‹ Origène, le théologien et l'exégèteChapitre 69 sur 123 · Au sommet de la hiérarchie est l'animal raisonnable (t · texte numérisé non relu

Au sommet de la hiérarchie est l'animal raisonnable (t

L'animal raisonnable, lui, possède en plus la faculté de juger les images, d'approuver les unes et de réprouver les autres et de se conduire en conséquence. Après avoir considéré le bon et le mauvais côté de l'objet en question, comme la raison nous y porte naturellement, nous embrassons le bien et nous repoussons le mal, dignes d'éloges si nous nous livrons à la pratique du bien, dignes de blâme dans le cas contraire. Il faut cependant reconnaître que l'instinct des animaux varie du plus au moins et que chez certains, chez les chiens de chasse et chez les chevaux de guerre par exemple, il approche en quelque sorte de la raison. Il ne dépend pas de nous qu'une imagination venue du dehors nous inchne dans un sens plutôt que dans l'autre ; mais le jugement sur la conduite à tenir relève de la raison seule qui, à la suite de l'excitation extérieure, se décide pour le bon et l'honnête ou pour le contraire.

Qui prétendrait que l'attrait extérieur est irrésistible n'a qu'à étudier ses affections et ses mouvements intérieurs. Il verra que l'approbation et le consentement et la détermination de la partie supérieure de l'âme ont lieu conformément à ces jugements de la raison. Pour l'homme fermement résolu à la chasteté et à la continence, la vue et les sollicitations d'une femme ne sont pas la cause adéquate de son changement de propos. S'il se livre à la débauche, c'est qu'il cède à la titillation du plaisir sans vouloir lui résister ni s'affermir dans sa

'koyiY.bv ÇôJov) qui possède la raison (kôyoi), en plus de l'imaginative et de l'instinct.,

La preuve du libre arbitre est répétée avec plus de précision et de concision dans le De Oralionc, 6 (XI, 433-43G). Origéne y fait surtout appel au sens commun et au témoignage involontaire que l'homme rend au libre arbitre par les éloges, les reproches, l'admiration ou le blâme.

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résolulion. Eu face do la iiuMnc lontation, un autre plus instruit et [)lus aguerri éprouvera le même attrait, mais sa raison, nourrie et fortifiée par les saintes méditations et les exhortations à la vertu, rompra le charme et vaincra le mauvais désir.

Aussi, accuser les circonstances extérieures jiour dégager notre responsabilité, comme si nous ressemblions au bois mort et à la pierre qui reçoivent leur impulsion du dehors, cest aller contre la vérité et le bon sens ; c'est pervertir la notion du libre arbitre, qui n'est nullement la faculté de faire ce qu'on se propose quand rien à l'extérieur ne vient nous solliciter en sens contraire. Mettre toute la faute au compte de la fragilité naturelle n'est pas moins absurde. On a vu les hommes les plus libertins et les plus féroces transformés par l'éducation et la pratique de la vertu au point de devenir, ceux-ci des modèles de mansuétude, ceux-là des modèles de continence. Par contre, des gens d'une vie honorable et digue sont parfois tellement changés par les mauvaises fréquentations qu'ils se jettent dans la luxure, souvent en plein âge mùr, et tombent dans le désordre après une jeunesse irréprochable. On doit conclure de tout cela que si les choses extérieures ne dépendent pas de nous, l'usage que nous en faisons soit en bien ou en mal, en prenant la raison pour juge et pour guide, est en notre pouvoir.

Le témoignage de l'Ecriture en faveur du libre arbitre n'est pas moins clair. Origène, parcourant la Bible, cite de nombreux textes à l'appui de sa thèse (1), mais il ne cache

1. Micli., VI, 8 ; Deut., xxx, 15; Is., i, 19-20; Psal., lxxx, 13; Matth., v, 21, 28, 39 ; vu, 24 seq. ; xxv, 34-35; xxv,41 ; Rom., ii,

4, soq.

pas que d'autres, de prime abord, paraissent contraires fl). Tel est l'endurcissement de Pharaon et plusieurs passages de répitre aux Romains. Ces objections n'embarrassent guère le puissant dialecticien. Nous verrons comment il les résout en parlant de son exégèse.

La chute des esprits

D'inoffensive qu'elle pouvait paraître, l'h^iiothèse de la création ab xterno devint doublement dangereuse lorsqu'il s'y greffa une autre erreur, celle de l'égedité primitive des intelligences créées. A force de réagir contre les systèmes dualistes qui faisaient les êtres raisonnables incapables de tout mal ou de tout bien, selon leur nature bonne ou mauvaise, Origène en vint à niveler toutes les intelligences créées, en supprimant les inégalités spécifiques et individuelles, pour les constituer arbitres de leurs destinées et de leurs perfections. Dieu les aurait tirées du néant également bonnes et également heureuses. A elles de se maintenir sur ces hauteurs ou d'en déchoir, e Origène ne peut se résoudre à placer dans la volonté divine le principe de l'inégalité qu'on remarque parmi les natures raisonnal)les ; reporter jusqu'au Créateur la cause de cette diA^ersité lui paraît une assertion injurieuse pour la justice dÎA'ine, qui ne saurait agir arbitrairement ni faire acception de personne. Dieu qui est l'Un absolu, doit imprimer à toutes ses œuvres le cachet de l'unité ; c'est en dehors de lui qu'il faut chercher la source de leurs différences. D'où il suit que, dans l'origine, tous les êtres spirituels possédaient les mêmes dons naturels et surnaturels, la même sainteté,

1. Ex., IV, '2\ ; Ezech., xi, 19-20; Marc, iv, 12; Rom., ix, 16-18 ; Phil., ii, 13.

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les mûmes connnissanccs, lo même pouvoir, sans qu'il y eût entre eux la moindre inégalité (11. »

Ici le penseur alexaudriu oublia de consulter la règle de foi ou, s'il la consulta, il ne sut pas la reconnaître. La préexistence des Ames, leur déchéance graduelle, leur retour progressif au point de départ initial, ces allées et venues sans trêve ni repos du bien au mal et du mal au bien sont les traits principaux d'un système que toute la tradition catholique s'unit dès la première heure à repousser et qui défie toute tentiitive d'apologie. L'équité veut seulement qu'on ne perde pas de vue ces deux choses : premièrement, qu'Origène ne présente pas ces spéculations comme des dogmes, mais comme de simples hypothèses à discuter entre théologiens afin d'en établir le bien ou le mal fondé ; en second lieu qu'il les oublie lui-même fréfpiemment pour s'en tenir à la tradition catholique, spécialement dans ses homélies où il évite avec soin de proposer aux fidèles ces problèmes difficiles et troublants.

Un coup d'oeil jeté sur le monde des esprits nous y révèle des différences profondes. L'homme occupe une position mitoyenne entre les auges et les démons, et saint Paul nous apprend qu'une hiérarchie de rangs et des fonctions règne dans chacun de ces ordres.

D'où proviennent les différences des esprits créés ? (2)

Le Créateur n'a d'autre motif d'agir que lui-même, c'est-à dire sa bonté. Puisqu'il est la cause première de tous les êtres et qu'il n'y a en lui ni variété, ni changement, ni imj)uissance, il a créé tous les esprits égaux et semblables, car il n'avait aucune raison de les faire différents. Mais les natures raisonnables furent douées du

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