Origine asiatique des Esquimaux [microforme]
« A l'ouest du continent américain, disent les traditions des Esquimaux Tchiglit, sur la grande mer, Kighéark, le castor, procréa deux hommes.
» De la rive opposée, ces deux frères vinrent aborder aux rivages américains pour y chasser le coq-de-bruyère. Mais bientôt ils se prirent de querelle pour l'obtention de ces gelinottes. Ils se les arrachèrent des mains mutuellement. Ils en vinrent aux coups, et finalement furent obligés de se séparer.
» L'un fut le père des Tchiglit ou Hommes. L'autre devint l'ancêtre des Tchoublouraotit ou Souffleurs, » Esquimaux de l'Ouest qui ne portent pas de labrets.
Les Esquimaux pensent que de ces derniers descendent les Européens ou tout au moins les Russes, parce que les premiers Européens qu'ils aient vus dans le nord et l'ouest de l'Amérique y vinrent du pays des Esquimaux soufileurs nu asiriiques.
D'après cette tradi..n nationale, quelque brève qu'elle soit, les Grands Esquimaux reconnaissent implicitement qu'ils proviennent de l'ouest de l'Amérique ; qu'ils sont un peuple pélagique, foncièrement navigateur et ami du littoral: que la souche de leur nation est originaire de l'ile ou terre des Castors ; que cette souche se composait de deux éléments agglutinés L. mélangés, personnifiés par l'emtlème des deux frères ; que ces deux fractions du peuple esquimau, après avoir abordé simultanément en Amérique,
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furent contraintes de se séparer par suite de la disette d'animaux comestibles ; enfin, que c'est de cette scission que date l'existence des Tchiglit ou Esquimaux à labrets, et des T'choublouraotit où Esquimaux souffleurs.
Telles sont les données qui ressortent naturellement de la légende des Tchiglit des bouches du fleuve Mackenzie ou Kourvik.
Voici maintenant ce que raconte une tradition des Esquimaux asia tiques du détroit de Bering, que le lieutenant Hooper, de la marine anglaise, appelle du nom de Touski ou Cachalots. J'en emprunte le récit à l'intéressant ouvrage de M. W.-H. Dall, ingénieur et chef du corps scientifique américain, qui explora l'Alaska en 1868, et qui succéda à l'infortuné docteur Kennicott, que j'avais connu, en 1862, dans les territoires du Nord-Ouest canadien :
« Jadis, les Touski vivaient dans les iles en compagnie des Esquimaux à labrets, leurs frères. De là, ils passèrent sur la côte occidentale de l’'Amérique du Nord, où ils se prirent bientôt de querelle pour des questions territoriales.
» Les Esquimaux à labrets ayant été les plus forts, contraignirent les Touski, ou Esquimaux cachalots, à retraverser le détroit de Bering pour aller chercher un refuge sur la côte asiatique, chez les Tatchout ou Tchouktchis sédentaires, pasteurs de rennes. |
» Ceux-ci reçurent les Touski avec hospitalité, et leur permirent de s'établir sur leur propre territoire, dont les Cachalots n'occupèrent d'ailleurs que le littoral. [ls y vécurent comme précédemment de la pêche et de la chasse aux animaux marins, élevant des chiens de trait, et habitant dans des galeries souterraines 1,
Cette tradition des Touski, dont le caractère de modernité l'emporte sur celui de la légende des Tchiglit, ne fait pas mention du nom des iles dans lesquelles les deux fractions du peuple innok vécurent primitivement; mais ce nom, nous le connaissons par la version tchiglerk des bouches du Mackenzie.
M. Dall ajoute bien, à la vérité, que ces îles doivent être les rochers Diomède, qui occupent, comme on le sait, le milieu du détroit de Bering ; mais cette conjecture est d'autant moins admissible qu'il ne peut se faire
1 Alaska and its ressources. Lendon, 1870,
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qu'un aussi grand peuple soit sorti de deux petits rocs arides, situés sculement à quelques dizaines de kilomètres de l'un et de l’autre continent.
Le séjour des Touski dans ces îlots ne dut avoir été que transitoire. Il ne put y être qu'une étape de leur contre-émigration d'Amérique en Asie, après qu'ils eurent été expulsés des plages de l'Alaska par la pénurie de la vie animale, selon les uns; par le défaut d'espace ou la jalousie des Esquimaux à labrets, suivant les autres,
La tradition tchiglerk, en assignant pour berceau aux deux rameaux
de la nation esquimaude l'ile ou les îles du Castor, nous défend d'ailleurs de penser aux rochers Diomède, sur lesquels il n'y eut jamais de castors.
A la vérité, M. Dall affirme, d'après le témoignage de plusieurs navigateurs russes, tels que Siméon Deshneff (1648), Pierre Popof (1711) et Chestakoff (1730), qu'il s'est à peine écoulé deux siècles depuis que les Touski et les Znnoït à labrets ne sont plus en guerre dans les îles Diomède. Mais ce fait, relativement récent, loin de prouver que ces deux tribus rivales tirent leur origine de ces rochers, me semble, au contraire, confirmer la véracité des deux traditions précitées, qui font expulser l'une de ces deux peuplades par l’autre, de chaque côté du détroit de Bering. Les rochers Diomède cccupant le milieu du détroit comme une position stratégique naturelle, il est facile de comprendre que Tuski et Tchiglit se les soient disputés, afin de défendre réciproquement la traversée du détroit à la tribu rivale et ennemie.
Il n'y a pas de peuplades comme les Esquimaux, pour se haïr et se détester mutuellement.
Actuellement, il n'y a plus un seul Esquimau cachalot dans les îles Diomède. Ces deux îlots sont habités par cent cinquante âmes seulement, qui appar.iennent toutes au stock des Esquimaux à labrets. Un chiffre aussi minime démontre jusqu'à l'évidenc: que c2 pied-u-terre entre les deux rives du détroit ne peut avoir été le berceau d’un peuple dont les hordes ont visité et colonisé tous les rivages arctiques de l'Amérique et de l'Asie.
Mais, avant de faire la recherche du lieu de leur origine, je dois constater l'identité des Esquimaux souffleurs ou Zchoublouraotit, Tchoublouit, de la légende tchiglerk, avec les Esquimaux cachalots ou Touski, du lieutenant Hooper et de l'explorateur américain Dall.
Bien que ce soit le marsouin, le dauphin ou porc-de-mer, la baleine blanche où balouga {le porpoise, des Anglais), qui portent vulgairement