‹ Origène, le théologien et l'exégèteChapitre 8 sur 123 · I. — Interprétation allégorique · texte numérisé non relu

I. — Interprétation allégorique

Les trois éléments principaux de ce que Ion est convenu d'appeler l'oiigénisme sont la méthode allégorique appliquée à l'exégèse, la subordination des personnes divines et la théorie des épreuves successives. Dans quelle mesure Origène en est-il responsable'^

Au début du troisième siècle, l'allégorisme était devenu partout une mode, une habitude et un besoin. A Alexandrie jjIus qu'ailleurs l'air ambiant en était saturé. Depuis longtemps les philosophes païens s'étaient mis à allégoriser leurs mythes. Tandis que les épicuriens se rejetaient de préférence sur le système d'Evhémère, Platon expliquait ces vieilles légendes par ce que nous appellerions aujourd'hui le folklore et les stoïciens y cherchaient des leçons profondes de cosmogonie et de morale. Les Juifs auraient cru déroger s'ils avaient trouvé dans leurs Livres saints moins de mystères : aussi allégorisaieut-ils à qui mieux mieux (1). Les thérapeutes d'Egypte, autant ou plus quêteurs frères les esséniens de Palestine, savaient l'art d'extraire de l'Ecriture des sens

1. Sur l'allégorisme des thérapeutes, voir Euscbe. EhL eccL^ II, 17 (XX, 181), d'après le De Vita conlemplaliva do Philon. Photius, liiblioth., 105 (CIII, 373), regarde i\ bon droit Philon comme le fauteur responsable du système allégorique des Pères. Philon lui-même avait eu pour initiateur .\ristobule.

illustre élève : « Les disciples des philosophes disent que la géométrie, la musique, la grammaire, la rhétorique et l'astronomie sont les compagnes nées de la philosophie ; nous le disons, nous, de la philosophie elle-même par rapport au christianisme (1). »

On ne comprendra jamais rien aux théories d'Origène si on le croit inféodé à une école particulière, et la grande erreur de l'origénisme, sous ses diverses formes, a été de chercher dans ses écrits le développement logique et poussé jusqu'au bout d'un système philosophique. Laissons parler ici un critique avec lequel nous avons le regret de n'être pas toujours d'accord. « Je ne crois pas qu'Origène ait puisé dans la science hellénique aucun de ses principes essentiels. Ce qu'il a pensé, il l'aurait pensé sans connaître en eux-mêmes les stoïciens ni Platon. Mais il est très vrai qu'il leur a souvent pris la forme sous laquelle sa pensée s'est produite. Ce n'est point parce qu'il est plus ou moins platonicien qu'il admet, par exemple, la préexistence des âmes ; car aucune des raisons sur lesquelles il appuie cette opinion n'est prise de la psychologie ni de la métaphysique platonicienne... Ce n'est pas aux stoïciens, mais à la tradition chrétienne qu'il doit sa doctrine sur la fin et le renouvellement du monde par le feu ; mais c'est sous l'influence du stoïcisme qu'il a fait de ce coup de théâtre divin un moment nécessaire et régulier du développement et de la vie du monde... Il s'est donc incontestablement servi de la philosophie grecque pour l'expression de ses doctrines... Mais, quant aux idées elles-mêmes, je crois que c'est ailleurs qu'il en faut chercher l'origine (2). »

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