opérer l'union entre la science et la foi, tant la philosophie profane lui est antipathique. Son contemporain saint Ilippolyte, s'il est vraiment raideur des Philosophumena, quoique grec de langue et d'origine, n'était pas plus enclin à la conciliation. Alexandrie occupait alors une place privilégiée. De ses deux antiques rivales. Tarse descendait la pente d'une irrésistible décadence, tandis qu'Athènes subissait une éclipse momentanée dont rien encore ne faisait présager la fin. Si, dès cette époque, Rome était le cœur de l'univers catholique, Alexandrie en était déjà le cerveau.

Elle le devait surtout à son Didascalée. Celte institution fameuse, qui remonte peut-être aux origines de l'Église et dont les chercheurs modernes se sont plu à faire tour à tour une école normale de catéchistes, un séminaire de théologie et une libre palestre de discussions philosophiques, avait pour but, sous l'autorité et le contrôle de l'évêque, de préparer les catéchumènes au baptême et de parachever l'instruction des néophytes. La prépondérance de la philosophie y tenait à deux causes : la présence de nombreux catéchumènes sortis des écoles profanes et le choix des premiers maîtres. Saint Pantène avait été stoïcien; son successeur, Clément, ])latonicien ; ni l'un ni l'autre, en devenant disciples du Christ, n'a-

vait jeté le manteau de philosophe. La devise de Clément était: <■ Xi la science sans la foi, ni la foi sans la science. » Et si la foi l'emportait, comme de juste, elle avait pour complément nécessaire la science dont elle était à son tour la perfection suprême. Telle était l'atmosphère intellectuelle de l'école d'Alexandrie quand Origène en prit la charge.

Touchant spectacle que celui de cet enfant de dix-sept ans, animant son père au martyre dont il a tellement soif lui-même qu'il faut user de ruse pour l'empêcher d'y courir; puis, lorsque la mort de Léonidel'a laissé orphelin, avec une mère sans ressources et six frères puincs, s'impro visant chef duDidascalée qu'il transforme en une pépinière de martyrs et de confesseurs, convertissant enmasse les païens étonnés de voir un adolescent pratiquer des vertus surhumaines et justifiant par des prodiges de science, d'apostolat, de renoncement, d'austérité, ce cri d'admiration d'un adversaire : « Origène fut grand dès l'enfance (1) ! »

Son premier malheur comme théologien fut précisément cette précocité inouïe qui le livra prématurément à lui-même. Il tenait de son père une bonne formation littéraire et un goût très vif pour les Écritures. Mais il perdit trop tôt son niaitre Clément, qui d'ailleurs n'était pas en théologie un guide assez sûr. A dix-huit ans, quand il f u t officiellement mis à la tête du Didascalée, dont il s'était chargé spontanément durant la persécution, il ne s'ap[)artint plus. Les labeurs de l'enseignement consumaient ses journées. La nuit et dans les moments de loisir, il lisait avidement les livres de philosophie et de science qu'il avait sous la main, il assistait aux leçons des

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