‹ Origine asiatique des Esquimaux [microforme]Chapitre 8 sur 14 · CT UN · texte numérisé non relu

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mentes affreuses, ce ne fut que bien malgré eux et à leur vie défendant.

. Le Sud est encore l'avant, tchivou, pour les Esquimaux, parce que c'est de ce côté et non à l'orient que s'ouvre et s'illumine le ciel d’un jour nouveau, à la fin des longs hivers arctiques. C’est en plein Sud et non dars l'est que réapparaît l’astre du jour, lorsqu'il recommence sa carrière, après être demeuré plusieurs mois sous terre; tandis que pendant l'été, il se lève et se couche en plein nord, ou plutôt demeure de longs jours sur leur horizon, montant du nord vers le zénith, qu'il atteint à son apogée; puis redescendant de nouveau vers le nord, qu'il affleure ma.s où ii ne disparaît pas, au moment de son coucher.

Quant à l'Occident, l'Esquimau ne le connaît pas. En été, l'occasum n'existe pas pour lui; de même qu'en hiver, c'est l'oriens qui lui fait défaut. Aux équinoxes seulement ces points conventionnels existent réellement dans sa patrie. Mais leur précession, au printemps, et leur séquence, en automne, sont accompagnées d'un jour tellement long, que la nuit n'existe déjà plus ou n'existe pas encore, dans leur froide contrée.

L'Occident est donc, pour les Tchiglit, Ouavan-nerk, le point initial, le lieu du départ, de l'origine; car avatik signifie début, commencement, origine, abord. On y ajoute le préfixe intensitif own, qui marque l'éloignement, et le suffixe nerk, qui caractérise les noms abstraits, les causalités, les êtres de raison. Aussi ardnk est le nom des plages occidentales; avdne, ouavangna veulent dire à l’ouest, à l'occident; Avdné-méout, Occidentaux ; avänéitoark, habiter à l’ouest. C'est donc le point de la descente, de l’atterrissement.

Il me semble que ces quatre noms se passent de tout commentaire, et éclairent d’une vive lueur le passé obscur des Esquimaux.

D'ailleurs, si une contre-épreuve de ce que j'affirme ici était nécessaire, je la trouverais encore dans le nom de ces mêmes points cardinaux, dans la langue des Danites arctiques, les plus proches voisins des Esquimaux sur le sol de l'Amérique.

L'Est, dans cet idiome, s'appelle Sa-yissi, soleil-demeure ou la demeure du soleil, aussi bien que Xfivè-hin, montagnes-derrière, ou derrière les Montagnes-Rocheuses. Les Danites venaient donc de l’ouest ou du nord-ouest et résidaient à l'ouest de la grande Cordillière, lorsqu'ils dénommèrent ainsi l'orient, puisque actuellement ils ont les Montaynes- Rocheuses à leur gauche, c'est-à-dire à l'ouest, et qu'ils ne peuvent pius dire que le soleil se lève derrière elles.

Par le fait, ils donnent à l'Occident les noms de Tasin, tahan, tan, tien, c'est-à-dire l'arrière. Ce peuple tournait donc le dos à l’ouest quand il aborda en Amérique. Il est venu de l'Asie. Mais, en accostant en Amérique par les îles Aléoutiennes ou le détroit de Bering, les Danè demeurérent longtemps sur la côte occidentale, entre les Montagnes-Rocheuses et le Pacifique, ainsi qu'ils se plaisent à le répéter, descendant vers le sud le long des côtes, et vivant parmi les tribus ennemies, de la nation kollouche. Et, après qu'ils eurent enfin traversé les Montagnes-Rocheuses par les vallées de la Paix et de la Colombie, ils ne se dirigèrent pas tous ni tout de suite vers le nord; mais seulement par fractions et peu à peu, cédant malgré eux à la pression des hordes étrangères qui les refoulaient à la fois et vers le nord et dans le sud.

Aussi, le nom du Nord ou plutôt du nord-est, en danite, est-il Thinsin, vers la tête, ainsi que Znkfwin, younkfiwin, youthen, au large, au zénith, en même temps que : dans le pays des rennes, dans les terres stériles ; parce qu'ils furent obligés de redescendre le continent américain du sudouest au nord-est, après l'avoir abordé et traversé de l'ouest à l'est.

Par la même raison, le Sud ou plutôt le sud-ouest y porte le même nom que l'ouest, Nié, na-sin, en arrière. Le second de ces mots est une contraction de nan-ttsin, de la terre, de la patrie. Mais ils le nomment aussi téghé, en haut, c'est-à-dire du côté le plus élevé du sol américain et d'où coulent vers la mer Glaciale les fleuves et les rivières. Enfin, ils lui donnent encore le nom de kfivè-houn, de l’autre côté des Montagnes-Rocheuses ; {4 parce que l2 sud, pour eux, était, en réalité, le sud-ouest, tous les segments des Montagnes-Rocheuses obliquant dans la direction sud-ouest nordest, de sorte que toutes les vallées par lesquelles les Danites avaient passé, et tous les cours d'eau sur lesquels ils avaient navigué, se dirigent du sud- | ouest au nord-est. !

J'ai recueilli un certain nombre de vocables esquimaux dont j'ai trouvé les analogues dans le vocabulaire de certains peuples de l'extrême Orient, tels que Japonais, Chinois et Malais ; dans celui des Ougro-Finnois, de l'Europe orientale ; dans l’hébreu, le sanscrit et l'ancien égyptien ; enfin, dans la . angue celtique, dont le maya-qquiché est quelquefois congénère, tandis que d'autrefois ce dernier idiome se rapproche du malais.

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Je ne veux point discuter ici qui l'emporte, en force probante, du voca- 5 bulaire ou de la syñtaxe, comme motif comparatif de communauté d'ori- |; gine entre les différentes langues de la terre. L'un et l’autre ont eu leurs chefs d'école et leurs partisans, alius sic, alius autem sic, comme sur toutes choses, en ce monde. Je crois qu'ils ont également raison; car enfin, si la syntaxe est l'ensemble des règles naturelles qui régissent la langue d'un peuple, le vocabulaïte est l'ensemble des locutions sans lesquelles ces règles n’existeraient pas. Les vocables ont donc été produits avant les règles qui les régissent; ce qui revient à dire que les mots sont l'âme du langage, comme la syntaxe en est le corps. Ceux-là comme celle-ci sont des parties essentielles et constitutives de toute langue. On ne saurait donc les bannir des études comparatives des langues, lesquelles, dit Franço's Bopp, sont fondées sur deux lois à titre de criteria de certitude, l'analogie et la répartition '.

Mais pourquoi insister, alors que le temps n'est plus où l’on niait jusau’à la possibilité de l'hybridité d’une langue; comme si un homme ne pouvait pas porter dans ses veines du sang appartenant à ‘quatre ou cinq variétés humaines, et son langage se ressentir de son mitissage ?

Le temps est loin où l'on ne voulait pas entendre parler d'analogies de vocables entre des langues différentes: où l’on attribuait les ressemblances qui réunissent ia synonymie à l'homophonie, — condition sinè quä non d'une véritable analogie lingüstique, — au hazard, à la fortuité, à la fatalité peut-être ; comme s'il existait quelque chose de fortuit dans les lois de la nature! Comme si l'homme seul eût échappé à la loi des semblables ! Comme si les naturalistes attribuaient au hazard aveugle, et non à un ordre établi par Dieu et observé fidèlement par la nature, les analogies que l'on constate entre le formidable hippopotame et l'inoensif cabiais, entre le Joup féroce et le tremblant petit King-Charles, entre le gigantesque condor et l'émérillon, entre imposant ct noble Ervthrine, aux grappes de corail, et l'humble coronilie de nos champs, entre la précieuse améthiste et l'arène vulgaire que nos pieds foulent sur les rivages; analogies qui ont porté les savants à classer dans le même ordre des êtres aussi lisparates.

Mais je m'arrête pour en venir aux faits ; car les mots sont des faits, oui, des faits pa*lants et par'és.

Lorsque les Esquimaux veulent désigner un chef, honorer un homme

t Grammaire comparée, t, IV. Introduction, p. 11.

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éminent, célébrer un guerrier, ils joignent au mot innok, qui signifie homme en général (homo), un autre vocable qui exprime la virilité : toyok ou toyork, homme mâle, le vir des Latins !. J'ai traduit ailleurs innok-to3-ork par grand homme ?. Littéralement, ce mot composé n'est qu'une tautologie, homo-vir, komme-homme, la plus haute expression de la grandeur humaine.

Eh bien, le même mot existe isolément dans d'autres langues et avec les mêmes significations de chef, prince, maître, grand-homme. En voici l’énumération :

toïgon, chef, en aléoute américain. Ce mot dev'-nt noïy-on chez les Kalmouks 3 ;

taïyor, taydgou, chef, en aléoute asiatique ;

taïyon, chef, en yakoute;

taïyouk, chef, en esquimau de Kodiak :

taï, thaï, homme libre, en siamois. Mot racine:

thaï, chef, en nouka-hivien :

taïk, chef, dans la langue des Chans, du Birman ;

taïcha, chef, en kalmouk ;

taïkoun, roi, chef militaire, en japonais ;

tajen, chef, grand homme, en chinois;

touï, chef, à Tonga-Tabou,

Peut-être pourrait-on y ajouter le toudoun, chef, des Avars; le tour, chef, des Finnois; le dey des Turcs, et le tey des Dindjié. En tout cas, en Amérique même, les Danè occidentaux, les Kenaïtzes, les Chinouks et les Kollouches appellent tous leurs chefs toïyon.

Comme j'ai parlé ailleurs du mot khatoun, qui a la même signification 4, je n’y reviendrai point ici, et je passe à d’autres vocables.

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