‹ Originaux et beaux esprits de l'Angleterre contemporaineChapitre 3 sur 29 · IV. — l'émancipation et le repeal · texte numérisé non relu

IV. — l'émancipation et le repeal

L'Émancipation présentait une grave difficulté. Les catholiques d'Irlande et les dissenters protestants en Angleterre élevaient, en vertu du même principe , des prétentions analogues. Ce qu'on accorderait aux uns allait être dû aux autres. On pouvait, à la vérité, signaler quelques différences à l'avantage des catholiques, — invoquer le contrat politique que l'Angleterre avait passé avec eux à l'époque de l'Union — et réclamer l'exécution de promesses formelles. Néanmoins les hommes d'État anglais pressentaient bien que la concession faite à ces derniers entraînait l'affranchissement politique des autres sectes.

En dépit de tout, l'Émancipation avait de nombreux par-

* Aujourd'hui, c'est-à-dire il y a dix-sept ans, ainsi que nous l'avons remarqué déjà dans une des notes qui précèdent.

^0 0'CONNRl.L ET O'CONNOH,

tisaiis eu Angleterre. Le parti whig ravnit adoptée oomine principe, — et cela depuis le temps de sir Georges Saville» Fox et ses auiis s'y étaient dévoués, l<e premier pamphlet de Burke — et ses derniers discours — ftirenl en faveur de la liberté religieusiv Lord Grenville et lord Grey acceptèrent cette tradition, et, maintes fois depuis 1806, le parti rhig refVisa d'entrer aux affaires plutôt que d*abandonner une cause que les plus opiniâtres fonW, Liverpool, Vansittarl, Perceval et Sidmoutli, s^obsttnaient seuls à combattre. Les tories éclnii'és, Canning en tète, avaient depuis long^ temps reconim la justice et Topportunité de cette conces* sion. Une grande portion de la presse anglaise, et presque tous les hommes de lettres, réclamaient avec ardeur Tadmission des catlioliques dans le sein do la constitution. Bix'f, sans heurter de ttoni Topinion publique, il eût été impossible d'en venir à une guerre civile avec Tirlande ivligieuse, réclamant seulement sa liberté de con* science.

l/abolition de TUnion n'est pas et ne peut pas être envisagée do même en Angleterre. Tout le monde y comprend trop bien rébranlement politique qui en résulterait.

l)u jour où rUnion serait aboUe, TAugleterre , affai. blie, cesserait de compter parmi les grands pouvoirs de riiluiH)pe.

Elle perdrait tout le prestige moral, toute rinRuence qu'elle doit à sa renonunèe d'habileté politique.

De ce joiu*, ses manufactui^s verraient se fermer à se» portes un des plus vastes marcliés qu'elles alimentent;— nul doute qu'un Parlement irlandais, adoptant les principes dos économistes anglais, n'oppo8i\t aux expoilations de la Grande-Bi'etagne un tarif hostile .

Kn agissant ainsi, ce Parlement faciliterait et rendrait

plus rapide rétablissement d'un commerce qui ne saurait vivre sans faire une active concurrence au commerce anglais.

Les émigrants d*Irlande , qui peuplent de plus en plus les colonies britanniques, feraient prévaloir, dans ces colonies, les mesures votées par la législature de leur pays.

De même, dans Tannée anglaise, Tadmission d*un grand nombre de soldats irlandais toujours prêts à déserter la cause a du Saxon, )) pourrait , dans une situation donnée, au moment d un conflit entre les deux Parlements, exposer à de grands périls Tempire tout entier, sa domination dans rinde, ses possessions coloniales.

L'Irlande , séparée , refuserait de répondre pour des dettes qu'elle n'a pas contractées; les créanciers de l'État verraient tout à coup disparaître une portion de leur gage ; le crédit national recevrait par là une grave atteinte.

De ces conséquences énormes aucune ne pouvait être invoquée contre l'Émancipation des catholiques; sans cela, plutôt que d'y consentir, la Grande-Bretagne aurait livré, en 1829, le combat dans lequel on l'a vue depuis, et plus d'une fois — en 1843, par exemple, — prête à s'engager. L'Émancipation, nous ne le nions pas, fut accordée à la peur; mais ce que les gouvernants craignirent surtout fut d'allumer une guerre civile reconnue injuste, une guerre où le concours national, l'appui de l'opinion, leur auraient manqué dès le premier jour.

En serait- il de même s'ils tiraient Tépée pour maintenir l'Union des deux pays ?

Page 1