CHAPITRE CINQUIÈME
Résurrection des morts
Celui de nosdo.?mcs qui fut le plus en butte aux sarcasmes des païeas est la résurrection des morts. Pour un platonicien, la résurrection de la chair est une chimère et un nonsens ; car si le corps est la chaîne, la prison, le tombeau de l'âme (1), celle-ci, loin de désirer la prolongation d'une société qui lui est si funeste, doit aspirer à rompre ses entraves et à reconquérir sa liberté première. Ce spiritualisme mal entendu était de nature à séduire Origène ; cependant, à côté d'un petit nombre de textes sporadiques où percent les spéculations imprudentes ^2), U nous en offre une foule de la plus irréprochable orthodoxie. Nous ne signalons que pour mémoire les passages dont l'original est perdu ; ils pour-
1. Les platoniciens aimaient à rapprocher ôjjjia; (corps) de Ssua ou ôsTuô; (lien), Ttôai (coî'ps) de rr.aa (sépulcre). Aussi enseignaient-ils que les âmes suffisamment purifiées sont à jamais délivrées du corps : "Av^-j îwaâ-rwv ^wjt tô -apâ::av si; TÔv lt:£iTa/pôvov (Phédon, 72).
^ i2, S.^Jérùme a réuni ces te.\tes dans sa lettre à Avitus cxxiv, o et 7 (XXII, 1063-10t3b). On remarquera que toutes les phrases incriminées sont hypothétiques : « Si omnia sine corpore vixerint, consumetur corporalis universa natura {Periarch., U,m, 2). Shi autem... corruptivum hoc induerit incorruptionem... forsitan omnis corporea natura tolletur e medio... Si h;vc non sunt contraria lidei, forsilan sine corporibus aUquando vivemus (II, m, 3). Tripler ergo suspicio nobis de fine suggeritur, e quibus quae vera et melior sit lector
raient être suspects, bien que les extraits insérés dans l'Apologie de saint Pamphile ne donnent lieu à aucun doute raisonnable. Mais cent fois, dans ses œuvres grecques, Origène enseigne expressément et comme un dogme fondamental la résurrection de la chair. Il pourrait couper court aux objections de Celse en lui disant qu'il impute à tort aux chrétiens une doctrine qui leur est étrangère. Loin de là ; Celse a beau « tourner en ridicule la résurrection des morts prêchée dans les Églises (1) », il répond qu'elle est beaucoup plus rationnelle que les renouvellements et les recommencements imaginés par les stoïciens et les disciples de Platon ou de Pythagore. « Qu'on ne nous soupçonne pas, ajoute Origène, d'être du nombre des soi-disant chrétiens qui rejettent le dogme de la résurrection, fondé sur l'Écriture (2). » Loin de le rejeter, il ne laisse passer aucune occasion de le confesser (3). On en verra la preuve dans le passage suivant, dont les Chaînes bibliques nous ont conservé le texte.
Les preuves de la résurrection (1).
Les hérétiques qui prétendent professer la foi de l'Eglise et qui la ridiculisent comme une croyance de
inquirat. .-1î(^ enim sine corpore vivemus... (II, m, 7). QuEeritur utriim et tune futura sint corpora, an sine corporibus aliquando vivendum sit (III, vi, 1). » Le tort d'Origone est d'exposer, sans la condamner formellement, une hypothèse en contradiction avec le dogme chrétien ; mais il ne l'admet pas pour son propre compte ; car les intelligences créées ne pouvant, selon lui, se passerd'une enveloppe matérielle, il repousse nécessairement l'annihilation de la matière.
1. Contra Cels., v, 18 : K£/.t)j|j.woT,x£ ttiv y.£y.T,puy|A£Tr,v tt,? aapy.ô; àvâaxasiv £v tat; 'Ey.y.)>'r,jîat(; (P. G., XI, 120o).
2. Ibid., 22 : Wr^ 6'7:ovo£Î'vO) Se tiç ''r,\x3iz, xaûxa î^iyovTa;, à~'è'^zbjui'f slvai TÔjv 7»£yo|j.£Vwv [lèv /picjTiavwv, à6£T0ÛVTwv Se tô ■Kspl àvotaxiiTEti)!; xarà xàç Tpasà; ôôyjaa (XI, 1216).
3. Cf. In Mallh., xvii, 29' (XIII, loGS) : Contra Cels., ii, 77 (XI, 916-917).
1. /?i 1 Cor., XV, 23 (Cramer, Calena in epist. ad Cor., Oxford,
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gens déraisonnables, la rejettent en fait, sinon en paroles, en niant la résurrection telle que l'Eglise la croit. Essayons de les réfuter par ce texte de l'Apôtre et par une foule d'autres passages. Le Christ est-il ressuscité, oui ou non 1 Sur ce point, les hérétiques sont d'accord avec nous. Mais si le Christ est ressuscité des morts et s'il est le premier-né d'entre les morts, il faut que la résurrection du Christ soit du même ordre que la nôtre, puisque le premier-né ne saurait être d'une nature différente. Ruben, par exemple, étant le premier-né de Jacob, doit être de la même famille que Siméon, Lévi et ses autres frères puînés. Si donc Jésus est le premier-né des morts, il faut que notre résurrection soit du même ordre que la sienne. Or Jésus est ressuscité avec son corps, puisqu'il a mangé et bu après sa résurrection, comme saint Jean eu fait foi. Lors donc que les hérétiques font ressusciter les fidèles du Christ d'une autre manière, ils ne sauraient expliquer comment Jésus peut être encore le premier-né des morts... C'est une impudence de soutenir, comme le font certains, que le Christ est ressuscité des morts, mais que les morts ne ressuscitent pas. En disant de cœur, sinon de bouche, que les morts ne ressuscitent pas, on nie équivalemment la résurrection de Jésus-Christ. Car si la négation est générale, elle
1841, p. 294-296, d'après le man. grec 227 de la Bibliotli. nat. de Paris). Nous avons coUationné le te.xte de Cramer sur le man. grec 762 du Vatican, qui est beaucoup plus correct. 'E—'.
(j.uxTT,pt!^ovîE; wî àvofjTwv, ■ttÎst'.v àÔETOûaiv tw spyw, £'. [J-t, xaî tw )kÔYa), tJLT, yivïffOa'. avâjTa5''.v AsyovTsî w; t, 'ExxÀT,T£a TriTTï-jEi • opa TMi a'jTOÎs i-x/TT.TÉov È/C TT,; dcTroTTOA'.xr,; Ta'jxT.ç Ài'çcwî, xal èç SXkiii'j oâ [X'jpt'wv. Au lieu de w; àvÔT,-:ov ttîst'.v, àOsTo-jT'.v de Cramer, le manuscrit du Vatican a la leçon que nous avons adoptée .
comprend aussi la proposition particulière. Supposé donc que les morts ne ressuscitent pas, comme Jésus est mort, il s'ensuit qu'il ne ressuscite pas non plus. Au contraire si Jésus est ressuscité, sa résurrection démontre la résurrection des autres.
Nier la résurrection sous prétexte qu'elle est impossible, c'est oublier la puissance de celui qui l'a promise. Qu'y a-t-il de plus impossible parmi les choses impossibles, s'il est permis de parler ainsi, que la vivification du corps, que la création du ciel, du soleil, de la lune, de tout l'univers ?
Considérons, si vous voulez, l'origine de l'homme. Vous voici en présence d'un germe humain. Si l'on vous disait : Ce germe sera un homme ; il prendra une forme ; il en sortira des os, des chairs, des nerfs, des veines; il marchera. De ce germe vil, imperceptible, surgira un homme doué de mouvement et d'un organisme animé. N'accuseriez-vous pas de fohe celui qui vous tiendrait un pareil langage, si vous n'aviez l'expérience de la chose ? J'applique harcUment ceci à la résurrection que vous trouverez encore plus croyable si vous songez aux perfections de Dieu : ce qu'est le germe relativement au corps actuel, la dépouille du juste, qui a servi d'instrument aux actes de vertu, l'est par rapport au corps ressuscité... Entendez l'apôtre vous dire : « On sème un corps animal et il en surgit un corps spirituel », comme d'un germe vil et abject est sorti un homme i)lein de jeunesse et de beauté. Le cadavre est dans les mains de Dieu tel que le grain de blé. Des seuls principes latents que le grain de blé renferme Dieu a pu tirer un épi, comme il produirait des êtres différents selon la force secrète, inliérente à chaque germe, comme il a fait un homme d'un germe humain. Eh bien ! notre corps en
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mourant devient le germe du oori)s {j;lorioux qui doit ressusciter d'entre les morts dans le Christ Jésus.
Certes, on serait difficile si l'on exigeait une profession de foi n la résurrection plus nette et plus explicite. Non seulement notre corps doit ressusciter, mais c'est bien le môme corps, celui qui a été l'opyavov de l'àme, qui lui a servi d'instrument pour pratiquer les actes vertueux (1). S'il en est ainsi, sur quoi se fondent les réclamations des accusateurs d'Origène ? C'est qne celni-ci n'entend pas tout à fait comme eux ridentité du corps humain. La question est déplacée et portée sur le terrain philosophique. Quelle est le véritable principe d'individuation de la matière ? Le proldcme a toujours paru difficile, et il ne faut pas s'étonner qu'on ne s'entendît pas là-dessus au iii'^ siècle de notre ère. Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que saint Pamplulc et saint Épiphane s'appuient précisément sur le même texte, l'un pour attaquer l'orthodoxie du penseur alexandrin, l'autre pour la défendre. Nous allons transcrire ce texte. Origène y prend à partie les simples, qui parlent de résurrection sans se rendre
1. S. Pamphile extrait des livres d'Origèno sur la Résurrection une très belle page digne de réloquence de Tertullien (P. G., XI, 91-94): « Quomodo autem non videtur absurdum, ut hoc corpus, quod pro Christo pertulit cicatrices, et pariter cum anima porscculionum toleravit sa?va tormonta, carcerum quoque ac vinculorum et verberum supplicia pertulit, igné etiani crucialum, ferro caîsuni est, insuper et bestiarum cruentos morsus, crucis patibula, ac diversa pœnarum gênera perpessum est, tantorum certaminum pnemiis defraudetur ? Quippe si sola anima, qua? non sola certaverit, coronetur, et corporis sui vasculuni quod ei cum magne laborc servivit, nulia agonis et victoriœ pra?mia consequatur, quoniodo non contra omnem rationeni esse videtur. ut naturalibus vitiis atque ingenitœ hbidini propter Christum caro résistons, et virginitatem obtinens cum ingenti labore. qui continentiie labor utique aut major corporis quam animœ est. aut certo utriusque a?qualis est, pra?miorum tempore altéra velut indigna rejiciatur, altéra veniat ad coronam? Quœ res sine dubio aut injustitise ahcujus Deum, aut impossibilitatis accusât. »
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compte de ce qu'ils disent. « Quand on leur demande : Qu'est-ce qui ressuscitera ? Ils répondent ; Ce corps dont nous sommes revêtus maintenant. Demandez-leur encore : Entendez-vous par là toute la matière du corps, ou une partie seulement? Avant d'y réfléchir, ils se hâtent de dire : Toute la matière. Que si vous les pressez de nouveau pour savoir d'eux s'ils veulent parler de tout le sang, de toutes les chairs, de tous les poils qui aient jamais fait partie de notre corps, ils finissent par déclarer qu'il faut laisser Dieu arranger les choses à sa guise. Les plus avisés, pour n'être pas embarrassés du sang et de tout le reste, opinent que le corps ressuscitera tel qu'il était au dernier moment », ou bien, pour couper courtaux difficultés, ils font appel à la toute puissance divine, e Tous les amis du vrai, poursuit Origène, doivent s'attacher à la tradition des anciens, mais en évitant de tomber dans des subterfuges ridicules et des hypothèses impossibles ou indignes de la majesté de Dieu. Voici donc comment on peut concevoir les choses. »
L'identité du corps ressuscité (1).
Tout corps vivant — plante ou animal — qui se nourrit par intussusception et par élimination des éléments usés change sans cesse de substratum matériel. Aussi le compare-t-on assez justement à un fleuve ; car, à parler exactement, le substratum ne reste peut-être pas deux jours le même. Et cependant l'individu — Pierre
1. Selecta in Psalm., i, 3 (XII, 1093). Texte grec conservé par S. Épiphano, Haeres. i.xiv, 14-15 (XLI, I0S9-1092), qui l'emprunte lui-même à S. Méthode. Aux endroits indiqués do Migne, le texte est très incorrect ; il l'est surtout dans l'édition de saint Épiptiane, où il y a de plus trois fautes graves, altérant tout-à-fait le sens: col. 1089, 1. 49: où -OTa;j.ôç (pour oô y.axw; TioTatj.ô(;); col. 109i2, 1. 20: -upô-o'.; (pour lô-o'.c) ; ibid., I. 36: irj.vTryoii (pour s-'.crT-r,(7a'.), il faut absolument consulter Bonwetsch (McUwdius, Erlnngen, 1S91, p. 92-95) qui a pu rétablir le texte à l'aide de la version slave.
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OU l*aul — demeure toujours îdeiitique à lui-mrme, nou seulement quant à sou àuie, incapable d'accroissement et de diminutiou, mais parce (jue, malgré ses transformations, le corps garde la même forme caractéristicpie, en vertu de laquelle le même type se maintient à travers la vie, avec les qualitc's corporelles de Pierre ou de Paul. Ainsi les cicatrices dos blessures reçues dans l'enfance et autres s ignés individuels, tels que les lentilles, persistent jus([u'à la mort. Cette forme corporelle qui caractérise Pierre et Paul(l), l'âme, à la résurrection, la revêtira de nouveau transformée en mieux, mais sans que le substratum précédent soit tout à fait le même. Et comme cette forme est identique dans l'enfant et dans le vieillard, malgré les propriétés différentes qu'elle parait acquérir, elle sera un jour ce qu'elle est à présent en dépit des nombreux changements en mieux qu'elle subira. Il faut en effet que l'àmc, tant qu'elle habite ces lieux périssables, ait uu corps à l'avenant. Si nous devions vivre dans l'eau, nous aurions besoin d'un corps analogue à celui dos animaux aquatiques ; quand nous hériterons du royaume céleste, destinés à vivre dans un milieu si différent de la terre, nous recevrons un corps spirituel. Non pas que notre premier corps soit anéanti, mais il deviendra plus glorieux. Le corps de Jésus, de Moïse, d'Élie, lors de la transfiguration, était essentiellement le même corps. Xe vous scandalisez donc pas pour entendre dire que la matière première ne restera pas alors la même, puisque la raison démontre à quiconque est capable de comprendre que, même ici-bas, elle ne demeure pas deux jours sans changement. Encore cette
1. Il faut évidemment ponctuer, non comme dans Migne, mais de cette façon : çaxol /al è-nl tû'jto'.; sV ■zi isT'.v oacov. ToO-o là sloo;, xa6"ô e'.ooTcotsrTa'. ô Ué-zpoi; %-z'k.
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réflexion : autre est le corps semé dans la terre, autre est le corps ressuscité. « C'est un corps animal qui est semé ; c'est un corps spirituel qui ressuscitera. » Il semble résulter des paroles de l'Apôtre que nous déposerons, à la résurrection, les qualités terrestres de notre corps, tout en gardant la forme elle-même : « Ce que je dis, frères, c'est que la chair et le sang ne sauraient hériter du royaume de Dieu, ni la corruption de l'incorruptibilité. »
Ainsi le principe d'individuation du corps humain est la forme corporelle (tô eISoç tô cw;jiaTt.x6v) qui reste identique à elle-même, en dépit du renouvellement incessant des éléments matériels. Origène la compare souvent à la force séminale qui asservit les molécules et se crée un organisme déterminé, en rapport avec sa nature. Oîi la place-t-il, dans l'âme ou dans le corps ? Il ne le dit jamais clairement. Quand il affirme que l'àme, à la résurrection, la revêtira de nouveau, on peut entendre qu'unie au corps elle recommencera à exercer cette force latente que son état de séparation l'empêchait de mettre en jeu. La placerait-il dans le corps, il ne s'ensuivrait point que les mêmes éléments matériels dussent entrer nécessairement dans la composition du corps glorieux.
Ici, contre son habitude, Origène se montre disciple trop fidèle du Stagirite ; mais, quelle que soit sou opinion sur le principe d'individuation et sur les conditions essentielles au maintien de la personnalité humaine, il défend toujours énergiquement, avec la résurrection des morts, l'identité du corps ressuscité. C'est bien le môme individu, avec le corps qui lui appartient en propre, qui est appelé à goûter les délices du ciel, ou à subir les suppUces de l'enfer.
L'enfer et le ciel.
N'arriverions-nous pas à comprendre la raison providentielle de l'enfer, il faudrait en adorer la justi(;c et la sagesse. C'est ce qu'Origi-ne répond aux sarcasmes de Celse. Si le catéchiste alexandrin manifeste une tendance à spiritualiser sou jenfer, s'il insiste plus volontiers sur la peine du dam que sur celle du sens, il ne dissimule pas la dernière : « Un même supplice est assigné par le Seigneur aux démons et aux damnés... mais dans ce supplice il y a des degrés. L'un ressent des tourments plus vifs pour des lU'chés plus graves, l'autre des peines plus modérées en raison de fautes plus légères (1). »
Tortures des réprouvés (2).
Nous nous en ferons une idée par les souffrances corporelles de cette vie, très aiguës parfois, mais peu durables, car l'excès même eu précipite la fin. Elles peuvent pourtant être si cuisantes qu'on a vu des confesseurs de la foi vaincus par la douleur apostasier au moment où ils allaient recevoir la couronne, malgré leur ferme résolution depersévérer jusqu'au bout. S'ilyadansla vie présente des tourments si intolérables, que sera-ce lorsque Tàme aura dépouillé ce vêtement grossier pour revêtir, à la résurrection, un corps spirituel, d'autant plus sensible à la douleur qu'il sera plus subtil ? Autant il y a de diffé-
1. S. Pamphile, Apol. pro Orig., x (XVII, 615-616): « Manifestum est quod una pœiia, tam diemonum nature, quani humano generi, peccatorum a Domino pra?fuiita sit... licet, iu eadem pœna, diversa sit quantitas pœnae. »