CHARPENTIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR
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Lillluton. Mamn'itnportd; quelques fitfomq/^itiliinidéslui conflniont lourg doNHlnrs, ot il faisait Ogurn du bârroau. Loti procès pour « coups (si blossuros » lui doimniont surtout occasion d'y briller; cnr la partie plniguanlo, Apouvautèo de ses questiouH captieuses ot de ses regards de basilic, le laissait ordinairement vainqueur sur le terrain pôrilleux du contre-interrogatoire. Kn politique» il n'opposait Jamais que l'injure, toujours prftt d'ailleurs, ni le vice-roi ou le giMuVal en rbef l'avaient bien voulu, ~- ù leur donner satisfaction les armes h la main. La noblesse catbolique lui (Mait odieuse; —elle avait repoussA ses avances. Aussi ne s'adressait-il qu'au peuple, aux patriotes de carrefours, les seuls auxquels il imposAt quelque respect. Dans In fond du cneuri cependant, notre bonnne avait des pencbants aristocratiques, et on le vit certain jottr ref\jser la poignée de main que lui offrait ^' en pleine rue et en plein nndi — un de ses cousins issu de germain, cbaudronnier fort estiniA â Uelturbet.
L'arrivée d'OTiOnnell, do Slieil, do Woulfe, de Wyse, arrêta dans leur essor la popularité naissante, la gloire» ftiture d'O'Toole.
Le pauvre garçon devint jaloux. -- Il se plaignit des bommes et de leur Ingratitude. — Ses apborismes pbilosopbi(pies Iraliirent l'amertunK* de son âme.
Pour comble de douleur, lord Wellesley nu'^connut les services que le Conseiller croyait avoir rendus à la « cause du pays. »
C'en était trop. Des plaintes, le tribim désappointé passa aux injures; le parti libéral fut voué par lui é 1 exécration des citoyens. On vit bien alors qu'il désespérait de la partie, et les dames laissèrent percer A leur aise le dégoAt. que ses attentions intéressées leur avaient toujom^s inspiré. Bref, sous une administration tory, Mo-
riarty O'Toole sollicita et obtint un poste comfortable, dans le comté de... où sa grande voix retentit sans plus éveiller le moindre écho.
Ainsi finissent quelquefois les Libérateurs avortés. Comme ces barils de goudron qu'on allume au centre d'une fête rustique, ils jettent d'abord grand éclat; la fumée odorante s'en épand au loin; puis, le lendemain matin, vous retrouvez leurs débris à demi charbonnés, — et mélancoliquement enfouis dans la vase d'une mare à canards.
ni. LA JEUNESSE d'o'cONNELL.
Est-ce un charlatan, comme le disent ses ennemis? Est-ce la personnification irlandaise du Mauvais Principe?
Est-ce le plus désintéressé des patriotes? Est-ce un calculateur habile qui bat monnaie sur Tenthousiasme du peuple?
Est-ce un mécréant ou un saint? — un lâche ou un héros? — un enragé ou un homme de génie? — un honnête homme ou un hypocrite? — un marchand de démagogie ou l'homme d'État par excellence?
C'est tout cela, suivant les préjugés de quiconque le veut définir. — Mais les plus curieux à entendre sur ce chapitre, ce sont les hommes lettrés, proprement dits.
A croire ces beaux esprits classiques, O'Connell est un volcan de lieux communs incendiaires, — une ponmie de terre devenue Vésuve.
Il n'est pas étonnant que, pour une époque comme la nôtre, et dans un pays comme l'Angleterre actuelle, O'Connell soit un homme inexplicable, et son influence, un phénomène incompréhensible. On s'arrête aux reliefs
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extérieurs de cette organisation à part : on la sépare des circonstances qui Tont développée, du pays qui Ta produite. — Les causes restant inconnues, comment se rendrait-on compte des effets?
O'Gonnell est né, en 1775, dans les solitudes incultes du comté de Kerry. Son père était un des plus riches catholiques que rirlande comptât alors. Les 0*ConneU prétendaient faire remonter fort haut Torigine de leur race ; — mal servis en ceci par l'histoire du pays, qui ne mentionne aucun de leurs ancêtres.
Le jeune Daniel fut envoyé à Saint-Omer, chez les jésuites. Les études y étaient assez fortes, sinon très-philosophiquoment dirigées. Né dans un pays où sévissait la persécution, O'Connell accepta le catholicisme impétueux des Pères, et fut ainsi préservé du doute voltairicn, sous les auspices duquel se préparait la RévoluUon française . Nulle part, moins que dans un cœur vraiment irlandais, de pareilles doctrines ne pouvaient trouver place. D'ailleurs, O'Connell n'avait ni la légèreté d'esprit ni la profondeur de connaissances qui mènent ù Tincrédulitè. Il est poète à sa manière. La religion devait être pour lui comme la Muse pour Goldsmith :
La nymphe qu'il adore, et bollc et nit^prisée ; Sa lionte quund elle est la publique risée ; Son orgueil quand pn^s d'elle il se retrouve seul. Son bonheur, sa soufirance *.
Aussi le futur Agitateur de l'Irlande regarda-t-il comme une sorte de blasphème en action la révolte des Fran-
Donr chorming nymph, neglected and descried M y shamo in crowds; — my soUtary pride, Thou, soiu'ce of oU my h\m ond ail my woe.
çais contre le trône et l'autel. Peu de temps après Tinutile assassinat de Louis XVI, il quitta la terre impie où le sang royal venait de couler. Sur le navire qui le ramenait en Irlande, se trouva un jeune homme du comté de Cork, profondément imbu des idées démocratiques, et qui, — malgré beaucoup de qualités séduisantes, — inspira tout d'abord une sorte d'antipathie à son compagnon de voyage. Mais de quel dégoût ce dernier fut saisi, quand Timberbe jacobin tira de sa poche un mouchoir sanglant qu'il se vantait d'avoir étendu sous Féchafaud du roi de France 1
Ce fanatique s'appelait Sheares, et mourut cinq ans après, de la main du bourreau. Il avait une sœur aussi exaltée que lui, et qui, jouant sur le nom de famille, portait habituellement ce toast significatif :
« — Puissions-nous ne jamais manquer de ciseaux (shears) pour rogner les ailes d'un tyran ! »
Par un jeu du hasard qui n'est point rare à signaler, cette farouche républicaine eut pour fils, — iï vit encore, — un orangeman des plus entiers et des plus intrépides, — ministre fort bien pourvu, — et l'agent de trois ou quatre grands propriétaires tories.
Revenons à O'Connell. Avocat dès l'année 1798, il débuta dans la vie publique par un discours sur la question de l'Union. On avait promis aux catholiques de les émanciper s'ils appuyaient cette mesure, et un certain nombre des plus influents, ne voyant rien k espérer d'un Parlement national, se laissèrent prendre à cet appât. Mais 0*ConnelI se posa comme adversaire du gouvernement anglais, « préférant, disait-il, la chance d'une Émancipation religieuse par un Parlement national, à la liberté des cultes d'ores et déjà octroyée par une législature étrangère. » A part cette déclaration très-énergique et très-caractéristique, son premier discours n'offrit rien de remarquable.
VI O'CONNELL ET O'CONNOn.
Au barreau, ses succès furent rapides. La défense de quelques prisonniers politiques donna du retentissement à son nom, et ses coreligionnaires Tadoplùrent pour organe. On vantait surtout alors son habileté dans les débals criminels. Dès que sa réputation fut faite comme légiste, il se hâta de se môler à l'Agitation catholique.
Ce mouvement n'était pas alors ce qu'il a été depuis. Il avait pour directeurs quelques nobles propriétaires, trèsvains de leurs titres, très-désireux de ne pas compromettre leurs biens, et qui, — se rappelant les désordres de 1798, — voulaient avant tout la «stablUté du gouvernement.» On se moque fort aujourd'hui de ces timides pétitionnaires qui réclamaient les «droits du peuple)) avec toutes les précautions oratoires des plus obséquieux courtisans. Hais, si l'on se reportait à l'époque dont nous parlons (1809 et années suivantes), on verrait que les lords Gormanston, Trimleston et Fingal étaient justement les représentants qu'on pouvait espérer de l'aristocratie cathohque.
Cependant, à la même époque, un parti bourgeois se formait. Les négociants, les hommes de loi, ne s'arrangeaient pas de cette « opposition polie » que les pairs et les gentlemen faisaient en leur nom. Les avocats surtout, qui gagnaient, à déplorer emphatiquement les souffrances de l'Irlande, une prompte et profitable réputation, renchérissaient l'un sur Tautre ; les lauriers du conseiller O'Toole troublaient le sommeil d'une foule d'O's et de Mac's.
Lorsqu'il entra dans le Comité catholique, — dont par parenthèse les afTaires allaient assez mal, -- O'Connell n'y obtint d'abord aucun crédit. Son langage violent n'allait qu'aux gens du peuple, et choquait les oreilles des meneurs bien nés du parti whig. Ce nouveau venu était hargneux, soupçonneux, jaloux. Il travaillait en secret à détruire la popularité du vénérable Grattan; et, dans un
pamphlet anonyme intitulé la Faction démasquée, ses manœuvres furent dénoncées avec un rare talent. Néanmoins, en i 816 ou à peu près, il était déjà regardé comme le plus puissant des catholiques irlandais.
Plusieurs causes concoururent à lui donner ce rôle.
Et d'abord, son talent comme avocat. — On a vu beaucoup de jurisconsultes plus profonds, beaucoup d*orateurs plus diserts; mais ce qu'on n'a pas vu, c'est un « meneur de procès » plus avisé, plus ardent, plus habile. Par un raffinement d'adresse, il affectait de traiter légèrement ses affaires de palais; mais, en réalité, nul moyen n'était négligé, nulle précaution omise. Il soignait « une instance » comme un peintre soigne le tableau qui doit illustrer son nom, comme un musicien soigne le chant qu'il veut voir interrompre par des frémissements enthousiastes; ou, — pour nous servir d'une comparaison plus locale, — O'Connell à la poursuite d'un verdict, c'était le chasseur du Kerry galopant sur les pistes d'un renard. Il prenait un plaisir inouï à déconcerter l'avocat de la Couronne, — à jeter le désordre parmi les témoins accusateurs, — à escamoter, pour ainsi dire, sous les yeux du juge étonné, le pauvre diable d'accusé qui, tout tremblant, venait d'avouer son crime. Dans ce temps-là, il était défendu à l'avocat de s'adresser directement au jury. Mais O'Connell excellait à faire naître un débat sur la légalité de telle ou telle question suspecte qu'il posait à un témoin; et, — dans le cours du débat, — sans cesser de parler au président, — il jetait au jury, par voie d'à parte, ses insaisissables arguments. Par exemple :
tt Vous voyez, mylord, pourquoi j'interroge ainsi le témoin?... S'il répond affirmativement, il résulte de sa déposition que mon client n'a pu se trouver sur le lieu du meurtre.... Dit-il le contraire? Alors le système entier II. 2
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de l'accusation se trouve inflriné par cette réponse même . . . Et dans cette hypothèse, mylord, le jury ne saurait faire autrement que de... » etc.
Si le président ne se laissait pas étourdir à la première attaque, la question repoussée se reproduisait trois ou quatre fois, sous différentes formes. Puis tout à coup, d'un air indigné, le défenseur jetait sur la table des témoins son sac à procès; -< son front se plissait; — il semblait faire effort pour se contenir; — de vagues menaces s'entrecoupaient sur ses lèvres ; — il se rasseyait, abattu, pour se relever furieux et protester solennellement contre l'injustice dont on voulait le rendre victime. De nouveau, jetant son dossier dans le prétoire, il sortait même du tribunal en véritable héros de mélodrame. Puis tout à coup, du même pas, il rentrait, — tombait à rimproviste sur les témoins, — les terrassait de ses dédains, — les accablait, eux et le ministère public, de ses railleries amères ; — et, en fin de compte, il se trouvait toujours bien six jurés que domptait cette assurance tragicomique, pour refuser, juste ou non, le verdict de culpabilité.
Dans les procès civils, il déployait des qualités plus sérieuses ; son tact, sa présence d'esprit, son entante parfaite de la procédure, tout, jusqu'à la promptitude de ses calculs arithmétiques,— promptitude dont il est très^vain, — sa constitution robuste, sa voix de Stentor, tout enfin, nous le répétons, concourait à faire de lui le premier avocat de l'Irlande. Curran, Erskine, n'étaient auprès de lui que de beaux diseurs, peu versés dans la pratique des lois. Plunket, esprit bien autrement élevé, logicien plus puissant et plus soutenu, n'avait pas des ressources aussi variées. Sir Thomas Wilde aurait peut-être été un O'Connell anglais, mais il lui manquait l'émotion communicative
et l'audace du sarcasme bi*utal. D*ailleurs, aucun d'eux n'a jamais eu le dévouement de l'avocat à sa cause, qui le fait s'oublier dans un élan généreux, et ne songer à la victoire que pour la victoire elle-même. O'Connell était ainsi. Aucune tentation d'amour-propre ne le détournait de sa voie. Pour rien au monde il n'eût compromis les intérêts qui lui étaient confiés, et, plutôt que de prononcer un discours comme celui de lord Brougham dans le procès d'Ambrose Williams, il eût vingt fois renoncé à la parole. Bref, comme assemblage de facultés éminentes, l'histoire de la plaidoirie ne lui saurait opposer beaucoup da rivaux.
De plus — et ce fut encore une condition de son influence — la famille d'O'Gonnell formait à elle seule un clan trèsnombreux. Le sud-ouest de l'Irlande était peuplé de ses oncles, neveux et cousins à tous les degrés. Sa grand'mère eut vingt-deux enfants, dont chacun a fait bonne souche. Aussi, dans tout le circmt de Munster, — c'est-à-dire dans quatre comtés (Clare, limerick, Kerry et Cork), — vous trébuchez encore, à chaque instant, sur quelque parent ou allié du « Conseiller O'Gonnell. » Ce fut là sa première queue S il ne l'oublia jamais. Personne n'accepta plus volontiers que lui le cousinage et ses conséquences beaucoup moins gênantes, à la vérité, pour un tribun du peuple que pour un secrétaire d^État.
Les dîners d'assises— espèces de repas publics que l'on donne volontiers aux légistes en renom dans les villes où ils vont plaider — lui valurent plus d un brillant succès. O'Connell était un convive entraînant, plein de feu, de cordialité, de bonne humeur. La plaisanterie irlandaise
• O'Connell et sa queue; — terme de mépris employé par les taries en parlant des membres irlandais qui votaient aux Communes derrière ce grand chef de file.
coulait de ses lèvres comme un vin généreux de la bouteille émancipée. Il avait le sourire familier, l'abord ouvert, la poignée de main facile. On aimait cet athlète avenant, alors même que Ton suspectait l'intégrité de son caractère ; —on l'aimait, et Ton fermait les yeux sur ses artifices de hustings; on excusait ses parades bouffonnes, on s'habituait à sa faconde grossière.
Puisque nous passons en revue ses titres à la popularité, n'oublions pas. l'un des plus efficaces— à savoir la pratique assidue de sa religion.
Le catholicisme est un culte éminemment symbolique, donnant beaucoup aux manifestations extérieures, et qui connaît leur empire. De simples gestes y sont comptés. Un signe de croix peut valoir une indulgence. La contrition et le meâ cnlpâ vont de compagnie. On y mesure la ferveur moins sur les idées que sur les actes. Or, au début du siècle, l'Irlande comptait bien déjà quelques catholiques attiédis, qui donnaient peu de temps aux rites de leur religion, aux processions, vêpres, saluts, etc. Mais O'Connell n'était point de ceux-là. Il n'était point
Parcus deorum cultor et infroquens.
Surtout depuis son duel avec d'Esterre, — duel où ce dernier paya de sa vie une provocation obstinée et sans motif, — le Conseiller se fit remarquer par son exactitude à la messe, ses confessions, ses communionsfrëquentes. Sur ce, la malignité publique ne manqua pas de s'émouvoir. Et ce n'efet pas seulement du parti protestant qu'est venue l'accusation banale d'hypocrisie hautement articulée contre O'Connell. Les « habiles » parmi les catholiques prirent aussi des airs de complicité volontairement maladroite, sérieux en apparence, mais affectant de tourner la tète pour
cacher un sourire. D'autres, plus charitables, prêtaient au Libérateur l'intention d'édifier les gens crédules par ses dehors de religiosité. N'en déplaise auxuns et aux autres, nous prenons celle c religiosité » plus au sérieux.
O'Connell, à nos yeux, fut un véritable catholique du Moyen âge. Les investigations philosophiques, la littérature exubérante , les hardiesses systématiques des trois cents dernières années, avaient à peine laissé trace sur son intelligence volontiers fermée aux spéculations inutiles. Ce révolutionnaire pohtique était certainement le plus docile sujet de l'Église romaine, et le plus aveuglément soumis au dogme de l'omnipotence papale. L'intraitable patron de la démocratie irlandaise n'eut rien de ce qui fait les schismaliques. Placez-le à telle époque et sous telle autorité spirituelle qu'il vous plaira imaginer, vous le trouverez sectateur fidèle des croyances qu'il aura une fois admises : bon mahométan sous les khalifes ; païen dévot sous Marc-Aurèle ; luthérien ou presbytérien zélé, — selon qu'il serait né en Allemagne du temps de Luther, — ou en Ecosse du temps des Puritains.
Quoi qu'il en soit, il dut à sa piété avérée la confiance du clergé, l'affection de la multitude et les ménagements forcés de quiconque ne voulait se brouiller ni avec la (( répubUque » ni avec l'Église.
De toutes ces causes que nous venons d'énumérer, — grande supériorité professionnelle , famille très-nombreuse, véritable séduction dans les manières, rare assiduité dans l'accomplissement du devoir religieux, — résulta pour O'Connell une influence politique dont personne avant lui n'avait été en possession. Curran était populaire, mais sans pouvoir. Grattan nous apparaît seul, dépourvu d'action sur les masses. L'autorité de Flood ne dura qu'un instant; celle d'O'Connell a résisté à
«a O'CONNEM ET O'CONKOR.
toutes les épreuves imaginables. Devant elle le gouvernement se trouva sans armes, et — phénomène plus rare,— le peuple s'est trouvé sans caprices.
Certes, le voyage de Georges IV en Irlande pouvait et devait faire crouler col édifice dépourvu de bases. Si jamais flatteries avilissantes, génuflexions empressées, bassesses de tout genre, se multiplièrent sous les pas d'un souverain, ce fut bien alors, — et O'Connell ne les épargna point pour sa part. En ceci, nous en conviendrons, il llit le Adèle organe du bon peuple irlandais, qui se jetait avec une joie délirante au devant du n)onarque stupéfait. Mais le peuple, m ses erreurs, a Tignorance pour excuse. On lui avait persuadé que Ueorges IV s'intéresserait à rirlande, — é Tlrlande alors abandonnée de tous, à rirlande gouvernée par lord Talbot, sous les inspirations de Castlereagh. Faut-il s'étonner que cette visite du souverain, — présentée conune une marque spéciale de faveur, un gage de sympathie, — ait été accueillie avec des transports d'allégresse et d'amour par un peuple expansif et malheureux? O'Connell, lui, ne pouvait être dupe de bonne foi; par conséquent, rien ne saurait atténuer les flatteries mensongèiH^s par lesquelles il essaya de rehausser, aux yeux de ses compatriotes, le caractère du plus égoïste des rois, ni hm oublier l'espèce de courage — ou plutôt d*eniH)nterie — qu'il étala dans cette congédie dégradan te.
Entre ses mains, néanmoins, l'Association catholique, qui se informait alors sur les débris de quelques autim institutions analogues, devint un levier puissant et redouté, IVauti'es honunes de talent y figuraient; mais il en était l'Âme, et, pour ainsi dire, la personniflcation incarnée. Ce n'est pas qu'il ne rencontrât souvent, au sein même de cette espèce du ligue, des opposants à ses vues, des an-
tagonistes toujours prêts à gêner sa marche , à critiquer ses actes, à soupçonner ses intentions; mais, s*arrogeant une sorte de dictature absolue , il s'était mis sur le pied de gourmander ses partisans les plus dévoués avec autant de rudesse quil attaquait leurs ennemis communs. D'ailleurs, il n'était pas seulement le porte-parole de l'association, mais aussi son homme d'affaires, ^ et ceux-là même qui auraient essayé avec succès de lui tenir tête sur les huslings étaient hors d'état de lutter avec lui dans les délibérations des comités.
L'élection de Glare et TÉmancipation des catholiques, qui suivit peu après, n'ont pas besoin d'être racontées ici; mais peut-être est-il permis de comparer la question qui fut alors résolue en faveur de l'Irlande à celle qui se débat aujourd'hui ^