Periarchon, II, i
libre arbitre, et c'est par le différent usage du libre arbitre qu'elles progressent en imitant Dieu, ou qu'elles déchoient par leur négligence. Telle fut l'origine de leur diversité.
Si noire dessein était île réfuter le système au lieu de l'exposer, nous aurions à relever dans l'argumentation d'Origène plusieurs défauts graves. Il passe à tout instant, sans s'en apercevoir, de l'inégalité naturelle au dualisme gnostique et combat fuu et l'autre par les mêmes principes. Il insinue qu'on ne saurait attribuer à Dieu seul l'excès de bien dont une créature est favorisée, sans lui imputer aussi le mal et la privation du bien (1) : comme si le bien et le mal procédaient d'une même cause, ou comme si Dieu devait quelque chose à sa créature et ne restait pas le maître absolu de ses dons. Mais poursuivons notre revue et assistons à la chute des anges.
Satiété du bonheur cause de la chute (2).
Lorsque la satiété du bonheur s'empare de quelqu'une de ces intelligences, je ne pense pas qu'elle tombe tout d'un coup du sommet delà perfection; la chute a lieu peu à peu et par degrés. Il peut arriver parfois qu'après avoir commencé de décliner, elle se resaisisse et re- A'ienne à résipiscence et que, remontant la pente, elle recouvre son premier état et regagne ce qu'une négligence momentanée lui avait fait perdre.
L'insistance avec laquelle Origène expose ces idées ne permet pas de se méprendre sur sa pensée générale, bien
i. Périmer kon,l, v, 3. Dans ce paragraphe la traduction de Rufin répète plusieurs fois la même pensée sous diverses formes.
2. IbicL, I. ni, 8 (XI, loîi). La môme idée se trouve développée aux cliapitres suivants.
qu'il ri'ste des doutes sur des points de détail. On ne voit jamuis par exemple qu'une créaluro [luisse s'élever au-dessus du degré de pcrfedlon où elle fui cousliluée originairement. L'idéal pour elle sérail donc de ne pas descendre ou de remonter par ses efforts au niveau primitif. D'après cela, les esprits les moins infidèles occuperaient les premiers rangs dans la hiérarchie angélique.
Le^ degrés de la chute (1).
Dans la Trinité seule, source de tout bien, la bonté est substantielle ; dans tous les autres êtres elle est accidentelle et ils sont heureux dans la mesure où ils participent à la sainteté, à la sagesse, à la divinité du Trèshaut. S'ils cessent de veiller sur eux-mêmes, ils tombent tôt ou tard d'une chute plus ou moins profonde ; et cela par leur faute (2). En conséquence, le juste et providentiel jugement de Dieu proportionne la rétribution à la diversité infinie de leurs mouvements.
Ce sont précisément ces différences de chute qui font la diversité des natures intelligentes. Au sommet, se trouvent les anges qui n'ont que peu ou point fléchi, mais que leurs mérites inégaux suffisent à échelonner. Au milieu, se tiennent les hommes, soumis aux puissances supérieures et objet de leur sollicitude. Enfin, au plus bas degré, les démons observent eux-mêmes la hiérarchie du démérite. Parfois, l'auteur du Periarclion signale une quatrième catégorie, celle des astres animés, qui occuperait une place intermédiaire entre les anges et les hommes ; mais comme l'hypothèse des